LES GROUPES DE PLUS DE DEUX CONSONNES
Loi générale 5.
§ 823. — Quand trois consonnes se suivent, la première et la dernière sont traitées d'après les lois générales 1, 2 et 3. Quant à celle du milieu, elle se conserve ou disparaît suivant qu'elle se lie facilement ou non avec les deux autres; quand elle disparaît, il peut arriver que la loi générale 4 soit appliquée.
Il serait trop long de passer en revue toutes les combinaisons possibles de consonnes; nous indiquerons seulement les plus importantes et les plus fréquentes.
Groupe commençant par deux consonnes semblables,
§ 824. — Si le groupe de trois consonnes commence par deux consonnes semblables, Tune des deux disparaît, et le groupe se trouve ainsi réduit à deux consonnes, aux-
quelles s'appliquent les règles ordinaires : cabali{o)s donne cheva/s, chevaiw?, €ss{e)re donne estre, etc.
Groupe finissant par une s.
§ 825. — Quand la dernière des trois consonnes est une 5, ce qui arrive si souvent, notamment au cas sujet singulier et au cas régime pluriel des noms et adjectifs: 1® si la consonne du milieu est une dentale, elle s'unit à Vs pour former un z ; 2** si cette consonne est une gutturale ou une labiale, elle disparait; 3* si c'est une / précédée d'une gutturale, elle se maintient en se mouillant ; 4° si c'est une r, elle se maintient, et un e muet de soutien se place entre Vr et Vs.
Exemples :
1° grajid{e)s : granz (régime pluriel de grand); fact{o)s : faû (régime pluriel de fait).
2** ^emp(w)s : tens (aujourd'hui écrit temps) ; corp(M)s : cors (aujourd'hui écrit corps) ; cer\(o)s : cers (régime pluriel de cerf); franc{o)s : fraws (régime pluriel de franc).
3® Paric(u)l{o)s : paret'/s.
4* Patres : pères; petroselinum : peresil (ensuite persil).
§ 826. — Il faut remarquer que la consonne du milieu, lorsqu'elle disparaît, n'est pas toujours tombée dès l'origine, et qu'elle a pu être rétablie plus tard dans l'orthographe ; ainsi on trouvera francs (au lieu de frans) dans les plus anciens textes, et nous écrivons encore ainsi. De même nous écrivons faits^ grands, etc., par « tSy ds » au lieu de z.
§ 827. — Nous avons vu (§ 805) que 1'/ mouillée qui termine le mot est tombée après ou; elle ne s'est pas conservée davantage lorsque, au lieu de terminer le mot, elle était suivie d'une s : * genuculos a donné genouils, puis genoux. Quant 1'/ mouillée suivait un a, elle s'est vocalisée ordinal-
rement en u devant Vs, comme une /' pure : ^môac(w)l(o)s a donné travalls, puis travaux.
§ 828. — VI mouillée suivie d's s'est aussi vocalisée après e, et on trouve des formes telles que solews ou solaws (cas sujet singulier et cas régime pluriel de soleil, latin salicu/us et solicu/os). Ces formes, avec vocalisation de 17, n*ont pas persisté, et aujourd'hui le pluriel de soleil est soleils. Mais nous avons conservé vieux (pour vieils), en le faisant des deux nombres.
§ 829. — Quand une dentale est entre deux s, les trois consonnes se réduisent à z ou s (hos^es =oz, os, pluriel du vieux mot est ; eccis^os a donné icez, ces), ou bien les trois consonnes se maintiennent et un e de soutien se place entre les deux dernières (cantas^is ; chantasses, chantâmes).
Groupe finissant par une liquide,
§ 830. — Quand la dernière des trois consonnes est une liquide (/, r), et que la première, d'après les règles générales, doit se maintenir, il peut se faire que celle du milieu ne puisse se lier facilement avec les deux autres, et que cependant les deux autres puissent se prononcer avec une consonne intermédiaire différente. Dans ce cas, la consonne du milieu tombe, mais elle est remplacée par une consonne euphonique d'après la règle ordinaire (Voyez la loi générale 4). C'est ainsi que pulverem a donné pouldre (ensuite poudre), surgere : sourdre, et pasc{e)re: paistre. Dans ce dernier exemple, la gutturale du milieu n'est pas tombée entièrement; elle a produit la diphtongaison de la voyelle précédente. Il en est de même dans plaindre (plangrere), croistre (crescere), etc.
§ 831. — Il faut remarquer pour plangere (plaindre), pascere (paître), crescere (croître), que les gutturçtles médianes étaient placées en latin devant un e, et étaient arrivées
à se prononcer, le c : p, et le g :j\ Si elles avaient conservé le son dur latin {k, gu), elles auraient pu facilement se prononcer devant la liquide, et elles se seraient probablement maintenues ; c'est ainsi que les gutturales ont persisté dans ancre (ancoram), onde (avuncu/um), an^le (anj'u/um), sangle (cin^u/um), parce que, suivies d'un u ou d un o dans le latin, elles étaient demeurées dures.
§ 832. — Dans angelum (ange), le ^, devenu doux devant Ye, s'est conservé quelque temps entre les deux consonnes, comme l'atteste l'orthographe angele (prononcez anjle); puis, au lieu de disparaître pour céder la place à une consonne euphonique, le jr a chassé 1'/ et est resté seul avec Yn : ange. Un fait analogue s'est produit dans marge (de marg'inem). Nous avons vu d'ailleurs que Yn était tombée après le g doux (même non précédé d'une autre consonne) dans page^ image (§ 778).
§ 833. — Entre s et /, la gutturale est tombée dans masc[u)\um qui a donné masle^ mâle, dans mi&c{u)lare qui a donné mesler, mêler.
§ 834. — Entre c et r, Y s est tombée dans dua?(e)runt (= duc5(e)runt) qui a donné duirent, et dans toutes les troisièmes personnes en xerunt (Voy. cependant § 327;.
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