‹ Grammaire élémentaire de l'ancien françaisChapitre 53 sur 121 · Sous-entendu : espede · texte numérisé non relu

Sous-entendu : espede

leurs placé après cui, ne prend pas ordinairement d'article.

Ex. : Godefrois, cui anme soit sauvée.

{Roman de Bauduin de Sebourc, XXV, 64.) Godefroy, dont l'âme soit sauvée !

Je ving au conte de Soissons, cui cousine germainne favoie espousée. (Joinville, 238.)

On trouve encore dans Joinville des exemples comme le suivant : le roi de France cui cosins il ère (4 i e); en cui garde (112 g), etc.

Article devant les superlatifs. — Quand le superlatif formé avec plus, moins, mieux se trouve après le substantif (ou un pronom), l'article est généralement omis. Il en est de même pour les superlatifs des adverbes.

Ex. : Ad un des por% qui plus est prés de Rome.

(Alexis, 196.) A un des ports qui sont le plus près de Rome. Par les sain^ que Dieu a plus ame^.

(Aimeri de Narbonne.) Par les saints que Dieu a le plus aimés. Ce fut cil qui plus noblement arriva. (Joinville, i58.)

On disait de même : plus tost qu'il pot = le plus tôt qu'il put1.

Au xvie siècle on hésite entre l'emploi de l'article devant les superlatifs de ce genre et son omission. Du Bellay dira indifféremment :

L'enfant cruel de sa main la plus forte. (I, 11 5.) Car le vers plus coulant est le vers plus parfait. (II, 69.) C'est la beste du monde plus philosophe.

(Rabelais, I, Prol.)

1. On lit dans Villon : Passez-vous en mieulx que pourrez. {Grand Testament, 346.)

Au îviie siècle les exemples de cette construction sont encore abondants1.

Ex. : Mais je vais employer mes efforts plus puis sans.

(Molière, Etourdi, V, 7, 1889.) Le remède plus prompt où j'ai su recourir.

(Molière, Dépit amoureux, III, 1780.)

Après i65o, sous l'influence de Yaugelas, la répétition de l'article est de règle.

Article devant les adjectifs possessifs. — Les adjectifs possessifs accentués prenaient ordinairement l'article : la meie mort; li miens fredre; li s uens parente^, etc. Cf. infra Pronoms et adjectifs possessifs.

Article avec les noms de nombre. — La construction Des trois les deux sont morts (Corneille) date de l'ancienne langue, où l'article « est de rigueur devant un nombre désignant une partie déterminée d'un tout2 ».

Ex. : Des do^e pers les dis en sont ocis. (Roi., i3o8.) Sur les douze pairs dix sont morts.

Et tuit nostre homme sont si las, par ma foi, Que une femme ne valent pas li trot.

(Aitncri de Narbonne.) Li dui tournoient les testes arieres et li ainsne^ aussi.

(Joinville, 526 c.)

Deux tournaient leurs têtes en arrière et l'aîné aussi.

Ensi fut devise^ li assau% que les trois batailles des set

garàeroient Yost par defors et les quatre iroient à

V assaut. (Villehardouin.)

L'assaut fut ordonné ainsi : trois corps sur sept

garderaient l'armée contre une attaque du dehors

et quatre iraient à l'assaut.

Page 1