‹ Grammaire élémentaire de l'ancien françaisChapitre 85 sur 121 · Cf. l'anglais moderne : i am goincj, je suis allant · texte numérisé non relu

Cf. l'anglais moderne : i am goincj, je suis allant

emploi. Cependant elle était encore restée vivante au xvne siècle, comme on le voit par des exemples bien connus : je m'en vas désaltérant (La Fontaine); cf. dans la langue moderne : un couplet qu'on s'en va chantant Efface-t-il la trace altière Du pied de nos chevaux marqués dans votre sang (Musset) ?

Les exemples sont très nombreux dans la Chanson de Roland : en voici une série, pris dans la même laisse.

Por un sol lièvre vait tote jorn cornant.

Devant ses pers vait il ore gabarit...

Car cheval chie^; por qu'aie^ a r restant ? (Roi., 1780.)

Pour un seul lièvre il (Roland) va tout le jour cornant.

Devant ses pairs il se vante maintenant...

Chevauchez donc; pourquoi vous arrêtez-vous?

Son petit pas s'en tornet chancelant. (Roi., 2227.)

Il s'en revient à petits pas, en chancelant.

Fuiant s'en vint (Roi., 2784); vient corant (Ibid., 2822); S'en est tornét ployant (Ibid., 283g).

Oui vint plorant, chantant l'en fait râler.

(Alexis, 5 60.)

Si quelqu'un vint (= vient) en pleurant, il le fait repartir chantant.

Et cil s'en torne as espérons brochant.

(Couronnement de Louis, 2^56.)

Et celui-ci s'en retourne piquant des éperons.

Le gérondif des verbes marquant une action des sens, principalement de veoir et ouir, s'employait d'une manière absolue, comme complément circonstanciel.

Ex. : Veant le roi : le roi voyant, sous ses yeux, devant lui. Oyant le ici : le roi entendant, devant lui.

Fait son eslais, veant cent mille home. (Roi., 2997.) Il fait son galop devant cent mille hommes.

VERBES 2i7

Des fi les en, Sire, vostre vexant. {Roi., 326.) Je les en défie, Sire, devant vous.

Et li dits tout autresi tost

Oiant to% qui oh levost. (Chastelaine de Vergi, 927.) Et le duc aussitôt, devant tous ceux qui voulurent l'entendre.

Gérondif précédé d'une préposition. — Le gérondif peut être précédé de la préposition en, comme dans la langue moderne : en riant, en plorant. Il peut aussi être précédé d'autres prépositions.

Ex. : Li deffendi sor les membres perdant.

(Huon de Bordeaux, 46 4 6.) Je le lui défendis sous peine de perdre ses membres. Mais je le fis sor mon cors défendant. (Ibid., i35o.) Mais je le fis à mon corps défendant.

On sait que cette dernière expression s'est maintenue en prenant un sens figuré.

On trouve dans Joinville : par pais faisant (= en faisant la paix, par le fait de faire la paix), par grant treùt rendant (= en rendant un grand tribut). Cf. encore : Ne vos leroie par les membres perdant (Prise d'Orange, 1^27); je ne vous abandonnerais pas, dussé-je y perdre les membres.

Page 1