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PARFAITS FORTS DE LA CONJUGAISON EN -RE

Parmi les parfaits les plus importants de cette classe, citons d'abord les plus usuels, se rattachant aux parfaits latins en -si, -xi (je mis; je pris; je dis, etc.) et aux parfaits en -i, comme fec-ï ; voici d'abord les paradigmes :

Je fis je pris

tu fesis 1 tu presis

il fist il prist

n. fesimes n. presimes

y. fesis tes v. presis les

il fi(s)rent il pristrent

Fis correspond à une forme fin pour fecî du latin vulgaire; pris vient de *prisi pour prendidi.

Sur pris se conjuguent : je mis, tu mesis (mettre); je dis, tu desis ; je quis, tu quesis (quérir), etc.

L'évolution de ces formes est la suivante : probablement par suite de dissimilation s intervocalique disparut de bonne heure dans les formes faibles fesis, fesimes, fesistes, qui devinrent fe-ïs, fe-ïmes, fe-ïsies et se maintinrent ainsi pendant la période du moyen français (xivexv8 s.). Cet hiatus interne (fe-ïs) disparaissant, on eut les formes^ finies, fisîes, ou plutôt les formes feis,feimes, feistes, où la pseudo-diphtongue ei% est, au xvie siècle, une pure survivance orthographique.

i. Nous rappelons que dans les paradigmes des parfaits les formes faibles sont en italiques.

2. Au xvie siècle on écrivait: je feis, tu feis, n. feimes, mais on prononçait^, fîmes.

Asglade. — Grammaire élémentaire de l'ancien fiançais. 9

De même presis, presimes, mesis, mesimes, devenus pre-ïs, pre-ïmes, me-'is, me-tmes, puis prêts, preimes, mets,

meimes ont abouti aux formes actuelles pris, primes, mis, mîmes, etc.

Le même processus a eu lieu dans le radical de l'imparfait du subjonctif, qui était le suivant :

Que jefesisse plus tard (fe-ïsse, fisse)

que \ufesisses (fe-ïsses, fisses)

qu'il fesist (fe-ïst, fist)

que n. fesissons, iens, ions ( fe-ï s sions, fissions)

que v. fesisse-, xe\ (fe-ïssie^, fissiez)

qu'il fesissent (Je-ïssent, fissent)

On avait de même : que je presisse (pre-ïsse, prisse) ; que je mesis se (ine-ïsse, misse): que je desisse (de dire), que je quesisse (de quérir), etc., etc.

Voici les autres temps de dire, faire.

Dire. — Ind. prés. : je ai, tu dis, il dit; n. dîmes, v. dites, il dient. Imparf.: je diséie. Parf.: je dis, tu desis, il dist, etc. Subj. imparf. : que je desisse (de-ïsse, disse). Subj. prés.: que je die, dies, die; que nous diiens, dions, q. v. diiei, die;, qu'il dient. Le radical dis-, qui se trouvait dans je diseie, a remplacé le radical di- au subjonctif présent. Mais la forme die a survécu longtemps.

Faire. — Ind. prés.: je/#~, in fais, il fait; n. j 'aimes, v. faites, 'A font. Imparfait : ]efesoie. Futur: ferai. Conditionnel : /tTt7>. Subj. présent: que je fasse, face; que nous fassiens, faciens, etc.

Rire faisait aussi, au parfait, je ris, tu resis, il fist ; n. resimes, il rirent, et, à l'imparfait du subjonctif, q. je r est s se.

Cuire, Détruire, Duire (conduire, produire, etc.), Luire.

Le parfait était le suivant (duire) :

Je duis

n. duisimes

tu duisis

v. duisis tes

il duist

il duistrent

On conjuguait de même : je luis, tu luisisjje destruis, tu destruisis; je construis ; je cuis, tu cuisis, etc. Depuis le xme siècle il existe pour ces verbes, sauf pour les défectifs, un parfait faible, qui est le parfait actuel : je conduisis.

Pour Nuire, cf. infra parfaits forts en -ui.

Conclure, Exclure font, au parfait, conclus, concluais, etc. Mais ils se sont assimilés de bonne heure aux verbes à parfait faible en -us : d'où les formes actuelles : je conclus, tu conclus.

Tordre et Mordre avaient dans l'ancienne langue des parfaits forts: je tors, tu torsis, il torsî; n. torsimes, etc. Ces parfaits ont été remplacés, à la fin de la période de F ancien français, par les parfaits faibles actuels : je tordis, je mordis, avec le radical du présent mord-, tord-.

Sourdre avait de même un parfait : je sors, tu sorsis, il sors t.

Prendre, dont nous avons étudié le parfait, voit nd réduit à n, aux trois personnes du pluriel de l'indicatif présent, au subjonctif présent, à l'imparfait de l'indicatif et au participe présent. Le radical avec nd 1 a existé dans l'ancienne langue, mais a fait place de bonne heure au radical réduit à n. Àusubj. présent on avait preigne, par analogie de plaigne, ceigne, etc. La forme actuelle prenne est empruntée au radical de l'indicatif présent (pluriel) et est relativement récente.

i. Nous prendcns ; je prendeie, etc.

Clore. — Ind. prés.: do, dos, dot ; n. doons, v. doez^, il doent (auj. ils é-dos-ent). Parfait: je dos, tu closis. il dost, etc.

Ce sont surtout les verbes en -aindre, -eindre, -oindre, qui ont subi des tranformations importantes au parfait. On conjuguait leurs parfaits, qui étaient forts, sur le paradigme suivant :

Je plains (lat. planxï) n. plainsimes tu plainsis v. plains istes

il plainst il plainstrent

De même : je ceins, tu ceinsis, il ceinsî ; je feins, tu feinsis, \\ feinst. Je /Vww, tu joinsis, Wjoinst.

La forme actuelle faible, je plaignis, je joignis, je /«p«I5, est relativement récente (fin de la période de l'ancien français, xine-xi\e s.).

La plupart de ces verbes ont eu aussi une forme de radical terminé en d au parfait, comme je plaindis : elle disparait pendant la période du moyen français.

Craindre. — Ce verbe avait trois parfaits : un pariait fort en -s (je crens, tu crenùs, il crenst); deux parfaits faibles, L'un en -ni, -us (je cremui, tu cremus, etc.), l'autre en-/ (je cremi-(s), tu cremis, etc.). La forme craignis, analogique, a supplanté les trois autres. Part, passé: creniu.

Ind. prés.: je cricm\ tu criens, il crient; n. crânons, v. :renu\, il criement. Imparf. : je cremeie. Infinitif : criembre, criendre, et, par analogie des verbes en -aindre, craindre • d'où la conjugaison actuelle, semblable à celle de plaindre.

Querre. — Cf. quérir. Ind. prés.: je quier; n. querons. Parfait: je quis, tu quesis, il quist, etc. Subj. imparfait:

que je que si s se.

i. Lat. vulg. *crémo pour lat. cl. tremo.

Traire1. — Ind. prés.: je frai, trais, trait; traions, trai-ie^, traient. Subj. prés.: que je traie. Parfait: trais, traisis, iraist ; n. traisimes, etc. Part, présent: traiant. Part, passé : trait.

Ecrire avait deux parfaits : 'fescris, tu escresis, etc., parfait fort (du Jatin scripsi, scripsistï), et j'écrivis, tu écrivis, etc., parfait faible.

Parfaits en -UI, -US

Ces parfaits correspondent à des parfaits latins (latin vulgaire ou latin classique) en -ni. Ils sont propres surtout aux verbes en -oir. Voici les principaux verbes en -re qui présentent ces parfaits : nous donnons en même temps les formes des temps principaux.

Boire. — Ind. prés. : je boi (et boif), tu bois, il boit; n. bevons, v. beve^, il boivent. Imparfait: je beveie. Subj. prés. : que je boive. Ancien futur : bevrai, plus tard buvrai; boirai a été refait sur l'infinitif.

Parfait : je but, tu be-ùs, il but ; n. be-ùmes, v. be-ùstes, il burent. Subj. imparf. : que je bc-ùsse. Part, passé : be-ii (lieu, bu).

Croire. — Ind. prés.: je croi, tu crois, il croit; n. créons, y. créez, il croient.

Imparf. : creeie. Subj. prés.: que je creie — croie, etc. Futur : crerai, devenu croirai sous l'influence du radical accentué du présent de l'indicatif croi ou de l'infinitif.

r . Ce verbe avait dans l'ancienne langue le sens de tirer.

i. La transformation de bevons, bevez en buvons, buvez s'explique sans doute par l'analogie du radical bu, du parfait et du participe passé, ou peut-être par une raison de phonétique.

13i MORPHOLOGIE

Parfait : je cruix, tu cre-iïs, il crut ; n. cre-umes, v. ère-listes, il crurent-. Subj. imp.: q. je cre-ùssc. Part, passé: cre-ii (crcu, cru). Part, prés.: créant (plus tard croiant, croyant, avec emprunt du radical croi ; cf. mécréant).

Lire. — Incl. prés. : je II, tu fry, il ///; n. lis-ons, v. //V-£~, il lis-ent. Le radical //j- du pluriel est peu régulier au point de vue phonétique; de même le radical de l'imparfait de l'indicatif et du présent du subjonctif. Peutêtre y a-t-il eu influence de dire (imparf. : dis-eie; part, prés, dls-ant).

Il a existé deux parfaits, un en -s, l'autre en -us*.

i° Je lels, tu leisis, il leist ; n. leisimes, v. Jelsistes, il leistrent.

2° Je lui, tu le-iis, \\lut ; n. le-ùmes, v. le-listes, il lurent.

Subj. imparf.: q. je le-isse et que je le-iisse.

Part, passé : feff, lit; le-lit, leu, lu.

Nuire (autre infinitif nuisir) faisait au parfait dans l'ancienne langue : je nui, tu no-iïs — ne-iïs, il mit; n. no-iimes — ne-âmes, no-ùstes — ne-listes, il mirent. C'est un parfait fort en -ni ; il s1est assimilé au parfait des verbes en -duire (pro-dulre, con-duire) : je nuisis; il est aujourd'hui peu usité.

Plaire, Taire. — L'ancienne langue connaissait aussi les infinitifs plaisir, taisir.

Parfaits : je phi, tu plo- fis (pie-lis), il pleut; n. ph-iimes (ple-iimes), v. plo-iistes (pie-listes), il pleurent.

Je toi, tu to-£j (te- lis), il ftîitf; n. to-iimes, v. to -listes, il t durent.

i. On trouve aussi un parfait faible : je ere-f, tu cre-is. etc. Oui vient d'ur.e forme barbare *credui. pour credidi.

2. Tous deux renvoient à des formes du latin vulgaire: leis se rattache à *leaM (pour Zc^i), frn à *legui. Au participe, Zeà représente lectum, leiii *legutum.

CONJUGAISON i3o

Subj. imparf. : que je plo-iïssc (pie- tisse, d'où plusse); que je to-ùsse (te-ûsse, tusse).

Part, passé : plo-ùt (plus tard ple-ti, plu) ; to-ùt (te-ii, tu).

Ind. prés. : je pla.%, tu plais, il plaist ; n. plais-ons, v. plais-e^, il plais-ent. Subj. prés.: que je p/arc; q. n. placions, q. v. placier, qu'il placent. Le radical p/atr- a été généralisé; de même pour taire, qui se conjugue comme plaire.

Paître. — Parf. : je poi, tu po-iïs, il pont; n. po-ùmes, v. po-ustes, il pôurent. Subj. imp. : q. je pousse. Part, passé: ^o-# (pew, puis pw; cf. r£p«).

Connaître (ancienne forme Conoistre) . — Parf. :']econui, tu cone-ùs, il conut ; n. cone-iimes, v. cône-listes, il conurent. Imp. du subjonctif: q. je cone-iisse. Part, passé: £0«£», «WM. Ind. prés.: je conois ; n. conoissons.

Croître. — Parfait : je <;n/(, tu cre-tis, il m*/; n. «?- «me*, v. cre-iistes, il crurent. Imp. du subjonctif: q. je cre-ùsse. Part, passé : cre-w, <rr/7. Ind. prés. : je crm — crois (< cresco); n. creiss-ons, croiss-ons.

Paraître (ancienne forme Paroistre). — Parfait faible (par ni, parus, etc.), propre à paroir; voir plus loin cette forme.

Les verbes en -oir correspondent en général aux verbes latins de la conjugaison en -êré*.

ii Luire, nuire, moindre renvoient aux formes suivantes du la Lin vulgaire, où ces verbes avaient changé de conjugaison : lûcere, nôcere, rnânere. Lucére, nocere, montre ont donné régulièrement luisir, nuisir, manoir ; place re a donné plaisir, plâcere a donné plaire.

La conjugaison des verbes en -oir est la plus irrégulière, parce qu'elle est la plus archaïque. Elle ne contient guère que seize verbes simples, dont la plupart sont défectifs. Les verbes usuels avoir, devoir, pouvoir appartiennent à cette conjugaison.

La plupart de ces verbes ont conservé aux temps du présent de l'indicatif (et quelquefois du subjonctif) des radicaux différents, suivant qu'ils sont accentués ou atones : je veux, nous voulons ; je dois, nous dev-ons ; je reçois, n. recevons ;je sais, n. savons ; je peux, n. pouvons; autrefois je voi, n. vems ; je chiet (je tombe), n. cheons, etc.

Les participes passés de ces verbes sont en -u, correspondant au latin -ut uni : eu, chu, dû, fallu, valu, ivulu, etc. ; cf. cependant sis < lat. vulg. * sïsum.

On distingue les verbes de cette conjugaison d'après leurs parfaits.

i° Verbes a parfait faible : parfaits en -ni, us.

2° Verbes a parfait fort.

a) Provenant de parfaits latins en -i.

b) — — en -si.

c) — — en -://'.

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