PREMIÈRE CONJUGAISON VIVANTE
Conjugaison en -ER.
Indicatif. Présent.
Je chant n. chantons
tu chantes v. chante^
il chantet il chantent
Remarques. — ire personne du singulier. Les verbes dont le radical était terminé par deux consonnes qui avaient besoin d'une voyelle d'appui ont eu e final dès le début : je trembl-e, je sembl-e. Au xme siècle la plupart des autres verbes ont pris cetf. Cependant jusqu'au xvie siècle on trouve des formes comme jepri, quand le radical n'était pas terminé par une consonne.
i. Plus exactement: je dején ; il dejœnent ; n. dinôns, v. dinéz.
2e et 3e p. sg. Depuis les origines la 2e personne n'a pas varié. La 3e a perdu le t au xne s.
Pour la ire p. plur. on a au début -ornes (picard), -om, um (normand) et -ans. C'est probablement à sons (de être) que remonte cette dernière. Sons avait un doublet sorties qui est resté pour le verbe être, tandis que sons a servi aux autres conjugaisons.
Chante- représente au début cbantets (x=ts en a. fr.). Depuis longtemps ~ s'est amuï, au moins devant consonne.
Imparfait. — L'imparfait se présente sous trois formes : je chantève < lat. cantabam; je chantoe, chantoue, même origine; je chanteie, chantoie ; cette dernière forme, qui est postérieure aux autres, a seule survécu dans la langue littéraire.
Je chant-eie, oie n. chant i-iens
tu chant-eies v. chanti-ie^
il chant-ciet il chant-dent
Voici l'explication de ces formes : -eic renvoie à une désinence latine -e'a(m), provenant de -êbam par chute du b. On suppose que cette forme s'est développée d'abord dans l'imparfait des verbes suivants, très usités pour des motifs d'ailleurs très divers : habebam, debebam, vivebam, bibebam, qui sont devenus habe'a, debéa, vivêa, bibça, d'où ai'eïe, deveie, viveie, beveie. Cet imparfait a donc été emprunté par la ire conjugaison. Au xiie siècle -oe, -oue est remplacé par -eie, puis par oie (fin du xne s.). La terminaison de chant-oie, qui comptait à l'origine pour deux syllabes, devient monosyllabique au xvie s., où l'on écrivait chantoie et chantais. Au xvne la ire personne du singulier prend régulièrement s ; à la fin du xvme s. on écrit chantais.
La ire et 2e p. pi. sont empruntées à des formes dérivées de -ebdmus, -ebâtis (et non -abamus, -abatis de la
ire conjugaison latine). Ces formes sont devenues e-âmus, e-âtis, puis -i-iens, i-ie^, en deux syllabes au début. -Liens devenu -iens (monosyllabique) a été remplacé de bonne heure par -ions (influence de la désinence -ans de l'ind. prés. ire p. pi.).
Parfait1.
Je chantai n. chantâmes
tu chantas v. chantastes
il chantât il chantèrent
Remarque. — ire p. sg. Chantai représente le latin canta(v)i. A la 3e p. chantât n'est pas le représentant phonétique régulier de cantavit : il y a là sans doute une influence analogique du verbe avoir : ai, as, a(t). La ire p. plur. (lat. cantâvimus) ne devrait pas avoir s en a. fr. et un accent circonflexe dans l'orthographe moderne : s provient par analogie de la 2e p. pi. chantastes. A la 3e p. pi. on rencontre des formes en -arent : chantarent. On sait que ces formes se trouvent encore dans Rabelais.
Futur et Conditionnel. — Nous nous sommes occupé déjà de leur formation. Le futur est formé à l'aide du présent de l'indicatif du verbe avoir avec suppression de av au pluriel (ire et 2e p.) : chanter-ai, chanter-as, chanter-a; chanter-ons, chanter-e^, chanter-ont.
Le conditionnel est formé de même avec l'imparfait fait de avoir, aveie, et suppression du radical av.
Je chanter -eie n. chanter-tiens, chanterions
tu chanter-eies v. chanter-iie^, chanteriez il chanter-eiet il chanter-eient .
i . Prétérit ou Passé simple.
Les transformations de ces désinences sont les mêmes que celles de l'imparfait.
Le futur et le conditionnel se présentent, dans certains verbes, sous une forme contracte : cette contraction se produit dans les verbes dont le radical est terminé par r ou par n : je fuirai pour jurerai ; $ enterrai pour entrerai ; je donrai — dorrai pour donnerai ; je mettrai, mer rai pour mènerai, etc.
Impératif. — Chante ; chantons, chante^.
Chante représente régulièrement l'impératif latin conta; chantons, chante^ sont des formes empruntées au présent de l'indicatif, ou peut-être au présent du subjonctif.
Subjonctif. Présent.
Que je chant que n. chantons
que tu chanz que v. chante^
qu'il chant qu'il chantent
Ce sont là les formes les plus anciennes. Les formes en e, es, et (que je chante, que tu chantes, qu'il chantet) ont été empruntées aux autres conjugaisons où cet e provenait de a latin : vendam > que je vende.
Au pluriel -ons, -e\, formes de l'indicatif, ont survécu jusqu'au xvie siècle. Il existait dans les dialectes de l'Est (Reims, Namur, Metz) une forme en -iens, -ie\ provenant de la conjugaison latine en -io {iens vient de -iamus, -ie{ de -iatis ; serviamus > serviens, serviatis > servie^). Cette désinence a influencé la forme -ons ; de là vient la forme actuelle -ions, qui est ancienne, mais qui n'a triomphé qu'au xvie siècle.
On trouve des formes comme portie (que je porte),
CONJUGAISON iil
demorge (que je demeure), don je (= que je donne). Ces formes ont été faites sur le modèle de morje, vienje, fierge, où le j-g provient de -iam latin avec consonification de i.
Subjonctif. Imparfait.
Que je chantasse que n. chantassons
que tu chantasses que v. chantasse^ qu'il chantast qu'il chantassent
Ces formes représentent assez régulièrement les formes latines cantassem, cantasses, etc., pour cantavissem.
La ire et la 2e p. pi. ont les désinences du subj. prés. Elles sont devenues ensuite chantass-/cw5, chantass-/^ sous l'influence de la même analogie.
L'ancien français a eu aussi, au pluriel, des formes en -issions, -issie^, empruntées à la 2e conjugaison vivante: que n. amissions, q. n. partissions , q. v. partissiez; q. n. gar dissions, tardassions, etc., comme q. n. flor issions, etc.
Encore au xvie siècle Rob. Estienne conjuguait : que j'aimasse, que nous aimissions. Palsgrave admet le même paradigme.
Infinitif. — Chant-er. L'infinitif est en ier dans les nombreux verbes où -are latin est en contact immédiat avec un i, un c ou un g qui précèdent, ou même quand ce contact n'est pas immédiat et que les voyelles ou consonnes palatales se trouvent dans la syllabe qui précède. Ex. : irier, jugier, vengier(judicare, vindicare), aidier, empirier, despoil lier, travail Hier, pechier , peschier .
On trouve encore cette diphtongaison en il aux formes suivantes : présent de l'indicatif, 2e p. pi. et prétérit, 3e p. pi. (vengie^, vengièrent).
il2 MORPHOLOGIE
Participe passé. — Chantet, ehantede Ç>cantatum, cantatam).
Le participe est en -iet, -iede quand l'infinitif est en ~ier. En picard -iée du féminin se réduit à -te : despoillie, tra-
i a il lie, vengie.
Participe présent. — Chantamf.
Gérondif. — Chantant : invariable.
Irréguliers.
Aller. — Ce verbe a trois radicaux provenant du lat. ire, vadere et probablement ambulare. Ire prête son radical au futur-conditionnel ; vadere à quatre personnes de l'indicatif présent, à une de l'impératif (et aussi dans l'ancienne langue au subjonctif présent).
Ind. prés. Je vois (et vai), tu vas, vais, il voit, va; n. alotis, v. ale%, il vont.
Fois ne peut pas venir de vado : il correspond à vado -(- is, ce dernier élément étant peut-être emprunté à des formes comme conois < cognosco, fiais < nascor. Vois est remplacé petit à petit par la forme vais analogique de la 2e et 3e p. sg. Vais triomphe au xvie siècle.
La 2e et la 3e p. sg., vais et voit, paraissent analogiques de fais, fait. Impératif: va (déjà sous cette forme dans des inscriptions latines) : alons, ah\.
Subj. prés. : que je voise, q. tu voises, qu'il voise ; q. n. aillons, q. v. ailh\, qu'il voisent. Il y avait aussi, au présent du subjonctif, un paradigme avec / mouillée à toutes les personnes, qui s'est maintenu en partie : que ) aille, ailles, aillet ; aillions (auj. allions), ail- //>- (auj. alliez), aillent. On avait enfin d'autres formes de subjonctif présent comme alge et auge.
i. Se décline comme forz, granz.
Ester. — Ind. prés. Estois, estas, esta; n. estons, este%, estont. Estais est aussi difficile à expliquer que vois ; il y a eu sans doute une influence analogique, sans qu'on puisse préciser quelle est cette analogie.
Subj. prés. Estoise, esîoises, estait. Impér. Esta; este^.
Parfait. Estai, as, a, comme aimai, chantai. On a aussi une autre forme se rattachant au latin vulgaire *stetui pour steti : 'festui, tu esteûs, il estut; il esturent. L'imparfait du subjonctif est estasse ou esteiisse, suivant qu'il est fait sur la première ou sur la deuxième de ces formes.
Doner. — Ce verbe est régulier ; cependant on trouve doins (< don(i)o-{-s) à l'indicatit présent (irc p. sg.) et par suite doinse, doinses, doinst — doint aux trois personnes du singulier du subjonctif présent : cette 3e personne du singulier doint s'est conservée jusqu'au xvne siècle dans des formules comme : Dieu vous doint. Au futur on trouve : douerai, donrai et dorrai.
Les verbes prouver et trouver avaient à l'indicatif présent, ire p. sg., des formes irrégulières comme je pruis, je truis et, au subj. prés., i p. sg., q. je truisse, priasse.
Envoyer et renvoyer avaient, au futur, une forme populaire envoyerai\ qui a survécu jusqu'au xvme siècle. La forme enverrai, renverrai est aussi ancienne, et peut-être plus. Elle est d'ailleurs difficile à expliquer, au point de vue phonétique.