‹ Grammaire françoise à l'usage des pensionnatsChapitre 51 sur 63 · ARTICLE V · texte numérisé non relu

ARTICLE V

Orthographe des Adverbes , des Prépositions , des Conjonctions , et autres mots.

On met un accent grave sur /à, adverbe de lieu : allez là ^ on n'en met jioint sur /«, article : la prudence j ni sur le pronom relatif féminin la : Je la connois.

On met un accent grave sur oà , adverbe de

1^4 GllAMMAIRE FRANÇOISE

lieu ou de temps : où allez v'ousP le siècle où vécut le Tasse.

On u'en met point sur ou conjonction : c'^est vous ou moi. On distingue la conjonction ou de l'adverbe oii^ en ce que la conjonction peut toujours être suivie du mot bien , au lieu que Tad verbe ne peut pas en être suivi. On peut dire : c'est vous ou bien moi. Mais on ne dira point : la ville où bien vous demeurez.

On met un accent grave sur à préposition : je vais à Paris.

On n'en met point sur a troisième persoime du veibe avoir .^ il a de l'esprit.

On met ùii accent circonflexe sur dû^ participe du verbe devoir : rendez à chacun ce qui lui est dû; on nVn met point sur du.^ article : la lumière du soleil.

De rjpostrophe.

L'aposlropbe est le' retrancbement d'une voyelle à la fin d'un mot pour la facilité de la prononciation. Le signe de ce retnmchement est une virgule que Ton met au haut de la consonne , à la place de la V03 elle supprimée , comme dans ["ami^ V histoire.

Ue muet s'clide toujours dans la prononciation devant une voyelle ou une h muette^ mais , dans IVcriture, on ne marque l'élision par l'apostrophe , que dans les monosyllabes /c, 7we, /e, se^ </z^c, Jq, ne ^ ce ^ le ^ et diius quelque , entre , jusque 5 quoique,^

DE C. C. LËTELLIER. igS

/<?, on dit : 'Rapprends .^ ]'éUidie ., j'honore^ j'oublie^ etc., pour je apprends^ etc.

Me^ on dit : i^ous m'aimez ., vous m'estimez^ vous m'instruisez^ etc., pour me aimez ^ etc. Te , on dit : je Cat'ertis , je t'ennuie , j'e f invite ., etc., pour te avertis .^ etc.

tSe , on dit : // s'amuse , // s'ennuie^ il s'instruit^ il s'occupe .^ pour se amuse ^ etc.

Que^i on dit : (\\.\ avez— vous fait? qu'mzporte? pour que avez— vous fait ? etc.

De.) on dit : beaucoup A'apparence^ d'orgueil.^ pour de apparence ., etc.

iV'e , ou dit : /e n'aime pas , /e n'estime pas^ il n'obéit pas ., pour ne aime., etc.

Ce, on dit : cV^^ la vérité .^ pour ce e.s;, etc. Le , on dit : Vami , X enfant , X instinct , Tof^e/^î^ , TîZ/ziVer^ , Vhonneur , pour le e«fant.1 etc.

Quelque., perd e devant zm, aw^rc .• quelqu'fm, quelqu'âfif^re.

Entre., perd e devant ez<x, e//e.y, autres : entr^eux , eniv elles , entr'/Ji^i/'e^.

Jusque^ perd e devant à., au., aux., ici : fusquà Paris , j'usqu an ciel , jusqu'ici.

\Ja ne se supprime que dans /a, article ou pronom, Vame., Xhistoire., etc. : comment se porte madame votre mère F je ne X ai pas vue depuis long -temps., etc., pour la ame^ la histoire ^ je ne la ai pas vue., etc.

ig€ GRAMMAIRE FRAKÇOtSE

h'i ne se perd que dans la conjonction conditionnelle 5f , avant le pronom personnel masculin , tant au singulier qu'au pluriel : s'il ^vient 3 s'ils viennent.

Du Tréma.

. Le tréma (••). On appelle ainsi deux points ..placés sur les voyelles i, u^ e, quand ces lettres doivent être prouonce'es séparément •de la voyelle qui précède, comme dans haïr ^ païen., aïeul., ambiguë^ aiguë ^ ciguë ^ pour empêcher qu'on ne prononce ces derniers mots comme fatigue. On ne doit pas con- •iondre Xï tréma avec Vj ■ ainsi , c'est mal à propos que quelques auteurs écrivent citoïen^ moïcn^ etc.

De la Cédille.

La cédille (ç). On appelle ainsi une petite figure qu'on met sous le c devant a., o.^ u.^ pour avenir qu'il doit avoir le son de ^, comme dans façon , leçon , façade , reçu.

De la Parenthèse.

La parenthèse. On appelle ainsi deux crochets { ) , dans lesquels on renferme quelques mots détachés. Exemple : celui qui refuse dapprendre (dit le Sage) tombera dans le mal. Du Trait d\inion.

Le trait dimion ou tiret (-) se met entre deux mots qu'on veut joindre.

On doit l'employer : i*^. après le verbe, qu::nd celui-ci est suivi d'un pronom sujet, pour quelque raison que se fasse cette trans-

position : irai- je f viendrez- vous? puissiezvous! etc.

a*^. Après les premières et les secondes personnes de rimpe'ratif, quand elles sont suivies des pronoms moi^ toi^ nous ^ vous ^ le ^ la^ lui ^ leur .^ y et en j donnez-moi^ prêtezlui^ allez- y ^ etc. Si elles en ont deux à leur suite, chaque pronom est pre'cédé d'un tiret, rendez-le-lui^ donnez nous- le.

ARTICLE YI.

De la Ponctuation.

La ponctuation est l'art d'indiquer dans Pe'criture, par des signes reçus, la proportion des pauses que Ton doit faire en parlant.

Les repos de la voix dans le discours, et les signes de la ponctuation dans l'e'criture, doivent dortc toujours se correspondre.

Les signes de la ponctuation sont la virgule (,), le point et la virgule (;), les deux points ( :), et le point ( .)^ auxquels on joint Iq point exclamatif ( ! ) , et le point interro— gant ( ? }.

De la Virgule.

La virgule marque la plus petite pause possible 5 elle se place entre les substantifs , les adjectifs , et les verbes qui se suivent. Exemples.

Le cœur, l'esprit^ les moeurs^ tout gaj^ne à la culture.

(Voltaire. ) II faut régler ses goûts ^ ses traraux, ses plaisirs, etc.

( Le ruûme. )

Dans un chemin montant^ sablonneux, mal— aisé ^ Et de tons les côtés au soleil exposé^

Six forts chevaux tiroient un coche.

( La FOKTAIME.

L'attelage suoit ., soufflait , étoit rendu.

(Le même, )

La virgule sert encore à disliuguer les différentes parties d'une j)lirase : les anciennes mœi.œs^ un certain usage de la pauvreté^ rendoient à Rome les fortunes à peu près égales.

On met entre deux virgules toute proposition incidente , purement explicative : les passions , qui sont les maladies de lame , ne ç^iennent que de notre révolte contre la rai-

Mais la proposition incidente de'terminative ne doit point être mise entre deux virgules , parce qu'elle ne peut être séparée de la proposition principale sans altérer le sens de celleci. Exemple : la gloire qui vient de la vertu a un éclat immortel.

On met la virgule après tout mot elliptique qui se trouve au commencement d'une phrase, soit qu'il représente une phrase entière , soit qu'il ne tienne lieu que d'une préposition avec son régime, encore trop heureux , si les coups les plus cruels de la fortune ont servi à m' instruire et à me rendre plus modéré. (FÉNÉLOr^.)

Ftifin , pour mieux cacher cet horrible mystère , Il nie donna sa sœur^ il ni' appela son frère.

( VoLTAlRt. )

Là , tous les champs ifoisins , peuplés de mjrtes verts , N''ont jamais ressenti Voutrage des lii^ers.

( Le même. )

On sépare par une virgule les mots en apostrophe ou en exclamation, s'ils sont au commencement de la phrase , et on les met entre deux virgules , s'ils se trouvent dans le corps de la phrase. Il en est de même des interjections.

Jeux cruels du hasard ^ en qui me montrez— vous Une si fausse image et des rapports si doux ?

( Voltaire. )

Prenez , dignes amis , venez , vengeurs des crimes , j4u dieu de la patrie immoler ces victimes.

(Le même. )

Hé quoi , Alatlian ! d'un prêtre est-ce là le langage f

(RACINt. )

Du point avec la Virgule.

Le point avec la virgule marque une pause un peu plus longue. Il se met entre deux phrases dont la seconde dépend de la pjemière. Exemple : C auteur ^ pour bien écrire .^ doit être également attentif' aux choses qu''il dit , et aux termes dont il se strt ^ afin quil y ait du urai et du goût dans ses ouvrages.

Des deux Points.

Les deux points marquent encore une pause plus longue. On s'en sert,

1°, Après une phrase finie, mais suivie d'une autre qui Téclaircit , ou qui Télend. Exemple : il ne faut jamais se moquer des misérables : car qui peut s^ assurer d'être toujours heureux F 4

aOO GRAMMAIRE FRANÇOISE-

2°. Quand on passe à un discours direct qu'on rapporte. Exemple : Calypso s'avance çers Telémaque j et sans faire semblant de savoir qui il est : d'oie vous vient , lui ditelle^ cette témérité dViborder en mon île F... Télémaque lui répondit : ô vous , qui que vous soyez , mortelle ou déesse , etc.

Du Point.

Le point marque la plus longue de toutes les pauses. On le met après un sens entièrement fini. Exemples : la pudeur fut toujours la première des grâces.

Outre ce point, on doit en distinguer deux autres qiù sont d'uYi grand usage j savoir, le point d'interrogalion , et le point exclamalif.

Le point interrogant se met à la fin des phrases qui expriment une interrogation : quoi de plus beau que la vertu?

Le point eocclamatifse meta la fin des phrases qui expriment la surprise, la terreur, la pitié, etc., ou après une interjection: eneffet^ dès quelle parut : ah! mademoiselle^ coni' vient se porte monsieur mon frère F. . . Sa pensée nosa aller plus loin.... Madame , // se porte bien de sa blessure.... Et monjils!.... On ne lui répondit rien. Ah! mademoiselle .^ monjils! mon cher enfant! répondez— moi .^ rst-il mort sur le champ F na-t-il pas eu un seul moment F Ah ! mon Dieu ! quel sacri' Jice ! CMad. de Sévigué. )

ARTICLE YII.

Des Parties du discours.

Qu'est-ce que faire les parties du discours /* Ou entend par faire les parties du discours ^ expliquer un discours mot à mot, en marquant sous quelle partie du discours chaque terme doit êlre rangé, quelle fonctioa il remplit dans la ])hrase^ et eu rendant comj)te de la manière dont il est écrit , d'après les règles de la grammaire.

Les élèves ne sauroient trop s'exercer à faire de vive voix et par écrit ces so,rtes de décompositions ou analyse s. EXXes contribuent beaucoup à faire faire des progrès rapides dans rélude de toutes les langues (i).

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