Les noms propres ne prennent pas la mar
que du pluriel :
1° Quand ils désignent les individus mêmes
qui portent ces noms.
Ex. : Les deux Corneille sont nés à Rouen.
Les Corneille, les Molière, les Racine, ont illustré le siècle de Louis XIV.
Nore.— L'article n’est employé ici que pour attirer davan-
tage l’attention.
2° Quand ils désignent le titre d’un ouvrage. Ex. : J’ai acheté deux Athalie et trois Robinson
Crusoé.
(C'est-à-dire deux
exemplaires d’Athalie et trois
exemplaires de Robinson Crusoë.) 433. Les noms propres prennent la marque du
pluriel :
1° Quand ils désignent, non les individus qui
ont porté ces noms, mais d’autres qui leur ressemblent par le mérite, les vertus ou les vices. Dans ce cas, les noms propres sont employés comme noms communs.
Ex. : Les Corneilles, les Racines sont rares dans notre pays.
(C'est-à-dire les poètes semblables à Corneille, à Racine.)
AT
nt
pis
2° Quand ils sont communs à une famille historique, à une race.
Ex. : Les Bourbons ont fourni huit rois à la France.
Les Stuarts ont régné en Angleterre.
3° Quand on emploie le nom de l’auteur pour désigner ses ouvrages.
Ex. : Notre musée possède des Raphaëls.
(C'est-à-dire des tableaux de Raphaël.) Il a acheté plusieurs Virgiles.
4° Quand ils désignent des pays distincts sous un même nom.
Ex. : On travaille à séparer les deux Amériques par un canal.
Les deux Guinées, les trois Guyanes.
Norte. — En résumé, les noms propres prennent toujours la marque du pluriel, excepté lorsqu'ils désignent les individus eux-mêmes ou le titre d’un ouvrage, car alors les noms propres gardent leur véritable sens.
Noms empruntés aux langues étrangères.
434. Les noms d'origine étrangère, qui sont devenus des mots français, par un long et fréquent usage, et surtout lorsque cet usage leur a fait prendre une forme et une prononciation toutes françaises, forment leur pluriel suivant la règle générale. Ainsi l’on écrit au pluriel : des panoramas, des albums, des duos, des accessits, des pensums, etc.
435. Les mots empruntés aux langues étrangères restent invariables, s'ils sont d’un usage assez restreint, et surtout s’ils gardent leur forme étrangère et leur prononciation originelle : des Te Deum, des in-octavo. des post-scriptum, des ecce homo, etc.
L'Académie laisse cependant invariables certains mots auxquels elle donne une forme française en leur mettant un accent aigu. Ainsi elle écrit : des avé, des mémento, des intérim, des miséréré, des salvé, des fac-similé, etc. Aussi les grammairiens sont-ils peu d’accord entre eux et avec l’Académie.
\ Mots invariables employés comme noms.
436. Les mots invariables de leur nature employés accidentellement comme noms ne prennent pas la marque du pluriel. Ainsi les adverbes, les prépositions, les conjonctions, les lettres de l’alphabet, les chiffres, les notes de musique, et tous les mots de la langue considérés matériellement comme mots, ne prennent jamais la marque du pluriel.
Ex. : Vos pourquoi ne finissent pas. (Acad.)
Trois un de suite font cent onze. (Acad.)
Noms composés.
1° Noms composés écrits en un seul mot.
437. Règle générale. — Quand les noms composés sont écrits en un seul mot (c'est-à-dire quand . leurs différentes parties ne sont plus distinctes), ils forment leur pluriel d’après la règle générale. Ex. : Un contrevent, des contrevents ; un vortemanteau, des portemanteaux.
Exceptions. — Les mots bonhomme, gentilhomme, monseigneur, monsieur, madame, mademoiselle, font au pluriel bonshommes, gentilshommes, messeigneurs, messieurs, mesdames, mesdemoïiselles.
Note. — L'usage tend à fondre en un seul mot beaucoup de noms composés, surtout ceux dont la première partie est invariable. (Cet usage prévaudra certainement dans un avenir prochain.
2° Noms composés écrits en deux mots.
438. Règle générale. — Quand les noms composés sont écrits en deux mots, le nom et l'adjectif qui entrent dans leur formation, peuvent seuls prendre la marque du pluriel ; le verbe, l’adverbe, la préposition restent invariables.
Nore. — Les règles qui suivent ne sont que la conséquence de cette règle générale.
NN (me 7
439. Règles particulières. — Deux substantifs. Quand un nom composé est formé de deux substantifs dont l’un joue le rôle d’un adjectif, ils prennent tous les deux la marque du pluriel.
Ex. : Un oiseau-mouche, des oiseauxr-mouches. Un chou-fleur, des choux-fleurs.
Un chef-lieu, des chefs-lieux.
440. Un substantif et un adjectif. Quand un nom composé est formé d’un substantif et d’un adjectif le qualifiant, ce substantif et cet adjectif prennent tous les deux la marque du pluriel.
Ex. : Un coffre-fort, des coffres-forts.
Une basse-cour, des basses-cours.
441. Un mot invariable et un nom. Quand un nom composé est formé d’un mot invariable ou d’un verbe suivi d’un substantif, le substantif seul prend la marque du pluriel.
Ex. : Un contre-ordre, des contre-ordres.
Un porte-allumette, des porte-allumettes.
442. Deux noms joints par une préposition. Quand un nom composé est formé de deux noms unis par une préposition, le premier seul en général prend la marque du pluriel.
Ex. : Une eau-de-vie, des eaux-de-vie.
Un arc-en-ciel, des arcs-en-ciel.
443. Remarque I.—-Quand la préposition est sousentendue. la règle reste la même : des hôtels-Dieu (c'est-à-dire des hôtels de Dieu) ; des fêtes-Dieu (c’est-à-dire des fêtes de Dieu) ; des mandats-poste (des mandats de la poste).
444. Remarque II. —-Il résulte de toutes ces règles que les noms composés formés de parties invariables, restent invariables.
Ex. : Des on-dit, des va-et-vient, des ouï-dire, des
passe-partout.
445. Rems-que III. — Quoique les noms composés dont nous venons de parler n’aient pas la marque du pluriel, les adjectifs qui s’y rapportent s’accordent selon la règle générale.
oh te mt ae = —. PE
446. Remarque IV. — Quelquefois l’idée de pluralité est tellement indiquée par le complément que celui-ci se met toujours au pluriel: un ou des porte-allumettes, un ou des casse-noisettes, etc.
Norte. — En résumé, pour écrire au pluriel un nom composé, il est indispensable d'examiner le sens de ce nom composé, d’en faire l’analyse. Il ne faut pas trop se fier à l’orthographe adoptée pour les noms composés par certains grammairiens de nos jours. Suivons le plus possible les enseignements de l’Académie et des bons auteurs, et n'oublions pas que dans certains cas le dictionnaire est le seul guide.