LA SYNTAXE
L'office de la syntaxe est d'expliquer tout ce qui concerue le concours des mots réunis pour exprimer une pense'e. Quand on veut transmettre sa pense'e par le secours de la parole, la totalité des mots que l'on réunit pour cette fin , fait une proposition.
La proposition est [''expression cCun juge~ ment. Quand je dis : Dieu est juste .^ c'est un jugement que j'énonce. Pour former ce jugemont, je dois avoir l'idée du sujet ou substantif Dieu. Je dois avoir pareillement l'idée de Yattribut ou adjectif juste. Je compare ces
ga GRAMMAIRE FRANÇOISE
deux idées ensemble ; et , reconnoîssant qu'elles se convienuent parfaitement , j'énonce celte co^n enance , en disant : Dieu est juste.
Une proposition renferme donc deux parlies intégrantes , deux termes essentiels , le sujet .^ qui répond à l'idée principale, et Vattribut ^ qui répond à l'idée accessoire, et qui modifie l'idée principale. Nous n'admettons point d'autres éléments constitutifs de la pro" position , parce que la nature ne nous offre que substances et modifications.
Pour joindre Vattribut au sujet .^ Xadjectif au substantif ^ il faut un mot, et ce mot est le verbe ^ le mot par excellence, sans lequel il n'y a point de proposition, point de discours.
Le verbe unique, le veibe seul nécessaire, c'est, comme nous l'avons dit, le verbe substantif être.
Les verbes adjectifs renferment le verbe être elVattribut. Toute proposition peut donc se réduire à ces trois parties, le sujet., Vattri^ but.) et le verbe être. Je dors ^ se décompose ainsi , je suis dormant.... Va , équivaut à : /of, sois allant.
La proposition se divise en plusieurs espèces. Celles qu'il importe le plus de connoître , sont les propositions principales et les propositions incidentes.
La proposition principale est celle qui contient ce que Ton veut spécialement faire entendre.
DE C. C. LETELLIER. gS
La proposilioii incidente est une proposition particulière liée à la proposilion principale , pour en expliquer ou délerminer soit le sujet, soit ratlribiit.
La phrase diffère de la proposition. D«ns celte invocation : chscrnds du haut des cieujc ^ auguste vérité, si je Cds une inversion , et que je dise , du haut des deux descends , auguste vérité j ou bien , auguste vérité^ descends du haut des deux ^ j'aurai trois phrases diffi^rentes , et je n'aurai qu'une seule proposition. Ce seroit donc une erreur que de confondre le mot phrase avec celui de proposition.
Nous appellerons phrase tout assemblage de mots réunis pour l'expression d'une idée quelconque 5 et comme la même idée peut être exprimée par différents assemblables de mots , elle peut être rendue par des phrases toutes différentes.
L'arrangement des mots qui entrent dans la phrase ou dans la proposition se rapporte à deux chefs principaux , la concordance et le régime.
Les règles que la syntaxe prescrit sur la j concordance , ont pour fondement un rapport d'identité entre les mots qu'elle fait ac- I corder, parce qu'ils expriment conjointement i un même et unique objet. Ainsi , la syntaxe prescrit ordinairement l'accord d'un mot mo~ dificatif avec un mot subjectif ^ parce que
la modification d'un sujet n'est autre chose que le sujet modifié. Le modifîcalif se rapporte an subjectif, ou par apposition , ou par attribution : par apposition , lorsqu'ils sont réunis par une seule idée précise, comme quand on dit, ces îiommes savants j par attribution, lorsque le modifîcatif est Tattribut d'une proposition dont le subjectif est le sujet, comme quand on à\\,^ces hommes sont savants. QtllQ concordance comprend les genres, les nombres et les personnes.
La syntaxe de régime établit les règles pour indiquer le rapport de détermination d'un mot à un autre. Le mot qui est en régime sert à rendre moins vague le sens général de l'autre mot auquel il est subordonné ; et celui-ci, par cette application particulière, acquiert un degré de précision qu'il n'a point par lui — même. Par exemple, dans cette phrase , le poirier de mon jardin est fleuri : le mot poirier ^ pris seul, a une signification vague et indéterminée^ mais le mol jardin^ qui lui est subordonné et qui est le régime de la préposition de. laquelle met en rapport les substantifs jardin et poirier , donne à celui— ci une précision qu'il n'avoit point \ c'est le poirier de mon jardin^ et non uu poirier en général. De même , dans cette phrase , mon fds est privé de la vue: l'adjectif pr/re, considéré seul, n'a qu'une signilicatiou vague. Mtds ces mots de la vue sont
DE C, C. LETELLTEil. 9&
le complément de la plirase , et le substantif f we , régime delà préposition de^ détermine Vaô](icl[i' privé. La syntaxe de régime a pour objet de joindre les substantifs aux substantifs, les substantifs aux adjectifs, les verbes aux verbes , ou aux prépositions et aux coajonctions , etc.
Nous allons développer ces principes et les appliquer successivement à chacune des diverses espèces de mots que nous avons déjà fait connoître dans la preuiière partie.