EMPLOI DU SUBJONCTIF
Présent. — Le subjonctif marquant un désir, un souhait (ou un ordre) s'emploie ordinairement sans que, comme en latin.
Ex. : Deus li otreit sainte beneïçon ! (Roi., 22 45.) Que Dieu lui octroie sa sainte bénédiction ! Ja la vostre anme nen ait duel ne soffraite ! De pareïs li seit la porte overte ! (Roi., 2257.) Que votre âme n'ait ni deuil ni douleur ; que du Paradis la porte lui soit ouverte ! Ne vos ait hom qui face coardie ! (Roi., 235 1 .) Ne vous ait homme qui fasse couardise I Ne placet Deu ne ses sain^ ne ses angeles !
(Roi., 37i8.) A Dieu ne plaise, ni à ses saints ni à ses anges I Ait vos Deus, qui onques ne mentit ! (Roi., i865.) Que Dieu vous aide, qui jamais ne mentit !
Le subjonctif-optatif (marquant le désir) existe encore
sans la conjonction que dans la syntaxe moderne, mais avec certains verbes seulement.
Ex.: Fasse le ciel que; Puissé-je de mes yeux y voir tomber ce foudre; Périssent les colonies plutôt que les principes ; à Dieu ne plaise.
Ce qui n'est plus qu'une exception était la règle dans l'ancien français. Au xvie siècle cette règle était encore en plein usage : Souvienne-vous des Athéniens (Montaigne, I, 9). Aille devant ou après (Id., I, 2a)1.
Au xvne siècle, les exemples ne sont pas rares :
Deviennent tous pareils à ces vaines idoles
Ceux qui leur dament l'être ! (Corneille, IX, 3i5.)
Quiconque est loup agisse en loup.
(La Fontaine, Fables, III, 3.) Je meure, si je savais cela !
Me confonde le ciel ! (Molière).
Je sois exterminé, si je ne tiens parole !
(Molière, Dépit amoureux, IV, 3:.)
Le subjonctif présent s'emploie volontiers dans les formules de souhait commençant par si (= lat. sic) :i et quelquefois par se.
Ex. : Si in ait Deus ! (formule très fréquente.) Que Dieu m'aide ! Par Dieu !
Si Dieus me gart !
Puisse Dieu me garder !
1. Darmesteter et Hatzfeld. Le XVIe siècle en France, ire éd.. p.