‹ Grammaire élémentaire de l'ancien françaisChapitre 81 sur 121 · Amour était du féminin dans l'ancienne langue · texte numérisé non relu

Amour était du féminin dans l'ancienne langue

sujet. Cet emploi est très fréquent; on sait qu'il s'est restreint à quelques verbes seulement dans la langue moderne.

Ex. : Li corners ne vos avreit mestier. (Roi., 17^2.)

Le corner, le fait de sonner du cor ne vous servirait de rien.

L'infinitif peut être aussi employé, comme un substantif, en fonction de cas-régime.

Ex. : Dieus exodist les suons penser s.

(Fie de Saint Léger, 29b.) Dieu exauça ses pensers.

Tôt nostre vivre et tôt nostre mangier De cel autel le convient repair 1er.

(Raoul de Cambrai, i348.) Tout notre vivre et tout notre manger il convient de le tirer de cet autel.

De plus, l'infinitif peut jouer, acccompagné de l'article défini ou d'un adjectif démonstratif ou possessif, le rôle de complément indirect ou circonstanciel.

Ex. : Tens est del herbergier,

En Rencesvah est tart del repaidrier. (Roi., 2 A 8 2.) Il est temps de se reposer, en Roncevaux il est

trop tard pour revenir.

En cel tirer le coms s'aperçut alques. (Roi., 2283.) Au moment où on lui tirait (la barbe), Roland

reprit connaissance.

Dans tous les cas où l'infinitif est employé en fonction de substantif, il conserve son caractère de verbe et peut avoir des compléments.

Tant me puis esmaier Que jo ne fui a Vestorn comencer. (Roi, i!\\ 3.) Je puis m'étonner que je n'aie pas été au début de l'assaut.

A Vesmovoir Vost le roi. (Joinville.) Au moment où l'armée du roi se mettait en mouvement.

Al mien cuidier : à mon avis.

Infinitif pur dépendant d'uh verbe. — L'infinitif pur (non substantivé) dépendant d'un verbe peut être relié à ce verbe soit directement, soit par l'intermédiaire d'une préposition. Il y a, sur ce point, des différences assez nombreuses entre la syntaxe ancienne et la syntaxe moderne.

L'ancien français employait l'infinitif complément sans préposition dans des cas nombreux où nous mettrions à et plutôt de. On construisait ainsi : prier, rover (même sens), conseiller, louer (conseiller), consentir, délibérer, feindre, craindre, douter (craindre), promettre, souloir (avoir coutume), jurer, etc.

Tous ces verbes peuvent d'ailleurs se construire également avec un infinitif prépositionnel (ou même avec un mode personnel ; cf. les propositions complétives).

Ex. : Me rogat a 1er en Ninive. (Fragm. de Valenciennes.) Il me pria daller à Ninive.

Tu me rueves dormir. (Vie de S. Thomas, 332 5.) Tu me pries de dormir.

La construction d'un verbe avec à et l'infinitif était beaucoup plus fréquente en ancien français que dans la langue moderne.

Ex. : Tei covenist bel nie et Ironie a porter. (Alexis, 4i i •)

C'est à toi qu'il aurait convenu de porter le heaume

et la cuirasse.

A ferir le desidret. (Roi., 1^82.) Il désire le frapper.

Uemperedor lui comande a garder. (Roi., 2627.) Il lui commande de veiller sur l'empereur.

On disait aussi : jurer à (jurer de); il me plaist à (il me plaît de); je vous avoie oublié a dire (Joinville, 160).

C'est à des constructions de ce genre qu'on peut rattacher les tournures : prendre à, faire à, suivis d'un infinitif.

Prendre à signifie commencer à, se mettre à : dan^ Alexis la prist a apeler (Alexis, 62) ; le seigneur Alexis se mit à l'appeler.

Faire à signifie qui mérite de, qui est à.

Ex. : Qui molt fait a prisier. (Aimeri de Narbonne, id6g.) Qui mérite beaucoup d'être prisé.

Donc faites vos bien a blasmer. (Joinville, 36.) Vous êtes bien coupable.

Molt fait bel ad odir : c'est très beau à entendre.

L'infinitif prépositionnel avec de était moins fréquent que dans la langue moderne : mais peu à peu son emploi s'est développé aux dépens de l'infinitif précédé de à. Là où l'ancien français disait essayer a faire, et dans d'autres cas semblables, la langue moderne dit essayer de, etc. On disait de même : il covient a faire, il lui plaisoit a demourer, etc.

Parmi les autres prépositions qui peuvent précéder l'infinitif, citons pour, qui sert à désigner le but, comme dans la langue moderne, mais qui peut avoir aussi le sens de malgré, dussé-je, dût-il.

Ex. : fa por morir neschiveront bataille. (Roi., 1096.)

Jamais, devraient-ils y mourir, ils ne fuiront la bataille.

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