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MASCULINS

Première classe.

Cette classe comprend les substantifs correspondant à. des substantifs masculins latins dont le nominatif singulier était terminé en -s (us). Ici il faut distinguer les cas sujets des cas régimes.

Singulier. Pluriel,

c. s. Li murs c. s. Li mur

c. r. Lo, le mur c. r. Los, les murs

Ainsi se déclinaient : chevals, an%, sers, cers, pre~ (de *pratus pour pratum), maïs, etc.

Se déclinaient de même les substantifs provenant de noms latins masculins terminés en -is : canis > cbiens, partis > pains, ou de noms latins masculins terminés en -x, comme rex, qui, devenu régis dans le latin vulgaire, a donné en a. fr. rets.

Enfin on déclinait sur ce modèle les mots comme pie^, lions, bues, qui proviennent de substantifs comme *pedis, *leonis, *bovis (lat. cl. pes, ko, bas).

Les infinitifs pris en fonction de substantifs suivent aussi cette déclinaison : li morirs, H repentirs.

Les mots comme ermites, prophètes, quoique correspon-

i . Une autre théorie veut qu'ils laient eue dès les débuts de la langue, comme les noms masculins dont nous allons parler: ainsi flors comme murs.

dant à des substantifs latins en -a, prennent s : ermites, prophètes.

Voici des exemples de ces divers cas.

Singulier, cas sujet : li bons chevals, li bons chiens ; cist chevals est chiers ; cist chiens est mais (méchant).

Singulier, cas régime : faim ce bon chien; je voi un grant cheval; je manjue ce bon pain.

Pluriel, cas sujet : hait sont li mur et les roches dures; cist cheval sont chier ; cist chien sont sage.

Pluriel, cas régime : j'ai veû ces mais chevals ; j'ai beù ce-i bons vins; vee^ (voyez) ce% gran^ murs.

EUXIEME CLASSE.

Singulier. Pluriel,

es. Li pedre (père) es. Li pedre

c. r. Lo, le pedre c. r. Los, les pedre s

Les substantifs de cette classe proviennent de masculins latins en -er de la 2e déclinaison (cul ter, cultri; liber, libri ; magister, magistri) et de masculins latins en -er, gén. -is, de la 3e : pater > pedre, frater > fredre, venter > ventre.

De bonne heure d'ailleurs ces substantifs prennent s au cas sujet singulier : li pedres, li coltres (couteau), // maïs très, etc.

Le cas sujet du pluriel correspond à un plunel en i du latin vulgaire: patri (analogie de mûri) au lieu de patres .

Imparisyllabiques .

Ces substantifs correspondent à des substantifs latins de la 3e déclinaison, dans lesquels l'accent n'était pas sur la même syllabe aux cas sujets et aux cas régimes : ex.

Ajîglade. — Grammaire élémentaire de l'ancien français. 6

82 Morphologie

imperâtor, imper at or em ; présbiter, presbiterum ; infans, infântem ; àbbas, abbâtis ; cantdtor, cantatôris, etc.

Singulier. Pluriel,

es. L'emperédre es. Li emperedôr

c. r. L' emperedôr c. r. Los, les emperedôr s

Singulier. Pluriel,

es. L'ancéstre es. Li ancessôr

c. r. L1 ancessôr c. r. Lar, fe$ ancessôr s

emperédre correspond à imperâtor

emperedôr imperatôrem

emperedôr * imper atôri

emperedôr s imperâtor es.

ancêstre correspond à *antecéssor

ancessôr *antecessôrem

ancessôr *antecessôri

ancessôrs *antecessôres.

Ainsi se déclinent, avec changement d'accent :

es. compàing c. r. compagnon

énfes enfant

âbes obéi (abbé)

nés, nies nevôt (neveu)

préstre prevéire, prevoire

pàstre pastôur (pasteur)

sire segnôur (seigneur)

gars garsôn.

Le mot sôror a donné au cas sujet suer, auj. sœur, et au cas régime singulier sercur < sorôrem. Pluriel: serôurs.

Un très petit nombre de noms communs féminins, comme none, ont un cas oblique nonain, dont l'origine est obscure. Pluriel : nonains. Cf. encore ante, antain (tante).

Beaucoup de noms propres de femmes ont aussi cette terminaison en ain : Eve, Evain; Pinte, Pintain (nom de poule dans le Roman de Renart); Berie, Bertain, etc. Il y a aussi dans cette classe quelques noms de rivières.

Un certain nombre de noms propres masculins présentent un cas oblique en -on dont l'origine est aussi obscure que celle des noms féminins en -ain.

Ex. : Aymes, Aimon.

Charles, Charlon.

Gui, Guion.

Hugues, Hugon, Huon.

Pierre, Pierron.

On a expliqué cette terminaison par un emprunt à la déclinaison germanique, où se rencontrent des accusatifs semblables à ceux-là : Hugo, Hùgun; mais l'accentuation est différente (a. fr. Hugues, Hugôiï).

Peut-être vaut-il mieux y voir un emprunt à une déclinaison mixte latine, mélange de la déclinaison en -tus comme Mucius, et en -io, comme Pollionem : d'où la déclinaison : Mucius — Mucionem (Mousson)1.

Quant aux noms propres féminins, il a existé en latin vulgaire une déclinaison en a, ànis : Valeria, Valeriânis, Valeriânem ; on trouve dans des textes du viie-viiie siècles des formes comme Maria, Mari 'ànis ; Elia," Eliânis ; de là viendraient les formes en -ain*.

On a fait entrer dans cette déclinaison les noms propres germaniques féminins en a, comme Berta.

i. Cf. G. Paris, Romania, XXIII, 3ai; Philippon, Romania, 1902, p. 201.

2. On trouve aussi, dans les textes de la même époque, nonnânes, nonnains.

8i MORPHOLOGIE

Changements phonétiques.

La présence de s, au cas sujet du singulier, ou au cas régime du pluriel, a amené dans certains mots un changement de la consonne finale du radical. Les exemples les plus connus de ce changement sont les suivants : nous rappelons ici quelques faits qui ont été traités en partie dans la Phonétique.

F disparait : cervus > cer(f)s, cers ; mais cerf au cas régime singulier. De même serons > sers, nervus > ners, mais serf, nerf au cas régime singulier ou au cas sujet pluriel. Ovîtm H- s donne ues (pour uefs), cas régime nef, plus tard œuf ; bovis (pour bos) donne au cas sujet bues, cas régime buef, plus tard bœuf. Le cas sujet pluriel est de même uef, buef.

T se combinait avec s pour donner ~ : portus > porz. N-hs donne n%: annus > anz ; l-\-s donne 1% : gentiiis > gentilz, filius > filz.

La présence de s dans les substantifs dont le radical était terminé par / a amené, au xne siècle, la vocalisation de l : chevals est devenu chevaus, chevels « capillus) est devenu cheveus, mais > ma us, etc. Dans les manuscrits cette finale us était représentée par un sigle qui ressemblait à x : on écrivait chevax, qui correspondait à chevaus ; dans la transcription on a ajouté x (qui déjà représentait us) à Vu représentant / vocalisée et on a eu au pluriel la forme moderne hybride chevaux, cheveux, travaux, etc.

Au xine siècle, chevals, chevaus, représentait aussi bien le cas sujet singulier que le cas pluriel régime.

Dans cheveu et clans quelques autres mots, comme chou, genou, où / a été vocalisée à la suite de l'addition de s, u est resté après la disparition de s. Ainsi sur chevels,

cheveus (c. s. singulier ouc. r. pluriel) on a formé cheveu; sur génois- genous on a formé genou .

Maintien du cas régime.

D'une manière générale c'est le cas régime qui a persisté dans la langue française : la déclinaison à deux cas s'est perdue de bonne heure.

A la fin du xme siècle les cas régimes se substituent aux cas sujets et à la fin du xive siècle ce processus est terminé.

Parmi les imparisyllabiques, quelques-uns se sont maintenus au cas sujet et au cas régime : sire et seigneur ; pâtre et pasteur (mot savant plutôt); maire, majeur; copain, compagnon .

Pour les restes du cas sujet, cf. supra, p. 78.

On distingue deux classes dans les adjectifs : la première correspondant aux adjectifs latins terminés en -us, -a, -um, l'autre correspondant aux adjectifs en -is.

Dans la première catégorie les formes du féminin et du masculin suivent respectivement la déclinaison des noms masculins et féminins : fém. boue, masc. bons.

Le neutre se maintient quelque temps au singulier et se reconnaît à l'absence de s : bon, cler.

Première classe.

Singulier.

es. bons

bone

bon

c. r. bon

bone

bon

Pluriel.

es. bon bouts

c. r. bons boues

Ainsi se déclinent les adjectifs provenant d'adjectifs latins en -us, a, um, les participes passés et les adjectifs non dérivés du latin : bons, maïs; blancs, francs; ame^, chante^ « amatns, cantatus), etc.

Les adj ectifs provenant d'adjectifs latins en -er, ri (comm e asper, asperï), ne prennent pas au début s flexionnelle au cas sujet masculin singulier.

Singulier.

aspre aspre aspre

r. aspre aspre aspre

Pluriel.

es. aspre aspre s

c. r. aspres aspres

Ainsi se déclinait altre (et même pauvre, qui n'appartenait pas en latin à la même déclinaison).

Mai- de bonne heure ces adjectifs prennent par analogie s flexionnelle au cas sujet singulier : aspres, pauvres, al 1res.

Deuxième classe.

Singulier.

es. gran^

grant

grant

c. r. grant

grant

grant

Pluriel, m. f.

es. grant gran%

c. r. gran^ gran%

Ainsi se déclinent : for% «fortis), ver% (<C viridis), mortels, tels, quels; leials, reials ; vaillan^, et surtout les participes présents: aman%, chantant portatif, etc.

On disait donc : uns gran^ cheval^, mais une grant femme, grant route; uns cheval^ bien portant, mais une femme plorant, et, au pluriel, des femmes ploran^, vaillan^ (cas sujet et cas régime), etc.

Ce qui frappe le plus dans cette deuxième classe d'adjectifs c'est la forme féminine sans e : grant : on disait grant femme, femme fort, tel femme, tel terre, terre royal, terre fort, etc.

Mais de très bonne heure les formes féminines prirent e : on trouve déjà grande dans la Vie de Saint Alexis (ann. io^o); forte existe au xnc siècle; verte se trouve dans la Chanson de Roland. En général cependant ces anciennes formes féminines se sont maintenues pendant la période du moyen français (xive-xve s.). Au xvie siècle il ne restait de cet ancien usage1 que quelques traces qui se sont maintenues jusqu'à nos jours.

Ainsi : grand mère, grand route, grand messe, grana garde; noms propres : Rochefort, Grandmaison ; au xvme s., lettres royaux ; fonts baptismaux. Enfin les adverbes en ■ment se rattachent à des formes anciennes : constamment renvoie à constant ment, prudemment à prudent ment ; des formes comme fortement étaient au moyen âge forment (<ifort ment). Cf. plus loin la formation des adverbes.

i . Ainsi que des formes féminines en -ans des participes présents au pluriel.

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