‹ Grammaire élémentaire de la vieille langue françaiseChapitre 61 sur 167 · LA. CONJUGAISON DU VERBE « ÊTRE · texte numérisé non relu

LA. CONJUGAISON DU VERBE « ÊTRE

Infinitif.

% 348. — L'intinitif du verbe « être » était en latin classique ésse. C'était le seul infinitif ne se terminant pas en re. Mais le latin populaire avait fait disparaître cette anomalie, en disant : éssere. C'est de « éssere » que vient le français « estre », puis « être ».

Participe présent et participe passé.

§ 349. — Les participes de notre verbe être dérivent des participes du verbe latin stare, dont le sens propre était : « se tenir debout. » Stantem a donné estant, puis étant ; statum : esté, puis été. Il faut remarquer que stare avait produit le verbe français ester, qui s'est conservé jusqu'à nos jours dans la langue juridique, et que les participes « estant, esté » appartenaient à la fois à ce verbe ester et au verbe estre. Les participes de ces deux verbes sont distincts aujourd'hui, parce que Ys s'est maintenue, sous une influence savante, dans l'orthographe et dans la prononciation de toutes les formes du verbe ester (estant, esté), tandis qu'elle est tombée dans les formes du verbe être {étant, été).

Indicatif présent.

§ 350. — L'indicatif présent du verbu ésse était en latin :

SINGULIER. PLURIKL.

sum (je suis) sûmus (nous sommes)

es (lu es) éstis (vous êtes)

est (il est) sunt (ils sout).

§ 351. — A la première personne du singulier, le latin populaire disait aussi « sui », par analogie avec le parfait « fui » (Voyez ci-dessous § 360). C'est de cette forme que vient le français suis, d'abord sui. L's finale a été ajoutée à l'époque où on l'a donné une s aux premières personnes de l'indicatif présent (§ 265).

Les autres personnes sont, en vieux français, es, est, somes ou sommes, estes, sont. A la seconde personne du singulier, on trouve d'abord ies qui est devenu es par analogie avec est, estes.

Subjonctif présent.

§ 352. — En latin classique, le subjonctif présent du verbe esse offrait les formes suivantes : sim (que je sois), sis (que tu sois), sit, simus, sitis, sint. Mais, en latin populaire, on disait « *siam » au lieu de « sim », par analogie avec les nombreux subjonctifs en am. On conjuguait donc :

lre personne siam qui a donné seie, soie 2e — sias — seies, soies

3e — siat — seiet, seit, soit

PLURIEL

lre personne sidmus qui adonné seiens, soiens, soyons 2 e — siâtis — seiez, soyez

3e — siant — seient, soient.

Le muet des formes du singulier a disparu, comme dans les flexions de l'imparfait (§ 286), et la première personne a été assimilée à la seconde.

Imparfait de l'indicatif.

§ 353. — L'imparfait de l'indicatif était en latin :

SINGULIER. i

dte personne éram qui a donné iére,ére

2e — éras — ières, ères

o. . . • iièret.ièrt, iert

3e — érat — > , , ' . ' . ,

( eret, ère, ert.

PLURIEL

3e personne érant qui a donné lèvent .

La première et la seconde personne du pluriel étaient erâmus, erûtis, et ont dû donner des formes françaises telles que erons, erez, ou erions, eriez, avec les flexions ordinaires de l'imparfait; mais on n'en rencontre pas d'exemple.

§ 354. — En même temps que ]ière ou i'ère, on disait aussi : « yesteie, estoie, tu esteies, estoies, etc. » Ce sont les formes d'où dérive notre imparfait actuel. Elles n'ont pas été empruntées à l'imparfait du verbe ester, comme on l'a cru longtemps, mais elles ont été créées d'après le radical est de l'infinitif estre, auquel on a ajouté les flexions ordinaires de l'imparfait.

Futur et conditionnel.

§ 355. — Le futur était en latin :

SINGULIER

lrc personne éro qui adonné ier 2e — éris — iers

3e — érit — iert, ert

PLURIEL

1" personne érimus qui a donné ermes 2e — éritis — ertes

3e — érunt — iérent.

On aura remarqué (§353) que la troisième personne du singulier de l'imparfait était aussi quelquefois iert ou ert.

D'autre part, on trouve aussi «ères, comme à l'imparfait, au ]ieu de iers, pour la seconde personne du futur.

§ 356. — Le futur populaire, composé de l'infinitif *essere et de habeo, esserdbeo, aurait dû donner en français estrai. On trouve en effet cette forme, et aussi esterai. L'une et l'autre peuvent d'ailleurs être rattachées au futur d'ester.

§ 357. — Enfin un troisième futur, le plus usité, est celui qui s'est conservé : serai, seras, etc. On y a vu une dérivation irrégulière de esserdbeo, avec chute exceptionnelle de la première syllabe. Plusieurs autres explications ont été proposées; aucune ne nous parait satisfaisante.

§ 358. — Les conditionnels, qui correspondent aux futurs estrai et serai, sont : estreie, estroie,- qui serait devenu étrais, s'il s'était conservé, et sereie, seroie, devenu serais.

Impératif.

§ 359. — L'impératif « sois, soyons, soyez » est emprunté au subjonctif.

Prétérit de l'indicatif et imparfait du subjonctif.

§ 360. — Si l'on prend les flexions des prétérits en ai, et si on les fait précéder d'une f, on obtient le parfait du verbe esse: « fui, fuisti, fuit, fuimus, fuistis, fuerunt ». Les formes françaises correspondantes sont :

SINGULIER

PLURIEL

je fui

nous fumes

tu fus

vous fustes

il fut

ils furent.

§ 361. — Le plus-que-parfait du subjonctif était en 'atin : fuissem, fuisses, etc., formes qui ont produit l'imparfait français : fusse, fusses, fust, etc.

iliS GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS.

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