‹ Grammaire élémentaire de l'ancien françaisChapitre 80 sur 121 · Cf. Ilaase, Synt.fr · texte numérisé non relu

Cf. Ilaase, Synt.fr

3. D'après certains grammairiens ces propositions se rattacheraient aux propositions conditionnelles et si proviendrait de la conjonction latine si et non de l'adverbe sic. En réalité il doit y avoir eu des confusions graphiques entre se (== 5Î latin) et si(=sic) dans des phrases de ce genre ; mais nous croyons qu'il y a, à l'origine de ces formules, lidée de souhait et non celle de condition.

Plus vous amoie la moitié, Se Bleus ait ja de moi pitié !

Que ne fesoie moi-meïsmes .

(Chastelaine de Vergi, 761.) Je vous aimais, Dieu me pardonne ! la moitié plus que je ne faisais moi-même.

Imparfait et plus-que-parfait. — L'imparfait du subjonctif, employé dans une proposition indépendante, exprime un regret du passé, un souhait qui ne peut pas être réalisé (mode irréel).

Le plus-que-parfait du subjonctif — plus rarement employé d'ailleurs — peut servir à rendre la même idée.

Ex. : Car la tenisse en France et Bertrans si i fusset, A pis ed a martels sereit aconseitde.

(Pèlerinage, 327-8.) Car si je la tenais en France (puissé-je la tenir) et

que Bertrand y fût, à coups de pics et de marteaux

elle serait attaquée1 !

E deus, dist-iî, quer oiisse un serjant Qui'l me garda s t ! (Alexis, 226).

Eh ! Dieu, dit-il, si ] avais un serviteur qui me le

garderait 2 /

L'imparfait du subjonctif a aussi le sens du conditionnel présent.

Ex. : Mais H quens Guenes iloec ne volsist estre.

(Roi, 332.) Mais le comte Ganelon ne voudrait pas être là.

L'imparfait du subjonctif jouait aussi, conformément à

1 . H s'agit d'une charrue d'or, appartenant au roi de Constantinople, qui émerveille les compagnons de Gharlemagne.

2. On verra d'autres exemples de cet emploi dans l'étude des propositions conditionnelles.

Anglade. — Grammaire élémentaire de l'ancien français. 14

son origine (plus-que-parfait du subjonctif en latin), le rôle de conditionnel passé et était même d'un emploi très

fréquent dans ce sens.

Ex. : Oui lui veïst Sarrasins desmembrer ! (Roi., 1970.) Qui Y aurait vu démembrer ainsi les Sarrasins ! La veïssiez la terre si jonchiée! (Roi., 3388.) La vous auriez vu la terre si jonchée ! Ki p:is veïst les chevaliers d'Arabe! (Roi., 3i;3.) Celui qui aurait vu ensuite les chevaliers d'Arabie ! Ne fust la coife de son hauberc treli^, De ci es den% H eiist le brant mis.

(Raoul de Cambrai, G. Paris, Chrcst., v. 63.) Si ce n'eût été1 la coiffe du haubert tressé, il lui

aurait enfoncé sa lame jusqu'aux dents.

Ja de lourvuel de lui ne dessevrassent. (Alexis, 585.) Jamais, de leur propre volonté, ils ne se seraient

séparés de lui.

Ha ! Fine amor, et qui pensast Que cist feist vers moi desroi ?

(Châtelaine de Vergi, 784 •) Ali! parfaite2 amour, qui aurait c ru que celui-ci me serait infidèle!3

L'imparfait du subjonctif s'emploie avec le même sens dans les propositions subordonnées.

Ex. : Mais co'st tels plai^dont il volsist neient. (Alexis, 4o.) Mais c'est un accord dont il n'aurait nullement voulu.

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