Z24 GRAMMAIRE FRANÇOISE
Et qu'ensuite six vers , arlistrinciit rangés, Fusscut en tli;ux tercets par le sens partage's. Sur- tout de ce poème il banuit la licence, Lui-mèuie en mcjura le nombre et la cadence •, Dcfe-ndit qu'un vers foihle y pût jamais entrer , Ni qu'un mot déjà mis osât s"y remontrer. Du reste , il Penricliit d'une beauté suprême : Un sonnet sans défaut vaut seul un long poëme. Mais en vain mille auteurs y pensent arriver, Et cet licureux phénix est encore à trouver.
III. Le sonnet est clone composé de quatorze vers crime mesure e'gale , et ordinairement de douze syllabes. Ces vers sont partage's en deux quatrains , suivis de deux tercets , ou stances de trois vers.
Les rimes masculines et fe'minînes sont semhlables dans les deux quatrains , et entremêlées dans Tua de la même manière que dans Tautre.
Les deux premiers vers de chaque tercet riment ensemble \ la rime en est dlilérenle dans les deux tercets. Le troisième vers de l'un rime avec le second de l'autre \ cela est ainsi en François. Les Italiens, qui ont fait une si grande quantité' de sonnets , et qui en ionl de si beaux , veulent . pour Pextréme rcgularitë , que les tercets, comme les quatiiu'ns, n'aient que deux rimes. Mais ils ne s'astreignent pas toujours à cette rèi;lc, et une grande partie des sonnets, même de Pétrarque ^ ont pour les deux tercets la même liberté que les
Il faut dans chaque quatrain, un repos après le second vers , et un repos plus marqué après
DE G. C. LETELLTER. zi^
le quatrième. II doit y en avoir un aussi à la fin du premier tercet^ mais il n'est pas nécessaire qu'il soit plus fort que celui du second vers de chaque quatrain.
Quelques sonnets peuvent être daris le genre simple , et même dans le genre plaisant: mais les sujets se'rieux et sublimes y conviennenl davantage^ alors tout y doit être nobie , Its peirées , les images, le style. Le sonnet ne doit soufï'rir, selon Boileau , ni la répétition d'un mot déjà mis , ni la foiblesse d'un seul des vers qui le composent.
On cite toujours pour exemples du sonnet, ou celui de Desbarreaux, ou celui.de l'Avorton ^ en voici un de Voiture, dans lequel Boiieau trouvoit toutes les perfections dont ce genre est susceptible.
Des portes du matin l'amante de Ce'pliale
Ses roses ëpandoit dnns le milifu des airs,
Et jctou sur les cieux nouveilcmeut ouverts
Ces traits d'or et d'azur qu'en naissant elle e'iale ;
Quand la nymplie divine, à mon repos fuale , Apparut, et brilla de tant d'aitraits divers, Qu'il st'inbloit qu'elle seule e'clairoil l'univers, Et remplissoit de feu la rive orientale.
Le soleil se liâtant pour la gloire des cieux. Vint opposer sa flamme à leclat de ses yeux , Et j)rtt tous les raj'ons dont T Olympe se dore.
L'onde, In terre et Tair s'alîumoient à Tentour ! Mais auprès de PLilis , on le prit pour lAurore , Et lou crut <jue Pliilis éloit Tastre dn jour.
IV. Le T'onrJeau a été Fun des genres de petits poëmcs dans lesquels pos, aijciiè.ns peëîos
3a6 GRAMMAIRE FRANÇOISE
ont le plus réussi. Une grâce spirituelle , simple et naïve, en fait le caractère.
Le roudeau , né gaulois , a la naïveté.
BoiLEAW.
On peut employer, pour le rondeau, des vers de toute mesure ^ mais ceux de dix syllabes y sont le plus en usage ^ il est composé de treize vers de même mesure et sur deux rimes. Ces treize vers sont partage's comme en trois stances* la première est de cinq vers, la seconde de trois , et la troisième de cinq. A la fm du tercet , ou de la slance de trois vers , on répète les premiers mots, ou quelquefois même seulement le premier mot du rondeau^ on les répète encore après le dernier vers j et ce mot, ou ces mots ainsi répétés , se nomment le refrain. li faut que le refrain forme un sens lié avec ce qui précède, et qu'il revienne les deux fois dans deux sens différents. Ce rondeau connu de Toiture , en explique les règles et en donne l'exemple.
Ma foi, c''cst fait de moi, car Isabeau
M'a coDJuré de lui faire un Rondeau ;
CeLi me met en une peine extrême.
Quoi! treize vers, huit en eau ^ cinq en Ane,
Je lui ferois aussitôt un haleau.
En voilà cinq pourtant eu un monceau :
Faisonsren huit, en invoquant Brodeau 5
Et puis mettons, par (juelque stratagème,
Ma foi , c'est fiiit.
Si je pouvbis encor de mon cprvcau l'iii-r cinq vers l'ouvrage seroit beau; Mais cependant me voici dans l'onziiîme» ^
-'J(ï.t si je 'crois qù6 je fais le douzième, . , ^An >ui!.i Irci^ ajustys au niveau. Ma foi , c'est* fait.
DE C. C. LETEr.LTER. 227
Deux autres petits poëmes , dans lesquels le nombre et la mesure aes vers sont libres, mais qui ne doivent guère s'étendre au-delà, de dix vers , sont Vépigramme et le madrigal.
L'epigramme plus libre , en son tour plus borne', N'est souvent qu'un bou mot de deux rimes orne'.
Bo'LEAD.
Rousseau est celui de nos poètes, qui a le plus excellé dans réj)igramme , ou du moins en a fait le plus grand nombre de bonnes. Pacine , Boileau , Piron , Fontenelle, Yoltaire , en ont fait aussi d'un goût exquis.