‹ Grammaire et lexicographie des patois de la Suisse romande. Bibliographie analytiqueChapitre 50 sur 111 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Lexicograpbie patoise.

A. Glossaires et collections de mots.

Nous n’indiquons dans cette subdivision que les travaux antérieurs au Glossaire des Patois de la Suisse romande ou exécutés indépendamment de sa Rédaction. On trouvera plus loin (même chapitre, subdivision C) l’énumération de tous les glossaires et collections de mots patois provenant de l'enquête organisée pour le Glossaire même.

Voir aussi t. IÏ, n° 1108.

1282. — Ebel, J. G. Anleitung, auf die nützlichste und genussvollste Art die Schweitz zu bereisen. Zweyte ganz umgearbeitete und sehr vermehrte Auflage. Erster Theil, Zürich, Orell Füssli & Cie, 1804. XV-269 p. in-8c. — Traduction française : Manuel du voyageur en Suisse. 24e éd. T. I. Zurich, mêmes éditeurs, 1810. — Traduction anglaise : The Travelier's Guide through Switzerland. À new edition, arranged and improved by Daniel Wall. London, 1819.

Donne, p. 233-235 de l’éd. all., p. 316-317 de l’éd. fr., en appendice, p- 20-24, dans l’éd. angl., une centaine de mots romands, avec traduction.

Ce petit recueil, qui manque dans la première éd. all. de 1793, ainsi que dans l’éd. fr. de 1795, a passé dans la 3me éd. fr. de 1817, t. I, p. 247-249,

la 3me éd. all. de 1809, p. 261-264, et la nouvelle éd. revue par W. LINp- LER, Paris, 1837, p. 673-674. Les autres éditions l’ont supprimé. Précédé d’une liste beaucoup plus copieuse tirée des patois de la Suisse allemande et suivi d’une courte phraséologie et d’un petit vocabulaire réto-romans, ce choix de mots romands vise plutôt à étonner par l’étrangeté des termes qu’à faciliter les relations du voyageur avec les habitants du pays encore peu familiarisés avec l’usage de la langue littéraire. La section réto-romane est mieux comprise à cet égard. L'édition française de 1810 ne reproduit pas exactement la liste de 1804, elle présente quelques suppressions et additions, mais elle contient plus d’erreurs typographiques, qui augmentent encore dans l’éd. anglaise. Le fond du vocabulaire est vaudois et fribourgeois, quelques expressions sont valaisannes ou neuchâteloises et désignées comme telles, La transcription est trop francisée. Il y a aussi des erreurs. Les sources ne sont pas indiquées; on retrouve quelques-uns des mots mentionnés par BERTRAND (n° 1040).

1283. — {Bridel, Ph.]. Avis littéraire, dans Etrennes helvétiennes, 1811 (n° 29), p. 119-123. |

Reproduit dans le Conservateur suisse, VII (1815), p. 404-407, où la fin est raccordée aux deux histoires en patois qui suivent (nos 388 et 389) et qui sont signées P. B. 2me éd. du Conservateur, VII (1856), p. 298-301. Dans les Étrennes, l'article est signé « Un membre de l’Académie celtique de Paris ». C'est un appel aux détenteurs de pièces patoises manuscrites, qui sont priés de les communiquer à l’auteur, en vue de la compilation de son glossaire romand. A cette occasion, il énumère tous les textes patois imprimés qui lui sont connus. C’est une petite bibliographie à peu près complète et qui tient encore très peu de place.

1284. — Bridel, Ph. Glossaire du Patois Romand. Manuscrit n° 265 de la - Bibliothèque de la Société d’histoire et d'archéologie de Genève. Autographe, 321 p. in-4°. Après 1820.

A appartenu, après la mort de l’auteur (1845), au pasteur F. THÉREMIN, petit-fils par alliance du doyen, qui l’a légué à la Société d’histoire et d’archéologie de Genève. Manque à la Bibliographie de BRIDEL par REYNOLD (no 1136). Ce manuscrit est cartonné, avec dos de parchemin. Il porte sur la couverture une étiquette où on lit : Glossaire du Patois Romand par Ph. Bridel pasteur à Montreux. Ébauche ; au dos : Glossaire du Patois roman ; même titre sur le feuillet de garde, et au-dessous : Priscæ Vestigia gentis. Suivent 9 feuillets blancs, excepté le premier, qui contient une note du pasteur THÉREMIN. Papier bleuâtre, 23 sur 18 cm., réglage tracé au crayon, que l’auteur néglige. Les pages suivantes, qui composent le Glossaire proprement dit, sont seules numérotées. Une colonne spéciale, à droite, est réservée aux indications de provenance. À la fin de chaque lettre, BRIDEL avait laissé un espace libre où il ajoutait à mesure de nouveaux articles. L'écriture incertaine des dernières additions annonce qu’il s’en est occupé longtemps. Le volume

contient en outre des extraits du Glossaire, intitulés Articles pour une faune Romanne, 26 pages, ordre alphabétique, où ne figurent pas seulement des noms d’animaux, mais encore des mots se rapportant à leur emploi : aftelage, traire, etc. Les pages suivantes sont munies des titres : Werbe d’agricuture (sic) et de travail pastoral, noms de métiers, noms de maladies. Le doyen avait donc l'intention, à la fin de sa vie, d’élaborer un vocabulaire systématique. Voir plus loin, $ 8. Quelques indications de BRIDEL permettent de se rendre compte de l'agrandissement successif de sa collection de mots romands. D’après son Auis liliéraire (ne 1283), elle compte déjà vers 1811 plus de 1000 vocables. Dans son Essai statistique sur le canton de Vaud (no 395), de 1815, p. 227, note, il est déjà parlé de 2000 mots, chiffre porté à 3000 dans une lettre adressée en 1817 à RAYNOUARD (n° 1043). L'œuvre qui devait devenir fondamentale pour toutes nos études faisait donc des progrès rapides. Dans notre manuscrit, intitulé Ébauche, qui renferme plus de 8000 mots, le Glossaire est déjà constitué à peu près tel qu’il restera ; le second manuscrit (voir ne suivant) et l’édition de FAVRAT (n° 1288) n’en sont que de légères amplifications.

BRIDEL est parti de l’idée qu'il fallait rechercher dans nos patois surtout les traces de la langue celtique, et il s'attache d’abord aux racines qui ne sont. ni latines ni françaises. S'il exhorte, en 1811, à lui fournir des termes d’agriculture, des métiers, de l’économie domestique, les mots ayant trait aux superstitions, etc., ce n’était pas qu’il eût songé à une enquête méthodique, mais les domaines indiqués étaient ceux où il espérait retrouver le plus de termes originaux, c'est-à-dire celtiques. Cette préoccupation fut profitable à l’œuvre, en amenant l’auteur à étudier en détail les parties du vocabulaire qui échappent généralement à ceux qui désirent faire du patois un emploi littéraire. Nous devons à cette circonstance un répertoire un peu complet du patois vaudois dès le commencement du XIXme siècle.

La façon dont BRIDEL estropie encore certains mots dans ses premières publications : anco « râlement », pour rancot; courragi « badiner », pour korayi ; guegnu « gâteau », pour kanyu, etc. (Mots du patois romand, voir sous Études, chap. IV, B), fait supposer qu’il ne pratiquait pas très sûrement le patois dans sa jeunesse. Mais il a dû travailler assidûment à se familiariser avec cette langue. Il raconte dans son Voyage de Büäle à Bienne (1788) que c’est en parlant patois aux paysans qu’il a réellement appris à les connaître (no 1255). Plus tard, il a écrit habilement en patois, mais ses productions de ce genre sont si rares qu’on a l'impression qu'il ne se livrait pas volontiers à cette activité littéraire. Les erreurs citées disparaissent dans la forme définitive du Glossaire, mais celui-ci en contient encore pas mal d’autres, soit que BRIDEL ait puisé à des sources déjà fautives, soit qu’il les ait mal lues, soit enfin que FAvRAT l'ait mal interprété. Ainsi BRIDEL lit berio « dent d’une fourche », où sa source (Helv. Alm. de 1810, voir n° 1311) porte distinctement bérlo ; il transcrit forulla « poitrine » le mot que son correspondant du Val de Bagnes avait certainement écrit forcella. Un assez grand nombre de mots ou de formes n’ont pas été confirmés par l'enquête du Glossaire des patois de la Suisse romande. Le contrôle s'impose surtout lorsque le doyen sort de son domaine propre des parlers vaudois. Mais dans bien des cas il peut s’agir de mots disparus aujourd’hui, dont il aura conservé la dernière trace.

Il est très difficile de reconstituer les sources de BRIDEL. Les matériaux du Val d’Illiez lui ont été fournis par le chanoine J. M. Caizzer-Bois (1767- 1832, cf. Essai statistique sur le canton de Vallais, p. 340, note); ceux du Pays-d’Enhaut proviennent pour la plupart du doyen HENCHOZ (pasteur à Rossinière, 1753-1842), dont l'orthographe et les définitions sont en général conservées (voir n° 1293), mais BRIDEL a eu l’occasion de les augmenter pendant son pastorat à Château-d'ÆŒEx (1796-1805); la majorité des mots donnés pour Fribourg sont tirés de l’Almanach helvétique de 1810 (ne 1311). Le doyen a dû recueillir beaucoup par correspondance, beaucoup aussi par interrogation directe. Il indique environ 40 régions ou lieux d’origine ; à peu près la moitié des articles ne sont pas localisés. Les désignations sont parfois vagues : Alpes, Jorat. Par Jura il entendait toute la chaîne de ce nom, par opposition à Alpes (essentiellement les Alpes vaudoises) ; certains vocables attribués au Jura appartiennent en propre au canton de Neuchâtel, d’autres sont caractéristiques pour le Jura bernois, qui sans cela est désigné comme Évêché de Bâle. Les villes ou villages cités sont tous du canton de Vaud. Cette première tentative de réunir les trésors linguistiques de la Suisse romande devait nécessairement demeurer très inégale, mais le noyau de l'œuvre, la contrée qui s’étend de Lausanne à Château-d’'Œx, est représenté d’une façon assez complète. En Valais, les recherches ne vont pas au delà de Sion. Genève et Neuchâtel ne sont guère représentés que par leurs capitales, et très faiblement. Le Jura bernois ne fait que de rares apparitions. Ainsi le Glossaire est en première ligne vaudois ; en dehors de son domaine particulier, BRIDEL ne dispose que d’une information fragmentaire et très peu sûre. Les mots valaisans sont souvent si défigurés qu’on a de la peine à les reconnaître. Si la répartition géographique des vocables laisse beaucoup à désirer, il est encore plus regrettable que BRIDEL n'ait pris aucune peine pour localiser les variantes phonétiques ; ainsi éru, trau, treu (trop) ne sont attribués à aucune région déterminée.

La représentation graphique de patois très divergents, sans tradition littéraire, et offrant des sons qui n'avaient pas leurs correspondants en français, devait présenter des difficultés insurmontables à l’époque de BRIDEL. Aussi est-elle très approximative et pleine de contradictions. Les observations qu’on lit à ce sujet aux pp. 95, 124, 203, 209, 308 et 341 de l’imprimé (no 1288), et qui se trouvent déjà dans notre manuscrit, montrent bien l'insuffisance de l’auteur et de son temps en matière phonétique. Il note sans système ca ou ka (cf. cakabot) ; le th doux (de l’anglais father) est transcrit tantôt par fh, tantôt par dh, mais ces graphies apparaissent aussi pour des f ou d normaux (bardhi « bardeau ») ; pour o fermé, il y a hésitation entre au et o : bardelau-bavo ; sch fait double emploi avec ch ; la confusion est complète pour dj, dz, 7, etc. Qui saurait deviner la vraie prononciation de baftholla, batohllia ou de fairtho, hllerto, certho? A quoi bon écrire pouha, qu’on prononce en une seule syllabe ? L'incertitude orthographique a amené BRIDEL à enregistrer à deux places une quantité de mots, comme djakemar et jakemar, dzetthi (imprimé dzeti) et z1/lihi, chauta et schauta, etc. Ce qui est pis, c’est que le doyen n’a pas reconnu que les subst. féminins qui ont ou avaient une mouillure dans leur radical se terminent par -2 et non par -a; il fausse la vraie prononciation en écrivant bagna, baragna, felaira, felandaira, trouia, etc. Des formes comme tschalau « jaloux », marida « marier », etc., ne correspondent à aucune réalité.

Le côté le plus faible sont les étymologies que BRIDEL propose pour un grand nombre de ses mots. Il était celtomane et voyait en eux des témoins de nos temps les plus primitifs. Plus tard, il reconnut son erreur et avoua humblement à VULLIEMIN avoir «vécu au temps où l’on croyait qu'Adam avait parlé bas-breton ». Le philologue moderne glisse sur ces étymologies, qui ne le gênent point. Il y trouve même quelquefois un rapprochement utile. Puisque l’œuvre entière doit son existence à cette erreur fondamentale, ne la condamnons pas trop. Nous aussi recherchons dans les mêmes patois les « Priscæ vestigia gentis» et nous sommes de notre temps comme BRIDEL était du sien.

On peut même dire qu'il le devançait et qu’il est vraiment le précurseur qu’a vu en lui M. de REYNoLD. Sa celtomanie ne l’a pas empêché d’étendre ses recherches aux mots de tous les domaines de la vie et d'arriver à une richesse bien rare à son époque. Ses définitions sont claires, il ajoute par-ci par-là un exemple, une tournure proverbiale, un peu de phraséologie (voir p. ex. sous diabllo) ; les anecdotes dont il assaisonne son dictionnaire ne manquent pas de sel. D’autres chercheurs se sont engagés sur la voie ouverte par cet éminent devancier ; grâce à lui et à son éditeur FAVRAT, la science a déjà pu faire une place à la Suisse romande dans le domaine des études lexicographiques. Le nom de BRIDEL se retrouvera presque à chaque page du Glossaire des patois de la Suisse romande, dont il a eu la première idée.

1285.— Bridel, Ph. Glossaire du Patois de la Suisse Romande. Manuscrit de

la Société d’histoire de la Suisse romande, École Vinet, à Lausanne ; coté L 153. Autographe, 288 + 4 p. écrites, in-fol. Vers 1840.

Volume cartonné, dos de parchemin, légué par l’auteur à la Société d’histoire. Sur l’étiquette on lit le titre indiqué ci-dessus. Le feuillet de garde contient la teneur du legs et les mots: «L'auteur ne pouvant plus écrire m’a chargé de signer pour lui, pr P. BRiDEL, Fs THEREMIN.» (Cf. Reynozp, Le doyen Bridel, Bibliogr., n° 139). Papier jaunâtre, 29,5 sur 23,5 cm. La disposition des matériaux est la même que dans le ms. de Genève (no 1284). L'auteur à mis en place les articles des suppléments, mais il y en a joint d’autres, en fin de lettres. Les articles eux-mêmes sont retouchés, en vue de l'impression, mais la substance est restée la même. FAVRAT s’est servi de ce manuscrit pour son édition ; il y a ajouté ses corrections, additions et avis au typographe, d’abord à l’encre noire, puis rouge, et l’a envoyé ainsi à l’imprimerie (voir n° 1288). Les quatre pages de Supplément qui suivent le Glossaire ne sont pas de la main du pasteur THÉREMIN, comme l'indique REYNOLD, mais de celle de FAVRAT, qui y a réuni des mots oubliés pendant l'impression, d'autres qu’il n’avait pas pu lire d’abord et des corrections ou additions.

1286. — Diefenbach, D' Lorenz. Celtica |. Sprachliche Documente zur

Geschichte der Kelten; zugleich als Beitrag zur Sprachforschung überhaupt. Stuttgart, Imle & Liesching, 1839. 244 p. in-80.

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Manuscrit du « Glossaire du patois romand » de Bridel (n° 1285),

avec les additions de Favrat.

Bibliothèque de la Societé d'histoire de la Suisse romande, à Lausanne fl 2

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Parle dans l’Appendice C, p. 238-239, de restes des langues celtiques en Suisse et admire l’originalité du dialecte gruyérien. Liste de quelques mots qui « Weil sie fremdartig klingen, einem in das Gebürge verschlagenen Hunnenreste zugeschrieben wurden ». Le premier de ces mots: Lhassie « Milch» est romand, aussi Zschiehwa « Liege » (lire fchievra), mais les autres sont si défigurés et si étranges qu’il n’y a pas moyen de les identifier chez nous. IL ne ressort du reste pas clairement du contexte de quel patois il s’agit. La liste est reproduite de SCHMITZER, Summarium, ouvrage que nous ne connaissOns pas.

1287. — [Corbaz, B.]. Recueil de morceaux choisis, etc. Lausanne, 1842 (voir n° 360).

Se termine par un appendice de 56 p., paginé à part et intitulé : Vocabulaire de mots patois suivant les différents dialectes de la Suisse française. Extrait de divers ouvrages manuscrits ou imprimés, et destiné à servir de complément au Recueil de morceaux choisis en patois. Il renferme près d’un millier de mots, qui ne reposent pas uniquement, comme on pourrait le croire, sur un dépouillement systématique des textes contenus dans cette chrestomathie. Ces textes ont bien fourni une grande partie des matériaux et sont souvent cités entre parenthèses, mais le compilateur en a laissé de côté, par exemple les niorceaux genevois, et a d’autre part grossi le vocabulaire en puisant à des sources diverses. Le glossaire fribourgeois de l’Almanach helvétique de 1810 (no 1311) y a passé tout entier, non sans quelques erreurs de copie ; le Glossaire manuscrit de BRIDEL et son Sauvage du lac d'Arnon ont été mis à contribution pour des termes de sorcellerie; quelqu'un a fourni des mots de Moudon; on rencontre plusieurs termes neuchâtelois qui ne sont pas dans les textes. Le Valais n’est représenté que par trois mots. Le Vocabulaire est suivi, dans les exemplaires complets, de quatre pages de Mois patois dérivés de la langue latine ou grecque, environ 80 étymologies, qui dénotent un progrès sur BRIDEL, mais où les erreurs élémentaires abondent encore ; aucune des dérivations grecques n’est soutenable.

1288. — Bridel et Favrat, L. Glossaire du patois de la Suisse romande. Lausanne, 1866 (voir n° 362).

Le prof. FAVRAT ayant été chargé par la Société d’histoire de la Suisse romande de publier le manuscrit de BRIDEL (n°s 1284-1285), avait le choix entre deux voies à suivre: reproduire telle quelle l’œuvre du doyen, sans tenir compte des progrès faits par la linguistique, ou la refondre entièrement en utilisant sa connaissance intime du dialecte vaudois. Il a cru faire mieux en adoptant un moyen terme, tout en se rapprochant davantage de la première solution. Son point de vue est exposé dans l'introduction. Il a donc fait entrer les suppléments dans le corps de l’ouvrage, ajouté de son propre fonds un petit nombre d'articles nouveaux, qui concernent surtout la faune et la flore, et quelques dérivés, tiré quelques lumières du français populaire, légèrement augmenté le nombre des mots extraits d'anciens documents,

cité d’autres variantes phonétiques; il a précisé et amplifié les définitions, modernisé l'orthographe, un peu uniformisé la transcription du patois, amélioré l’ordre alphabétique, introduit un grand nombre de renvois; mais il a laissé subsister les bizarreries du système phonétique, la plupart des étymologies fantaisistes et les autres défauts de l'original. Dans ses changements, FavRAT n’a pas toujours eu la main heureuse: le remplacement de z comme terminaison des pluriels féminins (aisz « outils », etc.) par & fait disparaitre une distinction phonétique ; la suppression de quelques mentions d’origine ou leur transformation (Ollon pour Aigle, Valais pour Val d’Illiez, etc.) est regrettable ; il est fait un usage trop parcimonieux de l’avertissement N. de l’éd., qui distingue une partie des additions ; on aurait pu conserver sans scrupules quelques termes érotiques supprimés. Enfin l’édition de FAVRAT contient un assez grand nombre de fautes de lecture qui remontent en partie à BRIDEL lui-même, qui s’est mal copié, surtout des confusions entre r et 7. Nous les signalerons dans le Glossaire romand, après avoir soigneusement comparé l’imprimé avec le plus ancien des deux manuscrits. En somme, la Société ‘d’histoire et FAVRAT ont le grand mérite d’avoir fait connaître au public l’une des œuvres les plus utiles et les plus originales du doyen BRIDEL sous une forme qui ne s’écarte pas trop du texte primitif et qui offre même quelques améliorations. L'éditeur a ajouté au Glossaire une chrestomathie patoise, dont nous avons parlé au chap. II (n° 362). Annonce de la publication dans le Cont. vaud., 1867, n° 1.

1289. — Petit dictionnaire patois, dans le Conteur vaudois, 1872, n° sr, et 1873, n% 5, 9, 20, 23, 34.

N'est qu’un extrait sans indication de source du Glossaire de BRIDEL, où l’on a choisi un certain nombre d'articles qui contiennent une anecdote, un mot comique ou un proverbe, ou qui concernent les traditions populaires. Les étymologies et les indications de provenance sont supprimées.

1290. — Journal des patois romands. 1878 (voir n° 1158).

Contenu : La Société des patois vaudois, qui s’est formée en juin 1878 et à la tête de laquelle figurent MorEL-FATI0, le prof. DUPERREX, FAVROD- CouxE, à Lausanne, DUuLEX-ANSERMOZ, à Aigle, et Maurice BERTHOUD, à Aubonne. Réglement de la Société : elle a pour but de réunir les matériaux d’un glossaire des patois vaudois, comme partie d’un glossaire de ceux de la Suisse romande, ainsi que tout ce qui a trait à la littérature patoise ; elle est divisée en sections locales destinées à organiser le travail dans chaque région ; elle entrera en relations avec des sociétés d’autres cantons qui poursuivent le même but. Membres de la Société : environ 150, dont quelques-uns étrangers au canton. Notre but : encourager la production littéraire en patois, surtout recueillir les mots patois en usage dans les campagnes vaudoises et tout document existant sur la matière, sans avoir la prétention de rendre à la vie les dialectes qui s’en vont ; on se borne à apporter la « matière première » tout en laissant à des spécialistes le soin de la rédiger. Essai d'un programme,

par C. C. DÉNÉRÉAZ : nécessité de procéder systématiquement et d'étudier séparément p. ex. la maison et ses parties, le jardin, le champ, etc. Modèles d'enquête concernant le fléau et le râteau, avec leurs parties et les opérations auxquelles ils servent. Annonce de l’Introduction à l'étude des dialectes romands, par C. AYER (voir no 1066). Quatre anecdotes, dont la première (lo bon fein) est de L. FAVRAT; les trois autres sont probablement toutes tirées de l’Agace (no 427). Comme on le voit par cette analyse, le programme d’action de la Société des patois était judicieux, et il est très regrettable que les comités de districts n’aient pas montré le zèle qu’on attendait de leur part. Toutefois, les quelques résultats que nous aurons à mentionner sous Vaud, la vaste compilation de MorEL-FATIO, qui est sortie de ce programme (voir no suivant), et l'impulsion donnée aux traditions patoises du Conteur vaudois (n° 419), continuées jusqu’à nos jours, prouvent que l'effort n’a pas été complètement vain.

C. R. Gazette de Lausanne, $ juin 1878 (rend compte de l'assemblée constitutive). — Litbl. f. germ. u. rom. Phil., 1880, col. 270-271 (H. Breymann).

1291. — Morel-Fatio, Arnold. Glossaire patois. Manuscrit de la Bibliothèque de Lausanne, coté K 724. 82 cartons contenant chacun environ 400 feuilles in-8°. 1878-1886.

Les 35 o0o fiches environ, classées alphabétiquement, que renferment les cartons 1-77, constituent ce que la direction de la Bibliothèque a appelé Glossaire patois ; l’auteur avait plus justement désigné son œuvre comme Recueil de documents pour servir à la confection d’un Glossaire. Le carton 78 porte le titre de Generalia et renferme des notes de tout genre dont nous donnons l’analyse plus loin. Les cartons 79-82 sont un répertoire intitulé Français-patois. Chaque feuillet a été numéroté à la machine, malheureusement sans qu’on ait pris soin d’en contrôler l’ordre ; de là de nombreuses transpositions de fiches, surtout regrettables pour le carton 78. La dernière fiche de cette partie porte le n° 3$ 109. Avec 79 une nouvelle numérotation commence.

Cette œuvre volumineuse du numismate connu MorEL-FATIO (1813-1887) représente le résultat essentiel auquel aboutit l'effort de la Société des patois vaudois (n° 1290); mais l’auteur avait commencé à s’en occuper bien avant 1878. D’après une coupure de journal, de juin 1873, qui se trouve sous Generalia, il aurait déjà exposé alors son projet de glossaire à la Société d'histoire de la Suisse romande (cf. no 1061). La date finale de 1886, donnée ci-dessus, est l'indication la plus récente que nous ayons pu découvrir parmi les sources datées. La maladie a empêché l’auteur de terminer le répertoire françaispatois, resté à l’état de fragment. Le tout représente la plus sérieuse tentative, avant le Glossaire romand, d’embrasser en un seul ouvrage tous les patois de la Suisse romande. L’auteur, qui évalue sa collection à environ 18 000 mots, se proposait de la publier en deux volumes, avec introduction grammaticale et une chrestomathie finale. [l était encore très éloigné de son but, car l'enquête par questionnaires fut interrompue, faute d’appui, après les

premiers essais et rien n’est encore rédigé ni classé définitivement. Le manuscrit se compose presque uniquement, dans sa partie principale, de copies textuelles des nombreuses sources écrites : glossaires manuscrits ou imprimés de HENCHOZ, BRIDEL, DUMUR, MORATEL, QUINCHE, GILLIÉRON (Vionnaz); vocabulaires de provincialismes romands de CALLET, GAUDY-LEFORT, Hum- BERT, GRANGIER, GUILLEBERT, BONHÔTE; dépouillements de la littérature patoise et de documents d’archives publiés dans les Mémoires et documents de la Socièté d'histoire de la Suisse romande, le Recueil diplomatique de Fribourp, etc. Les copies sont munies parfois de remarques critiques ou d’étymologies qui démontrent que MoREL-FATrIO n'avait pas la préparation nécessaire pour mener à bien une pareille entreprise. Cet ouvrage nous servira surtout pour reconstituer le glossaire précieux de MORATEL (n° 1296), aujourd’hui égaré, et qui a été copié tout au long, avec indication des pages. Il ne nous rendra pas le même service pour celui de QUINCHE (n° 1344), puisque MoREt- FarTio n’a également connu que la transcription de Tissor. Le glossaire de MOoREL-FATIO a été utilisé par Fréd. GODEFROY pour la rédaction de son grand Dictionnaire de la langue française du IXe au XVe siècle ; il y a puisé bon nombre de rapprochements avec les patois romands. D’autre part, MoREL-FATIO avait étendu ses recherches au vieux français et aux dialectes français, de sorte qu’on rencontre chez lui de nombreux parallèles tirés de La CURNE DE SAINTE-PALAYE et des ouvrages de BEAUQUIER, MONNIER, JAUBERT, etc. l

Dans la liasse intitulée Generalia, on rencontre des lettres en réponse aux informations prises par l’auteur, des réflexions sur les divers systèmes employés dans la transcription du patois, l’énumération et la critique de ses principales sources, les sigles employés pour les désigner ; des notes sur des faits généraux de phonétique : agglutination, consonnes adventices ou intercalaires, métathèses, contractions, sur les adjectifs du type gonfle au lieu de gonflé, le genre patois, les verbes accidentellement pronominaux ; en outre quelques remarques étymologiques ou sur l'influence de l'allemand, sur les mots français détournés de leur sens dans les dialectes. Elle contient enfin des proverbes ou dictons altérés, les textes cités sous le no 423, les sobriquets patois des habitants de diverses localités (qui se sont égarés dans le carton 79, feuillets 5-6), etc., le tout pêle-mêle et n’ayant de valeur que par les exemples cités.

Les quatre volumes du glossaire français-patois représentent le contenu des huit premiers cartons du glossaire patois-français, plus un nombre considérable de citations empruntées aux autres. Ce fragment conserve sa valeur ; MoREL-FATIO avait bien reconnu que pour établir sûrement les rapports du patois au français, il est indispensable d’étudier aussi la contre-partie.

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