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CHAPITRE IV CONJUGAISON

La langue française étant, comme les autres langues romanes, une langue analytique, a mieux distingué que ne le faisait le latin les éléments de la pensée.

Ainsi pour le passif le latin se contentait de la forme amor, cantor : le français dit : je suis aimé, chanté, etc.

Là où le latin disait amavi, amaveram, le français, employant une formule analytique, dit : j'ai aimé, j'avais aimé, et ainsi de suite pour les temps composés ou surcomposés. Le passé est marqué par le participe : la personne, le nombre et le temps sont marqués par l'auxiliaire.

Le futur roman est remarquable par sa formation. On disait, en latin vulgaire : habeo amare, habeo canlare avec le sens de : j'ai à chanter, je chanterai. On a dit ensuite : amare habeo, cantare habeo, d'où j'aimer-ai, je chanter- ai.

La formation du conditionnel est de même nature : seulement ici l'auxiliaire est à l'imparfait : cantare habebam, amare habebam > j'aimer[av]ais, je chanter[av\aisx .

Au subjonctif l'imparfait a été formé du plus-que-parfait latin : amavissem (pour amarenî), amassent, que j'aimasse.

L'ancien français avait un gérondif, qui se confondait

i. Cf. plus loin (p. 109) des explications plus détaillées.

souvent avec le participe présent, mais qui s'en distinguait en ce quïl était invariable : je vais chantant.

Division des conjugaisons.

On divise les conjugaisons en conjugaisons vivantes et en conjugaisons mortes ou archaïques.

Les premières sont : la conjugaison en -er et la con jugaison en -ir inchoative.

La conjugaison en -ir non inchoative, les conjugaisons en -oir et en -re forment les conjugaisons archaïques.

Les conjugaisons vivantes offrent des paradigmes réguliers, applicables à tous les verbes de la même conjugaison . Les conjugaisons mortes forment une série de conjugaisons, avec des différences très sensibles d'un groupe de verbes à l'autre.

Aujourd'hui la conjugaison en -er est la seule vivante. Elle comprend la plus grande partie des verbes. Ces verbes proviennent de verbes latins en -are, ont été formés avec des noms ou sont d'origine savante (comme rédiger, colliger, affliger, appréhender, etc.).

La conjugaison en -ir inchoative comprend des verbes provenant de verbes latins en -ire et des verbes formés avec des adjectifs : riche, enrichir ; pâle, pâlir; rouge, rougir; sage, assagir, etc. Il y a aussi un assez grand nombre de verbes provenant du germanique : choisir, rôtir, saisir, fourbir, fournir, etc.

La conjugaison en -oir comprend des verbes provenant de verbes latins en -ère; la conjugaison en -re des verbes provenant de verbes latins en ±ere, c'est-à-dire accentués à l'infinitif sur l'antépénultième ou troisième syllabe en partant de la fin du mot.

Plusieurs verbes avaient changé de conjugaison en latin vulgaire : saper i devenu saper e a donné savoir ; câdère

devenu cadêre a donné cheoir, choir. Les infinitifs comme velle, posse étaient devenus vol(re, pot^re, d'où vouloir et pouvoir .

Rôle de l' accent.

Il faut distinguer dans les conjugaisons les formes accentuées sur le radical des formes accentuées sur les terminaisons.

Aux formes accentuées sur le radical (présent de l'indicatif et du subjonctif, i, 2, 3 p. sg., 3 p. pi.; impératif, 2 p. sg.) peuvent se produire des changements dus aux lois de la phonétique. Ainsi 0 ouvert (0, 0) se diphtongue en ue sous l'accent et ne se diphtongue pas en dehors de l'accent. On a ainsi, pour trouver, que l'on rattache à un *trçpo hypothétique, les formes suivantes :

au début : plus tard :

Trôpo je truef, treuve

Trôpas tu trueves, treuves

Trôpat il trueve,^ treuve

Tropâmus n. trovôns, trouvons

Tro Pâtis v. trové^ trouve^

Trôpant il truevent, treuvent

Au subjonctif présent : q. je trueve, q. n. trovôns.

Voici d'autres exemples où les règles phonétiques sont appliquées.

J' airrù

n. amons

tu aimes

v. ame^

il aime(t)

il aiment

Je sai

n. savons

tu ses

v. save%

il set

il sevent

A accentué suivi de m donne ai; cf. supra, p. 12.

Alternance de è (accentué) et de e.

Latin lavo, je lave.

Je lef n= lavons tu lèves v. Jave% il lève(t) il lèvent

Alternance de i et de ei-oi.

Je pri1 (lat. précor) n. preions, proions tu pr/w Y. preie^j proie^

il prie(t) il />n>«/

£ ouvert tonique non suivi de c, ^ se diphtonguait en ie; atone il devenait e.

On avait ainsi pour ferir, quérir, etc.

je yfor, g///Vr n. ferons, querons

tu yz£rj\, gttfirs v. /^'^, £//£rq; il y^r/, ^wzVr/ il fièrent, quierent

Subjonctif présent : q. je fiere, q. je quiere; q. a.feriens, q. n. q aériens, etc.

Alternance ci-oi, e.

Je po/'j- (lat. *pisd) n. p^wwj-

tu /xwj« v. pese%

il /)(?wd/ il poisent

Subjonctif présent : q. je pois, poises, poist; q. n. pesons, etc.

Ces alternances étaient très nombreuses dans l'ancienne langue; on avait : je pruef, nous prouvons ; je pleure, n. plourons ; j'uevre, n. ouvrons, etc.

La langue, à cause de son besoin d'unité, a cboisi en

i . E ouvert accentué -}- c donne i : avant l'accent e -+- c donne ci, oi.

général une seule de ces formes; rarement elle les a gardées toutes les deux ; elle a créé alors deux verbes différents. Ainsi : charrier et charroyer, dévier et dévoyer, plier et ployer (cf. infra déjeuner et dîner).

Dans certains verbes comme *adjutare, *parabolare, *disjejunare, les changements étaient plus importants : on disait : je parole, tu paroles, il parole; n. parlons, v. parlé^, ils paraient. On disait également : je déjeune; nous dinons, v. dine^, il déjeunent i. Tous ces changements sont dus au déplacement de l'accent tonique.

Il nous reste encore, dans la conjugaison moderne, des exemples assez nombreux de ces variations du radical, surtout dans les conjugaisons archaïques : je tiens, nous tenons; je veux, nous voulons; je peux, nous pouvons ; je viens, nous venons; je conquiers, n. conquérons, etc.

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