‹ Grammaire élémentaire de l'ancien françaisChapitre 87 sur 121 · Subj. prés., 3e p. pi., de tenir · texte numérisé non relu

Subj. prés., 3e p. pi., de tenir

PROPOSITIONS SUBORDONNÉES 22a

Que il lor sembloit que ele durast trop.

(Villehardouin, 197.) Il leur semblait qu'elle durait trop.

Cette construction avec le subjonctif était encore fréquente au xyne siècle.

Ex. : La plus belle des deux je crois que ce soit Vautre.

(Corneille, Menteur, I, 4.) Ils pensent que ce soit une sainte en. extase. (Balzac.)

Cf. supra : Ço lor est vis qu'il tiengent Dieu medisme.

B. — Après les verbes narratifs : dire, raconter, narrer, tesmoigner, etc., le verbe est à l'indicatif, comme dans la langue actuelle. Mais quand ces verbes sont accompagnés d'une négation ou qu'ils sont interrogatifs, le subjonctif est de règle, parce que la négation ou l'interrogation introduisent une nuance de doute.

Ex. : N'en vanteras... que mi aies tolut. {Roi., 1962.) Tu ne te vanteras pas que tu me l'aies enlevé. Ne dites mie je vous aie trahi.

{Raoul de Cambrai, 23x8.) Ne dites pas que je vous ai trahi.

Le subjonctif peut même être employé en dehors de

ces cas :

Qu'en ai odit parler estranges soldeiers

Que issi grant barnage nen ait nuls reis so^ ciel.

{Pèlerinage, 3 1 2 . ) Car j'ai entendu raconter à des soldats étrangers

qu'aucun roi sous le ciel n'a un aussi grand

nombre de chevaliers.

Cf. encore au xvue siècle : Vous dirie^ qu'il ait l'oreille du prince. (La Bruyère.)

C. — Après les verbes marquant un acte de la volonté, c'est-à-dire l'ordre, la défense, le conseil ou la prière, etc. : commander, mander (même sens que commander), dire (idem); défendre ; conseiller, loer (même sens); prier, etc., on trouve plus souvent le subjonctif que l'infinitif.

Ex. : Quand Deu del cel li manda par un angele

Qu'il te donast à un comte cataigne. (Roi., 2319.) Quand Dieu lui manda du Ciel par un ange de te

donner à un vaillant comte.

Je vos cornant qu'en Sarragoce alge^. (Roi., 2670.) Je vous commande d'aller à Saragosse.

Ki ço vos lodet que cest pi ait degetons, Ne li calt, Sire, de quel mort nos morions.

(Roi, 226.) Celui qui vous conseille de rejeter cette conventiou, peu lui importe, Sire, de quelle mort nous pouvons mourir.

Et ço li prient que d'els aiet mer cit. (Alexis, 5oS.) Et ils le prient qu'il ait pitié de lui. Por Deu vos pri que ne scic^f niant. (Roi., 1016.) Pour Dieu, je vous prie de ne pas fuir.

Il se produit quelquefois un changement de construction et on trouve l'impératif dans la subordonnée.

Ex. : Je te requier qu'en guerredon

D'un de ces cierges me fai don.

(G. de Coins., 3iô, 42.) Je te prie qu'en récompense : fais-moi don d'un

de ces cierges.

Jou te conjur... que revien par moi.

(Phii. Mousket, 11794.) Je t'en conjure : reviens par moi.

On rencontre aussi quelquefois, même après que, l'infinitif négatif en fonction d'impératif.

Garde que trop ne te haster.

{Chastoiement d'un père, II, 346.) Garde-toi de trop te hâter.

Mes garde que ni parler mie. {Athis, 1 146.) Garde-toi de rien dire1.

D. — Après les verbes marquant la crainte ou X empêchement : criendre, doter, se redoter; se garder; ne laissier, etc., le subjonctif est de règle; l'indicatif se rencontre aussi; il marque alors l'accomplissement positif d'une action, l'idée d'appréhension étant laissée de côté2.

Ex. : Se sen\ guarde remaint, criem quele seit perdude.

{Pèlerinage, 322.) Si elle reste sans garde, je crains qu'elle ne soit

perdue.

Jo ne 1er rote... Que ne H die. {Roi., 45g.) Je ne laisserais pas de lui dire.

Garde^ de nos ne torne%* le corage. {Roi., 65o.) Gardez- vous de changer vos sentiments pour nous.

Quant à l'emploi de la négation ne dans la subordonnée, après les verbes marquant la crainte, il est assez libre : à côté de la construction Criem quele seit perdude, on trouve Molt criem que ne t'en perde {Alexis, 6o).

E. — Après les expressions marquant la douleur, Vètonnement, comme : c'est malheureux que, c'est merveille que, c'est étonnant que, l'ancien français, contrairement à l'usage moderne, emploie le mode indicatif.

i. Etienne, Essai de grammaire de l'a. fr., § 4oo.

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