‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 108 sur 279 · DES SUBSTANTIFS COMPOSES · texte numérisé non relu

DES SUBSTANTIFS COMPOSES

Nens n'hésitons pas à mettre sous les yeux de nos lecteurs l'excellente dissertation du Manuel des amateurs de la Langue française sur la matière que nous allons traiter ; elle est de MM. Boniface

et Ballia. A l'exemple de Girault-Duvivier, nous la donnerons presque tout entière.

Rappelons, avant d'entrer dans la question, que la difficulté pour ces mots composés ne consiste que dans leur décomposition , et que tout mot invariable de sa nature doit rester et demeurer toujours invariable. En ne perdant pas de vue cette observation, qui est des plus importantes, peu de mots resteront susceptibles de causer de l'embarras. Nous désignerons d'ailleurs les mots mal formés dont l'autorité devrait impitoyablement faire justice.

On appeWe substantif composé, disent MM. Boniface et Ballio, toute expression dans laquelle il entre plusieurs mots équivalents à un substantif, comme hôtel-Dieu, abat-vent, arc-en-ciel, coq-à» l'âne, etc.

Dans un substantif composé il peut entrer :

1° Soit un substantif accompagné :

D'un adjectif : loup-marin, petit-maître;

Ou d'un mot qui ne s'emploie plus isolément : loup-garou (1) ;

Ou d'un autre substantif : garde-bois;

Ou d'un adverbe : quasi-délit;

Ou d'une partie initiale inséparable : vice-président (2) ;

Ou d'un mot altéré, c'est-à-dire dont la forme est changée : contre-danse (3) ;

Le substantif peut aussi être un nom propre, comme Jean-le-blanc, messire-Jean , bon-Henri, reine-Claude, etc.

2" Soit un verbe accompagné ;

D'un substantif: passe-temps;

Ou d'un adjectif : passe-volant, passe-dix (4);

Ou d'un second verbe: pnsse-passe;

Ou d'une préposition : passe-avant ;

Ou d'un adverbe : passe-partout.

3° Soit une préposition accompagnée :

D'un substantif : après-dînée ;

Ou d'un adjectif : haute-contre ;

Ou d'un adverbe : après -demain.

4" Soit plusieurs mots : arc-en-ciel, eau-de-vie, tête-à-tête, boute-en-train, vole-au-vent, meurt-defaim, va-nu-pieds, boute-tout-cuir e, haut-à-bas, un

(t) Dans loup-garou et ses analogues, qui lont loup-cervier, chat-pard, pie-grièche, branche-ursine, épine-iineite , faimvalle, ponl-levis et gomnu-guUe. etc., le second mot est un véritable adjectif, ou un substantif pris adjeciivement.

(2) Ces parties initiales sont : mi, comme dans mi-août; in, in-douze; ex, ex-général; co, co-héritier; tragi, tragi-comédie, et quelques expressions semblables.

(3) Contre-danse vient de l'anglais country-dance, qui signifie danse de contrée, de campagne. L'Académie, dans les deux premières éditions de son Dirtioimaire, ne parle point de ce mot, et dms la qtiiitriëme elle dit : les contredanses smit originairement des danses de village.

(4) Volant est ici un participe pris adiectivement, et dix est un adjfclifmmfra].

DU SUBSTANTIF

mi

beau venexrtj voir, le qu'en dira-t-on, le sot-l'ylaîsse.

5» Soit plusieurs mots étrangers : post-scriptum, mezzo-lermîne, auto-da-fe, forte-piano.

L'usage varie beaucoup sur la formation du pluriel de ces sortes d'expressions; les uns, les regardant comme de véritables substantifs qui, en résultat, ne réveillent plus qu'une seule idée, ne mettent le signe du pluriel qu'à la fin, quels que soient les mots dont elles sont composées ; ils écrivent : des prie-dieux, des arc-en-ciels, des coupd'œils, etc. — Nous pensons qu'il faudrait du moins pour ce dernier coups-d'yeux.

Cet'e opinion fut émise dans l'une des séances (\(V Académie grammaticale dont Doraergue a été le fondateur, et ce fut particulièrement celle de cet estimable Grammairien (i).

Mais, dans la séance suivante, un membre ayant dit qu'il est inconséquent de conserver le traitd'union dans les substantifs composés, puisqu'en ne faisant varier que la finale, on ne les regarde plus que comme des mots simples, Domergue, ainsi que plusieurs autres membres, furent d'avis (le reiranclier ce trait-d'union, pour faire disparaître toutes les difficultés relatives à la place où l'on doit mettre la marque du pluriel.

On s'opposa à cette suppression, en faisant observer qu'elle entraînerait trop de changements n'ans l'orthographe, et même dans la prononcialion ; qu'on serait obligé d'écrire coqalâne, bârelief, blanbec, portaiguille, avanbec, cordegarde, nrcenciel, crocenjambe, etc. ; à quoi Domergue répondit : lo que c'est une règle constante de faire suivre la lettre q de la voyelle u, et qu'on peut alors écrire coqualàne, comme coquet, ou même par un c, comme cocarde, autrefois coquarde (2) ; 2» que bâreiœf peut être ainsi écrit par analogie avec bâtard; 5° qu'on doit mettre un n et non un m dans les mots blanbec, avanbec , par analogie avec bonbon, néanmoins; 40 que rien n'est plus

(1) Cependant, dans la quatrièni<> édition de sa Grammaire, il a pensé différemaieut, à ta page 47, où il dit : e Quelquefois » un substantif est composé de deux mots; alors, sans faire a attention an mot total, donnez aux mots partiels le nomhre » que le sens indique; écrivez : un abat-jour, des abat-jour ; » un bec-figues, des bec-figues; nn cti'^e-detits. des curey> dents, etc. On écrit sans s des abat-jour, parce que le sens » n'indique point le pluriel; c'est comme s'il y av^it : des ais » qui abattent le jour. On écrit avec nn s bec-figues, parce » que le sens indique un pluriel dans la partie du mot qui eu » prend la lettre caractéristique ; c'est comme s'il y avait ; un » oiseau qui becquette les figues. »

Celte règle, que Domergue a eu tort d'abandonner, est la seule conforme à l'usage général.

(2) « La cocarde est née de l'usage qu'avaient les Croates, appelés en Fiance Cravates, de mettre à leurs bonnets des plumes de coq. »

C'est à eux que nous devons la cravate. Ce fut en 1636 que nous primes cette sorte de collet, époque où nous étions en guerre avec l'emperenr d'Allera?igne.

commun que d'élider Ye muet, comme on le voit dans portor ( marbre noir dont les taches imitent l'or), justaucorps, etc. ; 5o qu'on pourrait retrancher le p dans corps-de-garde, comme on le retranche dans corset; 6.. enfin, qu'il est d'usage de changer le c en t/u avant le ou \'i. lors(]u'on entend l'articulation q, comme dans les sonrciis bien arqués (^formant bien un arc); qu'enfin, par analogie, on devrait donc écrire arquenciel, croquenjambe, et non arcenciel, puisque la prononciation s'y oppose.

D'après ce qui précède, il est évident que l'analogie et le besoin de simplifier les règles demandent cette réforme; mais, comme elle n'est adoptée que par un très-petit noml)re d'auteurs, nous allons donner les règles relatives à l'usi-ge présent de la langue, au()uel on doit se conformer jusqu'à ce que les mem!>res de l'Académie française aient adopté l'orthographe proposée par Domergue, ce que nous ne lui supposons pas l'intention de faire.

Voyons maintenant si les règles qu'ont données • les autres Grammairiens sont fondées en raison et applicables à tous les cas.

Wailly et Lévizac mettent au pluriel chaque substantif et chaque adjectif qui se trouvent dans une expression composée employée au pluriel, à moins qu'une préposition ne sépare deux substantifs ; et, dans ce cas, le second seul reste invariable ; ainsi ils écrivent : des abat-ven<«, des contrejours, des rouges-gorges, et des eaux-de-vie, des chefs-d'œuvre.

Cependant Lévizac ajoute que la marque du pluriel ne se met pas dans les mots composés qui, par leur nature, ne changent pas de terminaison, comme des crève-cœur, des rabat-joie, des passepartout, etc.

L'adverbe partout est invariable de sa nature; mais cœur et joie ne se mettent-ils pas, selon le sens, au singuUer ou au pluriel ? C'est donc le sens et non leur nature qui s'oppose ici à ce qu'ils prennent s (nous sommes entièrement de cet avis); en effet, des crève-cœur sont des déplaisirs qui crèvent le cœur.

Wailly, de son côté, dit que, par exception , il faut écrire sans s des coq-à-l'âne. N'y a-t-il que cette exception à sa règle, et pourquoi a-t-elle lieu? — C'est, aurait-il répondu, parce que le sens s'oppose au pluriel, comme dans des prie-Dieu, que l'Académie écrit ainsi. Eh bien ! d'après cette réponse même, Wailly aurait-il écrit des pieds-à-terre, des têtes-à-têtes, des hôtels-dieux, des garde-mangers, sans être inconséquent? Ce qui prouve d'une manière évidente que, pour l'orthographe de ces sortes d'expressions, ce n'est point le matériel des mots partiels qu'on doit consulter, mais bien le sen.: qu'ils présentent.

Au surplus, Wailly et Lévizac n'ont pas prévu

GRAMMAIRE FRANÇAISE

tous les cas; beaucoup de substantifs composés n'entrent dans aucune de leurs règles, qui cependant ont été copiées, sans examen, par la pluptirt de nos grammairiens modernes.

MM. Lequien, Boinvilliers, Wicard et Crépel, ont plus ou moins rectifié la règle de Wailly.

MM.dePortrRoyal, duMarsais, Gondillac, Marmontel, Beauzée et Fabre, n'ont point traité cette question, qui présente cependant quelque intérêt. Enfin, plusieurs autres Grammairiens, et particulièrement MM. Lemare et Fréville, ne consultent que la nature et le sens des mots partiels pour l'orthographe des substantifs composés. Au singulier, ils écrivent : un serre-papiers, parce que la décomposition amène un arrière-cabinet ou une tablette pour serrer des papiers, et non du papier ; et d'après la même analogie, un va-nu-pieds, un couvre-pieds, un gobe-mouches, et d'autres substantifs composés dont nous donnerons la décomposition. Au pluriel, ils écrivent des serre-tête, parce que la dénomination amène des rubans, des bonnets qui seirent la têie, et non les têtes; et, d'après la même analogie, des abat-jour, des boutefeu, des arcs-en-ciel, des hauts-de-chausses, des têle-à-têie, etc.

Cette manière d'écrire les substantifs composés, tant qu'ils ne sont point passés à l'état de mot, est la plus raisonnable et la seule qu'on puisse suivre. Il est bon de faire observerque pour cette question d'orthographe, le Dictionnaire de C Académie ne peut faire autorité, parce qu'il est souvent en contradiction avec lui-même.

On y trouve après 4835 :

Un chasse-mouc/ie, et un gohe-mouches.

Un œuvre-pied, et un va-nu-pierf*.

Des po<-au-feu, et des arcs-en-ciel.

La plupart des auteurs ne sont pas plus d'accord entre eux ni avec eux-mêmes. Buffon écrit : des c/iauvf-souris, des pie-grièche, et des />asses-cours, des ports-épics. Marmontel : des tête-à-tête et des têie-à-têies. J.-J. Rousseau : des pot-au-feux et des tête-à-tête.

Voici donc la règle que nous croyons devoir adopter ; règle posép par MM. Boniface et Ballin ; Tout substantif composé qui n'est point encore passé à l'état de mot (*) doit s'écrire au singulier ou au pluriel,suivant que la nature ou le sens des mots partiels exige l'un ou l'autre nombre. C'est la décomposition de l'expression qui fait donner aux diverses parties qui les composent le nombre que le sens indique.

Nous l'avons déjà dit , on ne peut bien orthographier un substantif composé qu'en le décom-

{{) C'est par Iq suppression du trait-d'uniou, et, si la prononciation l'eiiige par quelques cbangemcuts dans l'ortbograplie, qu'un substantif composé passe à l'état de luot, comme on peut le voir dans lieutenant, adieu, auvent, justaucorps, etc.

posant ; nous allons en analyser un certain nombre, nous contentant de redresser les erreurs des Grammairiens qui n'ont pas assez réfléchi sur la matière.

Abat-jour, plur., des abat-jour, des fenêtres qui abattent le jour.

Abat-vent, plur., des abat-vent, des pièces de bois qui abattent le vent.

Aigue-marine, plur., des aigues-marines : des pierres précieuses couleur de vert de mer. Aiguë vient du latin aqua, eau; c'est comme si l'on disait des eaux marines.

Appui-main, plur., des appui-main ; des baguettes servant d'appui à la main qui tient le pinceau. Arc-boutant, plur,, des arcs-boutants : des arcs, ou des parties d'arc, qui appuient et soutiennent une muraille. Dans cette expression, boutant est un adjectif verbal qui vient de l'ancien verbe bouter, pousser.

Bain-marie, plur., des bains-marie : des bains de la prophétesse Marie, qui, dit-on, en est l'inventrice.

Belle-de-nuity plur., des belles-de-nuit : des fleurs belles la nuit.

Blanc-seing, plur., des blanc'seings: des seings en blanc, des papiers signés en blanc, sur du blanc. Blanc est ici adverbe et non pas adjectif.

Bon-chrétien, bon-henri, plur., des bon-chrétien, des bon-henri. Ce sont, dit Laveaux, des poires d'une espèce à laquelle on a donné le nom de bonchrétien, le nom de bon-henri.

On dit abusivement au singulier, dans quelques cas seulement, du bon-chrétien, du bon-henri; c'est-à-dire des poires de l'espèce dite bon-chrétien, bon-henri^ mais il faut dire, au pluriel, des poires de bon-chrétien, des poires de bon-henri. C'est l'espèce qui a donné le nom de bon-chrétien, de bon-henri, et non pas les individus.

Boute-en-train, plur., des boute-en-train: des hommes qui boutent, qui mettent les autres ew train, qui les aAiment soit au plaisir, soit au travail.

Boute-feu, plur., des boute- feu : au propre, incendiaire ; des hommes qui, de dessein formé, boutent ou mettent le feu à un édifice ou à une ville. (Peu usité dans ce dernier sens).

Boute-tout-cuir e, plur., des boute-tout-cuire : des hommes qui boutent, qui mettent tout cuire, qui mangent, qui dissipent tout ce qu'ils ont.

Brise-cou, brise-vent, plur., des ^rise-coM, des bme-vent: des escaliers où l'on risque de tomber, de se briser le cou , si l'on n'y prend garde ; des clôtures qui servent à briser le vent. D'après la même analogie, on écrira des brise-glace, des brise-raison, etc.

Casse-cou, plur., des casse-cou : des endroits où l'on risque de se casser le cou.

C/iassc-marée, plur., des chasse-marée :desyokn*.

DU SUBSTANTIF

ricrs qui chassent devant eux la marée, qui apportent la marée. Un chnsse-marée , dit l'Académie, est un voiturier qui apporte la marée.

Chauve-souris, plur., des chauves-souris : des oiseaux qui ressemblent à une souris qui est chauve, c'est-à-dire qui a des ailes chauves, des ailes sans plumes.

Chef-d'œuvre, plur., des chefs-d'oeuvre : des chefs, des pièces principales d'exécution. Au figuré, des ouvrages parfaits en leur genre. Les Italiens disent : i capi d'opéra, et ne pluralisent jamais le dernier mot.

Chou- fleur, plur., des choux-fleurs : des fleurs qui sont choux.

Colin-Maillard, plur., des Colin-Maillard : des jeux où Colin cherche, poursuit Maillard. (Voyez notre Dictionnaire à l'occasion de ce mot.)

Conlre-danse, plur., des contre-danses: oncroit que ce mot est une altération de l'anglais counfr^dance [danse de la contrée, de la campagne).

Confre-joMr, plur., des contre-jour: des endroits qui, commele dit l'Académie, sont contre le jour, opposés au jour.

Contre-poison, plur., des contre-poison ;.remède qui empêche l'effet du poison. Alors on doit , ainsi que le fait observer Leraare, écrire contre^ poison au pluriel comme au singulier , car le même antidote peut servir également ou contre un ou contre plusieurs poisons.

Contre-vérité, plur., des contre-vérités. La contre-vérité a beaucoup de rapport avec l'ironie. Amende honorable, par exemple, est une centrevérité, une vérité prise dans un sens opposé à celui de son énonciaiion ; car, au lieu d'être honorable, elle est déshonorante, infamante.»

Coq-à l'âne, plur., des coq-à-Câne : des discours qui n'ont point de suite, de liaison, qui ne s'accordent point avec le sujet dont on parle. Faire un coq-à-l'âne, c'est passer d'une chose à une autre tout opposée, comme qui dirait du coq à un âne.

Coupe-gorge, plur., des coupe- gorge : des lieux écartés, secrets, obscurs, déserts, où l'on court risque d'avoir la gorge coupée.

Courte-pointe, plur., des courtes -pointes. Ce substantif composé est une altération de contre' points, espèce de couverture où les pointes ou points sont piqués les uns contre les autres ; couverture contre-pointée. La préposition contre étant changée en l'adjectif courte, les deux motsqui forment le substantif composé doivent prendre alors le s au pluriel.

Couvre-chef, plur., des couvre-chef: des coiffures propres à couvrir le chef ou la tête.

Couvre-feu, plur., des couvre- feu: des ustensiles qui servent à couvrir \efeu.

Crève-cœur, plur., des crève-cœur : des déplaisirs qui crèvent, qui fendent le cœur.

Cul-de-jatie, plur., des culs-de- jatte, orthographe de \ Académie. Ici la partie est prise pour le tout; ce sont des hommes nommés cuLs de-jatte ^ à cause de la jatte sur laquelle ils se traînent. — Ne devrait-on pas de préférence écrire des cul-dejatte , des hommes qui ont le cul dans une jatte?

Cric-crac, plur., des cric-crac. C'est, dit Le» mare, une onomatopée, c'est-à-dire un mot dont le son est imitatif de la chose qu'il signifie. Trietrac est ainsi formé, mais trie et trac étant sans tiret, on écrit, au pluriel, des trictracs. — C'est en effet ainsi que Y Académie écrit ce mot ; mais n'at-elle pas tort dans l'un ou dans l'autre cas ? Si ces deux mots sont deux onomatopées, il est impossible de les orthographier différemment : nous proposons , puisque ce sont véritablement deux substantifs composés , d'écrire des cric-crac et des tric-irac, sans s, et avec le trait-d'union au singulier comme au pluriel.

Croc-en-jambes, plur., des croc«-en-jam6es. Plusieurs crocs que l'on forme en mettant son pied entre lesjambes de quelqu'un pour le ftiire tomber.

Eau-de-vie, plur., des eaux-de-vie : àe& eaux qui donnent la vie.

Fesse-Mathieu, plur., des /eise-AffllAiew. Ce substantif composé est une altération de il fait saint Mathieu, c'est-à-dire il fait comme saint Mathieu, qui, dit-on, avant sa conversion, était usurier. Nous aimons mieux l'étymologie de face de Mathieu. Fesser s'est dit pour expédier. C'est ainsi qu'on appelle fesse-cafiiers, des copistes qui font bien vite , et le plus au large qu'ils peuvent, les cahiers, les rô'.es dont on les a chargés.

Fier-à-bras, plur., des fier-à-bras, d'après Girault-Duvivier. Ce mot composé est une altération de ftert-à-bras, c'est-à-dire qui frappe à tour de bras. Ici fier vient du latin jerit, il frappe. Nous avons retenu , dans la locution sans coup férir, l'infinitif de ce verbe. — Cette étymologie nous semble un peu tirée par les cheveux. Nous demanderons la permission de préférer celle de notre Dictionnaire, qui nous a ftiit écrire des fiers-à-bras, des hommes qui sont fiers avec les bras.

Fouille-aupot, plur,, des fouille- au-pot ; des hommes, des marmitons dont la fonction est de fouiller au pot.

Gagne-denier, plur., des gagne-denier. Tous ceux qui gagnent leur vie par le travail de leur ' corps sans savoir de métier. 11 n'y a pas plus de ' raison, dit Lemare, pour écrire un gagne-de- ' nier que des gagne-deniers ; car s'il s'agissait du j nombre plutôt que de l'espèce, un seul homme pourrait être appelé gagne-denier ou gagne-deniers. Ainsi, quelque opinion que l'on adopte, le singulier et le pluriel doivent avoir la même orthographe. — Il font ici bien consulter le sens.

Gagne-pain, plur., des gagne^ain : des moyens par lesquels on gagne son pain.

GRAMMAIRE FRANÇAISE

Gagne-peiit, p\ar.y des gagne-petit ; des remouleurs qui gagnent peu , qui se contentent d'un gain peut.

Garde-côte, plur., des gardes-côtes ; des gardiens de cotes. Si garde, en composition, se dit d'une personne, alors il a 'e sens de gardien, substantif qui doit prendre « au pluriel : des gardes-champêtres, des gardes-marines, des gardes-magasins , des gardes-manteaux , etc. ; mais si garde se dit d'une chose, ou se rapporte à une chose, alors il est verbe , et par conséquent invariable : des garde-vue, des garde-manger, des garde-robes, etc. Garde-feu, plur., des garde-feu ; des grilles qui gardent le feu, qui en garantissent.

Garde-note, plur., des garde-note: des personnes qui gardent note. On dit prendre note, tenir note; de même on pourrait dire garder note , d'où garde-nole.

Gâie-méiier, plur., des gâte-métier : des hommes qui gâtent le métier, en donnant leur marchandise ou leur peine à trop bon marché.

Grippe-sou, plur., des grippe-sou : des gens qui , moyennant le sou pour livre , c'est-à-dire une très-légère remise, reçoivent les rentes. C'est dans le même sens que l'on écrira des pince-rnaille. Maille, dit l'Académie, éiait une monnaie au-dessous du denier : trois sous, deux deniers et maille. Il n'a ni sou ni maille. Des pinceniaïUe sont des personnes <iui pincent, qui ne négligent pas une mai//e. Ainsi les pince-maille sont de deux ou trois degrés plus ladres, plus avides que les grippe-sou. (Voy. Gagne-denier.)

Hausse-col, plur., des hausse-col: des plaques que les officiers d'infanterie portent au-dessous du cou, et non pas au-dessous des cous.

Hauie-conire, plur., des hautes-contre : des parties de musique , des voix qui sont opposées, hautes, qu'\ sont contre une autre sorte de voix.

Uaute-fuiaie, plur., des hautes- futaies : des bois, des futaies élevées, hautes.

Ilavre-sac, plur., des havre-sacs. Ce mot, dit Ménage, est entièrement allemand. Habersack signifie liitéralement dans cette languesacà avoine, du mot snk. sac, et haber, avoine. Sac est donc le seul mot qui doive prendre le pluriel.

Hors-d'œuvre, plur., des hors-d' œuvre: certains petits plats qui sont appelés ainsi parce qu'ils ne comptent pas dans le dîner. On le dit aussi des partit s d'un livre, d'un ouvrage, qui ne touche pas immédiatement au sujet traité,

Mouille-houche, plur., des mouille- bouche : des poires qui mouillent la bouche.

Passe-droit, p!ur., des passe-droit : des grâces qui passent le droit , des grâces qu'on accorde à quelqu'un contre le droit.

Passe-parole, plur., des passe-paroles ; des commandements, des paroles que l'on donne à la tête d'une armée, et qui, de bouche en bouche,

passent aux derniers rangs. GirauU-Duvivier écrit des passes -paroles. Nous pensons que c'est une faute typographique.

Passe-parlout, plur., des passe-partout : des clefs qui passent partout, qui ouvrent toutes les portes.

Passe-passe, plur., des passe-passe. — Voyez le mot Pique-nique.

Passe-port, plur., des passe-port. Qu'il y ait un ou plusieurs passe-port, dit Lemare, ce sont toujours des papiers pour passer le port, ou son chemin. L'Académie écrit des passe-ports : cela dépendrait donc du sens.

Perce-neige, perce-pierre, plur., desperce-neige, des perce-pierre, de petites plantes qui percent la neige, la pierre, qui croissent à travers la neige, la pierre.

Pied-à-terre, plur., des pied-à-terre: des lieux, des log( ments où l'on met seulement le pied à teire, où l'on ne vient qu'en passant.

Pied-plat, plur., des pieds-plats. On appelle, dit l'Académie, un pied-plat, un homme qui, par son état et par sa conduite, n'inspire que le mépris. Il parait, selon M. Boniface, que cette locution s'est introduite dans le temps que les hommes de basse naissance portaient des souliers plats, et que les talons hauts étaient la marque distinctive de la noblesse.

Pique-nique, plur., des pique-nique : des repas où ceux(|ui piquent, (]ui mangent, font signe de la tête (de la nuque) qu'ils paieront.

Les Allemands, dit Lemare, ont aussi leurpicAnick, qui a le même sens que le nôtre. Picken signifie piquer, becqueter, et nicken signifie faire signe de la tête. — Pique-nique est donc, comme pa,sse-pa»se, un composé de deux verbes; il est dans l'analogie de la phrase : qui touche mouille.

Plain-chant, plur., des plains-chants: des chants plains, unis, simples, ordinaires dans l'église.

Pont-neuf, plur., des ponts-ntufs, suivant Girault-Duvivier et l'Académie de l85o. Un ponineuf, dit ce Grammairien , est un nom que l'on donne à de mauvaises chansons, telles que celles qui se chantaient sur le Poiit-I\'euf à Paris. On écrit des ponis-neufs, d'après une figure d • mois par laquelle on piend la partie pour le tout. Le fondement de cette figure est un rapport de connexion : l'idée d'une partie saillante d'un tout réveille facilement celle de ce tout. Dans le substantif composé pont-neuf, la partie saillante est un pont-neuf: mais comme l'idée de chanson prédomine toujours, on a dit un pont neuf , ei au pluriel des ponts-neufs, parce que le substaniii composé pont-neuf, remplaçant le mot chansmi. est susceptible, comme lui, de prendre la nwrque du pluriel. — Aucune de ces raisons ne nous parai; spécieuse. On doit écrire au pluriel des pont-neuf. et non pas des ponts-neufs ; quand on dit composa des pont-neuf i on ne veut pas dire qu'on bàiit

DU SUBSTAINTIF.

des ponts qui sont Jieufs, mais que l'on fait des chansons du genre de celles qui se chantaient à Paris, sur le Pont-Neuf.

Porte-aiguille, plur., des porte-aiguille: desinstrumenis qui portent ou allongent une aiguille; ils n'en portent, ils n'en allongent qu'une à la fois. U ne s'agit point, dans ces mots et de semblables, du nombredeschoses,maisde l'espèce de lo chose portée. C'est ainsi que l'on dit de plusieurs : ils portent la haire; ils portent iépée ; ils portent perruque, etc., etc. Par analogie, on écrira : desporte- arquebuse , des porle-dieu, des porte-drapeau, etc. , etc.

Poi-de-vin, plur., des pols-de-mn : c'est-à-dire ce quisedonne par manièredeprésentau-delàdu prix qui a été arrêté entre deux personnes pour plusieurs marchés conclus, et pour tenir Ireu des pots de vin qu'on avait coutume de payer en pareilles circonstances.

Reine-ilaude, plur., des reines-claudes, suivant Girault-Duvivier , qui cependant ajoute aussitôt que cette sorte de prunes doit , dit-on , son nom à la reine Claude. — Comme nous le disons dans notre Dictionnaire , ces sortes de prunes ne sont pas du tout des reines , mais un bel et bon fruit qu'affectionnait la reine Claude. Écrivons donc des reine-Claude , des prunes de la reine- Claude.

Réveille-matin, plur., des réveille-matin : horloges ou montres qui réveillent le matin.

Sage-femme, plur., des sages-femmes : des femmes qui, par leur état, leur profession, doivent être prudentes, sages.

Sauf-conduit, plur., des sauf -conduits : des papiers qui assurent que quelqu'un ou quelque chose est conduit sain et sauf.

Serre-tête, plur., des serre-tête : des rubans ou bonnets de nuit avec lesquels on se serre la tête.

Serre- file, plur., des serre- file : un serre- file est le dernier de la file; par conséquent, des serrefile sont les derniers de chaque file, et non lés derniers de toutes les files.

Têle-à-lêle, plur., des tête-à-tête : des conversations ou entrevues qui se font tête-à-tête, ou seul à seul.

Terre-plein, plur., des terre-pleins : des endroits pleins de teire , et présentant une surface unie.

Tire-balle, plur., des tire-balle. Des instruments qui, d'après la définition de l'Académie, servent à extirper la balle de plomb du corps de ceux qui sont blessés d'un coup de fusil ou de pistolet. Comme ces armes à feu ne sont ordinairement chargées que d'une seule balle, et que d'ailleurs on ne pourrait en retirer qu'une à la fois, ce mot ne peut se mettre qu'au singulier. Par analogie on écrira : des tire-bouchon, des tire-bourre, des tire-moelle, parce que ce sont

dt s instruments pour tirer le bouchon, la bourre, la moelle.

Tire-lire, plur., des fire /ires. Ce mot composé est une altération de tire-lîard, ainsi appelé parce que Cette espèce de tronc sert à renfermer de la menue monnaie. M. Boniface, l'Académie et plusieurs lexicographes écrivent tirelire en un seul mot ; nous préférons tire-lire avec le trait-d'union.

Trouble-fête, plur., des trouble-fête. Des importuns, des indiscrets qui viennent interrompre la joie d'une assemblée publique ou particulière. L'idée du nombre tombe sur le mot personne, qui est sous-eniendu ; et, qu'il y ait un ou plusieurs trouble-fêie, c'est toujours une ou plusieurs personnes qui troublent la joie d'une assemblée,

11 est vrai que Voltaire a dit dans ï Enfant pro' digue (acte l*"", scène 5) :

Je veux un peu voir nos deux troubJefétes.

C'est apparemment parce qu'il avait besoin d'un s pour la rime.

Mais il y a des substantifs composés qui veulent, quoique employés au singulier, le mot qui les termine au pluriel, parcequ'en effet le sens de cesecond mot annonce toujours une idée de pluralité.

Ecrivez donc au «iw^u/ier comme au pluriel :

Un breche-denis, parce qu'un brèche-dents est un homme qui a une brèche ou un vide aux dmts antérieures ; soit que l'on parle d'une seule personne ou de plusieurs, ce n'est toujours que l'idée d'un vide qu'on veut faire entendre, et ce vide est aux dents.

Un casse-noisettes, un casse-mottes, instruments avec lesquels on casse des noisettes, des mottes.

Chasse- chiens, se dit de celui qui chasse les chiens d'un lieu quelcon(]ue.

Un chasse-mouches, petit balai avec lequel on chasse les mouches.

Un cent-suissis, se disait (suivant la définition de l'Académie) d'un des cent-suisses de la garde du roi.

A l'égard du mot chevau-léger, Lemare voudrait qu'on écrivît au singulier comme au pluriel chevaux-légers avec un a; à chevaux, parce que, selon lui, on dit: mille chevaux pour mille cavaliers, et que, d'après la même analogie, on a dit : être dans les chevaux-légers, et, par une abréviation plus grande, un chevaux-légers.

Quoiqu'il en soit , l'usage est d'écrire chevauléger au singulier, et chevau-légers au pluriel; c'est^ comme le fait observer M. Boniface, une expression consacrée, de même que franc maçonnerie, substantif féminin formé sur franc-maçon; et haute-liceur, substantif masculin formé sur haute-lice, où les deux dérivés, lice ei haute, sont invariables. Nous avons déclaré dans notre Dictionnaire, nous ranger de l'avis de Lemare.

Un chhwe-pîeds, un satyre qui a des pieds de chèvre.

Un claque-oreilles, chapeau dont les bords sont pendants et se soutiennent peu ; ainsi claqueoreilles est un chapeau dont les bords pendants claquent les oreilles.

Un couvre-pieds, sorte ide petite couverture d'étoffe qui sert à couvrir les pieds.

Un cure-dents, petit instrument dont pn se cure les dents.

Un cure-oreilles, petit instrument propre à curer les oreilles.

Un entr actes, intervalle qui est entre deux actes, entre deux nœuds d'une pièce de théâtre.

Un entre-côtes, morceau de viande coupé entre

deux côies de bœuf; par la même raison, on écrira

un entre-lignes, un entre-nœuds, un entre-sourcils.

Un essuie-mains , linge qui sert à essuyer les

mains.

Un lave-mains, ustensile de cuisine, de salle à manger, où l'on se lave les mains.

Un garde-fous, barrière (jue l'on met au bord des quais , des terrasses , pour empêcher que les fous ou les étourdis ne tombent.

Une garde-robes, chambre ou armoire destinée à renfermer les robes, les habits.

Un gobe-mouches, espèce de petit lérard fort adroit à gober les mouches. Figurément on a donné ce nom à l'homme qui n'a pas d'avis à lui. Un haul-de-chausses, expression qui s'eniend de la partàe du vêtement de l'homme qui le couvre jusqu'au haut des chausses, actuellement appelé bas, culotte, pantalon. Chausser vient du latin calceare (de calceus, talon). Au pluriel, on écrit des hauts-de-chausses.

Un pèse-liqueurs, instrument par le moyen duquel on découvre la pesanteur des liqueurs.

Un porc-épics, animal dont le corps est couvert de beaucoup d'épics ou de piquants. Le mot épies, dit M. Bon-iface, n'est point une altération, c'est l'ancienne orihographe ; on disait épie pour épi, piquant. Ce mot vient du latin spica.

Un porie-mouchettes , plateau dans lequel on met des mouchettes. Par analogie , on pourrait écrire un porte-lettres et un porte-manteaux (autrement dit porte-habits) , etc. , etc.

Un (/uinxe-viw^ts, aveugle placé dans l'hôpital des Quinze-vingts ou des trois cents aveugles. L'Académie écrit l'hôpital des Quinze-vingts avec un s, et un quinze-vingt sans s ; mais Lemare et M. Boniface font observer avec raison que quinze-vingts désigne dans les deux cas, au singulier et au plurij^l, quinxe-vingtaines ou trois cents.

Un serre-papiers, sorte de tablette où l'on serre des papiers.

Un tire-bottes, instrument propre à tirer les bottes.

Un vicie-bouteilles, parce qu'il n'est pas proba*

ble que cette dénomination familière ait été affectée an lieu où l'on ne boit qu'une bouteille, mais à celui où l'on en vide plusieurs.

Voilà tout ce que Girault-Duvivier donne à ses lecteurs, et il se félicite d'avoir levé toutes les difficultés sur la manière d'écrire au singulier et au pluriel tous les substantifs composés; il est vrai cependant qtfil y ajoute la liste des substantifs le plus en usage, rangés par ordre alphabétique, et tels qu'il faut les écrire au pluriel.

Mais, selon nous, cette liste est encore insuffisante, parce qu'elle n'explique en aucune façon la raison d'orthographe. Nous donnons aussi cette liste ; mais nous motiverons , par la décomposition desmots, ce qui règle la manière de les écrire

au pluriel.

Des :

Abat-faim, de grosses pièces de viande qui abattent la faim.

Abat-voix, des objets destinés à abattre lavoix, comme un ciel de chaire à prêcher, etc.

Après-dînées, ou après-dîners, après les dmers.

Après-midi, après le midi.

Après - soupées,, ou après - soupers, après les soupers.

Arcs-doubleaux, des arcs qui sont doubleaux.

Arcs-en-ciel, des arcs dans le ciel.

Arrière-boutiques, des boutiques \

Arrière-gardes, des gardes

Arrière- g »ûts, des goûts

Arrière-neveux, des neveux

Arrière-pensées, des pensées \^^ arrière.

Anière-petits-fds, des petits- fils

A7rière-peiites-filles, des petites-filles

Arrière-points, des points

Arrière-saisons, des saisons

Arrière-vassaux, des vassaux

Avant-becs, des becs

Avant-bras, des bras

Avant-cours, des cours ) en avant.

Avant-coureurs, des coureurs

Avant-derniers, des derniers

Avant-fairC'droit, des jugements avant de faire droit et justice.

Avant-fossés, des fossés en avant.

Avant-goûts, des goûts avant, par avance.

Avant-gardes, des gardes |

Avant-murs, des murs 1 en avant.

Avant-pieux, des pieux ' .

Avant-scène, parce qu'on ne désigne ici que le lieu qui est avant la scène, et qu'il n'y a pas plusieurs scènes dans un même théâtre.

Avant-postes, des postes en avant.

Avant-toits, des toits qui sont en saillie, en avant.

Avant-trains, des trains de devant.

Avant-veilles, des jours qui arrivent avanf tes veilles.

DU SUBSTANTIF

Ayant-cause, ceux ayant la cause, le droit.

Barbcs-de-bouc, des barbes qui ressemblent à celle du bouc.

Barbes-de-chèvre, des barbes qui ressemblent à celle de la chèvre.

Barbes -de-Jupiter, des barbes qui ressemblent à celle de /upifer.

Bar bes-de -renard, des 6ar6es qui ressemblent à celle du renard.

Bas-fonds, des fonds bas.

Bas-reliefs, des reliefs qui ont peu de saillie, qui sont bas.

Bas-ventres, des ventres bas.

Basses-contre , des basses qui chantent contre d'autres voix.

Basses-cours, des cours basses.

Basses- fosses, des fosses basses.

Basses-lices, des lices basses.

Basses-tailles, des voix de tailles basses.

Basses-voiles, des voiles basses.

Beaux-esprits, des esprits beaux.

Beaux-fils, des ^/s beaux.

Beaux-frères, des /rèrea beaux.

Beaux-pères, des père* beaux.

Bec-figues, oiseaux qui becquettent les figues.

Becs-de-cane, des becs qui ont la forme de celui d'une cane.

Becs-de-cor bin, des becs qui ressemblent à celui d'un corbin, ou corbeau.

Becs-de-grue, des 6ecs en forme de celui d'une grue.

Belles-de-jour, des fleurs belles pendant le jour.

Belles-filles, des filles belles.

Belles-mères, des mères belles.

Belles-sœurs, des sœurs belles.

Au sujet des mots : beau-père, belle-mère, beau- fils, etc., nous trouvons encore dans le Manuel de la langue française de MM. Boniface et Ballin, des observations curieuses sur l'étymologlede ces expressions. Dans une lettre adressée de Senlis'à ces Grammairiens, nous lisons :

t On se sert à chaque instant des expressions » beau-père, belle-mère, belle-sœur, etc., sansson- » ger à la bizarrerie et à l'inconvenance de l'ëpi- » ihète beau, belle. Désirant savoir comment elle

> s'est introduite, j'ai consulté le Dictionnaire de » Trévoux, et voici ce que j'y ai lu à l'article^eau- » père :

« Ce mot, selon M. Pasquier, vient de béat-père,

> titre qu'on donnait aux religieux ; mats Ménage » prétend qu'on a dit beau-père comme on a dit » beau-sire, par une épilhète d'honneur. Toutes * cesqualités avaient autrefois leurs nOms propres, » et l'on disait parâtre, marâtre {qui se dit encore, » mais en mauvaise part), fillâtre, etc. »

Voici la réponse de M. Ballin :

« La terminaison âtre, de la finale latine aster,

> indique une diminution dans le sens du mot qui

» en est affecté ; ainsi verdâtre est moins que vert ; » de même parâtre est moins que père, puisque

> c'est, pour ainsi dire, un substitut de père donné » par la loi, d'où vient que les Anglais l'appellent » fatherin law. Mais l'idée de diminution est bien » voisine de celle de dépréciation. En effet, le vctv » dâtre est, en général, moins beau que le vert; de » sorte que la terminaison âire s'est prise en mau- » vaise part, comme dans gie7i«i//d«re,etla conduite

> des parâtres et des marâtres n'a que trop souvent

> justifié le mépris qu'on attache à ces noms.

» Cependant les enfants, sentant combien il

> était important pour eux de s'attirer les bonnes » grâces de leur nouveau père ou de leur nouvelle

> mère, se sont bien gardés de se servir d'une ex-

> pression désagréable; ils ont fait usage des

> noms les plus chers à nos cœurs ; et, moins pour

> les distinguer que pour leur donner, s'il était » possible, un nouveau degré d'intérêt, ils y ont » ajouté une épithète dont nous nous servons en-

> core aujourd'hui, soit pour marquer notre bien- » veillance, lorsque nous disons : ma belle, ma » belle enfant, ma belle dame; soit pour nous at-

> tirer celle des autres, lorsque, dans nos moder- » nés bacchanales, nous appelons beaux masques » ces visages affreux à la faveur desquels l'esprit

> l'emporte sur la beauté.

> De leur côté, les beaux-pères et les belles-mè- » res, voulant se montrer reconnaissants de l'af- » feciion de leurs enfants adoptifs, les ont quali-

> fiés de beaux-fils, de belles-filles. Les mêmes » motifs ont fait dire beau-frère et belle-sœur. >

Continuons de donner l'orthographe du pluriel des mots composés ;

£jen-aimés, des hommes qui sont ^icn aimés.

Bien-être, des façons d'être bien.

Biens-fonds, des biens qui sont de véritables fonds, comme les terres, les maisons.

Blanc-manger, espèce de manger qui est blanc.

Blancs-de-baleine. Blanc, étant ici un vrai substantif, prend le pluriel ; c'est comme s'il y avait djes blancs d'une baleine.

Blancs-manteaux, des religieux en manteaux blancs.

Bon-mots, selon Girault-Duvivier. — Nous pensons que cet auteur pèche ici contre la règle de la décomposition naturelle. Il faut des bons-mots, tout adjectif devant s'accorder avec son substantif.

Bouche-trous, des hommes qui bouchent les trou^.

Bouts-d'ailes. Girault-Duvivier écrit encore mal ce pluriel; il hut des bouts-d'aile, des bouts de l'aile; ce mot aile est pris dans un sens général.

Bouts-rimés, des bouts de, vers qui sont rimes.

Branches-ursines. Ce dernier mot est un adjectif.

Brise-mottes, des instrnments qui servent à bri* ser les mettes. t

GRAMMAIKE

Brise-perre, des instruments propres à briser la p'urre.

Brise-raison, des hommes qui brisent la raison.

Brise-scelié, des \olv.ws (jui brisent le scellé.

Brûle-Umi , des bobèches qui permettent de brûler la chandelle ou la boujjie jusqu au bout.

Caille-lait, des plantes qui font cailler le lait.

Caillots-rosats (sorte de poires), des caillots qui sont rosats.

Carême-prenant, des hommes prenant le carême.

Casse-croûtes, des instruments qui cassent les croûtes.

Casse-tête, des bruits, des préoccupations qui cassent la fefe.

Casse-cul, des chutes qui cassent le derrière.

Cerfs-volants, des eer/s qui sont volants ; volants est ici un véritable adjectif.

Chasse-coquins, des gens chargés de chasser les

Chasse-cousins, toutes choses qui peuvent éloigner les cousins, les parasites.

Chats-huants, des chats qui sont huants; cet adjectif/luanf est formé de l'ancien verbe huer, qui signifîait crier.

Chauffe-cire, des officiers qui chauffent la cire.

Chauffe-lit, des ustensiles qui servent à chauffer un Ut.

Chausse-pieds, des morceauxde cuir pour chausser les pieds.

Des chausse-trapes, et non pas, avec Girault- Duvivier,des chnusses-trapes. Ce mot provient du verbe chausser et du subsiantiftra/je. Unec/mussetrape est ce qui sert à enferrer des chevaux ; c'est aussi un piège à prendre des renards. Ainsi, en décomposant le substantif, nous trouvons que ce n'est autrechoseque des objets qui viennentc/iausser, remplir les trapes.

Chefs-lieux, des lieux qui sont chefs, premiers dans l'ordre. •

Chênes-verts, des chênes qui sont verts.

Chevaux-légers, et non pas chevau-léyers.Yoyez notre Dictionnaire.

Chèvre- feuilles, comme s'il y avait des /"m/Zes de chèvre, qui ressemblent au pied de \a chèvre.

C hic hes- faces, des faces chiches.

Des chie-en-lit, et non pas des chianls-Uts, faute grossière de Girault-Duvivier. Voyez notre Dictionnaire.

Chiens-loups, des chiens de l'espèce des loups. Chiens-marins, des chiens qui sont marins, qui vivent dans la mer.

Choux-navets, des choux de l'espèce des navets. Choux-raves, des choux de l'espèce des raves. Ciels-de-Ui, des ciels qui n'appartiennent qu'à un genre de lit.

Ciels-de-tableau, des ciels qui ne sont que du genre de ceux d'un tableau. • Claires-voies, des voies <iui sont claires.

Contre étant préposition, le substantif seulauqud ce mot esi joint prend la marque du pluriel.

FKAJNÇAISE.

Co-états, des états qui partagent la puissance avec un autre état. [Co est formé de la préposition latine cum, qui signifie avec.)

Co'propriétaires, des propriétaires qui partagent avec d'autres leur propriété. (Voyez co-élais).

Contre-allées. \ a

Contre -amiraux. \ , /

Contre-appels.

Contre-basses.

Contre-batteries.

Contre-charges.

Contre-chevrons.

Contre-clefs.

Contre-cœurs.

Contre-coups.

Contre-échanges.

Contre épreuves.

Contre-espaliers.

Contre-fenêtres.

Contre-fentes.

Contre- finesses.

Contre- fugues.

' Contre-lettres.

Conire-maîlres.

Contre-marches.

Contre-marques.

Contre-ordres.

Contre-révolutions . Contre-rondes. j

Contre-ruses. I

Corps-de-garde, les lieux où se tiennent les différents corps de la garde montante.

Des coupe-cul, et non pas, avec Girault-Duvivier, des coupe-cu, des coups de jeu au lansquenet qui coupent le cul; expression malpropre qui a été remplacée par celle de coupe-gorge.

Coupe-pâle, des instruments qui servent à couper la pâte.

6'o«r<es-6oHes> de petits hommesqui ressemblent à des bottes courtes.

Courtes-padles , des pailles courtes.

Crocs-en-jambes, des crocs dans h s jambes, Croix-de-Dieu, ou croix de par Dieu, des croix qui rappellent le signe de Dieu.

Croque-notes, des musiciens qui croquent, qui sautent des notes.

Culs-de-basse-fosse, des culs d'une fosse qui est basse, profonde.

Culs-de-lampe, des bas de lampe.

Culs- de-sac, des rues qui ont la forme d'un sac, parce qu'elles n'ont pas d'issue.

Demi-bains. \ Demi, placé devant un

Demi-dieux. j '"ot, signifie moitié ou à

Demi-heures. { demi. 11 reste invariable

Demi-lunes. f parce qu'il est adt'erèe. Le

Demi-métaux. ^substantif seul prend la

Demi-savants, etc. - / marque du pluriel.

Doit-el-avoir (terme de commerce), des parties

DU SUBSTAINTIF.

Fausses-portes, Fausses-clef Sy Faux-fuyants, Faux-incidents, Faux-semblants,

de compte où l'on remarque ce que l'on doit , et son avoir, ce qu'on a.

Doubles-feuilles, doubles-fleurs, des feuiUes, des fleurs doubles.

Eaux-fortes, des eaux qui sont fortes.

Écoutes' il-pleut, locution dont on fait peut-être

^<ti'Qp hardiAent un substantif. Ce mot désigne un

Vwiou/in qui ne va qu'au moyen d'écluses. Desécoute-

s'il-pleux sont des moulins qui vont si peu, qu'on

pourraitdirequ'ilsattendent la pluie pour marcher.

Entre-sols, des logements pratiqués entre deux sols, celui du rez-de-chaussée et celui du premier ëtaae.

Epines-vinettes, des épines ou arbrisseaux épirneux qui ont le goiU^es vinettes ou mieux de la vïneiie, par rappj>n à leur âcreté.

/Pausses-brç^es, des braies, des voies fausses. C^Faux-gerims, des germes faux.

Faussesycouches, des couches qui sont faMSses,

parce qû elles arrivent avant terme.

Fausses-fenêtres, ) t^ r a j

' ' Des fenêtres, des portes,

des clefs fausses.

Des fuyants, des incidents, des semblants qui sont faux.

Fêtes-Dieu, des fêtes de Dieu.

Firisde-non-procéder , fins-de-non-reeevoir, termes de palais; des fins, des exceptions péremptoires qui dispensent d'entrer dans la discussion du fond; des exceptions dilatoires, etc.

Folles-enchères, des enchères folles, qui sont faites témérairement.

Fort-vêius, des gens vêtus fort au-dessus de leur état. Ce mol est peu usité aujourd'hui.

Francs-alleux, des alleux, des biens qiù sont francs.

Francs-maçons, des maçons francs.

Fripe-sauce, des garnements qui fr'ipenl , qui gâtent et mangent la sauce.

Gardes-bourgeoises, et non pas, avecGirault-Duvivier, des garde-bourgeoise, des gardes qui sont des personnes bourgeoises.

Garde-boutique , des marchandises qui restent long-temps dans une boutique, qui gardent et que garde la boutique.

Garde- feu , des grilles qui servent à garder le feu, à en garantir.

Gardes-nobles, et non pas garde-noble. Voyez gardes-bourgeoises.

Garde-malade, ou malades, et non pas gardesmalades, des personnes qui gardent un malade ou plusieurs malades.

Garde-manger, des buffets où l'on garde le manger.

Garde-meubles, des lieux où l'on garde des meubles.

Garde-vue, des visières qui gardent la vue.

Gàte-pàte, ) De mauvais pâtissiers qui

Gâte-sauce, j gâtent la pâte, la sauce.

Gommes-guites, ) Des^pmmMdelasubstan-

Gomnies-rés'ines , \ cèdes guties et des résines.

Gorges-chaudes, des gorges qui sont chaudes, à force de rire sans doute.

Gouttes-crampes, des gouttes accompagnées de crampes.

Grands-maîtres, des maîtres grands par leur rang.

Grands-oncles, des oncles grands par rapport è leurs neveux.

Grands-pères, des pères grands par rapport à ceux qui descendent d'eux.

Grand' - mères. \ Dans ces mots et dans tous ceux

Grand'-messes.\où grand' prend l'apostniphe, il

Gnmd'-rues. (reste invariable; le sub-lan if seul

Grand' -tantes. / UU' suii prend la marque du [tluriel.

Gras-doubles, des gras qui sont doubles, doublement gras.

Gratte-cul. Notre opinion est que ce mot est bien écrit ainsi au pluriel; mais nous lisons dans l'Académie ; cueillir des gratte-culs. iNous ne pouvons nous expliquer celte orthographe; l'elyniologie seule de ce mot pourrait mettre sur la voie, et nous ne la trouvons nulle part.

Gros-bec, des oiseaux qui ont le bec gros.

Gros-blancs, des blancs gros.

Gros-texies, des textes gros.

Guide-âne, des choses qui guident, qui aident un âne.

Hauts-bords, des bords hauts.

Haui-le-corps, des bonds qui mettent le corps haut.

Ilaut-le-pied. Ce mot peut se dire de gens qui sont forcés de lever le pied haut, de s'enfuir.

Hautes-cours, des cours hautes.

Hautes-lices, des lices hautes.

Haut es- fut axes, des futaies hautes.

Hautes-paies, des paies hautes.

Hautes-tailles f des tailles hautes, en parlant de la voix.

Hôtels-Dieu, des hôtels de Dieu.

In-dix-huit, in-dotne, etc., etc., des feuilles pliées en dix-huit, en douze, etc.

Loups-ctrviers , des loups qui ressemblent à des chats sauvages, et auxquels on applique l'épiihèt-' decerviers, en latin cervarius, parce qu'ils se jettent particulièrement sur les cerfs.

Loups-marins, des loups qui sont marins, de mer.

Mal-aise, des dispositions du corps dans lesquelles il est ma/ à l'aise.

Mal-entendu. L'Académie écrit des mal-enten* dus, et voici son exemple : les mal-eniendus amènent quelquefois de grands malheurs. Nous sommes de cet avis. Selon notre avis ce mot est un véritable participe. On entend par un mal-entendu, et

GRAMMAIRE FRAiNÇAlSE.

non pas des mal-entendus , tout ce qui peut être mal entendu. — L'Académie ëcrit ce mot et le précédent sans trait -d*union. Nous serions assez d'avis qu'on ne le supprimât généralement pas dans les mots composés.

Mal-être, des situations d'être mal.

Meurt-de-fàim, des gens qui meurent de /a /aim.

Mille-pieds, des insectes qui ont mille pieds.

Mille-feuilles, des plantes à mille feuilles.

Mille- fleur s, eau, huile, dans la composition de laquelle il entre toute sorte de fleurs, mille fleurs.

Mortes-eaux, des eauxmortes.

Mortes-saisons, des Baisons mortes.

Nerfs- ferrures. Ily aévidemment un barbarisme dans ce mot, écrit ainsi par Girault-Duvivler, qui i;e l'a sans doute pascompris. Nous ne lisons dans le Manuel des amateurs, que nerf-férure, et non point nerf-ferrure, car il n'est nullement question ici de verf ferré ou à ferrer , nous lisons que nerf-férure est substantif féminin, el signifie un coup reçu sur le tendon ou le ner/* de la partie postérieure de la jairibe d'un cheval. Férure est un ancien mot qui voulait dire coup, blessure. Il vient du vieux verbe férir; on disait fùru pour frappé, blessé. Être féru parmi le corps. {Roman de la Bose.) On dit au pluriel des nerf-férures, parce qu'un seul nerf peut recevoir une ou plusieurs férures.

Non-paiements, des paiements non faits.

Non-valeurs, des valeurs non existantes.

Opéra-comiques. Si nous francisons, avec l'Académie, le mot opéra, il faut des opéras-comiques.

Ouï-dire, des nouvelles qu'on a ouï dire.

Outre-passes^ termes d'eaux et forêts. L'Académie écrit aussi des outre-passes; mais ne devraiton pas écrire des outre-passe? Ce mot signifie, en effet, des abattis de bois qui passent outre, au-delà des limites.

Passe-debout, droit qui se délivre à la douane pour passer debout.

Passe-droit, des choses qui passent le droit.

Passe-paroles, des commandements qui passent lesparoles. ^

Passe-partouti des clefs pour passer partout.

Passe-passe, des tours qui passent, qui passent.

Passe-pied, des danses dans lesquelles on passe le pied.

Passe-poil, de petits lisérés qui dépassent le (joil.

Paise-por^ des permissions écrites pour passer le port, pour sortir.

Passe-temps, des plaisirs qui font passer le temps.

Perce-neige, des plantes qui percent la neige.

Perce-oreille, des insectes qui s'introduisent dans Voreille poui" la percer.

Perce-pierre, ou passe-pierre, des plantes qui percent ou dépassent la pierre.

Pèse-liqueurs. L'Académie écrit au singulier pèse-liqueur ; nous préférons pese-liqueurt au sin-

gulier comme au pluriel, parce que c'est un ins^ trumentqui sert à peser toutes sortes de liqueurs.

Petits-maîtres, des gens qui affectentde se montrer des maîtres, maisqui ne paraissent que petits.

Petits-neveux, des neveux petits par rapport aux autres parents.

Petits-textes, des textes petits.

Petites-nieces, des nièces petites par rapport aux autres parents.

Pieds-d' alouette, des pieds qui ressemblent à ceux d'une alouette.

Pieds-de-biche, des pieds qui ont la forme de ceux d'une biche.

Pieds-de-bœuf, des pieds appartenante unbœuf.

Pieds-de-veau, des pieds d'un veau.

Pieds-droits, des pieds qui sont droits.

Pieds-forts, des pieds qui sont forts.

Pieds-plats, des pieds qui sont plats.

Pieds-bots, des pieds qui sont bots.

Pies-grièches, des pies qui sont grièchet.

Pince-maille, des gens qui pinceraient, qui ne négligeraient pas une maille.

Pince-sans-rire, des hommes qui vous pincent sans rire.

Plats-bords, des bords plats.

Plates-bandes, des bandes plates.

Plates- formes, des formes plates .

Plats-pieds ou piecls-plals, des pieds plats.

Pleure-misère, dus gens qui p/ewrenf leur misère.

Ponts-levis, des ponts qui se lèvent.

Porte-aiguille.

Porte-arquebuse.

Porie-bougie.

Porte-broche.

Porle-crayon.

Porte-croix.

Porte-crosse.

Porte-Dieu.

Porte-drapeau.

Porte-enseigne.

Porte-éiendard.

Porte-faix.

Porte-huilier.

Porte-clefs.

Porte-lettres.

Porte-lumière,

Porte-malheur.

Porte-manteaux.

Porte-montre.

Porte-mouchettes.

Porte-mousqueton.

Porte-rame.

Porte-respect.

Porte-vent.

Porte-verre. ]

Porte-voix. I

Postscript um, sans s, le mot étant tout latin.

Pots-au-feu, des pots qui sont au feu.

Pots-de-vin, des présents qui équivalent à ces

Le mot porte est nécessairement invariable; mais les autres varient selon le sens; à l'exception démouchettes, de clefs, des mots \porte-mouchettes et porte- /c/e/s,qui prennent s au singulier comme au pluriel.

[Nous avons donné plus haut notre avis sur portelettres et sur porte •manteaux.

pots de vin qu'on avait coutume de payer autrefois «n concluant un marché.

Pois-pourris. On donnait ce nom de pot-pourri à un ragoût qu'on faisait pourrir à force de cuisson, et qui était composé de toutes sortes de viandes et d'herbes.

Pour-boire, ce qu'on ajoute au prix convenu , pour aller le boire.

Pour-parter. L'Académie écrit des pourparlers sans traii-d'union et avec un s. Nous pensons qu'il serait mieux d'écrire, au pluriel, des pour-parler^ comme on écritûe^pour-boire.

Pousse-cul, et non pas des poùsse-culs, comme l'indique l'Académie.

Prêle-nom. Nous pensons, avec l'Académie, qu'on peut dire aussi des prête -noms, suivant le sens. Car on peut ne prêter qu'un seul de ses noms, comme on peut les prêter tous.

Quasi-conirats, des cgnlrats quasi.

Quasi-délits, des délits quasi.

Quartiers-maîtres , des officiers qui gardent ou qui choisissent le quartier ou les quartiers.

Qu'en-dira-l-on, des propos qui inquiètent peu sous le rapport de ce qu'on en dira.

Qui-va-là. Cette expression est une véritable locution plutôt qu'un mot. On devrait l'écrire sans trait-d'union et avec un point d'interrogation.

Rabat-joie, des choses qui rabattent la joie.

Iîemue-??iénagfe,desbruitsqui remuent le ménage.

Revenants-bons, et non pas, avec Girauit-Duvivier, des revenants-bon ; des casuels qui venants sont bons.

Rouge-gorge, des oiseaux qui ont la gorge rouge.

Semi-pensious. ) Semi est adverbe dans

Semi-tons. ] ces deux mots.

Sénatus-consulles, des consultes, des délibérations du sénat. Ce mot est formé de senatûs, génitif de senatus, sénat, et de consultum, ordonnance, décret.

Songe-creux, des hommes qui songent creux.

Songe-malice, des personnes qui ne songent qu'à la malice.

Sol-L' y-laisse. Un sot l'y laisse. Ceci n'est-il pas plutôt encore une locution qu'un mot, et ne devrait-on pas écrire, sans tirets, des sot l'y laisse? Mais l'Acad-émie dit : // a soin de prendre pour lui tous les sot-l'y-laisse.

Souffre-douleur, desêtresquisouffrenthdouleur.

Sous-arbrisseaux, des arbrisseaux qui viennent au-dessous.

Sous-barbe, des parties sous la barbe.

Sous-entenles. ^

Sous-fei'mes. 1 , , ^ .. , ,

c ■ . . J Le substantif prend seul

Sous-lieutenants. i, i i • i

Sous-locataires. ^ "^^'"^"^ du plur.el, sous

Sous-maUres. K"* préposition, et toute

Sous-secrétaires. P^^POS't'on étant mvariable.

Sous'préfets, etc. /

DU SUBSTANTIF. 27

Sur-arbitres, arbitres ajoutés à d'autres arbitres. Tailles-douces, des tailles qui sont douces. Jdfe-vin, des instruments pour tàter, tirer le vtn. Terre-pleins. Terre est ici pour terrain, des terrains qui sont pleins.

Têtos-cornues, des têtes qui sont cornues. Tire-balle,

Tire-bolles, Tire- bouchon.

Tire-bourre, Tire-fond, Tire-lires, Tire-moelle, Tire-pied, etc.

Toutes-bonnes , TouleS'saines,

Des instruments pour

I tirer une balle, des boites,

>un bouchon, la boui-re, un

fond, des liresou des liards,

lia moelle, Xepied.

I Des plantes qui sont 2o(a/£« ) ment bonnes et saines.

Toute-épice, des nielles qui sont toute-épice.

Tou-iou, terme enfantin (onomatopée).

Tout-ou-'rien, des parties de la répétition d'une montre qui font entendre tout ou rien.

Trenie-et-ur\, des jeux detrente-ei-un.

Tripes-madame, des iripes de madame.

Trous-madame, des trous de madame.

Va-nu-pieds, des hommes qui vont nu quant aux pieds.

Vade-mecum, j Mots Matins signifiant va et

Veyii-mecum, J viens avec moi.

Vers-coquins, des vers qui sont coquins; cet adjectif est formé des substantifs féminins coque, ço^ quille.

Vers-luisants, des vers qui sont hiisants.

Vers-à-soie, des vers qui filent la soie.

Veris-de-gris, des verts qui tirent sur le gris.

Vice-amiraux.

Vice-baïUis.

Vice-consuls.

Vice-gérants.

Vice-légats.

Vice-présidents.

Vice-rois.

Vice-Peines, etc.

Vide-bouteilles, des endroits oùToq vidgles bouteilles. ♦

Vole-au-vent, de la pâtisserie si légère qu'elle pourrait voler au vent.

Nous nous arrêtons, dans la persuasion d'en avoir dit assez. Ce qui reste à traiter sur les substantifs se trouve à la syntaxe. 11 ne faut pas croire que nous ayons donné ici la liste universelle des noms composés. Un travail parfait en ce genre ne peut se rencontrer que dans un dictionnaire; nous avons du reste traité à fond cette matière dans le nôtre.

Vice étant une particule invariable, les substantifs /seuls prennent la marqye Idu pluriel.

GRAMMAIRE FRANÇAISE

DES MODIFICATIFS.

Les mots, comme nous l'avons déjà dit, sont divisés, par la nature même des idées qu ils expriment, ensubsianiif.'i et en modificaiifs. C'est ici le lieu de faite connaître ces derniers.

Quelques Grammairiens, au nombre desquels nous comptons le savant Estarac, sont d'avis de réduire les parties du discours à deux, trois ou quatre espèces seulement. Nous convenons qu'un tel système peut avoir sesavantages pour les gens lettrés et déjà habiles dans la science delà Grammaire*, mais nous avons cru mieux faire en nous conformant à l'usage généralement suivi, pour ne point dérouler l'esprit des lecteurs en émettant des idées par trop philosophiques et par trop nouvelles. Cependant nous croyons devoir foire connaître ce que dit Estarac relativement aux modificatifs. Il désigne sous le nom de modificat'ifs tous les mots qui expriment une modificaiion ou manière d'être; mais il fait observer qu'ils n'expriment pas tous une même modification, sous le même point de vue de l'esprit ; car les uns, comme les adjectifs et les participes, désignent une attribution de qualité, d'action ou d'état qui convient à l'être particulier auquel nous en faisons l'application; tt d'autres, comme l'article et certains pronoms, ne sont employés'que pour déterminer le point de vue particulier, et pour exprimer le sens plus ou moins restreint dans lequel nous voulons faire considérer le sttès«an«i/"auquel ils sont joints. Il comprend donc ces quatre espèces de mots sous le nom de modificaiifs particuliers.

L'existence étant l'attribut nécessaire et universel de tous les êtres, le verbe être, spécialement destiné à exprimer cette existence, doit être appelé modi (icatif commun.

Quant aux suives verbes, ils renferment implicitement, dans toutes leurs formes, cet attribut commun avec l'idée explicite d'une attribution particulière et déterminée, puisque chanter signifie être chantant : iabourer, être labourant ; souffrir, être souffrant, etc.; on peut donc appeler tous les verbes des modificaiifs combinés, puis(]u'ils renferment la combinaison de l'attribut commun.

l'existence, avec une autre attribution déterminée qui exprime ou une action, ou un état.

Les conjonctions ne sont le plus souvent que des phrases elliptiques,qui servent à modifier des propositions combinées, età indiqueras vues particulières de l'esprit dans cette combinaison ; les conjonctions sont donc des modificaiifs de propo' sition.

Enfin les prépositions et les adverbes servent à modifier les idées exprimées par les verbes, par les adjectifs, etc.; ce sont des modificaiifs d'attribut.

Les interjections sont plus particulièrement le langage du cœur, langage inspiré par la nature, qui n'a presque rien d'arbitraire, qui est également entendu chez toutes les nations, et qui ne parait pas même absolument étranger ni inconnu aux brutes. Les interjections ex priment une affection, un sentiment. Vous êtes à côté d'une personne retenue au lit par une colique; tout à coup vous l'entendez s'écrier ahi! ahi! Ce cri subit, arraché par la douleur, prouve le sentiment de la souffrance dans l'âme de cette personne, mais n'indique aucune idée déterminée dans son entendement ; il ne fait que vous prouver que cette personne souffre, comme si elle vous eût dit d'une manière plus développée : voilà que je ressens une forte et vive douleur. Mais vous êtes bien plus persuadé , plus affecté par le cri inlerjectif, que vous ne l'auriez été par la proposition froide, qui a néanmoins le même sens. L'interjection ne devrait donc entrer dans une Grammaire que comme faisant nombre parmi les parties du discours; la syntaxe en appartient entièrement à la rhétorique, et n'est nullement du ressort de l'analyse grammaticale; ou, si l'on veut absolument classer l'interjection comme les autres parties du discours, on pourrait l'appeler modificatif du sentiment.

On voit que tout ceci est établi sur un système et sur des principes qui demandent de trop longs développements ; et d'ailleurs ils ne nous paraissent rien abréger. Ces deux grandes divisions en substantifs et en modificaiifs, n'en obligent pas moins les Grammairiens qui les ont établies à énumérer en détail toutes les parties du discours généralement admises.

DE L'ARTICLE

Cette partie du discours est peut-être la plus importante, eu égard à son usage fréquent et continuel, et sa qualité d'être particulière à certaines langues.

Ces deux raisons doivent nous faire considérer Yartide comme devant surtout caractériser le génie de notre langue, et comme la source, ou de ses plus grands avantages sur les langues qui sont privées de ce secours, ou de ses défauts les plus sensibles ; aussi est-ce par là que ses détracteurs veulent prouver sa prétendue lenteur, son défaut de concision et de force, et que ses partisans prouvent sa netteté, sa précision, sa clarté. D'après cette première observation, on conçoit que les Grammairiens ont dû faire de l'article un des principaux objets de leur étude et de leurs discussions ; aussi est-ce le point qu'ils ont le plus embrouillé, et sur lequel ils sont le moins d'accord.

Le mot ariicle vient du latin articulus, diminutif d'artus, qui veut dire membre. Par le mot article, pris dans le sens propre, on entend les jointures des os dans le corps des animaux, unies de différentes manières; et, par extension, on a donné ce nom à la partie du discours dont la fonction est de modifier le substantif commun en étendant, en déterminant ou en restreignant sa signification.

(BOINVILLIERS.)

L'article se divise en article simple et en article composé. U article simple esn le, la, les; Y article composé r au, aux, du, des.

Notre langue a beaucoup emprunté au latin ; il y a lieu de penser que nous avons formé notre le et notre /a du pronom ille, illa, illud. De la dernière syllabe du mot masculin ille, nous avons fait le, etde la dernière du mot féminin illa, nous avons fait la; c'est ainsi que de la première syllabe de cet adjectif, nous avons pareillement fait notre pronom il, dont nous faisons usage avec les verbes, comme du féminin illa nous avons fait elle.

Nous nous servons de le avant les noms masculins au singulier, le roi, le jour; nous employons la avant les noms féminins aussi au singulier, la reine, la nuit; et comme la lettre s, selon l'analogie de la langue, marque le pluriel quand elle est ajoutée au singulier, nous avons formé les du singulier masculin le. Les sert également pour les deux genres, les rois, les reines. C'est en contractant avec la préposition à et la préposition de les

trois articles simples le, la. Us, que nous avons formé les quatre articles composés au, aux, du, des.

\J article, selon Restant, est un mot qui se met avant les noms pour déterminer l'étendue suivant la quelle ils doivent être pris.

Selon Buffier, les articles sont des particules que l'usage fait mettre ordinairement devant les mots français, parce quelles servent à articuler et à distinguer divers emplois que l'usage fait des noms.

Selon la Grammaire générale et raisonnée de Port-Royal, les articles sont des particules qui déterminent d'une autre manière que ne le font les nombres, la signification vague des noms communs et appellatifs.

Selon Duclos, la destination de l'article est de faire prendre individuellement le nom dont il est le prépositif.

D'Olivet définit Yart'icle : une sorte de pronom, adjectif qui s'accorde en genre et en nombre avec un nom qu'il doit précéder, et dont il détermine la s'tgnifîcation.

Fromant pense qu'il ne faudrait que retrancher le dernier membre de cette définition pour la rendre exacte.

Richelet, dans son D'ictionnaire, définit Yartide une petite particule qu'on met devant les substantifs, et qui sert à en faire connaître le nombre, le genre et le cas.

Les articles, dit du Marsais, sont certains petits mots qui ne signifient rien de physique, qui indiquent à l'esprit le mot qu'ils précèdent, et avec lequel ils sont identifiés, et qui le font considérer comme un objet tel que, sans /'article, cet objet serait regardé sous un autre point de vue. Ce sont, dil-il ensuite, des prénoms ou adjectifs métaphysiques qui marquent, non des qualités physiques de l'objet, mais seulement des points de vue de l esprit, ou des faces différentes sous lesquelles l'esprit considère le même i7iot.

Enfin, selon Girard, Tarticle est un mol êiablï pour annoncer et particulariser simplement la chose sans lanommer,c est-à-dire que c'est une expression indéfinie, quoique pos'itive, dont la juste valeur consiste à faire naître l'idée d'une espèce subsistante qu'on distingue dans la totalité des êtres, pour la nommer ensuite.

La plupart des Grammairiens antérieurs à ceux-ci ne regardaient Yartide que comme un

GRAMMAIRE FRAINÇAISE.

mot destiné à faire connaître le nombre et le genre des noms qu'il accompagne.

Mais si tous ces auteurs s'accordent si peu sur le principe général, sur la définition de l'arlic/e, on peut croire qu'ils ne se rapprochent pas plus dans les détails. Port-Royal, Restaut, le père Buffîer à la suite de La Touche, nous ont donné plusieurs espèces d'articles. Restaut en compte jusqu'à cinq : le défini, le, la, les; l'indéfini, de, à; le partitif défini, du, de la, de l' , des ; le partitif indéfini, de ; et enfin X article : un, une. D'autres ont rejeté toutes ces divisions fausses. Girard a eu le courage de les attaquer le premier, et la gloire de l'avoir fait avec tout le succès possible. Duclos, Fromant et du Marsais se sont rangés de son côté; mais ce dernier n'a retiré Y article de la foule des prépositions avec lesquelles on l'avait confondu , que pour le confondre lui-même avec d'autres mots qu'il appelle 'prépositifs, et qui sont : tout, chaque, nul, aucun, quelque, certain, un, ce, cet, mon, etc. , deux, trois, etc.

Nous regrettons que le Dictionnaire de V Académie ne définisse pas X article. Est-ce en effet le définir de dire que cest celle des parties du discours qui précède ordinairement les substantifs!

Voici la définition de Lévizac , qui nous paraît assez juste :

X'article est un petit mot qui se met avant les noms communs, pour désigner qu'ils vont être pris dans un sens déterminé.

L'article ne signifie rien par lui-même. C'est une sorte de prénom dans le sens purement étymologique d'un mot qui en précède un autre, et dont la fonction est de marquer le mouvement de l'esprit vers l'objet particulier de son idée.

L'article a de grands avantages dans les langues où il est en usage. Il leur donne plus de douceur, de délicatesse et de précision dans l'expression, ce qui compense bien ce qu'il leur ôte en énergie. La langue latine a une dureté qu'on ne trouve ni dans la langue grecque, ni dans la langue italienne , ni dans la langue française. D'ailleurs, ce qu'elle ne rend que d'une seule manière peut être rendu de plusieurs façons par le moyen de Yarticle. C'est ce que du Marsais a démontré d'une manière victorieuse, en faisant voir que, sans X article, il n'est pas toujours facile de développer les différentes vues de l'esprit, et que ce n'est que par son moyen qu'on peut exprimer bien des nuances d'idées ; d'où il conclut en empruntant les expressions de l'abbé Régnier, « qu'il est certain que Xariicle, mis ou > supprimé devant le nom, fait une si grande dif- » férence de sens, qu'on ne peut douter que les » langues qui admettent Xariicle n'aient un grand » avantage sur la langue latine pour exprimer » clairement et nettement certains rapports ou t certaines vues de l'esprit, que Xarticle seul peut

» distinguer, sans que le lecteur soit exposé à se » méprendre. »

On doit donc considérer Yarticle comme un caractère propre et distinclif des langues dans lesquelles il est en usage; il y forme une classe de mots â part. Il y a ses fonctions et ses règles.

Tous les substantifs, excepté les noms propres, dit Estarac, sont des noms de classes, de genres ou d'espèces. Pour pouvoir approprier le nom d'une classe à un genre inférieur, ou celui d'un genre à une espèce particulière, ou enfin celui d'une espèce particulière à un individu, on a besoin de l'accompagner de quelques modificatifs qui déterminent ce nom commun à n'exprimer que précisément ce que l'on a en vue. Les articles sont au nombre des modificatifs nécessaires pour produire cet effet; mais ils ne suffisent pas tout seuls. Dans la proposition: T/tommcestmorte/, l'homme {pour le homme) désigne l'espèce; c'est une proposition universelle. Dans celle-ci ; l'homme est noir, l'homme ne désigne que les individus de l'espèce qui habitent une partie des côtes occidentales de l'Afrique ; c'est une espèce comprise dans la précédente, inférieure à la précédente, et la proposition est une proposition particulière. Enfin dans cette autre : l'homme que j'ai vu ce matin, l'homme indique un individu ; c'est une proposition individuelle. Dans ces trois propositions Xarticle est le même [le] ; le substantif, le sujet est aussi le même (homme) : donc, si la première est universelle et convient à toute l'espèce ; la seconde, particulière et applicable seulement à une partie de cette espèce ; et la troisième, singulière et propre à un seul individu, ce n'est pas par l'influence de Xarticle seul, puisqu'il est le même dans les trois cas, mais bien par l'effet combiné de Xarticle et des autres modificatifs de la phrase. L'article se borne donc à marquer le mouvement de l'esprit vers tel objet, et à fixer l'attention des autres sur cet objet. Il marque l'im* portance du mot qui va le suivre.

Aussi n'y a-t-il que les substantifs , c'est-à-dire les seuls mots qui puissent être sujets d'une proposition, qui soient généralement précédés de Xariicle; et si les verbes et les adjectifs prennent Xarticle, par cela seul ils changent de nature et deviennent de vrais substantifs ;

L'avare se refuse le boire et le manger. Voilà un adjectif et deux verbes devenus substantifs , et qui sont précédés de Xarticle.

On peut se convaincre facilement que celte observation s'appliijue à tous les adjectifs ou participes devenus substantifs par ellipse : le beau, le bon, le vrai, le plaisant, etc. On dit aussi, en termes de peinture, le faire, et voilà un autre infinitif devenu substantif par l'apposition deX article.

Les noms propres, n'étant ni des nomsdeclasse, ni des noms d'espèce, mais des noms individuels, n'ont besoin ni de Xarticle, ni de la phrase déter-

DE L'ARTICLE

minative, pour être appropriësà l'individu auquel ils appartiennent chacun respectivement ; ils le désignent exclusivement ; ils lui sont propres, et ne peuvent pas convenir à d'autres ; aussi l'usage constant est-il de ne pas mettre d'article devant un nom propre.

Si l'on dit quelquefois : la Dugazorij la Sainval, etc., il y a ellipse, et c'est comme si l'on disait: l'actrice, ou la comédienne Dugazon, etc.; et si nous disons : le Tasse, l'Arioste, le Dante, le Corrige, etc., nous sous-entendons polie o\x peintre. Ces locutions sont imitées des Italiens.

D'autres fois, nous exprimons une qualité éminente, dans laquelle un individu a excellé, par le nom propre de cet individu ; alors ce nom propre devient figurément nom d'espèce ; et, lorsqu'on veut l'appliquer à d'autres individus, on est forcé de le faire précéder de ïarticle, et d'y ajouter la phrase déterminative. Ainsi nous disons : Washington a été le Fabius Cunctator desonpays ; Fabius Cunctator signifie ici cette espèce particulière de capitaines qui, par leur prudence, par leur sage lenteur, et malgré l'infériorité de leurs forces, ont su résister à un ennemi victorieux et puissant. Washington a été ce capitaine-là pour son pays ; il a été le Fabius Cunctator de son pays. Mirabeau a été le Démosthène de la France ; le Dé' mosthène, c'est-à-dire, l'orateur le plus véhément et le plus éloquent. Bu(fon est le Pline français, etc. J'ai lu chez un conteur de fables,

Qu'un second Rodilard, V Alexandre des chats, L'Mtila, le fléau des rats, Rendait ces derniers misérables.

(La Fontaiiœ, livre III, fable ^ 8.)

Dans ces exemples, et dans tous les auireb semblables, les noms propres ne sont plus noms propres, ils sont noms d'espèce; et voilà pourquoi l'oriic/eprécède,etpourquoidesdéterminatifs viennent après : le Fabius Cunctator de son parjs; le Démosthène de la France ; l'A lexandre des chats ; l' Attila des rats. Ainsi ces exceptions confirment la règle, loin de la détruire.

La langue française n'avait point d'article dans son origine. Ce ne fut qu'au temps de Henri I" qu'on y introduisit ce mot qui la rend plus douce et plus coulante. Depuis cette époque jusqu'au temps où messieurs de Port-Royal s'en occupèrent, on ne se douta même pas qa'il pût offrir quelque difficulté. Tout ce qu'on avait écrit était un vrai chaos. Ces célèbres solitaires, feits pour porter la lumière dans toutes les branches des con- . naissances humaines, cherchèrent à le débrouiller; mais en voulant éclaircir la question, dit Duclos, ils ne firent que marquer la difficulté sans la résoudre.

Ils n'avalent distingué que deux sortes d'articles, l'article défini le, et Y article indéfini un ; pas Immense et bien propre à conduire à la vérité.

Mais La Touche, imbu de tous les anciens préjugés, brouilla de nouveau toutes les idées. Dédaignant de travailler d'après la Grammaire raisonnée, il voulut avoir une marche à lui. Pour cet effet, il rêva cinq sortes d'articles, et créa, pour les faire passer, le système absurde des cinq déclinaisons. Ce fut en 1G96, c'est-à-dire trente-six ans après la publication de la Grammaire de Port- Royal, qu'il en fit présent à la langue française. Ce galimathias , revêtu de dénominations latines, fut accueilli sans examen par l'abbé Vallard, et ne tarda pas à passer dans les écoles. Le père Buffier, accoutumé au jargon des collèges, l'adopta. Restant suivit son exemple, mais en s'efforçant de dégager ce système de la confusion, de l'embarras et des difficultés qui en sont inséparables, et, pour y mieux réussir, il distingua : i* l'article défini le; 2" l'article indéfini de et à; 3° l'article partitif défini; 4» l'article partitif indéfini; S* enfin, l'article un. S'il y a peu de vérité dans cette division, on est du moins forcé de convenir qu'il .y a une apparence de méthode et de conviction bien propre à en imposer aux personnes qui ne se donnent pas la peine de réfléchir, et pour qui tout examen de principes serait un tourment.

Ces notions, quoique rejetées par un petit nombre d'esprits justes, prévalurent jusqu'en 1744. A cette époque elles furent vigoureusement attaquées de toutes parts, et victorieusement combattues. La raison imposa silence aux préjugés de l'école ; les grécistes et les latinistes n'osèrent plus se montrer, et ce système, qui ne portait que sur des idées vagues, s'évanouit, ou fut relégué dans quelques collèges de province. Depuis ce temps, il n'y a pas eu en France un seul Grammairien ayant quelque autorité qui ait osé le reproduire ou le défendre, et même qui n'ait pas aidé à le renverser.

En effet , on regarde comme un principe incontestable qu'il n'y a en français qu'un seul artic/e,qui est le; mais cet article prend les deux genres et les deux nombres, et de plus est sujetà deux sortes d'états ; savoir, à l'élision et à la contraction. L'article est susceptible de genre et de nombre. Le se met avant un nom masculin singulier; le se change en la devant un nom féminin singulier, et en les avant les noms pluriels des deux genres; ce qui renverse la définition que Richelet en donue, et anéantit une des principales fonctions que Restant lui attribue, savoir, celle de marquer le genre des noms.

L'élision est le retranchement de la voyelle e dans l'article masculin le, ou de la voyelle a dans l'article féminin la, quand ces articles précèdent un nom qui commence par une voyelle ou par un h muet. On dit l'argent pour le argent, et l'ame pour la ame; mais alors on met à la place de la lettre retranchée cette petite figure ('), qu'on nomme apostrophe.

GRAMMAIRE FRANÇAISE

Dès que la langue, sortie de sa première barbarie, eut commencé à se perfectionner, on chercha à lui donner toute la douceur qu'un heureux mélange de voyelles et de consonnes semblait lui promettre, en proscrivant, autant qu'on le pouvait, tout ce qu'il y aurait de dur et de désagréable dans le choc des sons. De là Yélision, son euphonique qui évite l'hiatus , le bâillement que produirait la rencontre de deux voyelles qui devraient se prononcer séparément et de suite. Aussi n'a-t-elle pas lieu avant les noms qui commencent par une consonne ou un h aspiré, ou lorsque Y article est au pluriel, parce qu'on n'a pas alors ce choc de voyelles à craindre. On écrit le vice, la tempérance, le héros, la harangue, les histoires, les histrions, les hérons, etc.

L'article se déguise encore davantage par la contraction; elle consiste en ce qu'il se joint aux prépositions à et de, avec lesquelles il forme des mots composés, qui retiennent la double valeur des deux mots dont ils sont formés. Ces mots sont au, aux, du, des; au est pour à le; aux pour à les; du pour de le; et des pour de les. On voit par là que des trois formes de Y article, dont nous avons parlé, il n'y a que /cet les qui soientsusceptiblesde contraction; la ne se contracte jamais.

Au et du servent pour le masculin singuUer ; mais si le nom commence par une voyelle ou un h muet, on revient à la simplicité de la préposition et de Y article. On dit alors de l'esprit, à l'esprit; de l'homme, à l'homme.

Aux et des servent au pluriel pour les deux genres; on dit des hommes, aux hommes; des femmes, aux femmes.

Nos pères ne faisaient point la môme conïracdon. Us écrivaient et disaient : al temps Innocent 111, pour autemps d'Innocent III; ï apostoile manda al prodome, pour le pape manda au prud'homme; la fmdel conseil si fut tel, pour l'arrêlédu conseil fut. L'euphonie a décidé ces contractions. « C'est, fait » observer du Marsais, le son obscur de Ye muet, » et le changement de / en u, comme mal, maux; » cheval, chevaux, qui ont fait dire au au lieu de * à le ou al. C'est également le son obscur des » deux e muets de suite, de le, qui a amené la con- » traction du. » Ainsi ces mots composés : au, aux, du, des, équivalent à la préposition et Yarticle,

Mais la contraction est à présent une règle dans les cas dont nous avons parlé, et cette règle n'est sujette qu'à une seule exception ; c'est celle que nécessite l'emploi de l'adjectif tout,et l'usage veut qu'on le place entre la préposition et Yarticle. On dit sans contraction : de tout le monde, à tout le monde, de tous les hommes, à tous les hommes. D'où il suit que ces contractions ne sont pas des articles, mais simplement des mots composés de la préposition et de Yarticle.

Nous l'avons d» jà dit , il n'y a point de cas

dans la langue française, parce qu'il ne peut y en avoir dans les langues dont les noms ne changent point de terminaison en changeant de rapports. € Comme les premières Grammaires ont » été faites pour le latin et le grec, dit Duclos ,

> les Grammaires françaises ne se sont que trop » ressenties des syntaxes de ces deux langues. » Sans réfléchir sur la différence qu'il y a entre

' les langues où les rapports exprimés par les mots ne sont connus que par la place que ces mots occupent dans le discours , et celles où ces rapports sont marqués par des inflexions particulières, on partit des mêmes principes, et l'on s'efforça d'avoir les mêmes résultats ; et, pour y réussir, on s'exposa aux absurdités les plus ri-

; dicules et les plus révoltantes. On fit servir la préposition de à marquer le génitif et l'ablatif, quoique le rapport exprimé par le génitif latin soiibien différent de celui qui est exprimé par l'ablatif; et la préposition à servit à marquer le datif. On fut obligé également de convenir que l'accusatif n'était point distingué du nominatif.

Nous avons réfuté ces fausses notions, et l'on convient généralement qu'elles sont absurdes : l" Les préposiiions à et de ne servent en français qu'à marquer des rapports souvent trèsdifférents les uns des autres; et si on leur accordait le privilège de marquer des cas, on ne pourrait le refuser aux prépositions sur, avec, pour, par, sous, dans, etc., qui ont les mêmes fonctions ; 2° on n'est point excusable de continuer à se servir de ces dénominations, sous prétexte de se conformer à un langage long- temps usité parmi les Grammairiens, parce que, comme le dit Duclos, f quand il s'agit de discuter des

> questions déjà assez subtiles par elles-mêmes,

> on doit surtout éviter les termes équivoques;

> on doit en employer de précis, dût-on les faire. » Les hommes ne sont que trop nominaux. Quand » leur oreille est frappée d'un mot qu'ils connais- » sent, ils croient comprendre, quoique souvent » ils ne comprennent rien » . 3" Enfin , on doit se borner à faire connaître comment la langue française énonce les mêmes vues de l'esprit , que les Grecs et les Latins marquent par la différence des terminaisons ; — or , tout cela se fait, ou par la place du mot, ou par le secours des prépositions.

C'est donc l'ignorance du vrai génie de la langue française qui y avait introduit les cas ; etc'est cette même ignorance, l'habitude et le préjugé, qui les y ont long-temps conservés en France, comme ils les y conservent encore dans les pays étrangers. Et qu'on ne s'en étonne pas. On s'est habitué au collège aux dénominations des Grammaires des langues anciennes ; les premières impressions s'effacent difficilement; et l'esprit, soit paresse, soit amour-propre, revient rarement sur i des idées qu'il s'est accoutumé à regarder comme

DE L'ARTICLE

justes et vraies. Penser est un tourment pour la plupart des hommes; tout ce qui en évite la fatigue est sûr d'avoir des partisans. D'ailleurs, ce jargon insignifiant et pédantesque a l'avaniage de cacher la rouille de l'ignorance sous un certain vernis de savoir.

Si la vérité, en matière de principes de langue, a été si longtemps à se faire jour en France, on ne doit pas être surpris qu'elle ne se soit pas

encore montrée dans les pays étrangers. Hestaut

a été pendant cinquante ans le seul guide qu'on -"""-""" M"^ "«*'"> "^ .«..{; u...uuii« qu. uui

suivît ; et c'est d'après lui que les maiires de fran- ■ ^'!''r'.P': ^^"« ^'«"« '^»îï"« ^" ". "'^^^ P«'«

après lui que çais ont rédigé les Grammaires qu'ils ont publiées. Ainsi , quoique Desfoniaines , Girard, du Marsais, d'Olivel, Duclos, Beauzée, Fromant, Douchet, Hardouin, Gondillac, Baiieux, Lliomond, etc., l'Académie française et l'Université de Paris, aient

totalité de l'espèce un individu comme exemple, pour la présenter par l'un des sujets qui la composent, et non pour exclure les autres; de façon que, si ce mot n'est pas alors nombre , il est en- » core moins article , d'autant qu'il est lui-même » susceptible de Varticle; ce qui sûrement n'arri » verit pas s'il était de cette espèce, t'instiiution » d'un article pour un autre article ayant quelque » chose de ridicule. » D'ailleurs le moi un n'a pas dans notre langue une autre nature et une autre destination que dans la langue latine qui nuus l'a

i article, il a le même sens que celui que nous lui donnons.

3° L'article partitif n'est pas plus fondé en raison. Du, des, sont, comme nous l'avons dit, des mots composés de la préposition et de Varticle , qui re tiennent la double valeur des deux mois fiont ils

rejeté les cas , les dénominations qui ne convien ^ . w^ , .

ncnt «..'.i i« i„ I .• » . . » .. j- • i sont tonnes. De n y change pas de naiure; il est

nent qu a la langue latine , et surtout cette divi- ' ,^. . ... [ tr^ . o __ ;. , !.. i.

•«^#;^/^„ ^„ lAC • • I « • .-.i,- .• 1' toujours préposition, faite pour figurer à la tétede

arnctes en deniii , indehni , partiur et mde- , \ . T . ., . ' , *' ,

r<>nry..r.<^ ^., ,,' „ ^ • . „ oX » I' • . 13 denomiDatiou q u 1 lui seit de coiii i)lëiMen t, ^t sa

termine, on n a point cesse et l on ne cesse point r ■ . ' .......

/i^ Uo ., ,.«^„^j • /^ I . 1 , ronctioa consiste a extruire de la gênera ne de 1 es-

de les y reproduire. On les trouve non-seulement ^ rk j j- 7 - 1 ,-,

sion d terminé

dans les Grammaires les plus récentes, mais même dans des introductions à des dictionnaires ,

pèce. Quand on dit : des gens très-hahiles sont quelquefois dupés par des sots, c'est comme si l'on di-

.««1 ,.a :..„^^^ ^o» ^^ A „ r\ i . A S3t\t : un nombre de très-habiles qens sont quelqne-

tani ce jargon est passe en usage. On ht dans r . , . . , "^ „ ' .>

..„^ «..^ t^..^„ I r- • -j- I fois dupes par une partie des sots , etlonvonqua

presque toutes les Grammaires cette ridicule ,.„..j^ /i^ ,„ .___•.: j /,. r. i.

distinction d'articles , quoique avec des modifications: 11 y a trois sortes d'articles, y est-il dit; l'article défini le , la, les ; Varticle indéfini un, une ; et {'article partitif du, des. Tout est erreur, dit Lévizac, dans ce petit nombre de mots.

l'aide de la préposition de on réduit l'esjjèce gens aux {rè5-/ta6i/£5 seulement, et la masse générale des sots seulement à une partie. Ainsi la fonction de ces mots ne sert qu'à marquer qu'il y a ellipse dans ces sortes de phrases.

La source de ces faussas notions est dans une

1 La nature de Varticle est d'être défini, puis- j opinion presque généralement répandue, et sou que sa fonction est d'annoncer la détermination. ; tenue même par les plus célèbres Grammairiens : b il y avait plusieurs ar/ic/es en français, la qualité c'est que Varticle détermine et restreint l'étendue de défini conviendrait à tous. Ainsi on ne doit pas de la signification des mots. Mais est-ce avec fonappeler/e,/a,/es, amderfÉ^/im, puisque cette dé- ! dément? Les mots n'étaient-ils pas restreints en nomination suppose qu'il y a plusieurs arfic/es, et latin , quoique cette langue soit privée A'artique, parmi ces articles, il y en a qui ne sont pas | des? Un des premiers savants d'Angleterre n'a. aejinis. , ^,j| p^^ ppouvé qu'il n'y en a pas un seul d'employé

2" Regarder un, une, comme des articles, c'est dans le premier livre de l'Iliade? L'article n'est

confondre toutes les notions, puisque, s'ils en sont, on sera forcé de donner ce nom à tous les autres adjectifs prépositifs, tels que tout, chaque, nul, aucun, quelque, certain (dans le sens de quidam), ce, mon, ton, son, et un, deux, trois, etc., puisque ces derniers ont, ainsi qu'eux, une force modificative. Les regarder comme des articles indéterminés est une absurdité, puisque leur fonction est de déterminer, en particularisant, individualisant et modiaant les objets par une indication de rapport ; indication , à la vérité, vague, mais vraie. « Un ex- • prime l'unité , dit l'abbé Girard. Il est vrai que i ce n'est pas celte unité calculaiive qui, présen- »

donc pas nécessaire pour déterminer l'étendue de la signification des noms. D'ailleurs il nous paraît que tous les exemples qu'on apporte en faveur de cette opinion prouvent, au contraire, que ce n'est pas Varticle qui fixe cette étendue, mais que c'est le nom même, avec une restriction exprimée ou sous-entendue. Dans ces phrases : les hommes sages ; les consuls de Rome; le pape d'aujourd'hui; le Sacrale moderne; ce n'est point Varticle qui détermine le sens limité, mais ce sont ces noms avec ces mots : sages , de Rome , d'aujourd'hui , moderne. De même quand on dit : du pain me ferait plaisir, ce n'est point Varticle renfermé

tant une idée numérale , fixe la dénomination à I dans du qui restreint l'étendue de la signification » un sujet unique, ainsi qu'elle se présente dans I du mot pain, mais c'est la restriction annon- » cette phrase: j'ai perrfu un /ouis au jeu .-c'est une! cée par la préposition de qui marque le sens » unité vague, qui prend indistinctement dans la I d'extrait; et dans cette phrase : i: homme que je

vots'f c'est la proposition incidente ; que je vois, qui restreint le mot liommek l'individu.

Les mots le, la, les^ ne sont pas toujours ariicles; ils ne le sont que lorsqu'ils sont immédiatement suivis d'un substantif. Par exemple, si l'on dit : que pensez-vous de la nouvelle pièce? je ne la connais pas; que disent les journaux? je les ai, ou je ne les ai pas lus. Le premier la et le premier les sont articles; ils sont suivis immédiatement d'un substantif. Le second la et les deux autres les ne sont point articles; ils sont complément direct, celui-là du verbe je connais (je ne la connais pas.

GRAMMAIRE FRANÇAISE

pour je ne connais pas elle (la pièce), et les deux autres du verbe j'ai lu {j'ai lu eux, ou je n'ai pas lu eux (les journaux).

On appelle communément ces mots pronoms, parce qu'ils sont mis à la place d'un nom, comme dans ces exemples, la, pour elle, est mis à la place de la nouvelle pièce, et les, pour eux, est mis à la place de journaux, ce qui dispense de répéter ces substantifs.

Voyez la syntaxe de t article, et ce que nous en avons déjà dit en traitant des déclinaisons et des cas.

DE L'ADJECTIF

i—ilW B0O»»<

Le Dictionnaire de l'Académie définit l'adjectif un nom que l'on joint au substantif pour le qualifier ou pour le modifier. Nous n'en lisons pas davantage.

Le mot adjectif vient du latin adjectus, ajouté. Tout adjectif est effectivement toujours ajouté à un substantif exprimé ou sous-entendu, auquel il donne une qualification, ou dont il exprime la manière d'être ; et comme toute modification suppose une substance modifiée , tout adjectif, dans le discours, suppose toujours un substantif auquel il se rapporte. Quand je dis ; homme sage ; homme est un nom substantif qui me présente un objet comme distingué et détaché de tout autre ; sage est un mot qui lui est uni, et qui le modifie, qui en rend l'idée plus complète, plus riche, qui le particularise par la qualité de sa sagesse, qualité que ce mot sa^fe exprime, mais qu'il exprime en l'attribuant au substantif homme; sage est donc un adjectif.

La nature des adjectifs, dit Lévizac, n'est pas tellement fixe et déterminée qu'ils ne puissent de- ' venir quelquefois de véritables substantifs. C'est lorsque, cessant de les considérer sous leur rapport de qualificatif, nous en faisons les objets de nos pensées, et alors ils tiennent la place de noms abstraits, comme le beau et /e vrai vous touchent; ils désignent un objet quelconque, en tant qu'il est beau ou vrai. Les substantifs deviennent aussi de vrais adjectifs; c'est lorsqu'ils sont employés à qualifier. Henri IV fut vainqueur et roi, etc. Ces mots vainqueur et roi sont de véritables adjectifs. Dans celte phrase si énergique de Bo».

suet : tout était Dieu, exçeptéDieu lui-même ; Dieu est adjectif après était, et substantif après excepté.

En général, ce n'est jamais quand il s'agit d'êtres animés, que l'on peut dire qu'un adjectif est pris substantivement; la preuve en est, que ces adjectifs suivent toujours le genre et le nombre des noms dont ils paraissent tenir la place, et en rappellent ainsi le souvenir. Ainsi, en français ; l'Etemel, le Tout-puissant : sont pour le (Dieu) éternel, le (Dieu) tout-puissant; le sage, lessavants, les élus, pour (l'homme) sage, les (hommes) sovants, les (hommes) élus : une mariée, une prude, une dévote, c'est-à-dire une (femme) mariée, une (femme) prude, une (femme) dévote : faire le beau, ou la belle; l'important ou l'importante; c'est-à-dire faire /'(homme) 6eau ou la (femme) belle; /'(homme) important ou la (femme) importante.

Il est vrai qu'en pareil cas l'adjectif est quelquefois accompagné d'un autre adjectif, qui parait le modifier comme il modifierait un nom appellatif. C'est une imitation de la syntaxe des noms, dont l'adjectif modifié paraît tenir la place ; au fond, l'arfjeca/" modificatif ne fait sur l'autre que l'office d'adverbe : un véritable sage, une fausse dévote , est un (homme) véritablement sage, une (femme) faussement dévote.

Quand même l'adjectif ne se rapporterait à aucun être animé ; dès qu'il énonce un attribut propre à une classe déterminée d'êtres que l'on peut désigner par un nom appellatif, il doit toujours être réputé adjectif. Ainsi : le fort de l'épée, le tranchant du rasoir, les acides de l'estomac, les purgatifs, deux parallèles, une perpendiculaire, une w

DE L'ADJECTIF

lique ; c'est rfendroit) fort de l'tpèe, le (côté) tranchant d'unrasoir, les {sucs) acides de l'estomac, les (remèdes) purgatifs, deux (lignes) parallèles, une (ligne) perpendiculaire, une (statue ou médaille) antique.

h' adjectif a est donc véritablement pris substantivement que quand il énonce une idée qui peut effectivement être actuellement appliquée à des êtres de dilférentes espèces ; on pourrait le désigner par différents noms appellatifs ; mais on lait réellement abstraction de tous ces êtres , et l'on n'envisage que le point de vue commun qui caractérise la signification de l'adjectif, comme quand on dit ; le vrai persuade ; /'honnête doit être jjréféré à /'agréable et a l'utile : la première proposition est vraie d'un récit, d'un système, d'un argument, d'un geste, d'un repentir, d'une tristesse, d'un désir, d'un soupir, etc. ; mais elle ne désigne déterminément aucun de ces objets, elle en fait abstraction, et ne présente ce dont elle parle que comme un être dont l'essence est la vérité; il en est de même de la seconde proposition par rapport à ce .qui y est appelé honnête, agréabje, utile ; et c'est ainsi qu'il faut entendre ce vers d'Horace î

Omne tvlii punciwm qui mtscuit utile dulci.

h' adjectif, pris substantivement, fait donc en* visager les êtres auxquels il peut convenir, sous le point de vue qui constitue sa signification propre; et l'idée qu'il exprime devient l'idée de la nature commune à tous ces êtres, au moins dans la proposition dont il s'agit, parce que l'attribut qui y est énoncé ne leur convient qu'en vertu de cette nature commune.

Comme il y a des adjectifs qui se transforment quelquefois en noms, on a cru remarquer qu'au contraire certains mots reçus généralement pour noms sont de véritables adjectifs. « Il y a, dit » Lancelot, une autre sorte de noms qui passent » pour substantifs, quoiqu'en effet ils soient ad-

> jectifs, puisqu'ils signifient une forme acciden-

> tellC) et qu'ils marquent aussi un sujet auquel » convient cette forme ; tels sont les noms de di- » verses professions des hommes, comme roi, phi- » losophe, peintre, soldat, etc.; et ce qui fait que » ces iioms passent pour substantifs, c'est que, ne » pouvant avoir pour sujet que l'homme seul, au » moins pour l'ordinaire et selon la première im- » position des noms, il n'a pas été nécessaire d'y

> joindre leur substantif, parce qu'on peut le » sous-entendre sans aucune confusion, le rapport » ne pouvant s'en faire à aucun autre; et, parla, » ces mots ont eu dans l'usage ce qui est particu- » lier aux substantifs, qui est de subsister seuls » dans le discours. >

Si la remarque du savant Lancelot était vraie, elle n'irait pas moins qu'à faire passer de la classe

des noms dans celle des adjectifs tous les noms appellatifs. Ils signifient tous une forme accidentelle au genre supérieur, et marquent tous unsujetauquel convient cette forme. Il en est, par exemple, du nom ftomme à l'égard d'onima/, du nom animal à l'égard de substance, etc., comme des mots roi, peintre, philosophe, soldalfh l'égard du nom homme; de même que la royauté, la profession de peintre, la philosophie, le métier des armes, sont des formes accidentelles pour l'homme en général ; de même aussi l'humanité est une forme accidentelle pour l'animal en général, Yanimalité une forme accidentelle pour la substance en général, parce que les caractères de l'espèce sont accidentels au genre qui en fait abstraction ; de même que les mots : roi, pe'intre, philosophe, soldat, marquent confusément un homme comme sujet des formes qu'ils énoncent clairement ; de même aussi le nom homme marque confusément un animal comme sujet delà forme spécifique qu'il exprime clairement, et le tiom animal marque confusément une substance comme sujet de la forme clairement énoncée par sa signification propre. (Beauzée.)

Demandre nous apprend que l'adjectif diffère du substantif en ce que celui-ci présente toujours son objet comme isolé, et comme ayant une existence distincte et indépendante de celle des autres êtres ; au lieu que celui-là ne peint l'objet de son expression que comme modifiant et qualifiant un autre objet principal auquel il est assujéti,dont il est dépendant, et avec lequel il ne fait qu'une même chose.

Le substantif dénomme un être ; l'adjectif ajoute à cette dénomination la propriété d'être tel.

Il est aussi aisé de marquer la différence qui se trouve entre l'adjectif et l'adverbe, ou toute autre partie du discours. L'adverbe exprime une manière d'être, une qualité, un rapport aussi bien que l'adjectif, mais c'est par une expression qui n'est susceptible d'aucune variation, soit pour les genres, soit pour les nombres; aussi l'adjectif n'est fait que pour accompagner les substantifs, dont il prend, pour ainsi dire, la livrée, les couleurs ; tandis que l'adverbe ne sert principalement qu'à modifier les verbes, les participes, et quelquefois les adjectifs, mais jamais les substantifs. Nous répéterons à ce propos ce qu'on ne peut trop dire : que ce n'est point la différence des objets exprimés qui constitue les différentes classes des mots, mais la différente manière dont les mots expriment leur objet et leurs différents emplois. Ainsi ; humanité, humain, humainement, expriment la môme qualité, le même objet ; mais on voit, par tout ce que nous avons dit, que le premier est substantif, le second adjectif, et le troisième adverbe»

Il y a autant de sortes d'adjectifs qu'il y a dans les objets de manières d'être, de qualités réelles ou possibles, et de rapports que notre esprit y peut

GRAMMAIRE FRANÇAISE

apercevoir ou imaginer. Si toutes ces qualités, dont les idées des objets sont revêtues dans notre esprit, sont des qualités qui existent réellement ou qui puissent réellement exister dans la nature de ces objets , alors les adjectifs destinés à énoncer ces qualités se nomment adjectifs physiques.

Mais si ces qualités n'ont rien de réel dans les objets, si elles ne sont que le résultat des vues de notre esprit, que des rapports extérieurs aux objets, étrangers même à leur nature, alors les adjectifs qui les expriment sont nommés adjectifs métaphysiques.

Des exemples rendront celte matière plus intelligible. En supposant que les différents côtésd'une figure se réduisent à quatre qui soient égaux entre eux, je dis que cette figure est carrée 5 carrée exprime donc une disposition des différents côtés de celte figure; il en peint l'élat réel et physique,carré est un adjectif physique. Il en faut dire autant de toutes les qualifications que nous donnons aux êtres physiques pour exprimer les impre^ions qu'ils font sur nos sens, comme blanc, noir, coloré, etc., pour les yeux; doux, amer, aigre, etc., pour le goût; odoriférant, fétide, etc., pour l'odorat ; dur, mou, sec, etc., pour le tact; et, pour l'oreille, grave, aigu, etc. Mais quand je considère un objet, non pas seulement tel que mes sens me le présentent, mais comparé à un autre objet; soit que tous les deux soient physiques ou métaphysiques, ou que l'un soit d'une espèce et l'autre de l'autre; alors je lui trouve des rapports avec le second objet auquel je le compare ; par exemple . je vois qu'un homme se sert beaucoup d'un meuble, et je dis que ce meuble lui est utile; utile est un adjectif qui n'exprime rien qui soit physiquement A2ca& le meuble; c'est donc un adjectif métaphysique, il en est de même de tous ceux qui ont quelque ressemblance ou différence, de ceux qui marquent la possession, de tous ceux qui font connaître l'ordre numéral, ou de tous les noms de nombre, comme quatre, cinq, yiatrieme, cinquième, etc.

Cette première distinction sert bien plus au philosophe qui veut rapprocher nos expressif iis des opérations de notre esprit, qu'au Grammairien qui ne cherche que les lois de ces expressions ; celui-là n'examine le langage qu'autant qu'il le faut pour l'éclairer et diriger sa philosophie ; celui-ci n'analyse qu'autant qu'il le faut pour s'assurer des règles du langage. Le but de l'un étant si différent de celui de l'autre, il ne faut pas être surpris s'ils prennent chacun une route différente. Nous n'avons fait cette remarque que pour nous justifier de ce que nous insistons si peu sur cette division des adjectifs, que quelques autres Grammairiens ont développée fort au long. Nous allons en reprendre une autre peut-être moins philosophique, mais plus grammaticale, non-*eulement en ce qu'elle

nous servira beaucoup pour les détails, mais aussi en ce qu'elle est tirée de l'analogie des différents adjectifs avec les autres espèces de noms.

De tous les adjectifs en général, les uns qualifient, en exprimant un attribut inhérent et permanent dans l'objet, soit que cet attribut soit fondé sur la nature de la chose, sur sa forme, sur sa situation ou sur son état ; tels sont bon, utile, beau, simple, rond, blanc, externe, précédent, différent, semblable, etc. Ce sont ceux d'où se forment la plupart des substantifs abstractifs^ comme bontéy utilité, beauté, simplicité, rondeur, blancheur, etc.; et c'est à cause de cette génération de noms abstractifs, que nous appelleronsles arfjecïi/s de cette première classe ; adjectifs nominaux.

Il en est d'autres qui qualifient par un attribut d'événement, en exprimant une qualité accidentelle et survenue à l'objet, une quaUté qui parait être l'effet d'une action qui se passe ou qui s'est passée dans la chose, comme : caressant, obligeant, glissant, recherché, délesté, noirci, embelli, etc. Ceux-ci tirent leur origine des verbes, soit de l'un, soit de l'autre des deux participes ; ainsi nous sommes fondés à les nommer adjectifs verbaux.

D'autres ne qualifient qu'autant qu'ilsexpfiment l'ordre numéral des objets; tels sont un, deux, trois, quatre, premier, second, troisième, quatrième, etc.; nous les appellerons adjectifs numéraux.

Suivant Estarac, les noms de nombre, qu'on appelle cardinaux, et qu'on devrait plutôt appeler adjectifs collectifs, déterminent la quahté des individus avec une précision numérique : un, deux, dix, vingt, cent, mille, etc. Quelques, plusieurs^ tous, sont des adjectifs de la même espèce, mais ils ne déterminent pas numériquement comme les autres la qualité des individus.

Les noms de nombre ordinaux déterminent non pas la quotité, mais l'ordre des individus, avec la précision numérique : premier, deuxième, vingtième y centième, etc. Quantième et dernier sontdt-s adjectifs de la même espèce, mais sans renfermer l'idée de la précision numérique. Tous ces mots modifient donc les objets, sous ce rapport qu'ils expriment l'ordre ou le rang qu'ils ont entre eux.

Les adjectifs multiplicatifs déterminent la quantité par une idée de multiplication avec une précision numérique : double, triple, quadruple, décuple, centuple. Multiple et simple, lorsque cedernier est l'opposé de multiple, expriment aussi une idée de multiplication ; mais le premier n'y joint pas l'idée de la précision numérique. Tous ces mots modifient donc les objets sous le rapport de la multiplication progressive.

Il en est qui ne qualifient que par un attribut de rapport personnel, qui marque la dépendance, la liaison, et surtout la possession ; ce sont les adjectifs possessifs : mon,ma,notre,mien,tien, leur, elc.

DE L'ADJECTIF

Messieurs de Port-Royal nous paraissent trop sévères quand ils prétendent qu'on ne peut pas dire : un mienami. Kese sert-on pas bien de cette expression dans le style badin ? Mais ils avaient à prouver que mien ne peut marcher avec son substantif, puisque, suivant eux, il n'est destiné qu'à le remplacer; voilà sans doute la cause de leur sévérité dans cette décision générale. Ils auraient dû néanmoins sentir qu'en convenant que cette façon de parler , un mien ami , avait été autrefois en usage, c'était prouver que wxen n'est pas essentiellement pronom, qu'il ne l'est que par accident, et alors ils n'auraient plus eu qu'un pas à faire pour remarquer qu'il ne devient pronom qu'en prenant l'article, que cet article lui en donne le caractère, mais qu'il est par lui-même un pur ûrf- ]ecû\ possessif.

D'autres mots enfin ne qualifient qu'en marquant une quotité vague et non déterminée, comme quelque, plusieurs, tout, nul, aucun, ou en marquant une simple indication ou présentation, tels que ce, cet, chaque, quel, tel, certain, etc. On voit que tous ceux-ci ne sont autres que ceux des différents pronoms qui peuvent appartenir aux adjectifs en subissant à peu près les mêmes lois ; c'est pour cela que nous les nommerons adjectifs pronominaux.

L'adjectif est fait pour qualifier le substantif, et ne présenter avec lui qu'un seul objet, et, pour ainsi dire , qu'une seule idée ; d'ailleurs il est bien rare qu'il n'y ait dans une phrase qu'un seul substantif réellement exprimé, ou remplacé par quelque autre terme qui en tienne lieu, et plus rare encore qu'un même adjectif ne puisse également être attribué à une foule de substantifs différents; il a donc été nécessaire d'établir des règles pour la construction des uns avec les autres, règles que doivent suivre tous ceux qui parlent, s'ils veulent être entendus; règles suffisantes pour faire connaître aux auditeurs ou aux lecteurs quel estlenom substantif auquel tel adjecfi/' estdestiné dans une phrase.

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