‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 106 sur 279 · LIERS · texte numérisé non relu

LIERS

3" Les noms terminés en al, ail, changent leur terminaison en aux au pluriel : l'animal , les animaux ; le travail, les travaux ; le bail, les baux, etc. Cependant il y a des noms de cette classe qui ne changent point leur terminaison au pluriel, et qui prennent seulement un s : bal, pat, cal, régal , lo-

cal et carnaval, font au pluriel bals, pats, etc. Attirail, camail, détail, éventail, épouvantail, gouvernait, mail, portail, sérail, font attirails, etc.

Travail, terme de maréchal, machine pour attacher les chevaux, fait travails au pluriel. Bercail n'a point de pluriel. Bétail n'en a point non plus; mais on y supplée par le mot bestiaux , qui n'a point de singulier. Pour toutes ces sortes de mots il faut consulter un bon dictionnaire.

4° Aïeul, ciet, œil, font au pluriel : a:ieux, deux, yeux. Cependant on dit au pluriel des ciels de lit ; les ciels d'un tableau, d'une carrière ; des œils de bœuf, ses quatre aïeuls. Universel, substantif et terme de logique, fait au pluriel universaux.

( Académie de 1835. )

5* Tous les noms , sans exception , qui ne sont compris dans aucune des classes précédentes, prennent au pluriel un s, qui s'ajoute au singulier. Le chemin, les chemins ; la table, les tables ; le roi , les rois; la loi, tes lois; le marchand, les marcliands; te diamant, les diamants; l'accident, les accidents; te client, les clients; l'élément, les éléments, etc. Rien ne serait plus raisonnable que d'établir un principe général et invariable.

Orthographe du pluriel des mots terminés en AUTT et ENT.

Les substantifs terminés par ant et par ent doivent toujours et absolument conserver au plurielle tdu singulier. C'est une faute grossière d'en user autrement.

Supposons qu'un étranger trouve écrit : les enfans.

D'après la règle de la formation du pluriel qui veut qu'on ajoute s au singulier pour former le pluriel, si cet étranger voulait revenir du pluriel au singuher, il commettrait un barbarisme ; car, supprimante du pluriel, les en\ans, et remplaçant l'article pluriel par /', qui convient au singulier, il écrirait : l'enfan.

II faut donc écrire : un diamant, des diamants ; un présent, des présents ; un gant, des gants.

Nous avons insisté sur cette règle, parce que les meilleures Grammaires disent que l'usage permet de supprimer ce t.

Nous ajoutons , par anticipation , que la même règle a lieu pour les adjectifs qui ont l'une ou l'autre des terminaisons en ant, ou ent.

Voilà ce que dit Boinvilliers au sujet de cette règle, toute de principe naturel.

Quand un substantif se termine au singulier par un t, comme enfant, serment, diamant , châtiment, etc., on doit lui conserver cettelettreau pluriel; c'est pourquoi l'on doit écrire enfants, ser menls, diamants, châtiments, etc.

C'est à tort que l'on supprime au pluriel le t dans les mots terminés en ant et ent, puisqu'on le conserve dans les monosyllabes, tels que vents.

DU SUBSTANTIF

gants, dents ^chants, lents, etc. De même quo l'on doit écrire les mandats, les assauts, les attributs, les emprunts, etc., on doit écrire, pour être conséquent, les intrigants, les sentiments, les ignorants, les incidents, etc.

Deux puissants motifs prescrivent impérieusement la conservation du t dans les mots terminés en ant et ejit. Le premier motif, c'est qu'en le conservant, vous donnez par là même, et sur-le-ciiamp, la connaissance de la lettre finale du singulier; par exemple, je vois écrit diamants, j'en conclus que le singulier est diamant; je lis imprimé vétérans , j'en conclus que le singulier est vétéran; je vois écrit les Géants, les Titans, j'en conclus qu'ils s'écrivent, au singulier, l'un Géant, et l'autre Titan. Le second motif, c'est que la suppression du t au singulier ne nous permettrait pas de distinguer la signification de certains mots; on confondrait, par exemple, tributs , pluriel de tribut, avec tribus, pluriel de «riôu; plants, pluriel dep/anf, avec plans, pluriel de plan, etc.

Le substantif 5fcns (dont le singulier n'est guère en usage) est le seul qui rejette encore le t au pluriel.— L'adjectif tout ne conserve pas, au pluriel, le t final ; on écrit, mais à tort , tous les hommes , au lieu de touts les hommes. Nous voudrions qu'on écrivît gejits et touts. On nous a reproché de ne l'avoir pas osé; nous rappelons toujours que nous proposons les sages innovations, mais que nous ne devons pas nous arroger le droit de les suivre. « 11 faut, dit Régnier Desmarais, retenir dans tous les pluriels des noms, la consonne finale de leur singulier , tant pour mieux conserver la connaissance de l'origine des mots, et pour n'en pas confondre quelquefois le sens et l'intelligence, que pour se conformer à une des règles les plus générales de la Grammaire, qui est que toute la différence qui existe entre le pluriel et le singulier , consiste en ce que le pluriel ne fait qu'ajouter un s au singulier, etc. Il y a déjà assez longtemps que les imprimeurs se dispensent de celte règle, soit que ce!a vienne de la commodité qu'ils y trouvent, soit que la nonchalance des auteurs y ait contribue : mais il est de la raison et du bon usage de ne pas les suivre en cela; sicen'est^eut-t^/reen quelques noms, dont, par une espèce de consentement commun, on a retranché au pluriel la consonne finale du singulier. Mais ces mots sont en si petit nombre qu'ils se réduisent presque à deux, tous et gens, qu'on a coutume d'écrire sans t au pluriel, quoiqu'au singulier ils en aient un. » {Traité de la Grammaire française , éd'ilion de 1706, in^", pages 12o et 126).

Quelques auteurs de Grammaires ont pensé qu'ils pouvaient de leur autorité privée légitimer cet usage vicieux, blâmé par Régnier Desmarais, <jt le convertir en règle. Ils ont donc prétendu

qu'on pouvait retrancher au pluriel le t final du singulier , à tous les mots de plus d'une syllabe ; comme si la longueur d'un mot pouvait être une raison d'en retrancher la consonne finale. Par une inconséquence bizarre, ils conservent les autres consonnes; et par une bizarrerie plus inconcevable encore , tout en conservant le t final des monosyllabes, ils veulent qu'on le retranche à toutel à gent, pour former le pluriel de ces mots. Pourquoi écrire enfans el chants, tridens et dents , accens et cents, et quantité d'autres mots semblables? Wailly a senti ce ridicule. Persuadé qu'on ne prescrit pas contre la raison , par quelque laps de temps que ce soit , il a eu la sagesse et le courage de remettre en vigueur le principe de Régnier Desmarais; mais il n'a osé toucher ni à tous ni à gens. Il n'a pas réfléchi que ce savant académicien fait connaître par le mot peut-être, que loin d'excepter de la règle générale ces deux mots tous et gens, il laisse la liberté de les y soumettre ou de les y soustraire.

Pour moi, dit Maugard, profitant de cette liberté, et préférant la raison à l'usage, je me suis déterminé sans peine à écrire touts et gents. C'est le seul changement que je me sois permis de faire dans l'orthographe, pour avoir une règle générale et sans exception.

Je n'ai trouvé aucun contradicteur pour le mot touts : car il est évident que si l'on écrit toutes au féminin, on doit écrire touts au masculin ; la saine logique le veut ainsi. Quant au mot gents, on m'a fait une objection, à laquelle il n'est pas difficile de répondre. < Ce mot, m'a-t-on dit, n'a point de » singulier; on ne dit point et l'on n'écrit point la » gent; par conséquent il n'y a pas de raison pour » écrire les gents. » Mais de tout temps les poètes ont dit la gent pour l'espèce, la race, le monde, etc. ; et même ils peuvent encore aujourd'hui le dire dans des fables, des contes, et autres poésies badines. Il y a eu une époque où l'on employait celte expression indifféremment, aussi bien en prose qu'en vers. En voici quelques exemples que j'ai tirés des différents morceaux qu'on trouvera dans ma Disser~ tation sur l'origine, les révolutions et les progrès de la langue française , où je cite les livres imprimés et manuscrits d'où j'ai tiré ces morceaux curieux. La gent séculaire. — Tutegent fon prononçait toute). Xr siècle. Toute gent. XIII° siècle. Non dites mie à la gent. XII^ siècle.

« La nouuiele (nouvelle) en ala de si en Orient : » De ne rais quant pais i sont venus la gent (i). »

Xllf siècle.

« Desqua {jusqtià) cest iors il vnt trahi la gent. » « Faites un roi qui gouerne la gent. » XIII* siècle.

Mi Voilà le turba ruunt de Virgile.

« Sesmust (se movit , s'en alla) garnis lui et sa gent » Et (le chenax et de harnois, » XIII" siècle.

Noirf gent. XlV« siècle. La gent de mescréance. XVe sit^cie.

Quand même ce mot ne serait plus usité, il suffir.it qu'il l'eût été autrefois, pour qu'on pût conserver au p'uriclle t (inal fie son ancien singulier. El ()our(|iioi n'écrirait-on pas gents, comme on «Cl il cents et dents? Au reste ce nVst point une innovation dans l'ortho^taphe : je suis trop ennemi des nouveautés, pour être jamais tenté d'en introduire. C'est ainsi qu'Amyot écrivait et que de son teinps on impiimait : t II y avait une nef » à l'ancre vuidede gmts. — Une troupe de gents » de mer nous est \enue assaillir. — La place fut f rt.uverie de gents de tontes sortes d'âges. — I» Th: agène et Charicléti. » (Édilionin-4°,del547j.

Noms qui ne prennent pas la marque du pluriel.

I-es subsianiifs que nous ont fournis les lan- {ju- s ei angères, et qui n'ont pas, pour ainsi dire, une physionomie française, s'écrivent au pluriel comme au sinj{utier. Ainsi l'on doit écriie des alibi, des alinéa, des alléluia, des a parle, des autoclave, di'S nve, des car, des defîcii, des duo, des ernita, des eaceat, des in- folio, des lavaho, des libéra, des memmto, des pater, des peccavi , des rerto, des si, des solo, des trio, des quatuor, des te Deiim, des verso, dt S et cœiera, des concerto, des débet, des /ocmm, des folio, des inpromptu, des numéro, des pensunj,, des plaçât, des quanquam, des quiproquo, des quolibet , des récépissé, etc. (BoiNViLfcii Rs). Cependant on écrit généralement des opéras, des pianos, des zéros, parce que ces mots se sont en quelque sorte naturalisés chez nous; c'est encore ici que nous voudiions trouver une règle.

Les noms propres de personnes, quoique appliques à plusieurs, quand ils ne servent qu'à disiin- {jua* les personnes par leur nom, ne prennent pas la m irque du pluriel. Les dtux Gobnejlle , les deux Racine. Ou verra ai} eurs en quel cas les poms propres prennent la marque du pluriel et l'arijcle.

Oet SubstanUls qui &*ont que le singulier ou pluriel.

Ce sont :

1° Les noms de métaux pris en général, comme l'or, \ argent, le /tr, le plomb, etc.

2" Les noms des venus habituelles, comme la foi, la charité, la sincérité, etc.

50 Les infinitifs employés comme noms , et auxquels on ne p-ut jomdre un adjectif; c.-mtne le lever t le coucher , le boire , le dormir, etc. Mais ceux auxquels on peut joindre un adjectif ont Jes

deux nombres; comme le dîner, le souper, le rire, le sourire. On écrit aussi dîné, soupe, ris, souris.

4<* Les adjectifs employés comnie noms, et qui ne peuvent présenter l'idée que d'ëires inanimés et métaphysiques, te!sque le beau, le vrai, ïulile, le superflu, etc.

b'^Absinihe, encens, eucharistie, extrême-onC' tion, estime, faim, courroux, gloire, renommée ,i), pourftre, soif, sommeil, repos, etc.

11 y a plus eursiiomsqui n'ont point desingulier, comme ancêtres, archives, armoiries, accordailles, épousailles , mouchettes , broussailles, ciseaux, mœurs, pleurs, matines, noues, vêpres, ténèbres, elc.

Substantifs qui n'ont pas de pluriel.

Dans le nombre de ceux qu'on nous annonce comme tels, nous rencontrons, pour ainsi dire, plus de ces mots dans l'exception que dans la règle. Nous croyons qu'à la rigueur tous ces noms pourraient avoir un pluriel. Tout est possible au génie créateur; pourquoi donc chercher à lui fermer sa route? on sait bien d'adieurs que le génie se fraie à lui-même son passage, et que la pu part du temps il foule aux pieds les règles des Grammairiens. Nous allons prouver, Girault-Duvivier a la main, que la règle dont nous parlons est fausse dans son principe.

Girault-Duvivier pose donc comme n'ayant point ou ne devant point avoir de pluriel , les noms de vertus et de vices, et quelques noms relatifs à l'homme moral ; le total de ces mois, frappés de condamnation de mort, eu égard à l'emploi du pluriel, est de quatie-vingi-quatre, ni plus ni moins. De ce total, soixantcrsix mois ont été mis en usage au pluriel par les meilleurs auteurs.

C'est, du reste, Girault-Duvivier qui nous le prouve lui-même par ses noies , fruit des plus laborieuses veilles : que devient alors sa règle générale?

Amertome. Ce mot a cependant nn pluriel , mais c'est seulement au figuré : ei alors il signifie, sentiments pénibles et douloureux.

Dieu nous détache des trompeuses douceurs du monde par les salutaires amertumes qu'il y mêle.

(LeP. Thomassin.)

(L'académie, Féradd, Gattel, Laveadx, etc.)

Ardeur. V Académie dit : les grandes ardeurs de la canicule; et Trévoux : les ardeurs du soleil sous la ligne sont tempérées par les vents frais de la nuit. — Ce sont les seuls cas où l'on puisse, dans le sens propre, employer le mot ardeur au pluriel.

Les poêles qui se servent de ce mot au singulier et au pluriel poiiramour, consulieut principalement les besoins de la mesure ou de la rime.

(t) En parlant d'ouvrages de peinture, de sculpture, etc.,

on Ai' des Renomviérs .des (ilnircs.

DU SUBSTANTIF

11 o'ett plus temps : il sait mes ardeurs insensées.

(Rkciiii, Phèdre, acle III, scène 1.)

PeDS68-tu que , sensible à Thouneur He Tbésée , Il lui cache l'ardeur dont je »a\» embrasée?

(Racim , ibid., scène 5.)

Nous ne prétendons point blâmer ce grand écrivain , mais nous croyons qu'on lie doit pas l'imiter en ceci dans la prose, où la même gêne n'existe pas.

Bassesse. Quand ce mot signitie sentiment bas, élat bas, il ne se dit point au pimriel :

La bassesse de leur dme.

La bassesse de leur origine.

Quand il se dit des actions qui sont l'efiet de ce sentiment, on peut l'y employer : Les hommes corrompus sont toujours prêts à faire de telles bassesses.

(Fléchier.)

BEAOTé. Autrefois on employait indiffér»^mment le mot beauté au pluriel et au singulier, lorsqu'on voulait parler des qualités ou de la téunion des qualités d'une personne qui excite en nous de l'admiration et du plaisir; mais aujourd'hui on ne le met plus en ce sens qu'au singulier.

Voulant parler des détails qui concourent à former la beauté d'un tout, ou des parties d'une chose qiii sont belles, quoique les autres ne le soient pas, le m"ot beauté se met au pluriel : il est bien difficile de décrire touteê les BEAwés qu^il y a dans cette ville. (L'Académie.)

Cependant , quoiqu'on dise les beautés d'un ouvrage on ne peut le dire d'un auteur. On dira : les beautés de l'Enéide, mais on ne dira point les beautés de Virgile.

— Nous avons, nous, tout aussi bien entendu dire l'un que l'autre. Dans ce cas, le nom de l'auteur est toujours pris pour son ouvrage.

Beauté se dit aussi quelquefois au pluriel, dans un sens indéfini : il y a des beautés de tous les temps et de tou tes les nations.

Ses oiivrases, tout pleins d'affreuses vérités, Éliuceileut pourtant de snbMmes beautés.

(RoiLEÀU . Art poétique, chant IL)' Ciel! quels nombreux essaims H inno eûtes beautés! {R.kCiyE, Athalie, acte I, scène i.)

Bonté. On l'emploie quelquefois au pluriel, mais alor.N il ne signitie plus sim(tlement la qualité appelée bonté, mais ses effets, ses témoi^'iiages.

(Dictionnaire critique de FÉRAtJD.) Choisissez des sujets dignes de vos bontés.

(CoBNtlLLB.)

Oii sont , Dieu de Jacob , tes antiques bontés ?

(Racine, Athalie, acte IV, scène 5.)

Bienséance. Quand on veut parler d'une chose que l'on trouve utile et commode, d'une chose dont on s'arrangerait, le mot bienséance n'a pas de pluriel.

Lors(|u'il est question de la convenance, du rapport de ce qui se dit , de ce qui se fait, avec ce qui est dû aux persoimes, àl'àge, au sexe, et avec ce qui convient aux usages reçus et aux nuenrs publiques, ce mol s'emploie au singulier : On peut rire des erreurs de la biesséakce.

(Pascal.)

... La scène demande une exacte raison; L'étroite bienseançfi j veut être gardée.

(BoiLEio, Art poétique, chant IL)

Souvent anssi il se dit an pluriel : les bifiNSSANCEs sont d'une étendue inpnie: le sexe, l'dge, le caractère imposent des devoirs différents. (BELLKGAnDE)

Le Tasse ne garde pas aussi exactement que Virgilt toutes les BiEKsÉAiNCES des manirs, mais il ne s'égare pas comme l'ArivSie. (Bul'houus.)

Les devoirs du christianisme entrent dans tes bien» séances du ihonde poli. (Massillon.)

Bo.NHEDR. L'Académie([utgeS2dde ses observations) décide que ce mot s'emploie ordinairement au singulier : cela est vrai, m<>is elle aurait dû ajouter que, quand il se dit du mal qu'on évite, du bien qui arrive, il prend trèsbien le pluriel On lit datis Marivaux: De combien de petits BONHECRs Vhomme du monde n'est-il pas entmiré! Et l'Académie (dans sou Dietioi mire , édition de 4798) Th. Corneille et Tréroux disent positivement qu'eu ce sens, le mot bonheur a un pluriel.

Chaghin. Dans le sens d'humeur, dépit, colère, ce mot n'a pas d-^ pluriel: d ne le pretid que dans le sens de peine, affliction, déplaisir :

Les CHAGRINS montent sur le trône, et vont s'asseoir à côté du souverain. (Massillon.)

Oui, Lamoignon, je fuis les chagrins de la ville.

(BoiLEAt),Épitre VI.)

Charité. Lorsque ce mot signitie l'amour que nous avons pour Dieu, on pour notre prochain en vue de Dieu, il n'a point de piurid. La (in de la religion, l'âme des vrius, et l'abrégé de la loi, c'est la cuarité. (Bossuet.) Mais pour exprimer l'tffet d'une commisération, soit chrétieime, soit morale, par laquelle nous secourons notre prochain de noire bien, de nos conseils, etc., on dit faire la charité, faire des charités, de grandes charités. — On dit aussi prêter des charités à que'quun, pour dire le calomnier : lorsque le père Larhaise eut cessé de parler, je lui di"^ que j'étais éioimé qu'-n m' eût prêté de s CHARITÉS auprès de lui. (Boileau, lettre à Racine.)

Cot.ÈRE. Corneille et Molière ont employé ce mot au plui iel.

Pressé de toutes paris des colires célestes.

{Pompée, acte I, scène 1.)

.... On m'accable, elles astres sévères Ont con.re mon anionr rff'oiiblé leurs roipres.

(Les Fâcheux , acie III , scène I .)

Colères au pluriel est un latinisme. Virgile a dit : attollenleniirasltantcene animis cœlestibus irœ! En français colère ne s'emploie qu'au singulier ; on ne dit pas plus des colères que des courroux.

On dit pourtant quehjuef »is, dans le langage familier : je l'ai vu dans ses colères, dans des colères affreuses : c'est qu'ici colère est pour accès de colère.

Captivité. Bossuet a employé ce mot au pluriel : s'élever au-dessus des captivités où Dieu permet que nous soyons à l'extérieur; cela n'est pas du goût d'aujourd'hui. (FÉRAODet Laveacx.)

Clarté. On se sert quelquefois de ce mot au p/urirf dans le sens de lumières; mais ce n'est qu'en poésie :

Étrange aveng'enie't !■— Éternelles clartés !

(CoR^EILLE,. Pvlyeucte, acte II, scène 3.) C'est à nous de ch. uter, nous à qui tu révèlei Tes clartés immortelles.

(Racine, Athalie, acte II, scène 9.)

e Ce Des Barreaux qu'on outrage

S'il n'eut pas les clartés du sage, En eut le cœur et la vertu.

(VoLTAiBB, Ode sur le Paradis.)

Mais , sans tes clartés sacrées.

Qui peut connaître, Seigneur, Les faiblesses égarées Dans les replis de son cœur?

(J.-B. Rousseau, Ode II, livre 1.)

Conduite. Ce mot n'a de pltiriel qu'en termes d'hydraulique; alors il se dit des tuyaux qui conduisent les eaux d'un endroit à un autre.

Connaissance. Ce mot n'a vm pluriel que quand il se dit des relations de société que l'on forme ou que l'on a formées avec quelqu'un ; ou bien encore quand on parle des lumières de l'esprit :

On prend pour des amis de simples connaissances ; Mais que de repenlirs suivent ces imprudences !

{GtLEssKTjf, le Méchant, acte IV, scène 4.)

1^5 vieilles connaissances valent mieux qtte les nou veaux amis. (Mad. du Deffant.)

Dans le monde on a beaucoup de connaissances etpeu d'amis. (Mad. de Puisieux.)

DèmoslTiène se remplit l'esprit de toutes les connaissances ([ui pouvaient l'embellir. (Le P. Rapin.)

Considération. Dans le sens de raisons, de motif» qui engagent à prendre tel ou tel parti , à faire telle ou telle chose, on peut employer ce mot au pluriel; dans toute autre significatiot», il ne se dit qu'au singulier.

Il y a été obligé par de grandes considérations, par des considérations d'ftoHJicwr et de probité.

(L'académie.)

Contentement. On dit à plusieurs personnes, ou de plusieurs : votre contentement, leur contentement, et non pasros contentements, leurs contentements, comme le dit Racine ;

Cherchez :

Tout ce que pour jouir de leurs contentements, etc.

V Académie en blâme l'usage dans Corneille : Et que tout se dispose à leurs contentements.

Coucher. Lever. Les astronomes distinguent trois couchers et trois levers des étoiles : le cosmique, YacronyqucQt Yhéliaque. Ainsi dans ce cas couc/ier a un pluriel.

Courage. On peut l'employer au pluriel en poésie, et dans le discours élevé , quand on lui donne le sens de cceur , d'âme ; ou bien encore quand on le personnifie, pour lui faire signifier les hommes courageux.

Ce grand prince calma les courages émus.

(BossuET, oraison funèbre du prince de Condé.)

Homère aux grands exploits anima les courages. (BoiLEAu, Jrt poétique, chant IV.) Soumettez-lui les fiers courages Des plus nobles peuples du Nord.

(Ghesset, Ode au roi Stanislas.)

Les grands COURAGES jje se laissent point abattrepar f adversité. (L'Académie.)

Contrainte. Ce mot n'a de pluriei qu'en termes de jurisprudence; cependant Bossuet a dit : Par ses soins, le mariage deviendra si libre, qu'il n'y aura plus à se plaindre de ses contraintes et de ses incommodités. — Contraintes est pris ici pour diverses sortes de gêne, et nous sommes d'avis qu'il fait un bel effet.

Curiosité ne se dit au ^^iuriei que lorsqu'il signifie choses rares , extraordinaires , parmi les productions de la nature ou des arts ; eu ce sens même, mais fort rarement , on le dit aussi au singulier : Cet Jiomme donne dans la curiosité , ce qui veut dire, dans la recherche des curiosités.

Douceur ne se dit au pluriel que dans le sens figuré ; ou bien encore dans le sens de paroles galantes : dire , conter des douceurs à une femme.

Ce sont les douceurs de la vie Qui fout les horreurs du trépas.

(Quinault.)

La vie privée a ses douceurs.

DÉSESPOIR. On n'emploie plus aujourd'hui ce motau pluriel ; c'est un tort.

Et tu verras mes feux , changés en juste horreur. Armer mes désespoirs, et hâter ma fureur.

(Corneille, Andromède, acte V, scène i.) • Et par les désespoirs d'une chaste amitié Nous aurions des deux camps tiré quelque pitié.

(Le même , Horace, acte III , scène f.)

Mes déplaisirs , mes craintes, mes douleurs, mes ennuis, disent plus que mon déplaisir, ma crainte, etc. Pourquoi ne pourrait-on pas dire mes désespoirs, comme on dit mes espérances? Ne peut-on pas désespérer de plusieurs choses , comme on peut en espérei plusieurs? (Voltaire, Remarques sur Corneille.)

Enfance. Ce n'est qu'au figuré , et dans le sens de puérilité, action d'en/an^, qu'il peut se dire au pluriel.

Espoir. Ce mot ne s'emploie qu'au singulier; cependant Voiture a dit : Alors je revis en moi-même les doux espoirs, les bizarres penser s; et Scudéry : On ne peut trouver que des charmes chimériques d soupirer, et à être sans cesse agile de mille espoirs trompeurs; mais ces écrivains sont bien anciens pour faire autorité.

Observez que le sens propre de ce mot ne regarde que les choses qui sont à venir. Racine l'a appliqué à des choses présentes :

Ma cherchiez-vous , madame ?

Un espoir si charmant me serait-il permis?

(^tidromague, acte I, scène 4.)

Pour mieux comprendre le défaut de propriété dans l'emploi de ce mot , il n'y a qu'à mettre la phrase en prose : Madame, me serait-il permis d'espérer que vous me cherchiez? (D'Olivet, Remarques sur Bacine.)

Expérience. Ce mot ne se dit au pluriel qu'en physique, en mathématiques et en médecine. La physique et la médecine ont besoin d'être aidées par les expériences que le hasard seul fait souvent 7ïaître. (Fontenelle.)

Esi'RiT. Ce mot employé pour sens , sentiment , se dit au phtriel, surtout en poésie : les esprits étaient émus, agités, timides, glacés, égarés, éperdus.

Il se dit également au pluriel quand on veut désigner la personne , par rapport au caractère : c'est un de nos meilleurs esprits.

On dit aussi de ceux qui se distinguent par l'agrément de leurs discours ou de leurs ouvrages , que ce sont de beaux esprits.

On appelle esprits forts les personnes qui veulent se mettre au-dessus des opinions et des maximes reçues.

Esprit s'emploie encore au pluriel en parlant des gérées , lutins , spectres , revenants. Des esprits célestes; des esprits immondes. -.

DU SUBSTANTIF

Et enfin, lorsqu'on veut désigner ces petits corps Jégrers, subiils et invisibles, qui portent la vie et le sentiment dans les parties de ranimai , et que l'on appelle esprits vitaux, espiits animaux.

Dans toute autre signification, le mot esprit ne se dit qu"au singulier. — Peut-ou bien venir nous dire cela quand il y a tant d'exceptions à cette prétendue règle?

FÉLICITÉ. Ce mot ne se dit guère en prose aupluriel, par la raison qu'il exprime un état de lame , comme les mots tranquillité , sagesse , repos. Cependant Tusage, l'Académie, et tous les écrivains, ont consacré cette phrase : Les félicités de ce monde sont peu durables.

Mais la poésie, qui s'élève au-dessus de la prose, pernelle pluriel. — Heureuse concession !

Jouisst'z des félicités Qu'ont mérité (i) pour vous mes boalés secourables. (RoussEiu , Ode XIV.)

Que vos félicités, s'il se peut, soient parfaites.

(VoLTAiBE, Zaïre, acte I, scène 1.)

Allons apprendre au roi pour qui tous combattez , Mon crime, mes remords et mes félicités.

(Le même.)

Fierté ne s'emploie pas au pluriel; on dit de plusieurs personnes : leur fierté, et non pas leurs fiertés: ainsi le bruit de ses fiertés, et si de ses fiertés, qu'on trouve dans Molière, sont contre l'usage.

FLA.MME. Ce mot, pris pour la passion de l'amour, était autrefois employé par les poètes aupluriel; mais à présent il ne se met qu'au sin(jiilier ; cependant, dit Voltaire, à l'occasion de ce vers de Pierre Corneille :

.... L'ardeur de Clarice est égale à vos flammes;

{Le Mentextr, acte III , scène 2.)

pourquoi ne dirait-on pas à vos (Inmmes, aussi bienqu'A vos feux , à vos amours ? — C'est Girault-Duvivier qui pose ainsi la question avec Voltaire.

FcKEirR. Vyicadèmie ne doime pas un seul exem- { le où ce mot soit eniployé au pluriel, ce qui semblerait indiquer qu'il ne doit l'être qu au singulier; néanmoins de Irès-bons écrivains en ont fait usage :

Pourquoi dem indez-vous que ma bouche raconte Des princes de mon sang les fureurs el la honte P

(Voltaire, la Henriade, chant I.) ... Dcfendez-moi des fureurs de Pharnace.

(Racine, Mithridale, acte I , scène 2.)

.. A vos fureurs Oreste s'abandonne.

(Le héme , Andromaque , acte V, (cèoe 5.)

Il n'eût point eu le nom d'Auguste Sans cet empire heureui et jutite Qui fit oublier ses fureurs.

(J.-B. RoUiSEAO.)

D'ailleurs l'acception de ce terme au pluriel changeant un peu, puisqu'il marque plutôt les eff'ets de la passion que ses degrés, il nous semble que son emploi à ce nombre est bon et même nécessaire. — IS Académie de \ 853 ne refuse plus le pluriel à ce mot.

Gloire ne se dit au pluriel qu'en terme de peinture, pour des ouvrages représentant un ciel ouvert et lumineux, des anges, des bienheureux, etc.

(1) Les entraves de la versification ont forcé Rousseau à violer la Grammaire, qui demandait mèrilées.

(Gl B A ULT-DU VIVIER.)

Goflx. Lorsque ce mot est employé pour signifierra;!plicHlion à quelque objet jarticulierdela faculté de distinguer les saveurs, ou de celle de juger <les objets, il peut alors être mis au pluriel : 7'ous hs goûts nese rapportent pas. En peinture, il if a autant rfegoùts qued'ccoles. — Nous allons désormais nous montrer sobres de commentaires.

Goût prend aussi le phiriel lorsqu'il signifie la prédilection de lame pour tels ou tels objets : La nature nous a donné des goûts qw'i/ est aussi dangereux d'éteindre que d'épuiser.

Hors de là le mot goitt ne se dit qu'au singulier.

Haine n'a point de pluriel quand il exprime la passion en général ; mais il en a un quand il signifie les sentiments de haine qui ont quelque objet particulier en vue : Une parole mal inierpiélée, un rapport douteux, un soupçon mal fondé, allument tous les jours des haines irréconciliables. (Fléchier.) — Les haines par ticuliéres cédaient à la haine générale. (Voltaire.) Combien je vais sur moi faire éclater de haines l

(Racine, Andromaque, acte III, scène 7.)

Haleine. Ce mot ne se dit des vents que lorsqu'ils sont personnifiés j alors c est une expression prise par analogie de lliateinede l'homme, el elle s'empioit; aussi bieuau singulier qu'au pluiiel : Les vents se turent; les plus doux zéphyrs même semblèrent retenir /eurs haleines. (FÉ.NEL0N.)Z)4/à les vents retiennent leur haleine tout est calme dans la nature. (Bauihéli-my.)

... Des zéphyrs nouveaux les fécondes haleines Feront verdir nos bois et refleurir nos plaines.

(Regnakd, sbtire contre les Maris.)

Seulemen» an printemps , quand Flore dans les plaines Faisait taire des vents les bruyantes haleines.

(BoiLEAu , le Lutrin , chant II.) Hasard. Les poètes em[)l(iient ce mot au pluriel eu parlant des hasards de la guerre. Dans tout autre cas, hasard ne se dit qu'au singulier. — L'Aradémie veut encore qu'à certains jeux de dés ou appelle hasurus certains points fixes qui sont toujours favorables à celui qui tient le dé.

Honte. Corneilleadit, dans Pompée (acte V, scèneSj:

Pour réserver sa tète aux hontes d'un supplice.

Et dans Rodogune (acte FV, scène 3) :

Vous avez dû garder le souvenir

Des hon(e$ que pour vous j'avais su prévenir.

Sur ce dernier vers, Voltaire fait celle remarque: a Le mot konte n'a point de pluriel, du moins dans le style nohle^ » ce qui fait voir qu il ne le eondanuie pas dans le langage onhnaire : eu effet, Féraud lui-màne trouve bonne celte plu a^e de la bruyère: La plus brillante foitune nemerile ni le tourment que je medonne ni les humiliatiuns. ni les houles que j'essuie. Observation fort judicieuse de Girault-Duvivier lui-même.

HvMEN. Ce mot est souvent employé en vers pour signifier le mariage, et on lui donne même quelquefois ce sens en prose : f^ivre sous les luis de l'hymen.

Quand ou parle du dieu qui présidait au mariage, il ne se dit qu'au singulier: quand il se dit du mariage même, il peut se mettre au phitiel.

J'ai vu beaucoup d'hymens , aucun d'eux ne me tente.. (La Fo.'vtaine, livre VII, fabie 2 )

HoNNEHR. Signifiant le sentiment de l'est'me de nous

GRAMMAIRE FRANÇAISE

mêmes, et le droit que nous avons à celle de nos semblables, fondé sur notre vertu, notre probité ; ou bien encore, dépeignant la bonne opinion qu'ils ont de notre droiture, de noire courage, de notre intrépidité, /loniieur ne s'emploie qu'au sbigulier.

Mais lorsqu'il se dit des démonstrations de respect, des marques de civilité, de politesse, des dignités, des décorations, des pompes funèbres, il se met au pluriel.

IVe sacrifiezpas votre honneur pour arnue^r aux honneurs. 'De BncNT.)

An^Hionnez l'honneur, et non les honneurs. (Gui-

CHAROm.)

N" accordez jamaisles homieunàceux qvi n'ont point d'honneur. (La Beaumei.le.)

IiNCLÉMENCB. Molièie, dans les Précieuses ridicules, a employé ce mot au pluriel, mais c'est en plaisantant : Voudriez-vous, faquins, que j'exposasse Vembonpoint de mes plumes aux inclémences de la saison?

Indécence. Ce mot ne se dit en général qu'au singulier; cependant on le dit au pluriel pour signifier des choses indécentes, des incongruités.

Les derniers ouvrages de F'oltaire sont si remplis

d'indécences et de blasphèmes, qu'en déshonorant ses

talents et sa vieillesse, il ne mérite, malgré sa haute

réputation littéraire, que l'indignation des gens sensés.

(Le philosophe du Valais.)

Indignité. Ce n'est que dans le sens d'outrage, d'affront, que l'on dit ce mot au pluriel.

Indiscrétion. Quand on parle du vice de l'indiscrétion, on met toujours ce mot au singulier. On dit de plusieurs personnes, ou à plusieurs : leur indiscrétion, voire indiscrétion.

Appréhoidez tout de î'indîscréiion des amants heureux. (ViLL.)

On ne le met au pluriel que quand on parle des effets de ce vice, des actions, des paroles indiscrètes : On n'a vuque trop de ces malheureuses entretenir l'audience des indiscrétions de leur vie. (Patru.)

Ignorance. Dans le sens de défaut de connaissance, de manque de savoir, ce mot ne se dit qu'au singulier :

h'ignorance vanl mieux qu'an savoir affecté.

(BoiLEAU, Êpître IX.)

Pour être sage , une heureuse ignorance Vaut souvent mieux qu'une faible vertu.

(DESnouufenES.) Quand il se prend pour fautes commises par ignorance, on peut s'en servir au pluriel. Bossuet a dit en parlant d'un écrit :

On y trouve autant d'ignorances que de mots. Boileau : Dieu a permis qu'il soit tombé dans des ignorances si grossières, qu'elles lui ont attiré la risée des gens de lettres.

Et l'Académie: Ce livre est plein d'ignorances impardonnables.

Ignominie. Comme le mot indignité, dans le sens d'outrage, d'injure, ignominie a un pluriel; ainsi l'on ne pourra pas en faire usage dans celte phrase : le temps ne saurait effacer J'ignominie d'une telle action; mais on pourra s'en servir dans celle-ci : Jésus-Christ a souffert toutes {es ignominies dont les Juifs ont pu l'abreuver.

INJOSTICE ne se dit au pluriel que quand on parle des effets de l'injuslice, et alors il a un sens passif; j'ai enduré de sa part de grandes injustices. — Quand

on veut parler du sentiment opposé à la justice, à la droi« ture, ou doit se servir du singulier, et alors ce mot a un sens actif: la prospérité, qui devrait être le privilège de la vertu, est ordinairement h partage de l'injustice. (Fléchier.) La contrainte de la rime a fait dire à Voltaire:

Le peuple, pour ses rois tonjours plein d'injustices. Hardi dans ses discours, aveugle en ses caprices.

Publiait hautement

(Mariamne, acte I, scène I.)

Le sens demandait plein d'injustice au singulier. — Nous ne trouvons pas que Voltaire ait été gêné ici à cause de la rime ; il aurait fort bien pu dire , moins correctement sans doute : aveugle en son caprice,

Impddence. Quand ce mot désigne le vice, on le met toujours au singulier. On dit de plusieurs persennes : leur impudence, et non pas leurs impudences.

Mais quand on parle des actions, des effets de ce vice , on peut se servir du pluriel : il mérite d'être châtiépour ses impudences.

La même observv'ion s'applique aux mots imprudence et méchanceté.

Impddeur. Domergue se plaint avec raison de ceque l'on confond souvent le mot impudence avec le mot im» pudeur.

L'impudeur doit signifier la non pudeur, le contraire de la pudeur, qui est une certaine honte, un mouvement excité par ce qui blesse l'honnêtetéet la modestie ; tandis que riwjpwdence est un attentat contre la pudeur.

Impuissance. Ce mot ne se dit jamais qu'au singulier. On observera que l'Académie et le plus grand nombre des écrivains ne l'attribnent qu'aux personnes.

Chacun cherche à excuser sa paresse dans la pratique de la vertu par un prétexte d'impuissance. (Fléchier.)

Cependant Racine a dit, dans Iphigénie (acte I", scène 5) :

Seigneur, de mes efforts je connais l'impuissance.

Et Voltaire : le drame né de /'impuissance d'<?<re tror gique ou comique. — Ici il s'applique aux auteurs.

Remarque. On ht dans le Dictionnaire de l'Académie que le mot impuissance se dit plus particulièrement de l'incapacité d'avoir des enfants, causée ou par un vice de conformation, ou par quelque accident. Il nous semble qu'elle aurait dû ajouter que, dans ce sens, ce mot ne se dit que des /lomnies, mais qu'en parlant d'une femme qui est incapable d'avoir des enfants, on dit qu'elle est sté' riZe, et non pas qu'elle est impuissante.

Innocence. Ce mot se dit toujours au sing«?jer;riiinocence de la vie 6te de la frayeur de la mort. (Saint- Evremond.)

Dans les temps bienlieurenx du monde en son enfance. Chacun mettait sa gloire en sa seule innocence.

(BoiLEAO, Satire V, sur la Pnoblesse.)

Vn auteur moderne a dit : leurs innocences. C'est une faute, ainsi que le remarque Féraud.

Ivresse. Ce mot peut se dire au pluriel en parlant des passions, et c'est dans ce sens figuré que J.-B. Rousseau a dit :

Le réveil suit de près vos trompeaties ivresses. Et toutes vos richesses S'écoulent de vos mains. (Ode XVI.)

MÉPRIS. Quand on parle du sentiment, on met tou-

DU SUBSTANTIF

joars mépris au singulier. Le pluriel ne s'emploie que quand on parle des paroles ou des actions qui mai quenl le mépris: je nesuis pas fait pour souffrir vos mépris.

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