II. — En français
§ 130. — Or, dans la transformation du latin en français, la voyelle d'un mot proclitique a été traitée comme celle de la première syllabe non tonique d'un mot ordinaire. Et nous savons déjà qu'une même voyelle peut subir deux transformations différentes suivant qu'elle est à la première syllabe d'un mot ou dans la syllabe tonique. On ne s'étonnera donc pas que te latin proclitique ait donné le français « te », et te latin accentué : « loi », de même que les deux premiers e de « debére » ont donné l'un e, l'autre oi, dans le français « devoir. »
§ 131. — Les pronoms ci-dessus n'ont cependant pas tous donné deux formes. Les nominatifs (sauf ego) ne sont représentés que par un seul mot français; il en est de même des cas régimes du pluriel. Seuls, l'accusatif et le datif singuliers ont deux formes; mais ces deux formes sont les mêmes pour l'accusatif et le datif, parce que l'accusatif et le datif latins se sont confondus en passant au français.
11 semble au premier abord que Ye des pronoms latins me, te et le premier i de mihi, tibi, doivent, d'après les lois de la phonétique, être représentés en français par le même son. (Voyez, dans la phonétique, les tableaux de Yi bref et de Ye long.). Mais sous l'influence de l't long final, Yi tonique de mihi, tibi, devait se maintenir. Me et te, tout en restant accusatifs, ont pris la valeur d'un datif.
§ 132. — Me a donné mei, puis ?noi, comme forme normale, et me comme forme proclitique. Te a donné tei,
puis toi, et te. Chacun de ces quatre mots (me, moi, te, toi), correspondant à la fois à l'accusatif et au datif latin, doit pouvoir s'employer également comme régime direct et comme régime indirect sans préposition. Nous disons en effet : « Il me rencontra », où me est régime direct, et « il me parle », où me est régime indirect. De même pour te. On dit aussi : « Ecoute-moi, et rends-moi justice », donnant à moi successivement la fonction de régime direct et celle de régime indirect sans préposition. — Les formes plus rares « mi, ti » peuvent s'expliquer par l'action de Yi final de mihi, tibï (§ 724). On trouve d'ailleurs les mêmes formes en latin.
§ 133. — «Ego»adonnéyo,ye, où l'on remarque le maintien de la voyelle de la seconde syllabe, comme dans l'article. A côté de « jo, je » , on trouve dans quelques textes la forme gié (en une seule syllabe), qui provient de égo non proclitique.
§ 134. — Les pronoms des deux premières personnes se déclinent donc au singulier :
lrc personne. 2e personne.
Cas sujet : jo, je (quelquefois gié) tu
Proclitique. Proclitique
Cas régime direct : } . . ,*»•*■
Casrêgimeindir.:\mei>moi>mi me tei'i01'tl te
§ 135. — En latin, le pluriel dps mêmes pronoms avait une forme commune pour le nominatif et l'accusatif : nos, vos. En outre, les lois phonétiques devaient amener la confusion du datif « nobis, vobis » avec le nominatif-accusatif « nos, vos.» Nous aurons donc en français une seule forme pour les trois cas :
lr« personne 2e personm.
Cas sujet : j
Cas régime direct : | nos, nous vos, vous.
Cas régime indirect: )
Clédat. 5