SYNTAXE DES PARTICIPES
Le participe présent, toujours termine en ant ^ ne prend ni genre ni nombre.
Ainsi l'on e'crit :
Un homme lisant. Des hommes lisant.
V ne femme lisant. Des femmes lisant.
Cependaiit on dit , chs hommes obli^ants, une femme préver.anlc , charmante, etc. Mais, ces mots ohtigeanls , prévenante , charmante.^ etc., ne sont point des participes présents j ce sont des adjeciitk verbaux.
On appelle adjectifs verbaux , cenx qui viennent des. verbes, coiDme prévenant .^ préve^ nanîe ^ étouffant , étou(Jante ., assujettissant ^ assujettissante ^ etc. Ces adjectifs s'accordent avec les substantifs auxquels ils se rapportent^ mais les participes pi^scnts sont invariables.
Pour distinguer les adj^cùfs verbaux des participes présents, il faiu vcly^i xes mots ont un régime. Lorsqu'ils ont'.nn régime, ce sont des participes. Lorsqu'ils n'ont point de régime . ils &ont adjectifs.
Exemples.
Cette femme est douce., affable^ prévenant tout le monde.
Cette femme est doiice^ affable^ prévenante.
DE C. C. LETELLIER. Uy
Dans la première phrase;, le mot préi^enant rsl un participe, parce qu'il est suivi du re'gime tout le monde j dans !a seconde , il est adjectif verbal, parce qu'il n'a point do régime.
Les participes passe's aimé ^ béni ^ aperçu^ répandu^ etc. s'accordent avec les noms auxquels ils sont joints, lorsqu'ils ne sont accompagne's d'aucun temps des verbes a^oir ou être , parce qu'alors il sont employés comme adjectifs. Exemple : un ouvrage achei'é^ une maisoQ achevée / des ouvrages ache^-és , des maisons achei'ées.
Le participe passé joint aux verbes auxiliaires être ou oi'oir ^ s'accorde ou avec son sujet ou avec son régime.
Première règle. Le participe passé , quand
il est accompagné du verbe auxiliaire être ,
1 s'accorde en genre et en nombre avec son
sujet, c'est-à-dire, que l'on ajoute (? , si le
sujet est féminin, et ^j si le sujet est pluriel.
EXE3IPLES,
L'ennemi a été vaincu.
Lis ennemis ont, cte' vaincus.
Le tonnerre est tombe.
La ilolte est sortie.
l/armee a ete' vaincue.
Lps arme'es ont c'ie' vaincucs(*^«
La fouilre est tombée.
Les flottes sont sorties.
Il n'y a point d'exception.
quand le participe
( Deuxième règle. Mais
^- (*) Le participe été n'a ni fcminiu ni pluriel; on Jit elle tt été , ih et elles ont été.
l48 GRAMMAIRE FRANÇOISE
passé est accompagné du verbe auxiliaire m'oir j il ne s'accorde jamais avec soa sujet.
Exemples.
Mon père a chaulé. Ma mère a chanté.
Mes frères ont chaulé. Mes sœurs ont chanté.
Le participe chanté ne change point , quoique le sujet soit niasculiu ou fémiuia , singulier ou pluriel.
Iroisième règle. Le participe passé joint f au verbe avoir -, s'accorde toujours avec sou régime direct , quand ce régime précède le participe.
Exemples.
La lettre que vous avez écrite , je Vai lue.
Les livres que favois prêtés , on les a rendus.
Les conventions que nous avions faites , vous les avez violées.
Je reconnais Verreur qui nous avait séduits.
Quelle chaire avez-vous entreprise !
Combien cV ennemis jia-til pas vaincus!
On voit que le régime placé avant le participe est ordinairement l'un des pronoms le , la , les , que , etc.
Quatrième règle. Mais quand le régime
DE C. C. LETELLTER. ^4g
direct nVst pic.cé qu^ypiès le participe , ce participe ne s'accorde pas avec son régime.
EjCEMPLES.
Tai e'crit une lettre. J''al e'crit des lettres.
J''ai acheté un livre. Fous avez aclieté des livres.
Ecrit ^ acheté ., ne changent pas , quoique le régime soit singulier ou pluriel, masculin ou féminin, parce que ce régime est placé après le participe.
Question. Pourquoi le participe écrit ne s^accorde-t-il point avec le substantif /e/^^re , dans cette phrase, mon père a écrit une lettre.^ tandis qu'il doit s'accorder avec ce même substantif, dans cette autre phrase : la lettre que mon père a écrite ? Dans l'un et l'autre cas , n'est-ce pas toujours la lettre qui a été écrite? Pourqi-oi donc le participe ne s'écrit- d point de la même manière dans les deux ras ? En un mot, quels motifs ont pu porter les Grammairiens à établir ces deux règles différentes :*/e participe passé s'accordera avec non r< gime^ quand il sera précédé de ce régime j mais il ne. s^ accordera point , quand ce régime ne sera placé qii après le participa F
Réponse. Lorsque le régime précède le participe , ce régime est connu de celui qui parle , et de celui à qui l'on pai le ^ ainsi Ton peut , en énonçant ou en écrivant le participe, faire
ICO GRAMMAIRE FRANÇOISE
accorder le participe avec ce régime^ mais "si le régime n'est place' qu'après le participe , oii est supposé ne point connoître ce régime quand on énonce ou qu'on écrit le participe^ ainsi, l'on ne peut point faire accorder ce participe avec son régime. Par exemple, quand quelqu'un dit, mon père a écrit ^ je puis demander quoi? est-ce un billet, esl-ce une lellre ? est-ce un mémoire ? Je ne connois pas encore l'objet écrit ^ je n'en connois par conséquent ni le genre ni le nombre Je ne dois donc point attendre un accord avec un substantif tlont je n'ai point l'idée. Oa ne doit donc point faire accorder le participe avec sou régime , quand ce jégime ne vient, dans la plirase , qu'après le participe. Mais quand quelqu'un dit : la lettre que mon père a écrite, je ne
f)iiis plus demander, écrit quoi f" Je connois. 'objet écrit, la lettre^ j'en connois le genre le nombre 5 ainsi, çn écrivant, en cnO',tt;îiiit le participe écrit ^ on peut, on <lZaiâ\ve accorder ce participe av^^- ^.^ régime , avec la lettre ccritc. li suit de là que le participe s'accorde avec le régime qui le précède, parce que, quand on énonce ou que l'on écrit un participe dont le régime est déjà écrit ou énoncé, on a l'idée de ce régime, on en connoît le genre et le nombre, et par conséquent la concordance doit être établie. Mais quand le participe est suivi de son régime , ce régime est supposé Ji'èlre pas encore connu, lorsque l'on écrit, ou
DE C. C. LETELLIER. l5l
-que l'on énonce le participe: ou n'a l'idée ni du genre ni du nombre de ce régime^ on ne peut donc former un accord du participe avec ce régime. Tels sont les motifs de la différence que les Grammairiens ont mise entre le participe passé précédé^ et le participe passé siià'i de son réiçime direct.
On mettoit autrefois deux exceptions à la ,3^. règle; i". quand le sujet est après le participe, comme dans et t exemple : la leçon que vous ont donné vos maîtres y i^. quand le participe est suivi d'un adjectif qui fait partie du régime, comme dans cetie phrase •: ^dam et Eve que Dieu avoit créé innocents. Quelques Grammairiens admettent encore aujourd'hui ces deux exceptions; mais c'est à tort : il fait dans le premier exemple donnée^ et d;ins le second, il faut créés, (Essais de grammaire par d"01ivet. ) Ainsi la règle ne souffre aucune exception. D'ailleurs , les exceptions multipliées sans cause ne servent qu'à embarrasser fespiit. Il vaut mieux s'en tenir, autant qu^il est possible, à des règles fixes et générales.
La solution de toutes les Ciifficuîtés des participes passés^ est fondr'e sur les quatre règles :quenou3 venons d'établir. Mais comme il n'est pas aisé d'en faire toujours une juste application , et que nos Grammairiens sont peu d'accord entr'eux sur cette matière , nous croj'ons qu'il est indispensable de développer davantage
loa GRAMMAIRE FRANÇOISE
ces règles , el de lever les cloutes des élèves dans les cas les plus embarrassants.
Du Participe passé des Verhes réfléchis^ réciproques ou pronominaux.
1^. Lorsque le participe passé est celui d'un verbe réjlcchi ., il iaut Q:iettre le verbe crro/r à la place dn verbe être j et, si le pronom réflécbi est réf^ime direct.^ le pa^î ticipe passé devra s'accorder avec ce pronom ^ mais s'il n'est que lei^ime indirect , le participe passé sera invariable, à moins qu'il ne soit précédé d'un autre régime direct.
Cette femme s'est proposée pour modèle à ses enjants.
Je mets le verbe avoir à la place du verbe c/r'e, et je dis : cotte fl-mme a proposé soi^ elle pour modèle à ses entimls. Je vois que le pronom réficcbi se est ici réj^ime direct^ et puisqu'il précède le p;:riicipe, c'est le cas d'appliquej- la /ègle du pailici[)e passé joint au \erbé avoir., et précédé de son régime direct. Donc je dois écrire proposée.
Mais dins l'oxenq^le suivant :
Cette f il mne s'est f>roposé d" enseigner la gpograpliic à s< s et f nuls.
En nji'ttanf le verbe avoir à la place du. verbe cire., je dois tlire : celte femme a proposé à i'O/, a elle d'enseigner la ^éo-rapbic à
DE C. C. LETELLIER. î o3
ses enfants. Ici le pronom re'fle'clii se n'est que régime indirect^ et j^ar conséquent, puisque le participe passé n'est point précédé de son régime direct, il ne varie point. J'écrirai donc proposé.
Par la même raison , nous écrirons : Lu^ crèce s'est d-oniié la mort j cette femme s'est mis des chimères dans In tête. Cir en mettant le verbe avoir à la place du verlie é/re, nous devons dire : Lucrèce a donné à elle, etc^ cette femme a mis à elle, etc. Donc, dans ces deux phrases, le pronom se est régime indirect; et comme, d'ailleurs, le régime direct la mort, n'est placé qu'après le participe passé donné ^ et c\ue. le régime direct des chimères n'est jilacé qu'après le participe passé mis ^ ces deux participes restent invariables.
Mais dans ces phrases : la mort que Lucrèce s'est donnée : les chimères que cette femme s^est mises dans la tête^ si nous substituons le veibe ai^oir au lieu du verbe être ^ nous dirons : la mort que Lucrèce a donnée à elle. Les chimères que cette femme a mises dans la tête à elle. Se est régime indirect, et par conséquent ce n'est j^oint avec ce pronom que s'accordent les participes donnée^ mises. Mais le régime direct représenté par le pronom relatif ^«e, les précède, et c'est avec ce régime que les participes donnée^ mises.^ s'accordent.
'l54 GRAMMAIRE FRANÇOISE
D'après ces {3rincipes nous écrirons :
IS'oiLS nous sommes rendus maîtres de la ville.
Les hommes se sont bâti des i^illes.
Voire sœur s'^est acheté de belles robes. Les lois que s'étoient prescrites les Romains.
Des modernes se sont imagine' (jn''ils surpassoient les anciens. (Ont imaginé en eux.)
Elle s'^est rendue accusatrice. (Acad.)
Les académies se sont fait des objections ^ se sont proposé des difficultés.
Question. Faut- il dire : // s'^est rassemblé ou rassemblée ici une foule de gens armés F
Jîéponse. 11 faut dire rassemblé. Ce participe esl censé s'accorder avec le pronom il. Mais si , au lieu d'employer l'unipersonnel il est , on donnoit au verbe être , un nom pour sujet , alors le participe passé renlreroit dans la règle générale. On diroit : une foule de gens^ armés se sont rassemblés ici.
2°. Les pajticipes passés des verbes réci^ proques sont soumis à la même règle que les participes passés des verbes réfléchis. Il faut chercher de la même manière si le pronom qui les précède en est le régime direct ou bien le régime indirect. Dans le premier cas , le participe s'accorde ^ dans le second cas , il est invariable.
DE C. C. LETELLIER. lS3
Ex E 31 P LE.
Ces deux hommes se sont battus, et se sont dit des injures.
Le participje passé battus s'accorde avec son régime ^e, parce que ce régime est direct^ le participe passé dit ne change point, parce que le pronom se qui le précède, n'en est que I^e régime indirect , et que sou régime direct iri^ jw es est placé après.
Nous devons écrire pareillement :
Vos sœurs et les miennes se sont trouvées ensemble à la campagne^ et se sont plu dès les premiers instants.
Ils se sont succédé Elles se sont
parlé, etc.
3^. Les verbes pronominaux ajant, comme nous Tavons dit , une signification passive , l'accord de leur participe passé doit suivre la règle du participe passé précédé du verbe être'^ c'est-à-dire, que ce participe doit s'accorder avec le sujet. Ainsi , dans ces phrases : ces marchandises se sont bien vendues , le participe vendues s'accorde avec le sujet marchandises ^ parce qu'on peut dire : ces marchandises ont été bien vendues. Il en est de même des phrases suivantes :
Cette affaire s\'st traitée.... a été traitée.
Les cordes de cette guitare se sont lâchées.... ont été lâchées.
Les ennemis se sont emparés dhine posi-
î5Ô GT^AMMAIRE FRANÇOISE
tion Oîit été mis en part, en possession
■iViine^ etc.
Quand Vamhition^ la jalousie^ la haine se sont une fois emparées de quelqiCiin..., ont été rendues nwùiesses de....
Elle s^est aperçue, ils se sont aperçus de..., elle a été frappée , ils ont été frappés de la perception de....
Elles se sont souvenues , repenties , abstenues... elles ont été atteintes du soui^cnir .^ touchées du repentir^ tenues loin de....
Elles se sont plues en cet endroit..., elles Ofit été affectées de plaisir en cet endroit,
La vigne s'est plue dans cette terre..,, a été bien placée dans cette terre.
La désobéissance s'est trouve'e montée au plus haut poitit..,. a été trouvée montée au plus haut point.
Du Participe passé suivi d'un T^erhe à tivfinitif.
Ijorsque le participe passe' esX. suivi d'un vei be à rinliiiiiiC, ie régime qui précède \c'à deux verbes peut être ou le régime du participe, ou le régime du veibe à rinfiriitif.
Si le régime qui précède les deux verbes est le réi^inie du participe passé, ie participe doit s'accorder avec ce régime.
Mais si ie régime est celui du verbe à riulînitil. le p:irti<ipc pa^sé demcuie inv.inable.
Ou recourioît que le régime tjui précède
DE C. C. LETELLIER. ijy
les deux verbes, est le re'gime du partici[)e passé, lorsqu'on peut mettre ce re'gime immédiatement ajirès le participe , et changer l'infinitif qui suit en participe présent, ou bien ea un imparfait précédé du pronom relatif ^«i.
Exemple.
La femme que f ai entendue chanter.
Pour connoîti-e si le pronom relatif que ^ qui précède les deux verbes , est le régime du participe passé entendu ., j'essaie de mettre immédiatement après ce participe le nom représenté par que .^ et de changer l'infinitif suivant en participe présent. Je dis donc, j'ai entendu la femme chantant , ou qui chantoit.
La phrase est susceptible de ce changement. C'est donc du participe passé entendu , que le pronom relatif «/«e se trouve le régime direct^ et puisque ce régime précède le participe , celui-ci doit s'accorder avec son régime. Donc il faut écrire entendue.
Mais dans cet autre exemple : la chanson que fui entendu chanter.
Si j'essaie de mettre le régime immédiatement après le participe , et de réduire l'infinitif qui suit en participe présent, je dois dire : j'ai entendu la chanson chantant ou qui chantoit. Or, je vois que ce changement est impossibh^, parce que la chanson ne ch.ntoit point, mais qu'elle étoit chantée; j'en conclys que le [)rouotu relatif ^//e est le régime de finfiuiù[chauCer , et non du participe passé entendu.
n58 GRAMMAIRE FRANÇOISE
Donc ce participe est invariable, puisqu'il n''est j)as précédé de son régime direct. Donc il faut écrire entendu.
i D'après ces principes , comment faut-il écrire le participe vu dans cette phrase :
La femme que jai vu peindre F
Celte phrase présente deux sens; car elle signifie que vous avez vu une femme qui peignoit ou que Con peignoit.
Si vous avez vu une femme qui peignoit , qui étoit occupée à peindre , vous pouvez dire : fai vu la femme peignant y et alors le que est régime du participe passé vu j et, y)uisque le régime précède le participe, ce participe doit s'accorder avec ce régime. Donc il faut écrire ;
La femme que fai vue peindre.
Mais si vous avez vu une femme que l'on peignoit , dont un artiste faisoit le portrait , alors vous ne pouvez pas dire : j'ai vu la femme peignant .f puisque ce n'étoit pas elle qui peignoit , mais qu'un autre étoit occupé à la peindre. C'est donc du v^rhe peindre et non du participe r«, que le relatif (^we se trouve le régime. Donc le participe est invariable, puisqu'il n'est point précédé d'un régime direct. Donc ici , on doit écrire :
La femme que fai vu peindre.
Racine , dans Britannicus , fait dire à Néron j en parlant de Junie :
CtUc nuit , je l'ai \>uc arriver ea ces lieux.
Dif C. C. LETELLTER. < iBg
Le poêle, dans une première édition, avoit mis : fe l'ai vu cette nuit ^ etc^ mais il se corrigea. Pourquoi ï parce que le pronom personnel relatif /rt qui pre'cède le participe vu est re'gime direct de ce participe, puisqu'on peut dire : fai vu Jiuiie arrii'ant , qui arrivait , etc. Donc le participe vu doit s'accorder avec ce I e'gime , et par conséquent on doit écrire vue.
On écrira pareillement , en parlant d'une femme , je fai vue entrer ^ je fai vue passer j et en parlant de plusieurs, je les ai vues entrer^ je les ai vues passer j et ainsi de tous les participes joints à des infinitifs qui sont verbes neutres : car les verbes neutres u'ajant point de régime direct, c'est une nécessité que le régime se rapporte au participe qui précède ces infinitifs , et que le participe s'accorde avec ce régime.
Le second verbe à l'infinitif est quelquefois sous-entendu , et cependant le participe suit encore la même règle que quand ce verbe à Tinûnitif se trouve exprimé.
JEXEMPLES.
Je lui ai fait toutes les caresses que j^'ai dû.
JSous lui avons accordé toutes les grâces que nous avons pu.
// a obtenu toutes les faveurs qu^il a voulu.
Dans ces phrases, on spus- entend les verbes
l6o GRAMMAIRE FRANÇOISE
faire^ accorder^ ohleiiir j et c*'esl à ces verbes que ie réiiime doit se rajjporler. Ainsi, dues , pues 5 voulues seroieat des fautes grossières.
Du Participe passé entre deux que.
Lorsque le parlicipe plissé se trouve placé entre deux que ^ ce n'est point de ce participe que le premier que se trouve le re'gime, mais du verbe qui suit, et par conséqueul ie participe est invariable.
Exemples.
Les raisons que vous avez cru que f approuvais.
Les mathématiques que vous navez pas voulu que [étudiasse.
Le premier que , dans ces deux phrases , est le régime des verbes 'f approuvais , ]éludiasse^ et non pas des participes cru tl voulu qu'il précède. Car si aux mots ] approuvais , j'étudiasse ., on substitue : /> me rendais., et Je m'appliquasse .) on dira : les raisor.s auxquelles vous avez cru que je me rendois
les mathématiques auxquelles vous n'avez p;is
vouhi que je m'appli(|uasse Le premier que
se trouve donc alors remplacé pur auxquelles ., parce que les verbes se rendre., s'appliquer^ réi^issent la préposition à et demandent un réi^ime indirect, se rendre à de bonnes raisons^ s'appliquer à quelque chose. Donc c'est de
DE C. C. LETELLIER, iSl
ces verbes, et non des participes ern et voulu ^ que le premier que se trouve le régime.
Nous écrirons donc ainsi les phrases suivantes :
Les peines que fai prévu que cette affaire vous donneroit.
Les embarras que fai su que vous aviez.
Ccst une chose que fai cru que vous saviez.
Vu Participe passe' joint à un injinit if précédé d'une préposition.
Lorsque riiifînilif qui suit le pnrtirîpe passé est précédé d'une préposition , le pronom relatif qui est avant les deux verbes sera le régime du participe passé , si Ton peut plarer immédialemcnt après ce participe le subbtanlif dont le que rclalif lient la place.
Exemples.
Les soldats qu'on a contraints de marcher.
L'histoire que je vous ai donnée à lire.
La résolution que vous avez prise dtdler à la campagne.
■ Dans ces phrases , le que relatif est le régime du participe, parce que les noms dont il tient la place peuvent erre mis immédiatement après le parlicipe. Ou peut dire ; on a
.contraint les soldats de marcher y fe vous ai donné l'histoire à lire,- vous avez pris la résolution d'aller à la campagne.
Mais, si ie sul^stantif représeuté par le relatif ijrwe , ne peut pas se placer iiiime'dialerrient après le participe, et ne peut être mis qu'après l'infiiiitif, alors c'est de cet infinitif" que le pronom se trouve le re'gime, et par conséquent le participe ne doit point varier.
Exemples.
Les mesures que vous iiiavez conseille' de prendre, et non pas couseiliées.
Les fortifications que nos généraux ont ordonné de construire , et non pas ordonnées.
La règle qne fai commencé à expliquer ^ et non pas commencée.
Dans ces phrases et dans toutes celles qui leur ressemblent , le pronom relatif que su trouve le régime de l'iulinitif , et non du participe , parce qu'on dit : vous m'avez conseillé de prendre les mesures , nos généraux ont ordonné de construire les fortifications y fai commencé à expliquer la règle .^ etc. On ne pourroit pas placer après le participe lé substantif représeaté par ie pronom , en disant : vous m'' avez conseillé les mesures de prendre ,• nos généraux ont ordonné les fortif cations de construire j fai commencé la règle à expliquer. . ■ ^ - .
DE C. C. LETELLIER. l63
Des Participes passés fait et laissé.
Lorsque le participe passé et rinfinitif qui le suit , sont deux mots inséparables qui ne présentent qu'une seule idée à Tesprit , alors le pronom est régi par les deux vi^rbes conjointement 5 et le pariicipe passé ne varie point. Tel est le participe passé du seul verbe faire.
Exemples.
La maison que f ai fait bâtir .^ et non pas fdite.
Les enfants que vous avez fait tomber^ et non pas iaiis.
j J'avais plante' des poiriers^ la sécheresse 'les a fait mourir^ et non pas faits. (Acad.)
En ces phrases, et dans les autres semblables, le participe /«/^ ne peut être séparé de rinûiiitif qui suit. On ne peut pas dire : j'ai fait la maison bâtir 5 vous avez f-iit les enfants tomber , la sécheresse a fait les poiriers mourir^ mais il faut dire : ydifait bâtir la maison ^ vous avez Jait tomber les enfants , elc
i Plusieurs Grammairiens, tels que Condillac et Tf^ailly., prétendent que le participe passe laissé .f €t finfinitif qui le suit, sont pareillement deux mots inséparables , et que , par conséquent, le participe laissé devant un infinitif, ne doit point varier. INous avons suivi
l64 GRAMMAIRE FRANÇOISE
ce sentiment dans nos premières éditions^ maïs les raisons les plus fortes et les autorile's les plus respeeJables nous ont détermine's à changer d'avis. Nous pensons donc ,
i"^. Que le partici[)e pas^é /<2/55e% snivi d''un verbe neutre à rinfinitif, doit s'accorder avec son re'^ime 5 quand il en est précédé.
P^otre sœur que i'oiis avez laissée tomber. Ces femmes qiCon a laissées mourir.
On peut dire : vous avez laissé votre sœur tomber^ on a Liissé ces fennnes mourir. Donc, le participe laissé et rinfiaitif suivant ne sont pas deux mots inséparables. Si ces deux mois éloient en effet inséparables, on ne ponrroit jamais placer le réj^ime entre le participe et Tiufmilif. Cependant on dira irès-bien : ils ont laissé leur mère désolée succomber .7 sa douleur. A'ous avons laissé tous ces jeunes ^ens courir en liberté dans la campagne. Le participe laissé et rinlinilif peuvent donc être séparés.
2*^. Quand le participe laissé est suivi d'un verbe actif à fiufinitif, ce participe sera iiivariable,si le ré,i^ime qui précède les deux verbes est celui du verbe à rintiuilif.
Exemples.
Cette maison que fai laissé bâtir trop près de la mienne , m'incommode beaucoup.
DE C. C. LETELLIER. l65
Ces hommes se sont laissé battre.
Oîi ne ponrroit pas dire : J^ai laissé la mai' son bdlir. (es hommes ont laissé euoc battre.
Dans tous ces exemples , le verbe laisser signifie permettre , souffrir , ne pas empêclier. Mais ce qui dcmonlre coni pi élément les deux rèi^les que nous venons d'ei-blir, c'est l'antorite' de l'Acadf'mie. Ccir, dans le dictionnaire de 1762, le dernier qu'elle ait avoue, nous lisons celte phrase ainsi écrite :
»f On dit qa\ine fille s'est laissée aller, pour 3» dire qu'elle s'est laissé séduire. j>
Yoilà bien le participe passé laissé variable , lorsqu'il est suivi d'un verbe neutre i et invariable, lorsqu'il est suivi d'un veibe actif.
Remarque. Le participe laisse^ suivi d'un verbe aciif, peut quelquefois être précédé de son ré<^ime direct , comme si l'on disoit eu parlant d'une femme : on Va laissée battre son enfant; c'est-à-dire, on a laissé elle bailre son enfant. Alors le participe doit s'accojder avec ce régime.
Du Participe passé joint au T^erbe avoir , précédé du mot en.
Lorsque le verbe avoir qui accompagne ce participe passé est précédé du mot en , le partici|)e est invariable, à moins qu'il ne soit lui-même précédé d'un autre régime.
ibo' GRAMMAIRE FRAîvÇOISE
Exemples.
Louis le Grand a fait lui seul plus cT exploits que les autres n'en out lu. (Boileau).
Le participe lu est ici invariable , parce que le mot en est un pronom relatif qui équivaut à de ceci ^ de cela .^ et que ce pronom est toujours du singulier et du masculin.
Ainsi , nous écrirons encore :
l^'ous avez plus de richesses que je ne vous en ni donné , et non pas données.
Jl m'a promis plus de services qu'il ne m'en a rendu, et non pas rendus....
Il j a beaucoup plus de médailles frappées à la î^loire des princes qui ont répare les édifices publics^ qu^à Vhonneur de ceux qui en ont fondé de nouveaux , et non pas
fondés. ( PvOLLIN. )
Rousseau {Jean-Baptiste) a fait plus de cantates quon nen a niis en musique , et non pas mises.
Mais si le participe est lui— même précédé d'un autre pronom qui en soit le régime direct , alors ce participe devra s'accorder avec le substantif dont le pronom lient la place.
Exemples.
Les grâces que /en ai obtenues.
f^a vengeance que vous en avez tirée.
L^a valeur que nous en avons reçue.
■ Dans ces exemples , le participe passé est précédé du que relatif j qui en rcprésciile le
DE C. C. LETEL-CilER. ^ iG^^
régime direct ^ et par conséquent ce participe s'accorde avec son régime.
Du Participe passé ^ joint an T'crhe avoir, précédé du mot le.
Lorsque le verbe a^'oir qui accompagne le participe passé est précédé du mot le, ce participe ne varie point, si le relatif /e se rapporte à un adjectif^ mais il varie, si te se rapporte à un substantif.
Exemple.
La langtie angloise nest pas aussi diffi^ cile que je Vavois cru.
Le sens de cette phrase est que j 'a vois cru îa difficulté portée à un plus liaut degré dans l'élude de la langue angloise \ j'avois cru cela ^ et non pas elle { la langue ). Car si nous mettions la phrase au pluriel , nous dirions trèscertainement : les langues ne sont pas aussi difficiles que je /'avois cru, et non pas que je les avois crues ^ parce que ce ne sont pas les langues qui ont été crues , mais c'est la diflîculte dons les langues , qui avolt été crue par moi. Le pronom le se rapporte donc ici à un adjectif, et est invariable .^ c'est-à-dire, qu'iî n'a ni pluriel ni fémiuin. f3onc le participé cru est pareillement invariable.
Nous écrirons d'après les mêmes principes :
Celte femme est plus riche que vous ne Vaviez imaginé. .
l6S GRAMMAIRE FRANÇOISE
Cette Jeune demoiselle nest pas aussi inS' truite que nous ravions pensé.
Mais dans cet exemple :
Ma sœur est toujours la même que je Vai contiue.
Le mot le est un pronom relatif variable. Car en mettant la phrase au pluriel , nous dirons : Nos sœurs sont toujours les mêmes que nous les avons connues. Donc ici le relatif/e, qui se rapporte au substantif icp^r^, est un pronom variable • et par conséquent le participe passé doit également varier.
Du Participe passé des Ferhes un {personnels , il a lait, il J a eu.
Le participe passé dans les uuipersonnc!s il a fait .^ il j aeu^ etc., demeure invariable. Ainsi , on dit :
Les chaleurs quil a fait , et non pas fa i les.
Les grandes pluies qu^il a fait en au^ tomne ^ et non pas faites.
La disette quil y a eu pendant Vhivcr dernier^ et non pas eue.
Le que placé ici avant les verbesy<5tiY et eu^ ne peut aucunemenl en représenter le réii;ime direct. Car on ne dit point faire des clialtiirs, comme on dit faire des vers , faire ties babits , etc. A quoi donc se rapporte ce que ? H ne se rapporte à rien. Faire et ai'ow sont ici de ces mots que la paresse a souvent em-
DE C. C. LETELLIER. r<3'$
ploycs au lieu des mots propres^ et les auteurs inatieiilifs ayant introduit dans leurs e'crits les négligences de la conversation , on a honoré du nom de Gallicismes ^ de ve'ritables fautes contre le bon sens.
Du Participe passé des F'erhes neutres.
Puisque \e& verbes neutres n'ont point de re'gime direct, leur participe passé ne peut point suivre la même règle d'accord que le participe passé des verbes actifs. ÈiÀusi , dans ces phrases :
Les sommes que ce procès m'a coûté.
Les pistoles que ce cheval a valu.
Les foui'S que fai vécu.
Le que relatif ne représente point un régime direct : il ne peut tenir lieu que d'un régime indirect, et par conséquent, il fauî qu'il y ait une ellipse, ou retranchement d'une préposition. Dans le troisième exemple , la préposition sous-entendue est pendant : \qs jours pendant lesquels j'ai i^écu. Lorsque valoir signifie procurer ^ /aire obtenir^ produire^ il
: est actif^ et alors son participe passé doit s'accorder avec le régime qui le précède. Exemple :
1 les honneurs que mon habit m'a valus. . . . Lorsque coûter signifie causer^ exiger^ etc. il est pareillement actif, et le participe passé devient susceptible d'accord. Exemple : que de soins meut coiàlés cette tête charmante! Le quQ ne représente pas uou plus un ré-
gime direct dans les phrases suivantes : de la Jaçon que f ai dit, ou que f ai parle', on a dû nCeiitcndie. En effet, après le participe dit. on peut mettre un autre re'gime et changer ainsi la phrase : de la façon que fai dit les choses , on a dû m entendre. Donc le que n'etoit pas le régime direct du participe dit : car il est reconnu qu'un verbe actif ne peut avoir deux re'gimes directs. Le que ne peut pas non jilus être le re'gime direct du participe parlé : car le verbe parler est neutre et n'a point de régime direct. Ainsi , les participes dit et parlé ne doivent point suivre la règle d'accord des participes préce'de's de leur re'gime direct. L'Académie observe que celte locution de la façon que est adverbiale, et que c'est la même chose que si Ton disoit comme. Remarquons que si le verbe dire signifioit indiquer., désigner,^ prescrire.^ alors le que doviendroit re'gime direct , et rendroit variable le participe passé suivant.
Exemple.
Pour réussir , il faut s'y prendre de la inanière que fai dite, que fai indiquée, que fai prescrite.
Dans ces sortes de cas, il faut emploj'er les yerhes indiquer .f désigner.^ prescrire^ plutôt que le verbe dire.
DE C. G. LETELLîEH. I7r