ARTICLE YL
De tarrangement des vers entreux.
Dans cet arrangement , on a égard , soit au nombre des syllabes de chaque vers, soit à la manière dont sont disposées les rimes.
La plupart des grandes pièces de vers, le poëme épique, le poëme dramatique, Téglogue, réiégie,ia satire, Tépître, sont ordinairement écrites en vers de douze syllabes. Il y a pourtant à cela des exceptions^ mais du moins dans chacun de ces genres de poésie , les vers sont le plus souvent de la même
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mesure, ou du même nombre de syllabes, depuis le commencement jusqu'à la fin. Dans la poe'sie lyrique, le nombre des syllabes varie , et est sujet à des règles particulières. Dans la poésie le'i^ère et libre , on suit pour le nombre des syllabes , Tarranfiement que l'on veut. -
Le mélange et la disposition des rimes ont pour base la différence des rimes masculines ei féminines.
I. Il est défendu de mettre de suite deux vers masculins ou deux vers féminins qui ne riment pas ensemble. Les anciens poètes se permetloient ce mélange qui choqueroit aujourd'hui Toreille. Il n'est plui permis de dire comme Marot :
Amour trouva celle qui m'est amère ,
Et j'y étois , j'en sais bien mieux le conte.
]Ni :
J'ai en amour trouve cinq points exprès , Premièrement, il y a le regard, etc.
IL Lorsqu'après deux vers masculins , il y a deux vers féminins , après lesquels reviennent deux autres vers masculins , et ainsi de suite , ces vers sont à rimes plates : telles sont les rimes de presque toutes les pièces en grands vers.
Attache' près de mot par un zèle sincère , Tu me contois alors Tlùstoire de mon père; Tu sais combien mon ame , attentive à ta voix,, S'écliauffolt au récit de ses nobles exploits -, Quand tu me dèpeignois ce héros iiitixj'nide Consolant les mortels de l'absence dAlcide ;
Les monslres étouffes et les brigands punis, Procrustc , Ct-rcAon, et Sciron,^et Sciais, Et les os flihiieiscs du ge'aul irEpcîaure , Et la Crète furuaut du sang du Miuotoure , etc.
Racise.
Il faut éviter, dans les vers à rimes plates^ Gc mettre, après deux vers masculins, deux féminins qui riment avec ceux qui pre'cèdcnt ces deux vers masculins , ou vice versa. On trouve cette double faute dans ces huit vers de la Hemiade :
Soudain Potier se lève et demande audience ,• Cl.acim à t^oii aspect garde un profond silence. Dans ce teinps niallieureux , par le crime infecté Potier fut toujours juste et pourtant respecté. Souvent on I"'avo;t vu par sa màii' éloquence De Ir'urs einportfitneuts re'primcr la licence j Et conservai t sur eux sa vieille autorité,^ Leur montrer la justice avec impiudtv.
Il ne faut pas non plus que des vers masculins et féminins qui se suivent, aient des rimes consonnantes Tune avec Tauire , comme ceux— ci :
Tels des antres du Nord, e'cliappe's sur la terre ^ l^reccdés par les \cjts et suivis Au tonnerre ^ ]j>'ua tourbillon de poudre obscurei.ssant les airs ^ Les orages fougueux parcourent Yunii'ers.
Lorsqu'un vers masculin est suivi de deux féminins , après lesquels viciU un autre vers masculin qui rime avec le jiremier , ou lorsqu^après un vers féminin, deux vers masculins sont suivis d'un vers Icmuné par la première rime féminine, ou bien enfin lorsque les rimes masculines et féminines se croisent
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et se mêlent libienieiit , les vers sont à rimes croisées ou mêlées.
Les vers lyriques sont disposés en stances où les rimes sont croisées. Les petites pièces de vers , les poésies légères , et celles q'ron nomme fugitives .f sont ordinairement à rimes mêlées. Il v a même des pièces en i];rands vers, des discours, des e'pitres , c[ni riment de celle manière ^ une seule tragédie de Voltaire est en rimes mêlées .1 c'est Tancrède .^ (\\\i commence par ces vers :
Généreux clievaliers, l'iionneur tic la Sicile, Qui daignez par éçjarcl , au déclin de mes ans. Vous asseuijjlcr chez moi pour punir «os tyrans , Et fonder un état tiiomplwut et Irauquillc ; Syracuse en nos murs a gémi trop lonof-iei.fps Des efforts avortés d'un courage inutile, etc.
Les rimes croisées régulièrement sont surtout employées dai»s les stances., dans Vode^ le sonnet et le rondeau. Dans ces petits poèmes , l'ordonnance àtis vers est sujette à des règles fixes et particulières.
L La stance est composée d'un certaia nombre de vers , qui ne sont pas ordinairement moins de quatre , ni plus de dix. Les vers peuvent y être, ou tous grands, ou tous petits, ou mêlés les uns avec les autres.
Les stances sont régulières ou irrégulières ^ régulières , lorsqu'elle s ont un même nombre de vers , un mélange égal de rimes croisées , et lorsque les grands ycrs et les petits y sont
distribués également^ irrégulières, quand celte symétrie Dy existe pas.
Pour que les itauces françoises soient parfaites , on exige, i*^. que le sens finisse avec le dernier vers de chacune^ 2°. que le dernier veis d'une stance ne rime pas avec le premier de la suivante ^ 3^. que les mêmes rimes ne rcparoibsent pas dans deux stances consécutives.
Une stance peut former seule un petit poëme. Alors elle prend, selon le nombre de vers dont elle est composée, le nom de quatrain , de siocaiji , à^octavùypw de dizain. Il y a aussi des stances de nombre impair, de cinq , de sept et de neuf vers.
Un morceau composé de plusieurs stances , conserve le nom de stances^ lorsqu'il roule sur un sujet simple, que l'expression en est douce , naturelle , et que les mouvements n'ont ni désordre ni impétuosité ; telles sont ces stances de Cliaulieu , sur la retraite :
La foule de Paris à présent m''importune ; Les ans m'ont ile'tromjïc des mant-^TS de cour : Je vois bien que j'y suis dupe de la fortune , Autant que je iV-lois autrefois de Tainour. Je rends grâces au ciel , qiio l'esprit de retraite Me presse chaque jour d'aller Ijieutôt chercher Celle que mes aïeux plus sages s'ctoieut faite, D"où mes folles erreurs avoicut su m'arrachçr ' 'est là que, jouissaut de mon indépendance, Je serai nioa héros, mon souverain , mon roi; Et de ce que je vaux la Ihuteuse ignorance ]Ne me laissera voir rien au-dessus de moi , etc.