CHAPITRE II
CONSONANTISME
Dans la transformation des voyelles l'accent a joué le rôle principal. Pour la transformation des consonnes, il n'en est pas de même : ce sont les voyelles environnant la consonne qui ont déterminé en général les changements.
Voici le tableau des consonnes de l'ancien français, qui a été très peu modifié dans la langue moderne.
Sourdes. Sonores,
l Palatales k (c, q) g
< Dentales t d
( Labiales p b
Palatales spirantes.
Sourde. Sonore.
ch j
Sifflantes.
Sourdes. Sonores.
Ajïglade. — Grammaire élémentaire de l'ancien français.
Liquides.
' Nasales.
n, m (labio-nasale) ;
ng (lat. anguis, nasale-palatale).
Semi-Consonnes.
Enfin il faut ajouter les consonnes mouillées : h, i (gn, ion; ///)• L'ancien français a aussi connu le son correspondant au ih doux anglais (on le note ainsi : à ou d) ainsi qu'au //; dur.
On peut distinguer deux positions dans les consonnes : la position forte, quand la consonne commence un mot ou qu'elle est initiale d'une syllabe après une consonne : canis, panis, manus ; car\bonem, por\tare, mem\brum, rup\tum; position faible, quand la consonne est entre deux voyelles : laudat, ripa, faba, vita, beat, jocat.
La règle générale est que les consonnes en position forte se maintiennent, tandis que, parmi les consonnes en position faible, les occlusives (labiales, dentales, palatales) s'affaiblissent ou disparaissent. On verra, dans le détail, l'application de cette règle.
H avait disparu en latin vulgaire et n'a pas été rétablie
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dans des mots comme : avoir <[ habere, on < homo, orge
< hordeum. Mais elle a été rétablie artificiellement dans des mots où elle n'est pas aspirée, comme herbe, héroïne, dans des mots où elle est aspirée comme héros, haricot, et dans des mots d'origine germanique (honte < germ. haunita; heaume < germ. helm; haubert < germ. halsberg) ou influencés par des mots germaniques : altum > aut et, sous l'influence de l'allemand hoch, haut. Dans d'autres mots comme huit, huile, huis, h indiquait que u voyelle ne devait pas être confondu avec u consonne (y).
Exemples de consonnes qui s'affaiblissent; intervocaliques1 les sourdes deviennent des sonores ou disparaissent.
P > b > v : ripam > rive ; crepat > crève ; sapam > sève ; sapere > savoir ; fabam > fève.
K'^> g^> i : pacat > *pagat > paie ; dicat > *digat > die ; negat > nie.
T ' > d^> â^> (zéro) : vitam > vida > vida > vie ;
crudam > cruda > crue.
Les consonnes doubles placées entre deux voyelles se maintiennent fchape < cappam, nappe < mappam, natte
< mattarn) ainsi que les liquides (/, r) ; mais ces dernières sont souvent soumises à la dissimilation (r devient / et réciproquement) : ex. peregrinum > pèlerin, germ. heribergam^>â\berge, auberge.
i . On appelle intervocaliques les consonnes placées entre deux voyelles, comme d dans laudat, c dans placet. 2. Ou c devant a (p, u).
Dans les groupes de trois consonnes la consonne du milieu disparait ordinairement : rutnpit > a. fr. ront ; servit, servi > sert; dormit, dorint > dort; computare, comp'tan > conter, etc. l.
La métatbèse consiste en ce que la consonne change de place dans la même syllabe ou passe dans la syllabe qui précède immédiatement.
Ex. : formaticum > formage, fromage; vervecem > berbis, brebis; *turbulare > torbler, fr. mod. troubler; *torcidum} lat. vulg. *troculum > treuil.
.Labiales.
P, B initiaux restent.
Ex. : patrem > père :
parem > per, pair ; pontem > pont ; bonum ^bon ; bene > bien.
P intervocalique devient :■, après être passé à b en latin vulgaire.
Ex. : ripant > rive ; hipam > louve ; sapin > savoir ; capillum > cheveu.
i . L'orthographe a fait reparaître souvent la consonne du milieu : rompt, compter, etc. Quand la première consonne d'un groupe de trois consonnes est une nasale et que la troisième est une liquide, le groupe reste intact: temple, ventre, rendre, esclandre, répondre; en réalité, il n'v a que deui consonnes, dont une liquide, précédées d'une voyelle nasalisée à, ô, ï.
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Devenu final, il passe à /.
Ex. : apem > ef (abeille) ;
*capum (pour caput) > chief.
Lopum est devenu lovum — loum, lou (normand leu : d'où l'expression à la queue-leu-leu ; Chanteleu (nom de lieu); cf. supra, p. 22).
Mots savants : apostre, chapitre, épistre, etc.
Groupes pi, pr à l'intérieur des mots.
PI, p'I devient bl ; duplum > double ; capulum, cap'lum > câble. Populum donne peuple, mais poblo dans les Serments de Strasbourg (8^2).
Remarque. — Les mots comme : triple, couple, etc. sont des mots savants.
Pr, p'r, devient vr.
Ex. : capram > chèvre ;febrem > fièvre ; aprilem > avril; piperem, pip'rem > poivre ; leporem > lep'rem > lièvre ; seperare > sep'rare > sevrer ; operare, op'rare > ouvrer ; opcrarium, op'rarium > ouvrier ; pauperem > paup'rem > pauvre.
Dans les groupes /tf, ^ /v \ep tombe. Ex. : *adcaptare > acheter (capter est d'origine savante *) ; tepidum, tep'dum > tiède ; sapidum, sap'dum > sade2; capsam > châsse; *metepsimum > medesme, meesme, même. Le p a été rétabli dans sept, septembre (a. fr. set, setembre), etc., sous des influences savantes ; cf. sceptre, précepte, etc.
B initial reste, comme il a été dit plus haut.
1. Captif est un mot savant; captivum devenu *cactivum a donné chaitif, chétif.