‹ Grammaire et lexicographie des patois de la Suisse romande. Bibliographie analytiqueChapitre 46 sur 111 · CANTON DE BERNE · texte numérisé non relu

CANTON DE BERNE

à Sion et dans quelques petites villes, de l’apprendre ou de le parler ; il croirait devenir paysan en employant son langage...» BRIDEL regrette cette barrière de plus entre les diverses classes de la société : « En parlant français avec le paysan, je n’ai point appris à le connaître, mais sitôt que je m’énonçais en patois, cela établissait entre nous une confiance et un rapprochement très nécessaires à l’observateur ». Une des raisons pour lesquelles le peuple du Pays de Vaud vit de mauvais œil les réfugiés français après la révocation de V'Édit de Nantes, c’est qu'ils ne pouvaient pas apprendre le patois et se moquaient de ceux qui le parlaient.

1256. — [Guélat, François Joseph]. Patois de l’Ajoie. Manuscrit écrit vers 1820 (voir n° 1354).

Le dictionnaire patois qui constitue la partie essentielle de l’œuvre de GuéLaT, et dont nous parlons plus loin (ne 1354)), est précédé d’un Essai de grammaire, qui contient la morphologie du patois ajoulot : déclinaison des substantifs et "adjectifs, liste d’adverbes, comparatif et superlatif, pronoms, noms de nombres et paradigmes d’une quinzaine de verbes.

1257. — Morel, Charles Ferd. Abrégé de l’histoire et de la statistique du cidevant Évêché de Bâle, réuni à la France en 1793... Strasbourg, Levrault, 1813. 348 p. in-8° et une carte.

P. 276-279, Langues. Le patois est parlé par tous les paysans ; sa prononciation varie d’une commune à l’autre. On trouve quelques vieux actes écrits dans cet idiome, qui renferme un grand nombre d’expressions semblables aux termes celtiques. L'auteur emprunte à l’Annuaire du Département du Haut- Rhin pour l'an XIIT un tableau d’environ 5o mots, auxquels il en ajoute une quinzaine de nouveaux, comparés avec leurs équivalents celtiques, latins, allemands et français. P. 297, étymologie de quelques noms de lieux renfermant les mots cour et villier.

1258. — Sérasset, abbé. L’abeille du Jura, ou recherches historiques, archéologiques et topographiques sur l'ancien Évêché de Bâle. Tome Ier. Neuchâtel, Petitpierre, 1840. IV-241 p. in-8c.

P. 24-26. Langue celtique des Rauraques. Vestiges de cette langue. Patois moderne. Sous les Romains, la Rauracie adopte le langage des vainqueurs, ou plutôt il se fait un amalgame de mots celtiques et latins. Plus tard, beaucoup de mots tudesques vinrent s’ajouter : « Telle est l’origine de notre patois, qui tient du celte, beaucoup de l’allemand et encore plus du latin ». Cite à l’appui une phrase patoise, qu’il ramène à ses prétendues origines. P. 3-5, explication celtomane des noms Rauracie, Jura, Rhin, Aar, Birse. Le t. II (1841), p. 231-233, contient une note sur l’origine du nom de Porrentruy; p. 218, noms de lieux renfermant le mot gena « sorcier » ; p. 221, étymologies celtiques de noms de ruisseaux de l’Ajoie.

1259. — Kobhler, Xavier. | Études sur le patois jurassien|.

Le premier éditeur des Paniers de RASPIELER, auteur de l’'Étude littéraire sur la poésie patoise du Jura bernois (voir t. I, nos 925 et 926), a aussi fait à la Société jurassienne d’Émulation des communications de caractère plus linguistique. On lit dans le Coup-d'œil sur les travaux de la Société jurassienne d'Emulation pendant l’année 1850, p. 10, que M. KoHLeR a lu un travail philologique et littéraire sur un poème en patois messin du XVIIIe siècle, Chan Heurlin, dans lequel il compare les patois de Metz et d’Ajoie. Ils sont d’une ressemblance si frappante qu'elle dénote une origine commune. Cf. Revue suisse, 1850, p. 203. En 1853, ce sont deux poésies en patois bressan . qui fournissent matière à des rapprochements avec le dialecte du Jura et permettent de conclure à des affinités (voir Coup-d'æil etc. 1853, p. 24). Sur le Dictionnaire patois de GUÉLAT, voir n° 1354.

1260. — Rode, L. Étude des patois dans le but da rechercher les traces de l'idiome celtique parlé par les Helvétiens, dans les Actes de la Société jurassienne d'Émulation, t. IX (session de 1857; paru 1859), p. 190-199.

Constate parmi les linguistes qui s’occupent des origines du français deux tendances, l’une qui retrouve partout des traces du celtique, l’autre qui rattache à peu près tout le vocabulaire au latin. L'auteur lui-même croit que les traces du celtique sont minimes en français. Mais il voudrait que les patois fussent étudiés en vue d'élucider la question. Il avait déjà invité, en 1854, les membres de la Société à recueillir toute la littérature patoise ; mais son appel n’a pas trouvé d’écho. Il propose que la Société s'occupe de la création d’une section à part, qui aurait pour mission de rassembler et d'interpréter tous les documents relatifs aux patois, provoquerait la récolte des termes concernant l'agriculture, les superstitions, etc., et demanderait aux autorités communales d'ouvrir leurs archives aux chercheurs. D’après le procès-verbal de la séance où elle fut présentée (mème volume, p. 58-59), cette proposition fut adoptée en principe et renvoyée au Comité central pour aviser aux moyens de la réaliser. Elle ne paraît pas avoir eu d’autre suite. Le procès-verbal indique erronément comme auteur HIsELY, au lieu de RODE, professeur à la Neuveville.

1261. — Parrat, H. Des idiomes patois et du patois de Delémont en particulier, dans les Actes de la Société jurassienne d'Émulation, t. XI (session de 1859 ; paru 1860), p. 165-170.

Divagations d’un linguiste jurassien, provoquées par la note de RODE (no 1260). D’après lui, le patois de la vallée de Delémont présente une infinité de traces de la langue de l’Inde; son caractère original « a la plus grande analogie avec celui de la vallée de Cachemire », d'origine sanscrite. Voici comment l’auteur arrive à ses étonnantes conclusions. Le patois de Delémont est caractérisé spécialement par les trois articulations #ch, dj et ch, qui ne se trouvent ni dans le français (sauf la dernière), ni dans le latin, mais bien dans le celtique gaélique. Le patois de Delémont est donc le gaëlique, plus ou

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