‹ Grammaire élémentaire de la vieille langue françaiseChapitre 135 sur 167 · VI. — Les pronoms régimes · texte numérisé non relu

VI. — Les pronoms régimes

§ 682. — Les pronoms régimes (non précédés de prépositions) se placent aujourd'hui devant le verbe ; il en est de même des pronoms adverbiaux en et y. L'ancienne langue pouvait aussi les placer après le verbe :

Chanson de Roland : « Faites-le vus de gret ? » Mot à mot : « Faites-le vous exprès? » 2000.

Ibidem : « Il lancent lur e lances e espiez. » C'est-à-dire : « Ils leur lancent... » 2074.

Ibidem : « Met sei en piez. » 2277.

Livres des Rois : « Pur deslruire la. » Nous dirions : «Pour la détruire. » Diez, 437.

Poème de Tristan : « Pur oïr i le grant servise. •> C'està-dire : « Pour y ouïr le grand service. » Ibidem.

§ 683. — Dans quelques cas (avec un impératif non accompagné d'une négation , le français moderne met par exception le pronom régime après le verbe : « Tais-toi, viens-?/ ». L'ancienne langue pouvait dire : « Te tien (tienstoi), i venez (venez-y] . »

§ 684. — Aujourd'hui, lorsque le verbe doit être précédé de deux pronoms régimes, c'est le pronom de la troisième, personne qu'on met le dernier : « Je vous le ou les donne, je te le conseille, je me le dis. » Quand les deux pronoms sont de la troisième personne, le, la, les se mettent avant

lui et leur: « Je le lui ou le leur répète. » Quand les deux pronoms suivent le verbe (après les impératifs), on met toujours le, la, les avant lui et leur ; mais si le pronom Ae la troisième personne est avec un pronom d'une autre personne, on peut suivre l'ordre qui est obligatoire devant le verbe, ou l'ordre inverse : <> Donnez-nous-le » ou « donnez-le-nous ».

Dans l'ancienne langue, cet ordre inverse était possible même devant le verbe.

Chanson de Roland : « Jo l'vus parduins. » iMot à mot : « Je le vous pardonne. » 2007.

Sermons de saint Bernard: « Ensi nel te matjom mies -davant. » Mot à mot : « Ainsi ne te le met-on point devant. » Nous dirions : « On ne te le met point... » 114v°.

Joinville : « Car je le vous doing, et si le vous garantirai. » Mot à mot : « Car je le vous donne et le vous garantirai. » 91.

§ 685. — Nous plaçons y devant en : « Il y en a. » On lit dans Joinville : « Il en y ot de noies. » Mot à mot : « Il en y eut de noyés. »

Ibidem : « Et en y avoit bien six ou sept . » C'est-àdire : « Il y en avait bien six ou sept. » 141.

"VII. — Pronoms sujets et régimes d'un infinitif.

§ 686. — Quand un pronom est sujet ou régime d'un verbe à l'infinitif, il se place généralement aujourd'hui avant l'infinitif et après le verbe qui régit cet infinitif : « Je veux m'en aller ; il voulut le poursuivre. » On pourrait dire cependant : « il le voulut poursuivre », et cette construction «st obligatoire avec certains verbes : « Je /'entends accuser; je le vois poursuivre; il le fit tuer. » Le pronom sujet de l'infinitif se place de même avec ces verbes : « Je /'entends parler, je le vois courir. »

Dans l'ancienne langue, le pronom pouvait toujours être placé avant ou après les deux verbes.

§ 687. — D'autre part, nous avons vu que l'infinitif se mettait souvent avant le verbe qui le régissait (§ 676). Dans ce cas, le pronom sujet ou régime de l'infinitif se plaçait entre les deux verbes :

Chanson de Roland : « N'est hum qui 1' veit et conoistre le set... » Mot à mot : « N'est homme qui le voit et connaître le sait. » C'est-à-dire : « Tout homme qui le voit et sait le connaître. » 530.

Ibidem : « Aler vus en estoet. » Mot, à mot : « Aller vous en il faut. » C'est-à-dire : « Il faut vous en aller. » 318.

§ 688. — Lorsque l'infinitif est uni au verbe qui le régit par une préposition, nous plaçons toujours le pronom régime de cet infinitif entre la préposition et l'infinitif : « Ils commencèrent à le battre. » L'ancienne langue pouvait mettre le pronom régime avant le verbe principal.

Joinville : Sa gent me commencierent a escrier. » Mot à mot : « Ses gens me commencèrent à appeler. » C'est-à-dire : « commencèrent à m'appeler. » 155.

Ibidem : « Li menus peuples de la ville ne s'averoit pooir de de/fendre sanz gouvernours. » Mot à mot : « Le peuple de la ville ne s'aurait pouvoir de défendre. » C'est-à-dire « n'aurait pouvoir de se défendre. » 585.

§ 689. — Quelquefois, dans la langue actuelle, le pronom sujet du verbe principal et le pronom régime de l'infinitif se trouvent réunis entre les deux verbes : « Veux tu me suivre? » L'ancienne langue pouvait intervertir l'ordre des deux pronoms, ou mettre le pronom régime de l'infinitif avant le verbe principal :

Saumons de saint Bernard : « Vuels me tu faire pastor de berbiz?» Mot à mot: « Veux me tu faire pasteur de brebis?» 117 r° deux fois.

Chanson d'Amis et Amites : « Amis biax frère, sez noz tu

conseilliez » C'est-à-dire : « Ami beau frère, sais-£u nous

conseiller. » 2613.

Froissart : « A poinnes ne s'osoit il tenir en Flandres. »

Nous dirions : « A peine osait-i7 se tenir en Flandres. »

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