PAR
§ 560. — Cette préposition s'employait plus librement qu'aujourd'hui dans son sens primitif de « à travers ».
Chanson de Roland: « Par le camp (champ) vait Turpins liarcevesques. » Nous dirions plutôt : « L'archevêque Turpin va à travers le champ de bataille. » 1562.
| 561. — Par signifiait aussi pendant, comme per en latin :
Villehardouin : « Ensi dura li assaus par cinc jors. » C'est-à-dire : « L'assaut dura pendant cinq jours ». 49.
§ 562. — Par a encore aujourd'hui un sens voisin de après, dans certaines locutions : « un par un, jour par jour. » L'ancienne langue disait aussi : « l'un par l'autre », au lieu de « l'un après l'autre ».
Joinville : « Se je vous ai de riens mesfait, je le vous desferai, l'un par l'autre. » Traduisez : « Si je vous ai fait tort en quoi que ce soit, je vous dédommagerai l'un après l'autre ». 111.
563. — Cette préposition a servi à former un certain nombre de locutions, dont quelques-unes sont devenues hor^ d'usage :
Par veir (par vrai) au sens de « vraiment, sûrement ».
Chanson de Roland : « S'il voelt ostages, il en avrat par veir. » C'est-à-dire : « S'il veut des otages, il en aura sûrement ». 87.
Par lui, par eux, au sens de « lui seul, eux: seuls ».
Chanson de Roland : « Cil ïxmtpar els en un val. » Mot à mot : « Us sont par eux dans un vallon. » C'est-àdire : « Ils sont seuls. » 3065.
Roman de Rerthe : « Berte fut en la forest par li. » Mot à mot : « Berthe fut en la forêt par elle. » C'est-àdire : « fut seule dans la forêt. » î.
§ 564. — Ajoutez les locutions prépositives suivantes :
Par nom de, au sens de « au risque de ».
Chanson de Roland : « Par num d'ocire enveierai le mien... » C'est-à-dire : « Au risque de le tuer, au risque de le faire tuer, j'y enverrai le mien, mon fils. » 43.
Par sum (latin per summum), au sens de « à l'extré mité de... au sommet de... »
Chanson de Roland : « Par sum les puis en un broill i remestrent. » C'est-à-dire: «Au haut des montagnes, ils s'arrêtèrent dans un bois. » 714,
§ 565. — Par se joint encore à certaines prépositions, particulièrement à celles qui commencent parrfe : « par devers, etc. » L'ancienne langue disait aussi: « pardecoste », avec le même sens que « decoste » (Voyez ci-dessus)