‹ Grammaire élémentaire de l'ancien françaisChapitre 20 sur 121 · Rapidum a donné rade · texte numérisé non relu

Rapidum a donné rade

Intervoealique il s'est affaibli en v devant a, e, i, et il a disparu devant o, u.

Exemples :

i ° debere > devoir ; bibernum > hiver ; caballum > cheval ; tabernam ]> taverne ; subinde > souvent ; cubare > couver.

2° sabucum > seû, su (dans su-reau) ; *habutum > e-iï, eu ;

* début uni > de-ù, du ;

* taboue m > taon.

Emprunts aux langues méridionales, probablement au provençal : abeille, cabane, ciboule, cabus (chou), etc.

Groupes bl, br à l'intérieur des mots.

Le groupe bl, VI reste sans changement.

Ex. : sabulum > sable ; stabulum > étable ; tabulam > table.

Remarque. — Tôle et parole paraissent empruntés aux dialectes de TEst où le groupe b'1 vocalise le b en u.

Br, Fr devient vr.

Ex. : libram > livre ; Hahram > lèvre ; liber are, lib'rare > livrer ; fa bru m > fevre ; febritarium > février.

CONSONANTISME 39

De même que p disparaît dans les groupes pt, pd, b disparaît dans les groupes ht, bs, bv, bm. Ex. : dubitare > dub'tare > douter; *subitanum, sub'tanum > soudain; obscurum > oscur ; subvenire > souvenir ; submônere (lat. cl. submônere) > semondre, etc.

Dans les mots comme obscur, absent, obstiné, subvenir, observer, etc. , le rétablissement du b est dû à une influence savante.

B devenu final passe à / comme p final. Ex. : trabem > tref ; sébum > suif; mais le traitement de ce dernier mot est obscur.

De?

ENTALES.

T initial persiste; le groupe tr également. Terram > terre; trente, trembler, etc.

Tremere, devenu sans doute en latin vulgaire *cremere, a donné membre en a. fr. et non *triembre; d'où, par suite de l'analogie des verbes en -oindre provenant de -angere, la forme moderne : craindre.

T intervocalique disparaît, après être passé par le stade â.

Ex. : vitam > vide, vie ; rotundum > redon, reond, rond ; metallea > médaille, meaille, maille1 (médaille est une forme méridionale); *terratorium > terredoir, terreoir, terroir (Prov. terradou). Cf. les nombreux mots en -oir. Les participes passés en -ata, -ïta, -ûia donnent ée, ie, ûe {parée, finie, venue).

Le maintien du t intervocalique s'explique par l'influence savante dans des mots comme : natif (à côté de naïf, forme populaire), créateur, nature, métal, etc.

i . Avoir maille à partir — avoir argent à partager.

Dans matin il provient d'un double tt (jnat'tinus pour mat ut in us); mâtin vient de mastin; dans des mots comme pâture, pâte, etc., le maintien du / s'explique par une ancienne forme pasture, paste.

Groupes Tr. 77.

Tr : le t disparaît après être passé par â : ordinairement r se redouble.

Ex. : patron > pedre, père ; matrem > medre, mère ; petram > pièdre > pierre ; latronem > ladron > larron ; nutrire > nodrir > nourrir :

*petronem, > pedron > perron ; *materianien, mafriamen > merrain1.

Des mots comme patrie, patrimoine, patron, sont des mots savants; patrouiller est mis pour patouilkr .

Ti' : / peut s'affaiblir en d puis s'assimiler à / suivant qui s'est quelquefois vocalisé.

Ex. : Roîlandum (pour Rotolandum) > Rodlant,Rollant ; spatulam > espadle, espalle, épaule.

Ordinairement ce groupe passe à tl puis à tr.

Ex. : cpistola?n, epis'tlam > epistle, épistre ;

apostolum > apostle, apostre ;

capitulum > chapitre :

titulum > titre. *Vetulumt àe\en\i*vec!um, a donné vieil.

i. Le groupe *W donne ir dans repairier (auj. repérer) de repatriare : peut-être merrain vient-il de *maleramen et non de *materiamen.

i. Ce groupe ne se trouve pas dans le latin classique ; mais il existe en latin vulgaire, surtout dans les proparoxytons, par suite de la chute des voyelles pénultièmes : apostolum, apost'lum.

CONSONANTISME 41

T final latin après voyelle (ou devenu final en français) s'est maintenu pendant quelque temps, jusqu'à la fin du xie siècle ; il se prononçait sans doute comme le th dur anglais; puis il a disparu.

Ex.: amat > aimet, aime; amatum.^> amét, aimé; finitum > finit, fini; *perdutum > perdut, perdu; virtutem > vertut, vertu; bonitatem > bontét, bonté.

Dans sititn, lat. vulg. setem, par suite d'une influence non expliquée1, / s'est transformé en f; soif.

T final (ou devenu final) après consonne se maintient. Ex. : dormit > dort; venit > vient ;factum > fait; dictum > dit.

T-+-S final devient ^, qui en ancien français se prononçait ts.

Ex. : amatus > amez (pron. amét s) ; natn s > nez (pron. nets) ; hostis > oz (pron. ots) ; nostros > noz, nos.

D initial se maintient. Dos, devoir, dur, dormir, douleur.

D intervocalique disparaît en passant par â.

Ex. : audire > ouir ; *gaudïre(\a.t. cl. gaudere) > jouir ; sudare > suer ; denudare > dénuer ; vider e > veoir, voir ; sedere > seoir ; laudare > louer ; *codam > queue ; fidelem > féal (fidèle est un mot savant), etc.

Des mots comme crudité, nudité, et beaucoup d'autres, dénoncent une influence savante.

i. Peut-être y a-t-il eu l'influence de la forme : je boif, de bibo.

Groupes Dr, Dl.

Dr, d'r donne rr par disparition de à (devenu d'abord d) et redoublement de r ; mais quelquefois aussi il reste un r simple.

Ces différences paraissent s'expliquer par la chronologie.

Ex. : ridtrt, rid're > rire ; credere > croire : claudere > clore; cathedram > chaiére, chaire; quadraUim > carré; hederam > ierre (lierre, mis pour l'ierrè)

Dl, d'I, groupe très rare, donne dr dans les mots suivants : scândalum > esclandre; Vàndalum > Vandre (Vandale). Modulum a donné modle, molle, moule.

D devenu final disparaît, après voyelle, apiès s'être maintenu jusqu'à la fin du xie siècle, avec le son de th anglais doux.

Ex. : nudum > nu ; crudum > cru ;

fidem > foi ; mercedem > merci.

Le d a été rétabli dans quelques mots pendant la période de la Renaissance.

Ex. : pedem > pied (a. fr. pié), nid, nœud, etc.

D final d'origine germanique se trouve représenté par/.

Germ. bed (ail. mod. Bett) > bief. Cf. Elbeuf, Paimbœuf (de noms germaniques terminés en -bodd), et des noms propres de personnes comme Marbeuf<i (Marbodo).

• D devenu final après consonne s'est changé en t au début de la langue : grandem > grant, tarde > tart ; subinde > souvent ; dans la plupart des cas la langue moderne a rétabli le d : grand, tard, sourd, tourd.

CONSONANTISME 43

Palatales.

Groupes Cl, Cr initiaux.

Les groupes cl, cr initiaux se sont maintenus.

Ex. : clausum > clos ; crudum > cru ; crucem >• croix.

Il y a cependant quelques exemples d'affaiblissement, qui s'expliquent par la phonétique syntactique2. Classicum

> glas ; crassum > gras (influence de gros ?) ; craticulam

> gre-ïlle, grille.

C initial -f- voyelle. Ici il faut distinguer trois cas : i° co, eu3; 2° ca; 3° ce, ci.

Tableau des points de formation contre le palais des groupes ca, ce, ci, co, eu, en réalité : ka, ké, ki, ko ,kou, et des groupes

Dents Gorge

i. Prononcé k en latin : kantare, kentum. konsul, etc.

2. On appelle phonétique syntactique la phonétique des mots considérés non individuellement, mais comme faisant partie d'une phrase.

3. C'est-à-dire kou, cf. infra ; kii devrait être placé dans le troisième groupe.

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