SYNTAXE DES PRONOMS
Emploi des Pronoms personnels.
Les pronoms de la première personne, je ^ me, 77îo/, nous ^ et ceux de la seconde, tn^ te^ toif vous., ne s'appliquent qu'à des personnes ou à des choses personnifiées.
7/, ils^ le^ la .f les., se disent indifféremment des personnes et des chostis.
Il en est de même des pronoms elle et elles ^
quand ils sont en sujet ; et souvent lorsqu'ils sont en re'gime, ils se disent pareillement tles choses : La rivière enlraùie ai^ec elle tout ce qiielle rencontre. Xaime la vérité au point que je sacrijierois tout pour elle. Mais lorsque ces pronoms peuvent être remplace's par en et /, il faut éviter de s'en servir, en parlant des choses inanimées. INe dites point, en parlant d'une muraille, d'une table, je m approchai cCeWe ; je m'assis près tf elle ^ dites : je men approchai^ Je in'y assis .^ ou je irî'assis auprèr» Se peut se dire des personnes et des choses , comme, cette Jleur se flétrit } cette femme se promène.
Soi se dit des personnes et des choses. S'il se dit des personnes , ou ne remploie qu'avec un sujet vague et indéterminé, comme : on doit parler rarement de soi 5 chacun travaille pour soi ^ 71 aimer que soi , c''est être mauvais citoyen.
Cette règle a été long-temps à se fixer, et les poëies les plus célèbres l'ont souvent violéd Ou lit dans Racine :
Mais il se craint^ dit—il^ soi—rné/iie ^ plus que tous.
Et ailleurs :
Charmant .f Jeune ^ tramant tous les cœurs après soi.
Boileau dit :
Mais souvent un auteur qui se flatte et qui s'aime, Mi'connoît son ^cnie et s'ignore soi-même.
Voltaire, dans Zaïre, dit aussi :
Ou mon amour me trompe , ou Zaïre a'/JourcThui , Pour relever à soi , descendrait jusquà lui.
ia8 GRAMMAIRE FRANÇOISE
Je pourrois citer bien d'autres passages de <:es grauds écrivains , où celte même faute se trouve.
Mais quand soi se dit des cîioses, il se met également avec le de'fini et avec l'indéfini ^ et dans ce cas , il convient aux deux genres : le vice est odieux de soi ^ la vertu est aimable de soi. Mais il ne peut pas se rapporter à un pluriel \ ne dites point : ces choses sont indijffé^ rentes de soi^ il faut dire : ces choses sont in* différentes ^'elles-mêmes.
Fonction des Pronoms personnels.
Nous avons vu que les substantifs ont trois fouclions dans le discours : ils y sont en sujet , en apostrophe ou en réi>îme. Les pronoms personnels ont la même Ibnction , avec la différence que quelques-uns sont toujours en sujet, deux seulement en apostrophe, quelques autres eu réi^ime , et d'autres enfin tantôt en sujet , tin tôt en régime.
Les pronoms personnels qui s'emploient toujours en sujet , sont je , tu , il , /7^.
Les deux qui se mettent en aposlro))lie . sont toi et vous : ô toi , ô vous ! ou bien sans interjection : vous, que f ai toujours chéri comme mon père.
Les pronoms qui ne s'emploient qu'en régime, sont me , /e , se .^ leur, le ^ la ^ les ^ y et en.
Ceux qui sont tantôt sujets et tantôt régi-
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mes 5 sont 7wus , vous , moi , toi , lui , elle , eux , elles.
Règle. Les pronoins de la première et de la seconde personne, emploje's comme sujets, se répètent avant tons les veîbes, quand ces verbes ne sont pas^ au même temps. Exemples : je prétends et je prétendrai toujours , etc. , vous avez déjà va , et vous verrez encore , etc.
Madame de Se'vigné a fait une faute contre cette règle , dans ces deux phrases : je vous embrasse et vous aime , et vous le dirai toujours Je les ai senties et les sentirai
long— temps.
Mais quand les verbes sont au même temps , on dit très-bien : je vous aime et vous le dis , etc. , sans repéter le pronom qui sert de sujet.
Des pronoms le, la, les.
Les pronoms /e , la.) les se distinguent aisément des articles /e, /a, les.
L'article est toujours suivi d'un nom : le frère , la sœur , les hommes j au lien que le pronom est toujours joint à un verbe , Comme : je le connois / je la respecte y je les estime. Règle. Quand le pronom le se rapporte à un substantif précédé de son article, il s'accorde avec ce substautifen genre et en nombre ^ mais quand il lient la place d'un adjectif ou d'un verbe .^ il est invariable.
Ainsi 5 lorsqu'on demande à une dame .
loo CRAMMAIRE FRANÇOISE
êtes-vous la yiowelle mariée r* êtes cous In propriétaire de celte maison ? Elle doit répondre : oui , je la suis. La., parce que ce j)ronom se rapporte à uu substautif^ précédé de son article.
Il en scroit de même si Ton demandoit à une dame : êtes -vous madame Dupont ? Elle devroit répondre : oui., je la suis. La., parce que ce pronom se rapporte à un substaulif, la dame Dupont, Dans ces phrases , le pronom la est un pronom personnel relatif mis au lieu de elle : je suis elle , celle que vous dites.
Mais si Ton demandoit à une deuioiselle : êtcs-vous mariée? Elle devroit répondre : je ne le suis pas. Le., parce que ce mot se rapporte à Tadjeclif mariée. Si Ton demande à une dame : êtes- vous malade P elle doit répondre : je le suis , et non je la suis. Le se rapporte ici à la chose, et non à la personne. Il signifie cela , et non elle. Je suis cela , ce que vous dites , et par conséquent il est invariable. En effet, si une dame disoit à deux de ses amies : quand je suis malade., je jais telle chose , ces dames ne pourroient pas lui répondre : et nous , quand nous les sommes , nous faisons ., etc.
Donc le pronom le ne prend ni genre ni rombre , quand il tient la place d'un adjectif..... Il suit la même règle, quand il se rapporte à un verbe ^ on doit dire : nous devons nous accommoder à riiumeur des autres , autant que
DE C. G, LETELLIER. l3f
nous \e pouvons.,.. Le., est ici invariable, parce qu'il se rapporte au verbe accommoder.
Place des Pronoms personnels.
M''y ne doit, jamais être placé après le verbe qui re'git le pronom personnel. Ainsi , on ne j)eut pas dire : votre carrosse nest pas plein .^ donnez-m'y place,' ni : vous allez au spectacle.^ menez-m'y. Il faut alors que le mot / soit mis avant le pronom me. On dira donc : donnez-j moi place y menez-y moi. Mais m'y se place irès-bien avant le verbe : je vais à la campagne , voulez-vous m'y accompagner ? Fous allez au spectacle .^ je uous prie de. m'y mener.
Accord des Pronoms.
PvÈGLE. Les pronoms doivent toujours être du même genre , du même nombre et de la même personne que le nom dont ils tiennent la place. Ainsi, en parlant de la tête, dites ^ elle méfait mal j elle., parce que ce pronom se rapporte à tête , qui est du féminin et au sinf;ulier. Dites aussi : ce sont vos affaires comme /ej siennes 5 les siennes .^ parce que ce pronom se rapporte à affaires.^ qui est du féminin et au pluriel.
Vous employé pour /w, veut le verbe au pluriel^ mais l'adjectif suivant reste au singulier.
Exemple.
Monjils.^ vous serez estimé j si vous êtes sage.
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Lorsque même se trouve placé après les pronoms personDels. il doit être préredé d'un Irait d'union , et il prend nécessairement une s ru pluriel. Exemple : moi-même^ toi-même ^ lui-même , elle— même , soi— même , jiousmêmes , vous-mêmes , eux— mêmes , elles^ mêmes. Il ny a d'exception que pour vous- Tuêine et Jious-même^ quand ils se rapportent à un seul individu et non à plusieurs.
Vous-même, où seriez— vous,
Si toujours à l'amour Antiope opposée. D'une pudique ardeur -n'eût brûlé pour The'sée ?
Le même poëte fait dire à Roxane dans Bajazet :
Va , roais nous— même allon* , précipitons nos pas.
Kaci.ne,
C'est que nous et vous ne sont pas alors des pluriels.
AJême^ après mi nom de personnes ou de choses prend encore une s , lorsqu'on peut le faire préce'der des pronoms eux ^ elles. Exemples: les scélérats n.'êmes condamnent les vices 'des auUes. J os malheitrs m^nes ne peuvent vous garantir de mon indignation , etc.
Des Pronoms possessifs.
Les prénoms possessifs, le mie?? .^ le tien., le sie?! ^ le nôtre, le vôt?'e .^ le leur ^ supposent toujours un subsiautil qui précède ^' c'est donc une faute que de débuter ainsi en e'crivant : fai reçu la \oireJe cinq du courant. Il laut
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écrire : fai reçu i-otre lettre le cinq du courant. IN'ecrivez pas non plus : fe vous ai écrit le huit du présent mois , et fai raçu la vôtre le quinze j mais ëci ivez : je vous ai adressé ma lettre le huit du présent mois , et fai reçu la vôtre le quinze. Dites encore : je cannois vos prétentions . voilà les miennes^ ou, voilà mes prétentions , je connois les vôtres. J^ai fait une visite à. vos parents ^ je recevrai la leur au premier jour y ou , je recevrai au premier jour la visite de vos parents , je leur ai fait la mienne.
Pronoms relatifs.
Qui relatif est toujours du même nombre et de la même personne que son antécédent ; ainsi , il faut dire : moi qui ai vu^ toi qui as vu y nous qui avojis vu j vous qui avea vu j euoc qui ont vu , etc.
C'est donc une faute de dire, en parlant d'un livre : c'est un des meilleurs ouvrages qui ait paru depuis long— temps. On doit dire : c'est un des meilleurs ouvrages qui aient paru.^ etc. Dites pareillement : la passion du jeu est un des vices qui ont le plus contribué a notre perte , et non pas , qui a le plus contribué^ etc. Mais si je veux faire entendre qu'un de mes enfants (Adolphe) s'est noje', je ne dirai pas : Adolphe est un de mes enfants qui se sont noyés., puisque je n'ai pas eu plusieurs enfanls qui se sont noyés , et qu'au
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contraire je n'en ai eu qu'un qui ait ainsi péri. Je dirai donc : Adolphe est un de mes eufanls , qui s'est noyé. Pour faire sentir que le pronom relatif qui ne se rapporte pas au substantif enfants^ je les se'pare par une virgule.
Que relatif est toujours du même genre et du même nombre que son antécédent. Ainsi , écrivez^ : Leibnitz est un des plus savants hommes qu^oîi ait jamais vus, et non pas vu, votre fus est un des plus aimables enfants que [aie connus , et non pas connu.
Qui., pre'cédé d'une préposition, ne se dit jamais des choses , mais seulement des personnes. Ainsi, ou peut bien direj la personne à qui/'at donné ma confiance j mais on ne dira point : les sciences à qui je inappliqué. Il faut dire : les sciences auxquelles je m^applique.
Pronoms démonstratifs.
Celui-ci ., celui-là.^ s'emploient de cette mar/ière : celui— ci pour la personne dont on a parlé en dernier lieu ^ celui-là pour la personne dont on a parle' en premier lieu.
EXL.MPLE.
Les deux philosophes Heraclite et Démo^ crite étoient d'un caractère bien digèrent : celui-ci rioit toujours ^ celui— là pleuroit sans cesse.
Ceci désigne une chose pUis proche , cela désigne une cho.sc ])liis éloignée. Exemple : je 71 aime pas ceci ^ donnez— moi cela.
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Ce devant le verbe être^ demande ce veibe an singulier , excepté quand il est suivi de la troisième personne plurielle. On dit, c'est mo/, c'est toi^ c'est lid^ c est 720^5, c'est vous qui , etc. Mais il faut dire : ce sont , cétoient , ce furent , ce seront eux , elles , vq^ ancêtres qui , etc. Exemples.
C'est nous qui avons établi le calme.
C'est vous , généreuoc athlètes , (jui avez combattu glorieusement.
Ce sont les honnêtes gens qui désirent la tranquillité.
Ce sont eux qui ont le plus contribué an gain de la bataille.
C'eioient de braves gens que nos hôtes.
Ce furent eux qui , le voyant sans défense , prirent son parti.
Ce seront eux qui auront le soin des affaires de la ville.
Quelques— uns re'pètent ce devant le verbe être , en ces sortes de phrases : ce quil y a de plus déplorable , c'est , etc j ce qui me cha'grine le plus , c'est , etc. D'autres ne le re'pètent pas, et disent : ce qui me chagrine le plus , est, etc. L'Académie décide qu'il est toujours plus élégant de répéter ce , quand même le premier ce ne seroit pas beaucoup éloigné.
On en doit user de même, quand on a mis un autre mot que ce auparavant, comme : la difficulté que Cou y trouve^ c'est, et non pas est . qui ne seroit pas si bien à beaucoup près.
tSG GRAMMAIRE FRANÇOISE
En général on doit toujours préférer c'est à est.
II faut dire : cest en Dieu que nous devons mettre notre espérance .^ et non pas en qui y c'est à vous que je veux parler , et non pas à qui. Car la même préposition ne doit pas se trouver deux fois dans la même phrase, lorsqu'il n'y a qu'un seul rapport à indiquer. Si nous supprimons ce . qui ne marque que d'une manière plus sensible la chose dont il s'agit, la première phrase sera réduite à ces termes : nous devons mettre Jiotre confiance en Di<u^ en qui ^ la première préposition en exprime le rapport de mettre sa confiance dans l'objet Dieu y mais la seconde préposition e77 n'exprime aucun rapport. De même, la deuxième phrase se réduit à : je veux parler à vous, à qui. La première préposition à exprime le rapport de parler avec vous. Mais la seconde préposition à n'exprime aucun rapport. Boileau a donc commis une faute contre cette règle, dans ce vers :
C'est à vous, mon esprit, à qui je veux parler.
Quand le mot que se trouve placé après un substantif précédé d'une préposition, ce que est une conjonction , et non un pronom relatif.
Ne dites point : cest un crime de se montrer ingrat.^ mais dites : cest un crime que de se montrer ingrat. Dites pareillement : ce seroit mal agir que d'abandonner ses parents , et non pas d abandonner. La conjonction que est
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d'une nécessité indispensable dans toutes les phrases semblables.
Pronoms indéfinis.
Quoique le pronom on soit ordinairement suivi d'un masculin , comme dans celte phrase : 071 nest pas toujours maître de ses passions , ily a des circonstances qui marquent si précisément qu'on parle d'une Temme, qu'alors le pronom on est suivi d'un féminin. Exemples : on ji'est pas maîtresse de faire ce quon veut ^ quand on a un mari peu complaisant. Lorsqu'on est jolie, on ne V ignore pas long-temps. On a peu de temps à être belle , et long-temps à ne l'être plus. On riest pas plus folle qua Julie., etc.
Après les monosyllabes si^ oîi., et., il faul faire précéder on d'une / avec une apostrophe. Si fon dit., si ton savoit • le pays où ton trouve i fai lu et Con m'' a raconté.^ on j rit et Con y pleure tour à tour.
Le pronom masculin indéfini quiconque est aussi quelquefois féminin. Par exemple, on peut dire, en parlant à des femmes : quiconque de vous sera assez hardie pour médire de moij je Cen ferai repentir.
Quand le pronom chacun., que l'Académie appelle pronom distrihutif.^ se rapporte à un pluriel, il gouverne tantôt son .^ sa., ses, tantôt leur., leurs.
1°. 11 gouverne son., sa., ses., Cjuand il est employé après un verbe dont le sens est corn-
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plct, tels que les verbes actifs avec leur régime ou les verbes neutres. Ainsi Ton dira :
Ces écoliers ont fait des réponses chacun selon son savoir.
Ces juges ont opiné , chacun selon sa probité et ses lumières.
IL faut remettre ces livres-là chacun ^ sa place.
2°. II gouverne leur^ leurs., quand il est employé après un veibe dont le sens est incomplet, tels que les verbes actifs séparés de leur régime.
EXEBIPLES.
Ces écoliers ont fait ^ chacun selon leur savoir.^ les réponses quils ont pu.
Les juges ont prononcé., chacun selon leur probité et leurs lumières , le jugement qui est intervenu.
Bemettez , chacun en leur place , les livres que vous avez lus.