G. Paris, Chr. de l'a. fr., § a5i, 2Ô
De mon lignage ai perdue la ftour. (Aliscans, 432.) J'ai perdu la fleur de mon lignage.
Place de l'adjectif attribut. — Avec le verbe être l'adjectif attribut est ordinairement en tète de la phrase. Dans les autres cas sa place ordinaire est après le verbe.
Bitona pulcela fut Eulalia.
(Cantilène de Sainte Eulalie.) Bons fut li siècles al teins ancienour. (Alexis, i.) Vieil est e fraïeles, h\ s'en vait déclinant.
(Alexis, 9.) Bon fut le monde au temps ancien... 11 est vieux
et débile, il s'en va déclinant.
Riches hom fut... (Alexis, i!\.) Ce fut (c'était) un homme riche.
Grani sont les a; et les eschieles bêles... Grant est la plaigne et large la eoni
(Roi., 3291, 33o5.) Grandes sont les armées et beaux les bataillons... Grande est la plaine et large la contrée.
Cf. supra : Hait sont li puy et niolt hait sont li arbre. (Roi, 2271).
L'adjectif attribut avec le verbe avoir précède aussi souvent le verbe.
Ex.': Grant a le cors, bien ressemble marchis ;
Blanche a la barbe, corne flor en avril. (Roi., 35o2.) Il a le corps grand; il ressemble bien à un marquis : il a la barbe blanche, comme fleur en avril.
Place de l'adjectif épithète. — L'épithète précède plus souvent le nom dans l'ancienne langue que dans la langue moderne. Quelques grammairiens attribuent cette construction à une influence germanique ; mais ce n'est
ORDRE DES MOTS 26o>
pas sûr. On disait : une veuve dame, un maigre cheval, un vif diable, un merveilleux bar nage (prouesse étonnante), la crestiiene loi, etc.
Place du participe passé. — Le participe passé était mis souvent avant le verbe être, quoique ce ne fût pas sa place la plus ordinaire.
Ex. : Batisié^ fut , si out nom Alexis. (Alexis, 3i.) Il fut baptisé et il eut nom Alexis.
Mor^est Turpins el servise Car Ion. (Roi., 2242.) Turpin est mort au service de Charles.
Vencu^ est li niés Carie. (Roi., 2281.) Il est vaincu, le neveu de Gharlemagne.
D'autre part, le participe passé construit avec avoir pouvait aussi précéder l'auxiliaire.
Ex. : Perdut ave^ Malpramis, vostre fils. (Roi., 34q8.) Vous avez perdu Malpramis, votre fils.
Desor son pi%, entre les dous forcheles, Croisiédes ad ses blanches mains, les bêles.
(Roi., 2249"5o.) Sur sa poitrine, entre les deux épaules, il a croisé ses blanches mains, les belles.
Place des pronoms. — Quand deux pronoms personnels atones, l'un régime direct, l'autre régime indirect précèdent un verbe, le régime direct, quand il est le, la, les, se met le premier.
Ex. : Donc la me ceïnst li gentil^ reis, li magnes.
(Roi., 232 1.)
Alors le noble roi, le grand me la ceignit. Bien le me garde. (Roi., 18 19.) Garde le moi bien.
Cette construction s'est maintenue jusqu'au début du xvne siècle1.
Le pronom régime d'un infinitif qui dépend d'un verbe à un mode personnel ne s'intercale pas entre ce verbe et l'infinitif, comme dans la syntaxe moderne, mais il se met ordinairement devant le verbe principal, qui est considéré comme faisant corps avec l'infinitif suivant; ainsi l'ancienne langue disait : je le veux voir; je le veux conseiller. Cette tournure était encore l'usage habituel au iviie siècle".
Le pronom personnel accentué, sans préposition, dans les propositions indépendantes non impératives, se place ordinairement avant le verbe ; mais il peut aussi se placer après.
Ex. : Tei covenisi helme et bronie a porter. {Alexis, \ 1 1 .) C'est à toi qu'il aurait convenu de porter le heaume
et la cuirasse.
Lit errai lui une mortel bataille. (Roi., 658.) Je lui livrerai un combat à mort.
Quant aux pronoms atones, ils se placent ordinairement avant le verbe.
Avec un impératif affirma tif, le pronom accentué se place ordinairement après l'impératif (construction actuelle : conseilliez tnei), rarement devant. Avec un impél ratif négatif on emploie la forme atone, qui se met devant.
Ex. : ATt' vos esmaiie^ onques. (Roi., 920.) Ne vous effrayez jamais.