‹ Grammaire élémentaire de la vieille langue françaiseChapitre 137 sur 167 · I. — Compléments des mots autres que le verbe · texte numérisé non relu

I. — Compléments des mots autres que le verbe

§ 693. — Le complément suit aujourd'hui le mot dont il dépend, sauf dans les inversions poétiques, par exemple dans ce vers de Corneille :

« Ainsi du genre humain l'ennemi vous abuse. »

Dans l'ancienne langue, le complément était plus souvent placé le premier :

Livres des Bois : « Deus est de science Swes. » C'est-àdire : « Dieu est Seigneur de science. » Diez, 415.

Chanson de Roland : « De tuz les mielz preisiez. » Mot à mot : « De tous les mieux prisés. » C'est-à-dire : « les mieux prisés de tous, les plus estimés. » 1872.

Ibidem : « Naimes li dux e des altres asez. » Ce qui veut dire : Et un grand nombre (assez) des autres. » 673.

§ 694. — Cette inversion était possible, même après une préposition ou un article, c'est-à-dire que le complément pouvait être placé entre la préposition ou l'article et le nom :

Serments de Strasbourg : « Pro Deo amur. » Mot a •mot : « Pour de Dieu l'amour. »

Vie de saint Thomas de Cantorbéry : « Li Deu amis. » Mot à mot : « Le de Dieu ami. » Diez, Mo.

Joinville : « Messires Gobers d'Aprempnt ses frères, en eux compaingnie... passâmes la mer. » Mot à mot : « Monseigneur Gobert d'Apremont, son frère, en de qui compagnie nous passâmes la mer. » C'est-à-dire : « en compagnie de qui. » 109.

§ 695. — Le complément pouvait être séparé du mot dont il dépendait par plusieurs autres :

Chanson de Roland : « Mais des meilleurs voeil jo retenir treis. » Trad. : « Je veux retenir trois des meilleurs. » 3283.

Ibidem : « Des altres i out bien. » Mot à mot : « Des auires il y eut bien. » 108.

Page 1