VI. — Imparfait de l'indicatif
§ 280. — Les verbes latins avaient l'imparfait en âbam, èbam ou iebarn. Mais les imparfaits en iébam ont été traités comme ceux en ébam, sous réserve de l'action de fi sur le radical (§ 190), ou bien ces imparfaits s'étaient contractés en ibam. Les trois terminaisons du latin étaient donc : dbam (verbes en are), ébam (verbes en ère et en —ère), ibam (verbes en ire). Elles ont produit des imparfaits en éve, oie, ive. On trouve aussi une flexion oe, qui correspond, comme éve, à âbam.
Imparfaits en éve et en oe.
§ 281. — Le verbe latin cantare (chanter) faisait à l'imparfait :
cantâbam (je chantais) cantdbas (lu chantais) cantdbat (il chantait)
eantabdmus (nous chantions) cantabdtis (vous chantiez) cantâbant (ils chantaient).
§ 282. — D'après les lois de la phonétique, l'a toni que latin doit se changer en é, Va atone de la flexion doit être représenté par un e muet, et le b qui suit la tonique doit se changer en v entre les deux voyelles (comparez fabam qui donne fève). Les formes françaises doivent donc être : je chantéve, tu chantéves, il chantévet, chantéve, il(s) chantévent. Aux deux premières personnes du pluriel, le b, placé avant la tonique, est tombé ; le muet produit par Va atone du milieu du mot s'est trouvé dès lors en hiatus devant la tonique, et s'est changé en i. Cantabâmus est donc devenu chantiens (d'abord en trois syllabes) et cantabdtis : chantiez. Puis, à la première personne du pluriel, on a remplacé ens par la terminaison habituelle ons, d'où : chantions. L'impar.ait dérivé de la première conjugaison latine devrait do îc être :
SINGULIER. PLURIEL
chantéve chantiens, chantions
chantéves chantiez
chantévet, chantéve chantévent.
§ 283. — De ces anciennes formes, le français n'a que les deux premières personnes du pluriel, dont les flexions, comme nous allons le voir, sont communes à toutes les conjugaisons. L'imparfait en éve a existé et s'est conservé dans certains patois, mais le français proprement dit a remplacé les flexions issues de dbam, par celles qui dérivaient de ébam (§285;.
§ 283 bis. — On trouve aussi, pour ces mêmes verbes, particulièrement dans la région nord-ouest de la France, les flexions suivantes, où l'a tonique s'est changé en o Clédat. 8
60us l'influence de la consonne labiale posttonique b.
SINGULIER
PLURIEL
chantoe
chantions
chantoes
chantiez
chantout, chantot
chantoent
Imparfaits en oie.
§ 284. — Vendere (vendre) faisait à l'imparfait :
vendébam (je vendais)
vendébas (tu vendais)
vendébat (il vendait)
vendebâmus (nous vendions)
vendebâtis (vous vendiez)
vendébant (ils vendaient).
§ 285. — Ebam est devenu eam (d'abord dans « ha£ ebam»),l'e tonique s'est changé régulièrement en eï, puis oi, et l'emuet produitpar l'a atone est tombé de bonne heure à la troisième personne du singulier. Enfin aux deux premières personnes du pluriel, on a les flexions iens (puis ions) et iez, que nous avons déjà trouvées dans les imparfaits en éve et en oe. Soit qu'on les tire directement de ebâmus, ebâtis, soit qu'on les rattache par l'analogie aux verbes des conjugaisons en are ou ire, ces flexions du pluriel présentent des modifications phonétiques exceptionnelles.
Les formes françaises dérivées de l'imparfait latin en ébam, sont donc :
SINGULIER. PLURIEL
vendeie, vendoie vendiens, vendions
vendeies, vendoies vendiez
vendeit, vendoit vendeient, vendoient.
§ 286. — Plus tard, Ve muet issu de l'a atone latin est tombé successivement à la deuxième et à la première per-
sonne du singulier : vendois, vendoi. Puis la première personne a pris une s finale par analogie avec la seconde. Enfin oi s'est partout changé en ai.
Imparfaits en ive.
§ 287. — L'imparfait contracte du verbe latin dormire (dormir) était :
dormibam (je dormais)
dormibas (tu dormais)
dormibat (il dormait)
dormibdmus (nous dormions)
dormibdtis (vous dormiez)
dormibant [ils dormaient).
^ 288. — Les formes françaises correspondantes doivent être :
SINGULIER. PLURIEL
dormive dormiens, dormions
dormives dormiez
dormivet, dormive dormivent.
§289. — Ces flexions existent encore dans certains patois. Mais le dialecte de l'Ile-de-France les a remplacées dès l'origine par les flexions dérivées de l'imparfait en ébarn, qui sont ainsi devenues communes à tous les verbes français.