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PARTICIPE PASSÉ

Accord du participe passé. — La règle de l'accord du participe passé en ancien français peut se résumer ainsi : « L'ancienne langue peut à volonté faire accorder ou ne pas accorder le participe passé construit avec avoir et son régime, que celui-ci le suive ou le précède1. » Ordinai-

1. G. Paris, Extraits de la Chanson de Roland, 6e éd., Rem. 70.

rement cependant le participe s'accorde, que le régime direct précède — ce qui arrive plus souvent que dans la langue moderne — ou quïl suive.

Souvent aussi l'accord ne se fait pas. On peut alors considérer le participe comme un neutre, qui marque simplement l'idée exprimée par le verbe au passé, et qui forme un tout avec l'auxiliaire, qui, lui, marque la personne et le nombre.

Dans la Chanson de Roland le participe s'accorde presque toujours 1 avec le régime, quand ce régime est placé entre le verbe auxiliaire avoir et le participe.

Ex. : Caries li Magnes ai Espagne guastée, Les cas tel s pris, les cité~ violées. Ço dit li reis que sa guerre out finit. (Roi., 7o3.) Charlemagne a dévasté l'Espagne, pris les châteaux

et violé les cités. Le roi dit qu'il a fini sa guerre.

Caries l'emperêre

Mort mat mes homes, ma terre déguastée Et mes cité~ frai tes et violées. (Roi., 2705.) Charles l'empereur m'a tué mes hommes, dévasté

ma terre, brisé et violé mes cités.

Quand le régime précède l'auxiliaire avoir, l'accord se fait trois fois sur quatre environ. Cf. l'exemple cité plus haut:

Ço dit li reis que sa guerre ont finie.

Quand le régime est placé après l'auxiliaire et le participe, l'accord se fait ou ne se fait pas (il y a à peu près autant d'exemples d'une construction que de l'autre).

Ex. : Li emperere at prise sa herbe rge ;

Franceis descendent en la terre déserte.

A lor cheval^ ont toleites les selles. (Roi., 2488.)

1. D'après les statistiques faites par Etienne, Essai de grammaire de l'ancien français, § 377 sq.

L'empereur a pris son quartier; les Français descendent sur la terre déserte : à leurs chevaux ils ont enlevé les selles.

Od vos caables ave% froisét ses murs, Ses cité% arses et ses hommes vencu\. (Roi., 237.) Avec vos machines vous avez brisé ses murs, brûlé ses cités et vaincu ses hommes.

Telle est la règle à la fin du xie siècle. Dans la période suivante l'accord continue à se faire en général quand le régime précède le participe : cette tradition s'est maintenue jusqu'à la langue moderne.

Dans les autres cas la langue a une tendance à considérer le participe comme une forme neutre faisant corps avec l'auxiliaire et ne prenant pas l'accord. Ce n'est qu'au xviic siècle que la syntaxe a été fixée sur ce point.

La même liberté de construction se retrouve dans les phrases où le participe précédé d'un régime direct précède lui-même un infinitif: je les ai fait voir ; l'ancienne langue pouvait dire : je les ai faits voir, je Y ai fait ou je l'ai faite voir; je les ai fait ou je les ai faites voir; je les ai fait ou faites venir; je les ai faits venir.

Participe passé avec le verbe Etre. — On trouve îe participe passé construit avec le verbe être dans les verbes passifs, et aux temps composés des verbes pronominaux et intransitifs. L'accord, dans tous les cas, se fait avec le sujet (et non avec le régime, comme cela a lieu dans la langue actuelle avec certains verbes pronominaux).

Ex. : Mais chier me sui vendit^. (Roi., 2o53.) Mais je me suis vendu cher.

Amont parmi ces heaumes se sont entreferu.

(Fierabras, i44o.) En haut sur les heaumes ils se sont « entrefrappés » .

On disait de même : il est evanoi\ (verbe passif, avec participe au cas-sujet) et il s'est evanoï^ (verbe pronominal, avec participe au cas-sujet); pluriel : il sont evanoï, il se sont evanoï. « Cette règle ne comportait aucune exception1. »

Le participe passé construit avec être est quelquefois invariable quand il commence la phrase : il est alors traité comme un neutre.

Ex. : Avéré fut par cette fin

La prophétie de Merlin. (Phil. Mousket, 19124.) Par cette fin fut rendue vraie la prophétie de Merlin. Benoit soit l'eure qu'en mes flans fut portée.

(Aliscans, 86.) Bénie soit l'heure où elle fut portée dans mes flancs.

Cf. encore aujourd'hui : il est venu deux personnes.

L'emploi des neutres comme approuvé, attendu, ci-joint, ci-inclus, invariables quand ils précèdent le substantif, s'explique par cette tournure.

Pour les participes devenus prépositions comme excepté, honnis, etc., cf. supra, Morphologie.

1. Darmesteter, Cours de grammaire historique, 4e partie (2e éd.), p. 101. Toutes ces pages sur les verbes pronominaux sont excellentes.

Nous traiterons d'abord des propositions complétives et interrogatives , puis des propositions relatives: en second lieu des propositions subordonnées circonstancielles : finales, consécutives, conditionnelles, comparatives, concessives, causales, temporelles.

On trouvera dans l'emploi des modes tantôt des différences importantes avec la syntaxe moderne (propositions complétives, conditionnelles), tantôt des différences insignifiantes (propositions relatives, finales). Une grande liberté — qui n'est pas d'ailleurs l'arbitraire, mais qui provient quelquefois d'une conception logique non gênée par des règles étroites — règne dans cette partie de la syntaxe, comme dans celles que nous avons déjà étudiées.

En ce qui concerne l'emploi des modes, la règle générale, conservée par l'usage moderne, est que l'indicatif est de rigueur quand il s'agit d'un fait réel, tandis que le subjonctif s'emploie quand il s'agit d'un fait simplement possible ou douteux.

Ajoutons que le subjonctif, dans les propositions subordonnées — directes ou circonstancielles — est d'un usage plus fréquent dans la langue ancienne que dans la langue moderne (cf. les propositions complétives, conditionnelles, concessives et même temporelles).

PROPOSITIONS COMPLETIVES

Dans les propositions complétives ou subordonnées directes le verbe peut être, suivant le sens du verbe de la proposition principale, au subjonctif, à l'indicatif ou même à l'infinitif.

À. — Après les verbes qui signifient croire, estimer, penser (a. fr. cuidier), sembler, être vis (impersonnel neutre), l'ancienne langue emploie volontiers le subjonctif, pour peu que Faction marquée par le verbe de la proposition subordonnée soit fausse ou simplement douteuse (ce qui est souvent le cas avec sembler, être vis).

Ex. : Sire, ce croi-je bien quelc soit morte.

(Chastelaine de Vergi, 8 7 5.) Sire, je crois bien qu'elle est morte.

Ele... le duc atise

A croire que moût soit irie. (Ibid., ô~!\.) Elle excite le duc à croire qu'elle est très irritée. Je cuidoie que plus loiaus me fussie^. (Ibid., 708.) Je croyais que vous m'étiez plus loyal. Et cuide que vérité^ soit. (Ibid., 648.) Et il pense que c'est la vérité.

Comme on le voit par ces exemples, il n'est pas nécessaire pour employer le subjonctif que la proposition principale soit négative ou interrogative, comme dans la langue moderne.

Autres exemples :

Ço lor est vis que tiengent* Deu nudisme.

(Alexis, 539.) 11 leur semble qu'ils tiennent Dieu lui-même.

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