I. — Compléments des mots autres que le verbe
§ 693. — Le complément suit aujourd'hui le mot dont il dépend, sauf dans les inversions poétiques, par exemple dans ce vers de Corneille :
« Ainsi du genre humain l'ennemi vous abuse. »
Dans l'ancienne langue, le complément était plus souvent placé le premier :
Livres des Bois : « Deus est de science Swes. » C'est-àdire : « Dieu est Seigneur de science. » Diez, 415.
Chanson de Roland : « De tuz les mielz preisiez. » Mot à mot : « De tous les mieux prisés. » C'est-à-dire : « les mieux prisés de tous, les plus estimés. » 1872.
Ibidem : « Naimes li dux e des altres asez. » Ce qui veut dire : Et un grand nombre (assez) des autres. » 673.
§ 694. — Cette inversion était possible, même après une préposition ou un article, c'est-à-dire que le complément pouvait être placé entre la préposition ou l'article et le nom :
Serments de Strasbourg : « Pro Deo amur. » Mot a •mot : « Pour de Dieu l'amour. »
Vie de saint Thomas de Cantorbéry : « Li Deu amis. » Mot à mot : « Le de Dieu ami. » Diez, Mo.
Joinville : « Messires Gobers d'Aprempnt ses frères, en eux compaingnie... passâmes la mer. » Mot à mot : « Monseigneur Gobert d'Apremont, son frère, en de qui compagnie nous passâmes la mer. » C'est-à-dire : « en compagnie de qui. » 109.
§ 695. — Le complément pouvait être séparé du mot dont il dépendait par plusieurs autres :
Chanson de Roland : « Mais des meilleurs voeil jo retenir treis. » Trad. : « Je veux retenir trois des meilleurs. » 3283.
Ibidem : « Des altres i out bien. » Mot à mot : « Des auires il y eut bien. » 108.