Cf. Haase, Synt. jr
verbes à forme ou à sens attributifs : être, devenir, paraisse, s'appeler, avoir nom, se faire, etc.
Ex. : Jo ai nom Charlemagnes. (Pèlerinage, 307.) Quand Rollan^ veit que bataille sera Plus se fait fiers que leon ne leupart. (Roi., 11 10.) Quand Roland voit qu'il y aura bataille, il se fait
plus fier que lion ni léopard.
Li Empereres se fait e bal^ e lie^. (Roi., 96.) L'empereur se fait joyeux et content.
La voldrat il crestiens devenir. (Roi., i55.) La il voudra devenir chrétien.
Voici l'attribut au cas-régime :
Uns Sarra7ins... sefeinst mort. (Roi., 2276.) Un Sarrasin... se feignit mort, fit semblant d'être mort (lat. Unus... se finxit mortuum.)
C'est l'existence du cas-sujet et du cas-régime qui permet à l'ancienne langue une très grande liberté dans l'ordre des mots.
Substantifs attributs. — Dans l'expression c'est une bonne chose que la paix, la paix forme le sujet réel, comme on le voit dans la tournure suivante, qui a le même sens : la paix est une bonne chose. L'ancien français disait ordinairement, dans ce cas : bonne chose est de la pais, le de marquant l'origine, le point de départ. De là les tournures modernes avec un infinitif : c'est une honte de mentir, c'est une joie de..., c'est un jeu de..., etc.
Autres exemples : gran^ trésors est de la santé; noble ordene est de chevalerie; moult est maie chose d'envie; de vostre mort fust gran% damages, etc.
Même emploi au xvne siècle.
Un homme qui ne sçait que c'est de science.
(Malherbe, II, 355.)
Je sais ce que c'est à" amour et le dois savoir.
(La Fontaine, Psyché.) Qu'est-ce de la vie? Qu'est-ce que de nous ? (Bossuet.)
Cf. les expressions : si fêtais que de vous, si j'étais de vous. Dans cet emploi de a été remplacé par que, ou il s'est maintenu précédé de que1.
Le substantif attribut est souvent précédé de la préposition a (fr. moderne pour): cet emploi a duré jusqu'au xvne siècle.
Ex. : Avoir afeme; es lire a empereor ; cor oner a empereor ; recevoir a seignor ; se tenir a boni ; retenir a ami ; prendre a feme, etc.
Ancui sera corone^ al moutier Ses fi li a rei. (Cour, de Louis, i532.) Aujourd'hui, au moûtier, son fils sera couronné
roi.
Les plus grands y tiendront votre amour à bonheur. (Corneille, Polyeucte, II. i.)
Cf. aujourd'hui : prendre à témoin.
Compléments déterminatifs sans préposition. — Le substantif désignant une personne ou une chose personnifiée, complément déterminatif d'un nom (joint aujourd'hui au nom précédent par la préposition de et quelquefois à) se met ordinairement au cas régime sans préposition; il peut précéder le nom déterminant, mais ordinairement il le suit. Cette construction qui rappelle le génitif latin (le peuple Dieu : populus Dei2) est un des traits les plus caractéristiques de l'ancienne langue.
i. Haase, S?nt. fr., § 107.
2. En réalité populus Deo en latin vulgaire, la forme du génitif ayant disparu.
Ex. : Li doi serjant son pedre. (Alexis, 117.) Les deux serviteurs de son père.
Necreit en Deu le fil Sainte Marie. (Roi., i634 •) Il ne croit pas en Dieu, le fils de Sainte Marie. Ma mère arsistes en Origni mostier.
(Raoul de Cambrai, 2271.) Vous brûlâtes ma mère au moûtier d'Origini (nom propre traité comme un nom de personne.)
On disait de même : le gonfanon le roi = le gonfanon du roi ; un dent Saint Pierre = une dent de Saint Pierre ; la mort Roland = la mort de Roland ; li angeles Deu — Fange de Dieu ; la volonté le roi — la volonté du roi ; Vhostel le duc = l'hôtel du duc, etc., etc. On disait même : Franc de France repairent de roi cort, avec suppression des deux articles1.
Cette tournure, si fréquente en ancien français, disparaît au xive siècle. La langue moderne en a cependant conservé des traces, dans des expressions comme : Hôtel- Dieu, Fête-Dieu, bain-marie, Bois-le-Comte (et autres formations semblables), Choisy-le-Roi, morbleu (= mort Dieu), etc.
La relation de parenté peut être marquée, entre deux substantifs par a.
Ex. Fille ad un conte (Alexis, £2); fille d'un comte.
Substantifs compléments indirects sans préposition. — Un substantif complément indirect est joint souvent à un verbe sans préposition.
Ex. : Li nons Joiose Vespede fu done^. (Roi., 25o8.) Le nom de Joyeuse fut donné à l'épée.
1. Peut-être doit-on rapporter au même usage des expressions comme : en yver tens, en esté tens, au temps d'hiver, au temps d'été
Mande^Carlon, a l'orgoillos, al fier. {Ibid., 28.)
Mandez à Charlemagne, à l'orgueilleux, au fier.
Ne bien ne mal ne respont son nevout. {Roi., 216.)
Ni bien ni mal il ne répond à son neveu.
Por ses pechie^ Dieu porof rit le guant. {Roi., 2365.)
Pour ses péchés à Dieu il offrit le gant1.
Cest mien seignor en bataille faillirent. {Roi., 2718.)
Ils faillirent à mon seigneur en la bataille.
Mon seignor dites qu'il me vienge veoir. {Roi., 27^6.)
Dites à mon seigneur qu'il vienne me voir.
L'amirail dites que son host i ameint. {Roi., 2760.)
Dites à l'amiral qu'il y amène son armée.
Cet emploi, fréquent au début de la langue, devient plus rare après le xie siècle et disparaît après le xive. Il s'est maintenu avec les pronoms personnels placés immédiatement devant le verbe: Unie dit, je lui enlève, il se parle.
Substantif complément d'un verbe de mouvement. — Un substantif peut être employé comme complément circonstanciel sans préposition avec des verbes de mouvement (verbes neutres).
Ex. : Tant chevalchierent et veies et chemins. {Roi., 4o5.) Ils chevauchèrent tant par voies et par chemins. Uen\ de la sale uns veltres avalât Qui vint a Charle les galos et les sal^. {Roi., 73 1.) De dans la salle un chien de chasse descendit, qui
vint vers Charles en galopant et en sautant {mot
à mot : les galops et les sauts.)
On disait : aler le petit pas, grand pas; aler son chemin, expression qui s'est maintenue (cf. passer son chemin): venir grant alure (cf. marcher: grand train), etc.