I. De celui des deux verbes errer qui signifiait « aller
SYNTAXE DE L'ADVERBE. 2oi
Chanson de Roland : « Anoit m'avint une avisiun d'angle. » C'est-à-dire : « Cette nuit, il me vint une vision d'ange. » 836.
Anuit et enquenuit ont quelquefois le sens général de « aujourd'hui ».
§ 616. — Un autre adverbe signifiait « cette année » et par extension « maintenant ». C'était: « oan, ouan ».
§ 617. — Parmi les adverbes désignant les divers moments du jour, nous avons perdu main, qui dérive du latin mane, et qui signifiait le matin. On disait : « huimaiil (aujourd'hui au matin), au main et par main de matin, ou le lendemain) «.Nous avons conservé le composé demain, qui avait à l'origine le sens de « au matin (prochain) ».
§ 618. — Nous arrivons ainsi aux adverbes ou locutions adverbiales qui marquent une antériorité ou une postériorité soit au moment présent (demain, hier, etc.). soit au moment passé ou futur dont on vient de parler le lendemain, la veille, etc.).
§ 619. — Hier est pour le passé ce que demain est pour l'avenir. L'ancienne langue avait aussi l'adverbe l'altrier, l'autrier (mot à mot l'autre hier), qui avait le sens de « l'autre jour», et qui marquait ainsi une antériorité indéfinie, mais récente.
§ 620. — Une antériorité plus lointaine était exprimée par la locution adverbiale pièce a, qui équivalait à : « il y aune pièce de temps, un certain temps ».
§ 621. — L'antériorité indéterminée est marquée par ains, ainçois, devant et avant, dont nous avons parlé à propos des adverbes qui sont en même temps prépositions (§ 577-580).
§ 622. — Déjà (anciennement dès ja) exprime une idée du même ordre. L'ancienne langue employait aussi « ja » avec la même valeur.
Jà av lit encore le sens de désormais, etjà...ne équivalait h jamais... ne.
Joinville: « Ainçoisdistque son peuple ne lairoit ùja. » C'est-à-dire : « Mais il dit qu'il ne laisserait jamais son peuple. » 10.
Dans beaucoup de cas, jà était purement explétif.
§ 623. — Dans une énumération d'actions qui se succèdent, le temps de la première est aujourd'hui exprimé par « d'abord » ou « premièrement ». On trouve souvent dans les ancienstextes primes et premier (ou premiers), avec le même sens.
§ 624. — Enfin l'adverbe de temps indéterminé par excellence était, dans l'ancienne langue, onques (latin unquam), qui n'a d'autre équivalent dans la langue actuelle que jamais pris affirmativement {û jamais il y arrive). On trouve avec le même sens : onques mais.
Onques ne équivalait à « jamais ne ».
Chanson de Roland : « Ne traïsun unkes amer ne volt. » Trad. : « Et il ne voulut jamais aimer la trahison. » 1208.
One, aine, ainques, sont synonymes de onques.