DES VOYELLES COMPOSÉES
C'est avec raison que Lévîzac dil qu'on doit attribuer aux variations que la prononciation française a éprouvées depuis deux cents ans le peu d'accord qui règne entre les sons et les signes qui les représentent. Si les combinaisons de voyelles que nous ramenons de nos jours aux sons précédents sont différemment orthographiées, c'est qu'elles se prononçaient autrefois d'une manière sensiblement différente : ce qu'il serait aisé de prouver , soit par la prononciation du Picard , soit par la prononciaiion populaire des Normands et des provinces du Midi, c Plus un mot » est manié , dit Duclos , plus la prononciaiion en » devient faible ; dès qu'il est quelque temps en » usage chez le peuple des gens du monde , la » prononciation s'en altère et s'en affaiblit sensi- » blement. » Cet académicien , .qui avait tant réfléchi sur la nature des sons et sur l'harmonie que leur heureux mélange peut répandre sur le discours , tire de cette nonchalance de prononciation le présage le plus funeste pour notre langue : « Elle deviendra insensiblement , ajoute-t-il , plus
> propre pour la conversation que pour la tribune ;
> et la conversation donne le ton à la chaire, au I barreau et au ihéâlre; au lieu que, chez les Grecs » et chez les Romains, la tribune ne s'y asservis-
> sait pas. »
Nous avons déjà donné le tableau général des différentes voyelles composées : procédons pour elles comme nous l'avons fait pour les voiielles simples.
De r^i et l'Œ.
Ces deux doubles lettres sonnaient en latin comme notre é fermé. Nous disons comme notre é fermé , parce qu'aujourd'hui il n'est plus guère question de jE dans notre langue , parce que œ sonne aujourd'hui comme un e muet dans les quelques mots oii il se rencontre chez nous.
Si certaines personnes conservent 1'^ dans l'orthographe , ce n'est que dans des mots qui sont restés plutôt grecs ou latins, qu'ils n'ont encore été naturalisés français ; aussi la plupart de ces mots
s'onhograplnenl-ils mieux par un é que par \M. Quant à l'œ , qui se voyait partout où \o latin devenait un e dans la prononciation fiançaise , nous lui appliquerions ce que nous avons dit de XM , s'il n'était nécessaire au mot cœnr^ et en usajje dans îes mots rwceur* , œil, œuf , œuvre , œillet, et leurs composés et dérivés. Nous disons nécessaire au mot cœur, car on ne saurait ici remplacer œ par un e, ou par un o seul , sans dénaturer la consonnance. fliais est-il rigoureusement utile de s'en servir dans mœurs, dans œil, dans œuf, œillet, et leurs dérivés œillade, œilleton , œuvre, qui pourraient parfaitement s'écrire meurs, eil ou euil, si l'on veut, euf, eillet ou eiiillet, etc., sans altérer en rien leur prononciation? or les yeux et la prononciation seraient aussi bien servis dans meurs par eu que dans fionneur, labeur. Quelques habiles Grammairiens ont prétendu que cet œ devait exister dans notre orthographe à cause de l'étymologie des mots latins dont il est formé. Nous professons un grand respect pour la raison étymologique, et nous reconnaissons avec M. Boinvilliers que œil, œillère, œillet et œilleton sont formés des mots latins oculus et ocellus; œuf ei œuvé , de ovum ; œuvre, chef-d'œuvre, désœuvrement , manœuvre , de opus; bœuf, chœur , cœur , mœurs, nœud , sœur , vœu , de bos , chorus , cor, mores, nodus , soror, votum. Il en est de même encore de œcuménique , œdème , \ Œdipe, œsophage , fœtus , qui viennent du grec,oii | se trouve un omicron. Mais comment nous expliquer l'intercallation de Ve muet autrement que ! par le génie de notre langue? Cet e ne compromet-il pas tout-à-fait l'orthoj.raphe étymologique ? 11 est d'ailleurs plus aisé de chercher dans un Dictionnaire à la diphlhongue eu ce qui en comporte le son, que de le chercher à la voyelle o. Ces considérations nous ont forcé à ne point admettre ces doubles lettres dans notre alphabet.
même d'écrire fesant , je fesaxs , pour conformer l'orthographe à la prononciation. Nous ne savons en effet où a pu prendre sa source une originaliic de ce genre; ce qu'il y a de bien certain, c'e^t qu'elle existe; il faut donc s'y conformer.
Girault-Duvivier et tous les Grammairiens prétendent que oi doit se prononcer a dans douairière. Nous nous contenterons de rappeler l'observation de notre Dictionnaire sur ce mot , où il est dit que l'on doit prononcer douèrière , et que ce n'est que par abus que qwelques-uns veulent qu'on dise douariere , quand ils font tous prononcer douère et non pas douare, le mot primitif rfouaire.
Partout ailleurs ai prend le son de l'è ouvert, comme dans paix , aimer , maUre , etc. , qui se prononcent pê, èmé, mètre. Il en est ainsi toutes les fois que cet ai se rencontre au milieu ou à la fin des mots. ( Voyez ai , aux diphthongues. )
De I'ae.
Nous ne rencontrons en français cet ae que dans le mot Caen , et ses dérivés Caennnis , Cdennaise. Ve ne s'y fait nullement sentir. Prononcez Kan , Kanê, Kanêzc.
De l'Ai.
Ai est tantôt voyelle composée , et tantôt diphthongue. Yoyelle composée , dans les prétérits et futurs des verbes , et à la f)remière personne du singulier du présent de l'indicatif du verb^^ avoir , et alors ce« deux lettres ont le son de \'é fermé : je doimai , je mangerai , j'ai , etc. , prononcez je donné, jemnngeré,j'é,e\c. ^^if aie son de l'gmuct parcKceplion unique , dans faisant, je faisais , bienfaisant, bienfaisance; et quelques-uns proposent
De I'ai substitué à l'oi ,
ayant le son d'È ouvert.
Notre intention avait d'abord été de renvoyer cette discussion à Voi, ain.si que l'ont fait presque tous les Grammairiens ; mais il nous a semblé plus conséquent d'en parler maintenant. Il sera peuté^re curieux de connaître l'opinion des auteurs qui ont traité cetie question. Nous allons donner leurs avis, quelque divers et quelque contradictoires qu'ils soient trop souvent , ayant soin de les accompagner de nos réflexions.
€ Lorsque dans les finales des verbes , dit De- » mandre , il y a le son d'è ouvert , on l'écrit tou- » jours par oi; seulement on y ajoute un s pour les » première et seconde personnes du singulier, un » t pour la troisième du même nombre , et ent pour » la troisième du pluriel , où cet ent est entière- » ment muet , comme j'aimois, j'aimerois, tu ai'
> mois , tu aimerois, il aimoit, il aimeroit , ils ai' » moient , ils aimeroient. Il n'y a que je vais où ce » son s'écrive par un ai. Nous ne parlons pas des » prétérits, j'aimai ni des futurs j'atmerae, parce
> que cet ai final n'a pas le son d'un è ouvert, mais
> d'un é fermé , comme nous le verrons bientôt. » Nous ferons déjà remarquer l'embarras dans lequel tombe ce Grammairien , qui se trouve forcé d'admettre une exception pour je vais.
11 continue :
« Plusieurs noms terminés par le même son , et » surtout des noms de peuples , s'écrivent aussi par
> ow,comme François, Anglois, Polonais, etc. Por-,
> tugais s'écrit par ai. » Encore une exception qui nous dispense de commentaires. < Plusieurs écri- » vains célèbres trouvent cette pratique si \\ ieuse, » qu'ils ne se font point scrupule de l'abandonner ; » ils écrivent j'aimais , j'aimerais , il aimait , ils ai-
> mcraient , Français , Anglais , Polonais , etc. ;
DES VOYELLES
ol
» d'autres, FrflHf es , ^n^/ès, etc. 1rs disent qu'au- I irel'ois on ëcrivoit (') et s mois par o, parce » que l'on prononçoit ces oi dur, comme on le fait . encore dans Suédois, qu'on pt o- once à peu près
> Sucdoîiais; mais que la prononciation ayant
> changé, la façon d'écrire doit chan^jer aussi, » puisque celle-ci est et doit élre toujours soumise » à celle-là, et que, dès qu'on ne dit pi us j'aimouais, » Anglouais, lès Françouais, on ne doit plus écrire
> j'aimois, A7igloîs, François. »
Il y a encore ici une petite anomalie qu'il nous est impossible de ne pas redresser sur-le-chanip; c'est celle d'indiquer la prononciation d'oisdi[)hiliongue du mot Suédois, par ouais; ce serait au moins oais. t 11 faut éviter, dit le père Buffier, une » prononciation vicieuse de Yoi, qui est commune » même parmi d'honnêtes gens à Paris, mais que » tout le monde avoue être vicieuse; c'est de pro- » noncer bois, poix, etc., comme s'il y avoit bouas,
> pouas, au lieu de prononcer boas, poas. > Au reste, Demandre conclut en disant que le plus grand usage était de son temps contraire à l'opinion de ceux qui voulaient le changement d'oi en ai, et il avoue qu'ils ne pourront faire règle tant (jue l'usage à peu près général ne sera pas venu l'imposer. Or, l'usage général est aujourd'hui pour ai,
Beauzée prétend, lui qui n'admet que Toi, « qu'il » est tout naturel que nous écrivions plusieurs mots
> tout autrement que nous ne les prononçons , » parce que l'oi thographe s'en est conservée, lan-
> dis que l'ancienne prononciation s'en estinsensi- » blement altérée. Nous écrivons il aimoit, ils » aimoienl, comme on l'écrivoit et comme on lepro- » nonçoit autrefois, comme les Picards le pronon-
> cent encore aujourd'hui; mais nous prononçons
> ilaimèt,ilsaimêt.i t Denosjours,dit M.Duclos, » Charolois est devenu Charoihy harnois a fait » harnês.... Dès qu'un mot est quelque temps en
» usage chez le peuple des gens du monde, la j » prononciation s'en amollit. Si nous étions dans » une relation aussi habituelle d'affaires, de guerre
> et de commerce avec les Suédois et les Danois
> qu'avec les Anglois, nous prononcerions bientôt » Danès et Suédès, comme nous disons Angles... » Mais en changeant la prononciation de ces mots,
> nous n'en changerions pas plus l'orthographe,
> que nous n'avons changé celle des motSi4n^/ois, » harnois, Charolois, il aimoit, ils aimoient. C'est » une suite nécessaire de l'instabilité naturelle de » la prononciation , et des impressions durables » que fait l'écriture sur les imaginations. »
En nous rangeant du côté de Duclos, et en convenant comme lui que Suédois et Danois pourraient finir par se prononcer comme Anglais, nous ve-
(') Nous sommes obligés de conserver l'orthographe de ces auteurs pour les laisser d'accord avec eux-mêmes.
nous corroborer la raison de l'orthographe raodfrne. Nous dirons toutà-l'heure si les caractères orthographiques es étaient préférables à ceux d'ai*. Nous trouvons dans les remarques des écrivains de Port-Royal des choses trop judicieuses sur cette matière pour ne pas les faire connaître à nos lecteurs.
t II y a grande aparance que, si la réforme de l'alfabet ('), au lieu d'être proposée parun particulier, l'étoit par un corps de gens de lètres, ils finiroient par la faire adopter : la révolte du préjugé céderoit insensiblement à la persévérance des filosofes, et à l'utilité que le public y reconoîtroit bientôt pour l'éducation des enfants et l'instruction des étrangers. Cète légère partie de la nation qui est endroit ou en possession de plaisanter de tout ce qui est utile, sert quelquefois à familiariser le public avec un objet, sans influer sur le jugement qu'il en porte. Alors l'autorité qui préside aus écoles publiques pouroit concourir à la réforme , en fixant une métode d'institution.
t En cète matière , les vrais légi^laleurs sont les gens de lètres. L'autorité proprement dite ne doit et ne peut que concourir. Pourquoi la raison ne deviendroit-èle pas enfin à la mode comme autre chose? seroit-il possible qu'une nation leconue pour éclairée, et accusée de légèreté, ne fût constante que dans des choses déraisonables? Tèle est la force de la prévention et de l'habitude, que lorsque la réforme, dont la proposition paroît aujourd'hui chimérique, sera faite (car è/e se fera), on ne croira pas qu'èle ait pu éprouver de contradiction.
» Quelques zélés partisans des usages qui n'ont démérite que l'ancièneté voudroient faire croire que les changemens qui se sont faits dans l'ortografe ont altéré la prosodie ; mais c'est exactement le contraire. Les changemens arrivés dans la prononciation obligent tôt ou tard d'en faire dans l'ortografe. Si l'on avoit écrit j'avès, francès, etc., dans le temps qu'on prononçoit encore j' «vois, françois avec une diftongue, on pouroit croire que l'ortografe auroitocasionéle changement arrivé dans la prononciation; mais, attendu qu'il y a plus d'un siècle que la finale de ces mots se prononce comme un è ouvert grave, et que l'on continue toujours à l'écrire comme une diftongue , on ne peut pas en acuser l'ortografe.... »
Et plus loin :
c Je n'ai pas cru devoir toucher aus fausses combinaisons de voyèles, tèles que les ai, ei, oi, etc., pour ne pas trop éfaroucher les ieus. Je n'ai donc pas écrit conêtre au lieu de couoUre, franfès au
(*) Nous conservons toujours l'orlhograpLe de ceux qu« nous citous.
> lien de françois, jamè^ ou lieu de jamais, frin au
> lieu de (rein, pêne au lieu de peine; ce qui seroil » pourlant plus naturel. (Ce n'est pas notre avis.) » La plupart des auteurs écrivent aujourd'hui con- » naitre, paraître, français, etc. ; il est vrai que
> c'est encore une fausse combinaison pour expri- » mer le son de la voyèle è, mais èle est du moins
> sans équivoque, puisque «i n'est jamais pris dans » l'ortografe pour une difton{ïue, au lieu que ci est » une diftonfîue dans lots, rois , gaulois, et n'est » qu'un è ouvert • fjrave dans conoUre, pAvoHre, » François , peuple, etc. »
Cette dernière opinion est tout-à-fait la nôtre; et c'est à cause de cela que nous répudions la réforme de ois par es. La tei minaison es ne s'adapte qu'aux mots invariables en général ; celle de ais ne saurait se confondre avec oi dans aucun cas.
Arrière donc les obstinés qui se montrent imbus de systèmes arbitraires ! Nous savons bien que la raison elle-même ne fera rien contre eux. Les gens à systèmes ne s'entendront janiais. Laissons-leur la paix, tant qu'ils voudront bien nous la laisser. En 1801, Lévizac s'exprimait ainsi: «Oiest voyelle ayant le son de l'è ouvert, i^ dans les imparfaits et les conditionnels des verbes, je f/isois, je dirois ; 2® dans les verbes en oître qui ont plus de deux syllabes, paraître, disparoîlre, etc. ; 5° dans faible et ses dérivés, dans roide, dans monnaie et ses dérivés, dans harnais et Charolais; 4°dans les noms de nations dont on parle beaucoup. > Sur quoi nous observons : 1° que l'Académie s'est toujours opposée au changement de ai en ai dans tous ces mots , et qu'ainsi en l'adoptant, et surtout en se permettant de l'enseigner, c'est donner son opinion particulière pour règle, et la préférei' à celle de l'Académie, seul juge compétent de cette matière. El il ne faut pas croire que ce soit sans raison qu'elle s'est refusée à ce changement. Si l'on écrit français, favois, c'est que nos pères prononçoient ces mots en diphihongue ( et personne n'ignore que ce changement de prononciation est dû aux Italiens qui s'introduisirent à la coursons Marie de Médicis, parce que n'ayant point ce son dans leur langue, ils avoient de la peine à le prononcer ) ; mais on n'a jamais prononcé français en faisant entendre l'a et l'i. En un mot, si l'on voulait une réforme, il falloit plutôt la tirer de procès, succès, très, dès, etc., que de se régler sur palais et sur un petit nombre de mots pareils qu'on écrit par ai, par la raison de l'étymologie palaiium , et parce que c'étoit la prononciation de nos pères, prononciation qui se conserve encore, non-seulement dans les autres langues vulgaires, mais même dans quelques-unes de nos provinces ;
»> 2* Qu'on mettoit une grande différence entre la prononciation de l'adjectif roide et celle du
ï substantif roirfewr et du verbe roidir, dont le pre- • mier se prononçoit en voyelle, et les deux der-
> niers en diphthongue; mais l'Académie a décidé » que , dans le discours ordinaire, ces trois mots
> se prononcent en voyelle rède, rédeur, rédir, et » que, dans le discours soutenu, on a le choix, I ou de rède, rédeur, rédir, ou de roède, roédeur, r> roédir. La seule différence que l'Académie mette » dans la prononciation de ces trois mots est celle » de l'è ouvert commun dans le premier, et de l'é f) fermé dans les deux derniers. »
Maugard, en 1812, blâmait encore l'orthographe dite de Voltaire. Voici comme il en parle : M. de Voltaire, en substituant la lettre a à la lettre o dans les terminaisons ois qui se prononcent es, n'a fait que substituer à un petit inconvénient un inconvénient beaucoup plus grand. Aussi l'Académie n'at-elle point adopté ce changement; et il n'y a que les amateurs des nouvelles modes et les partisans de M. de Voltaire qui écrivent comme lui; mais, toutes les personnes qui raisonnent, et qui ne se laissent point éblouir par l'autorité d'un nom imposant , regardent cette innovation du même œil que la regardoit M. l'abbé d'Olivet. Voici comme il en parloit : « Pourquoi touchons-nous à notre » orthographe? Belle demande ! nous le faisons,
> dit-on, pourfacihter la lecture de nos livres aux » étrangers. Comme si les voyelles portoient tou-
> jours à l'oreille d'un Anglois, d'un Polonoisle » même son qu'elles portent à la mienne. Qui ne » sait que les savants de nations différentes, s'ils » veulent se parler en latin, ont peine à s'entendre,
> ou même ne s'entendent point du tout, quoique
> l'orthographe soit précisément et invariablement » la même pour toutes les nations? Plusieurs de
> nos jeunes auteurs se plaisent, depuis quelque » temps, à écrire ils chantaient, je chantais, et il » n'est pas difficile d'en deviner la raison. Ainsi les » courtisans d'Alexandre se croyoient parvenus à » être des héros, lorsqu'à l'exemple de leur maître » ils penchoient la tête d'un côté. > {Remarque XII sur Racine.)
Nous arrivons aux remarques de Girault-Duvivier,.qui se trouvent être les mêmes en 1854 qu'en 1830 et années précédentes. Nous aurons soin de retrancher seulement les citations que nous avons déjà faites en copiant les autres auteurs.
« Pour remédier, dit-il, à l'inconvénient desdif- » férents sons de la combinaison oi, un nommé » Bézain, avocat assez obscur au parlement de » Rouen , proposa , en 1 675, d'y substituer la com -
> binaison ai, c'est-à-dire d'écrire par ai tous les » imparfaits et les conditionnels des verbes, j'oi- ) maiSfj'airrterais, au lieu de j'aimais, j' aimerais ; » certains infinitifs : paraître, rfispara/<re, au lieu » de paraître, disparaître ; d'écrire de mêmeparai » faible et ses dérivés; monnaie et ses dérivés; » Françaiitj Ang/ais, Hollandais, Irlandais^ Polo-
DES VOYELLES
nais, CkarolaiSy etc., etc., que l'on prononce Francès, Angles, etc., etc. Mais ce changement fut rejeté , et par les grands écrivains du siècle de Louis XIV ('), et depuis par les plus célèbres Grammairiens.
» D'Olivet {l'ie remarque sur Racine) donna pour motifs que ai, ainsi que oi , a plusieurs sons. En effet, dans bienfaisant, cette combi-j naison a le son de l'e muet ; dans j'aimai, elle a ' le son de Vé fermé ; dans jamais, elle a le son de l'è ouvert; dans j'aimerai, elle a un son différent de yaimois et de j'aimerois; enfin dans douairière, elle a à peu près le son de l'a. > L'abbé Girard adopta d'abord cette innovation; mais lorsqu'il vit qu'il en résultoit de très-grands inconvénients, et qu'elle renversoil toutes les analogies, il se rétracta dans son ouvrage intitulé : Vrais principes de la langue françoise, page 343, tome II.
» Du Marsais , dont Voltaire a fait l'éloge en disant qu'il avoit-dans l'esprit une dialectique très-profonde et très-nette , jugea que la combinaison ai n'est pas plus propre que la combinaison oi à représenter le son de l'è ouvert ; si l'on écrit François, j'av ois, c'est, disoit-il, parce que nos pères prononçoient ces mots en diphthongue, Fran-çois, j'a-vois; mais on n'a jamais prononcé François , j'avois, en faisant entendre l'o et l'i. Présentement que Con prononce ces mots avec le son de l'è ouvert, si l'on vouloit une réforme , il fallait plutôt la prendre des mois accès, procès, succès, très, auprès, dès, que de se régler sur palais et un petit nombre de mots pareils, que l'on écrit par ai à cause de l'étymologie palatium , et parce que telle étoit la prononciation de nos pères; autrement c'est réformer un abus par un plus grand. D'ailleurs, ajouta-t-il , ce changement ren-i-erse toutes les analogies pareilles à celles qu'il y a enirenoiioii et connoîlre, apparoir et paroîlre, 7iotoire et connoissavce, monnaie et monnoijeur, Anglois et Anglomane, etc., etc.; enfin il n'y a pas plus de raison de réformerFranfoii par Frawpais, qu'il n'y en auroit de réformer palais par palois, » Domergue fut d'une opinion à peu près sem-
(') «Tous les manuscrits des ccrivains du sièclede Louis XIV,
• et les mrilleuî es éditions que l'on a faites de leurs ouvrages,
• le prouvent ; et un fait, dont il est facile do se procurer la » coonoissance, en achèvera la conviction.
• Racine avoit rais dans la première édition de sa Irag^'dic
• iV Andiomaque (acte III, se. l"") :
t I^ssé (le ses trompeurs attraits ,
» Au lieu de la quitter, seigneur, je la fuirais.
» Mais comme il se fit apparemment scrupule d'avoir adopte » ceUe orthographe pour rimer aux yeux, il corrigea dans les
• éditions suivantes :
» Lassé de se» trompeurs attrait»,
» Au lieu dcVenlcTOr, fuytrï-la jxnur Jamais.
blable (dans la 2* édition de sa Grammaire simplifiée, et dans ses Soluiio7is grammaticales) : Oi est mal, dit-il, parce quec'estun signe trompeur; mais ai l'est également , puisqu'on le prononce d'une manière dans essai, délai, et d'une autre manière dans bienfaisant, j'aimai, j'aimerai, etc. Or, dans les réformes, on ne doit pas remplacer un abus par un abus. De la combinaison de l'a ou de l'o avec l'i il ne peut résulter un è ; un 3 voix simple ne doit s'exprimer que par un caractère simple. Donc le changement proposé par Bézain augmente les difficultés au lieu de les diminuer , et ce n'étoit pas la peine de changer pour ne pas faire mieux.
> Le chancelier Bacon et Beauzée pensoient également que c'est une prétention chimérique que de vouloir pervertir la nature des choses, de donner de la mobilité à celles qui sont essentiellement permanentes, comme l'orthographe, et de la stabilité à celles qui sont essentiellement changeantes et variables, comme la prononciation. Eh ! devons-nous nous plaindre de l'incompatibilité des natures de deux choses qui ont d'ailleurs entre elles d'autres relations si intimes? Applaudissons-nous, au contraire, de:? avantages qui en résultent. Si l'orthographe est moins sujette que la voix à subir des changements de forme, elle devient par là même dépositaire et témoin de l'ancienne prononciation des mots ; elle conserve les traces de la génération d'une langue, et rend un hommage durable aux langues mères, que la prononciation semble désavouer en les défigurant.
» Enfin r Académie ('), cetteaulorité àlaquelleest dévolu le droit de prononcer sur tout ce qui intéresse la langue f rançoise, après avoir examiné, d scuté (lors même que Voltaire étoit un dos membres de cette compagnie) les différentes raisons données pour et contre le changement de la combinaison oi en la combinaison ai , ne voulut jamais en faire usage.
> Dans cet état de choses, Voltaire, ne respeciani ni l'opinion de ces imposantes autorités, ni même (*) celle de dAlembert , le seul littéraieiîr qu'il crut devoir consulter, se déclara le plus chaud partisan du changement proposé par Bézain , et en fit usage dans tous ses écrits. Cependant, puisqu'il a unanimement été rejeté par des écrivains qui jusqu'à présent ont été nos ora-
(<) • Voyez les différentes éditions do son Dlrlioniiflir», > aux mots Anglicisme, François, Imparfait. Majesté. Mettre , . Naître, Peuple, Uarnois, etc., etc., ( que l'on prononce . hamèa), et I{oi(fe (que l'on prononce rkle). »
(') « D'Alembtrt, l'un des plus grands admirateurs da Vol . taire, lui objecta, dans une lettre qu'il lui adressa le 1 1 nai s • 1 770, que français, écrit par ai, ne représente pss mieux In . prononciatiouquc/^ranfoisécrit par oi ; qu 'alors cd «iq)k-l » do ni, au \\m do oi. est un autre obus. .
GRAMMAIKE FRANÇAISE.
» des, par des Grammairiens dont l'opinion a tou-
• jours été d'un Irès-grand poids, parplusiturs » imprimeurs qu'on peut regarder comme d'excel- » lentes autorités, et par l'Académie, le vrai juge » compétent en lait de langage; enfin, puisque ce
> changement renverse toutes les analogies , » augmente les difficultés au lieu de les dimi- » nuer, etc., etc., nous croyons devoir dire qu'il
> peut sans inconvénient ne pas être adopté : on » n'est pas tenu de se ranger à l'avis de que^iues » littérateurs qui ne se sont sûrement empressés
* de s'emparer de celte nouvelle orthographe que » parce qu'ils l'ont crue de Voltaire, imitant en » cela les courtisans d'Alexandre, qui se croyoient » des héros, lorsqu'à l'exemple de leur maître, » ils penchoient la tête d'un côté {*).
» Quoi qu'il en soit de tous ces motifs, de toutes t ces imposantes autorités, comme le plan que nous » avons embrassé nous impose l'obligation de dire » à nos lecteurs tout ce qui peut contribuer à fixer !> leur opinion, nous ne leur tairons pas que l'u- » sage paroît , depuis quelque temps , avoir assez » généralement adopté le changement de la com- » binaison oi en la combinaison ai , accueillie par » Voltaire, et que l'Académie, croyant devoir dé- » férer aveuglément à l'usage, fait, dit-on, impri- » mer son nouveau dictionnaire avec cette orthot graphe. Dès lors, quelque bonnes que soient les » raisons données par les autorités que nous avons » citées, il nous semble qu'elles ne doivent plus » être invoquées, puisque, comme nous l'avons » dit au commencement de ce chapitre, ïusage et » l'Académie sont les seuls régulateurs en fait » d'orthofjraphe. >
Voilà bien du bavardage pour arriver à finir par où il aurait dû commencer; nous voulons dire à s'armer de la logique et du bon sens.
C'est à notre tour d'examiner le système erroné de ceux qui prétendent que ai ne lemplace pas oi, ayant leson d'èouvert. Ai, voyelle composée, sonne è ou é. Voilà le principe. Lorsqu'elle a lesond'é, ce son ne s'écrit que par ai pur; tandis que, dans les imparfaits , celle voyelle composée ai ne forme point le son è sans être accompagnée d'un s ou d'un t,je chantais, il marchait. Le véritable son d'è ne réside donc pas seulement dans la voyelle composée ai, car jai ne se prononce pas je, mais je; il consiste dans la combinaison d'à i s, d'à i i. Quant à ceux qui viennent avancer qu'autant vaudrait écrire ce son par es ou
(*) « Cette orthographe était , depuis la mort de Voltaire, » tombée dans un oubli général , lorsqu'un nomme Colas , » prote de l'imprimerie du Moniteur, en 1790, imagina de l'y » introduire. Les personnes curieuses de vérifier ce fait ac- » querront facilement la certitude que le 51 octobre 1790, » dans le A/o>ii/<?i(r, comme partout ailleurs , on inipriniail » encore avec un o:(/oi<, prouroit, et que le Iciidomiiin lu ( uiétaïuorpliosc des o en a s'est faite. »
es que par ah, ait, ils n'ont pas voulu se raisonner, et voir que le son d'ès ou d'es n'existe que pour les finales des substantifs, ou des prépositions, ou des monosyllabes, comme très, abcès, après, etc. Mais nous discutons là de véritables absurdités, et tous les éditeurs ont fait bonne justice de ces o i s qui ne sauraient se prononcer è, puisque ordinairement ils sonnent oè, comme dans foi et loi, etc.
A l'époque oii l'on écrivait Français par o is, on prononçait bien certainement la diphthongue oè ; nous le voyons par ces vers de Boileau, deBoileau si exact ei si pur, qui dit, chant 1" de son Art poétique :
Durant les premiers ans du Parnasse français, Le caprice tout seul faisoit toutes les lois.
Il n'aurait certainement pas fait rimer francè avec loè. Donc, à cette époque, on devait prononcer françoè. Du Marsais nous l'apprend luimême : c Dans la prononciation soutenue, nous » dit-il, ce mot françois ne se prononce point par » é. > Concluons. Il est impossible de se résoudre à écrire Japonais comme on écrit Chinois; et Français, nom des habitants de la France, comme on écrit François , nom de baptême.
De la voix aie.
Aie a le son de l'è ouvert, et termine ordinairement un mot, comme dans haie, futaie; dites lié , futè.
Il n'est pas juste de faire pressentir , avec Lévizac, que Ve muet final de cette combinaison aie rende le son un peu plus long. Il a tort aussi de chercher à insinuer que quelques personnes donnent à cette terminaison le son de Vé fermé. Cette opinion est tout-à fait contraire au bon uiage.
De I'ay et de I'ate.
Ay a le son de l'è ouvert, lorsqu'une voyelle suit immédiatement;etcettevoyelleestmoMi//ee,comme dans payer, rayer, qui se prononcent pè-ié, rè-ié.
Il n'y a que les gens peu instruits qui prononcent aj/a?îf comme s'il y avait a-ian; dites : è-ian.
Ay a également le son de l'è ouvert dans paysan , paijs, abbaye. Ne dites pas péizan, péi, abbéi ; mais pèizan, pèi, abèi.
Quelques-uns veulent que le nom propre Dlaye se prononce Bléïe ; mais on dit généralement aujourd'hui Blè. Le seul mot Mayence sonne comme s'il y avait Maïance.
De la voix ea.
Les deux voyelles ea se rendent parle son simple de a naturel ; il songea. < h'e qu'on ajoute
DES VOYELLES
» après le^, il mangea, etc., dit du Marsais, n'est
» que p'iur empêcher qu'on ne donne au g le son
» fort giia, qui est le seul qu'il devrait marquer.
» Or, cet e fait qu'on lui donne le son doux ja.
» Ainsi cet e n'est ni ouvert, ni fermé, ni muet; il
» marque seulement qu'il faut adoucir le g, et pro-
» noncer je comme dans la dernière syllabe de
» gage. »
Des voix El et eai.
Nous réunissons ensemble ces deux couibinaisons, parce qu'elles ont le même son d'è ouvert : mgneur, démangeaison. Cependant geai se prononce je.
Des voix KE et ey.
Èe et eg, qui terminent un mot, sonnent comme un simple é fermé : aimée, armée, bey, dey, donnée; dites comme s il y avait èmé , armé ^bé, dé, donné.
Del'AO.
A est nul dans aorisle, laon, Saône, août elnoùteron. Prononcez comme s'il y avait oriste, ton, Sône, ont, oûieron. Mais , par une bizarrerie do l'usage , il conserve le son qui lui est propre dans aoiiter. Nous devons avertir que l'usage ne paraît pas avoir encore adopté généralement la prononciation oût du mot août, malgré les observations judicieuses de Voltaire, qui prétend que si l'on disait : la mi-a-oût, on imiterait parfaitement le miaulement du chat. Nous ajouterons qu'en parlant de la moisson qui se fait dans le mois d'août, on dit faire l'ont, et non pas faire l'août.
Des voix AU, eau et eo.
Ces trois voix ont tantôt le son de 6 circonflexe, et tantôt celui de \'o simple; d'où l'on doit tirer la conséquence que c'est une faute grave de les prononcer comme Vo simp'e, lorsqu'elles doivent avoir le son de l'ô grave. La difficulté est grande.
Lévizac nous dit, dans une de ses remarques, que le vieux Ramus avait distingué le son de cette combinaison du son de l'o, et que MM. de Port-Royal avaient reciifié cette erreur. Gomment l'abbé de Dangeau, et surtout l'abbé Raileux, ont-ils pu faire la méprise de Ramus? Comment eux, qui connaissaient la Grammaire de Port-Roy ni, n'ont-ils pas senti que au et eau n'étaient qu'un o écrit avec deux ou trois caractères; aigu et bref dans Panl, et grave et long dans hauteur et tombeaux; tandis « que Wallis, un étranger, dit Duclos, ne s'y est » pas mépris? C'est que Wallis ne jugeait les sons f que par l'oreille ; et l'on n'en doit juger que de » cette manière, en oubliant absolument celle dont » ils s'écrivent. »
Nous trouvons quatre expressions différents qui sont au, eau, auXf eaux; les deux dernières ne sont prises que pour marquer les pluriels, et les deux premières servent aux noms singuliers.
Au est pour à le, article singulier. Si l'article doit être au pluriel, on écrit aux.
Si le son au se trouve au milieu ou au commencement d'un mot, il s'écrit par au simple , comme aubaine, vaudeville, vautour , audace, aubier, audience, minauderie, réchauffer; il n'y a d'exception que pour les mots composés de quelques noms terminés en eau, et qui portent ces trois caractères dans leurs composés, comme beau-pcre, Beauvais, Beaujeu, beaupré, etc.
Nous avons peu de mots qui se terminent par aux au singulier. Il y a cependant l'adjectif faux, d'où sont formés les composés faux-fuyant , fauxpas, faux-jour, etc. Nous ne parlons pas ici du mol faulx, instrument à faucher, que nous considérons dans notre Dictionnaire comme un barbarisme toutes les fois qu'on l'écrit faux.
Tous les noms ter minés en ai/, el dans lesquels ce son est suivi d'un t ou d'un d, ne prennent point nonplusl'e muet avant au. On peut le plus souvent reconnaître si un nom doit avoir ce t ou ce d, par quelque mot analogue dans lequel cette consonne est sensible; ainsi nousécrironssauf,assauf, à cause de sauter; haut, à cause de hauteur, etc. ; rustaud, nigaud, échafatid, maraud, etc., nous paraîtront devoir finir par un d, quand nous penserons aux mois rustaude, nigauderie, échafaudage, iuarauder, etc. ; chaud prend aussi un d; et réchaud ne doit pas s'écrire autrement que par un d, etc. Les pluriels de ces différents noms sont les uns auts, comme sauts; les autres auds, comme marauds.
Le plus grand nombre des noass terminés par le son au prennent un e muet avant l'aw; mais pour cela il faut que cette terminaison soit pure, c'est-àdire qu'elle n'ait aucune consonne qui en fasse la clôture. On peut encore les reconnaître, au moins la plupart, par des mots analogues dans lesquels la syllabe au sera changée en el, comme beau, bel; nouveau, nouvel; bourreau, bourrelle ; jumeau, jumelle j niveau, niveler; museau, muselière ; morceau, morceler; monceau, amonceler; marteau, marteler; manteau , mantelet; ruisseau, ruisseler; râteau, râteler, etc.
11 y en a plusieurs pour lesquels on ne trouvera pas de mots analogues qui soient aujourd'hui en usage; mais pour peu qu'on connaisse ce qu'était autrefois notre lanjjue, on saura qu'elle en avait ; pour château on disait auirefois f/iâfe/, l'ef pour veau, taure, ou taurelle, pour le féminin de taureau, oisel pour oiseau, etc. S'il y en a quelques-uns pour lesquels on n'en trouve point si facilement, comme eau, réseau, rideau, roseau, c'est à l'usage el aux Dictionnaires qu'il faut recourir.
Eo ou eô sonne également comme o simple ou
circonflexe . geôlier, Georges; prononcez : jô/ie Jorje^
GRAMMAIRE FRAINÇAISE.
De la voix je,
M sonne comme un é fermé. (Voyez cette lettre.)
Des voix EU, eu et œu.
Les deux lettres e u assemblées donnent le son (jue l'on entend dans feu et peu, etc. 11 y a deux sortes d'eu, l'un grave, comme dans jewne, abstinence de viande, et l'autre aigu, comme dans jeune, qui n'est point avancé en âge.
Eu, dans les temps du verbe avoir où il se trouve, se prononce comme u simple , j'eus, nous eûmes, ils eurent, j'ai eu, vous avez eu, etc. Dites j'its, nous urnes, ils urent, j'ai u, vous avez u, etc.
N'oublions pas d'avertir que quelques substantifs terminés en eure, comme gageure, se prononcent ure par exception. Dites comme s'il y avait gfo/ure.
On écrit Europe, Eucharistie, heureux, Eurydice, saint Eustache; ce serait une faute grave de prononcer urope, ucharistie, etc.
Partout où l'on trouve ces deux voyelles de suite e u, il faut les séparer et les prononcer chacune en une syllabe, s'il y a un accent aigu sur \'e, comme réussir, que l'on prononce ré-ussir, et non pas reucir, etc.
La voix eu ne s'écrit pas ordinairement par d'autres caractères que par ceux que nous marquons ici. Nous disons ordinairement, parce qu'il est quelques mots où il s'écrit par œu, comme cœur, œuf, bœuf, œuvre, œuvé, manœuvre, vœu, mœurs, etc., quoique Xo soit fort inutile pour la prononciation dans tous ces mots, si ce n'est dans cœur, et dans chœur.
Eu se marque aussi par œ dans œillet, œil, œillade, œillère, œilleton ; et par ue dans écueil, orgueil, cercueil, etc.
Tous les adjectifs terminés par la voix eu s'écrivent eux, même au singulier; comme vigoureux, heureux, etc. J^esnoms substantifs qui finissent par le môme son prennent aussi au pluriel cette consonne X qu'ils n'ont point au singulier, comme tœux, feux, etc. Le verbe vouloir s'écrit au présent singulier, je veu^, tu veux, il veut. Nous examinerons, lorsque nous parlerons de la formation du pluriel dans les substantifs, si l'usage de ces x h la suite de eu final a été contredit avec raison par quelques Grammairiens qui voulaient y subsiiluer un s.
De la voix ie.
le se prononce comme un i simple : génie, envie; diU's jéni, ami, etc. Cet e (jui lui est ajouté n'est donc qu'oithographique :;e prie, je prierais, reniement. Quelques personnes suppriment même l'eau milieu des mots; elles écrivent je prirais, renîment.
De la voix as.
Cette voyelle a le son de eu. (Voir ce que nous en avons dit à l'article des voix eu.)
De la voix oi ayant le son d'É ouvert.
11 nous reste peu de chose à dire sur cette voyelle composée, qui ne doit plus être en usage sous le rapport du sond'è ouvert. Nous nous contenterons de rappeler ce que nous avons dit sur la voix ai. Les imparfaits et les conditionnels des verbes ne doivent plus s'orthographier je lisoiSf je croirais^ mais je lisais, je croirais.
Faible et ses dérivés, monnaie et harnais ne s'écrivent plus autrement que par ai; il en est de même des infinitifs connaître, paraître, etc. Il n'y a qu'un mot sur lequel on ne s'accorde pas encore, c'est l'adjectif roirfe et ses dérivés raidir, roideur. Régnier voudrait qu'on prononçât roade; c'est sans doute roède qu'il voulait écrire. Richelel et Wailly sont d'avis de prononcer rède, rédeur, rédir. L'Académie dit que, dans la conversation, il faut prononcer rède, rédeur, rédir; dans le discours soutenu, rède, rédeur, rédir, ou roêde, roè» deur, roédir; etFéraud se range à cette opinion : quant à nous, qui n'acceptons que les exceptions motivées , nous voudrions qu'on écrivît ces mots par ai au lieud'oj, et qu'on prononçât uniquement rède, rédeur, rédir. (Voyez oi diphthongue.)
Des voix ou, où et ona.
Les deux lettres o u, réunies dans un môme son, font encore une voix simple, qui n'est aucune des précédentes, et qui diffère totalement des sons attachés aux deux lettres qui la composent.
Ou ne forme jamais qu'un son, et toujours le même. Il n'y a ici ni difficulté ni exception. Quand on veut prononcer mou, doux, douceur, etc., c'est toujours le même son naturel.
Ce son s'écrit par ou simple dans la conjonction ou, et dans quelques noms, comme coucou, hibou, chou; mou, qu'on écrivait autrefois mol; sou, que quelques-uns écrivent encore 50/ : on marque aussi ce même son par oui , dans soîd , rassasié , que plusieurs auteurs écrivent saoul ; par où , dans l'adverbe de lieu. Fou, insensé, s'écrit toujours par ou, excepté devant les noms qui commencent par une voyelle; alors on écrit /b/, comme fol amour ; il en est de même de cou ; on écrit col allongé.
Oh ne prend d'acjcent grave que lorsqu'il est advcTbe de lieu.
DES SYLLABES NASALES
Oue termine ordinairement les mots; il n'a point (le prononciation autre que celle de Vou simple : t^ loue; de la boue.
De la voie ue et uë«
La première de ces voix composées sonne comme H simple , sans faire aucune attention à l'e qui reste muet, avenue^ charrue. Quand il se trouve un tréma placé sur uë , il ne sert qu'à avertir de faire sonner Vu dans les syllabes gutturales. Ainsi l'on écrit aiguë, ambiguë, parce que, sans le tréma sur le, on pourrait prononcer giie la syllabe finale qui doit sonner gu dans ces mots.
DES SYLLABES NASALES
Nous appelons syllabe, et non point voyelle nasale, le son de voix qui est formé des voyelles simples a, e,i, 0, «, ou des voyelles com.posées ai, ea, ci , co , eu , combinées avec les lettres m ou n finales.
On nomme ce nom nasal parce qu'il vient effectivement du nez; il est naturellement formé par un son puri|ue la voix fait d'abord entendre comme celui de l'a, de l'e, del'o, etc., lequel, intercepté par l'organe de la parole, va expirer dans les narines, et devient le son harmonique de la voix qui l'a précédé. Ce retentissement est exprimé dans récriture par les deux consonnes qui désignent les deux manières d'intercepter le son de la voix pour le rendre nasal; c'est-à-dire que, si le son doit être intercepté par la même application de la langue au palais qu'exige l'articulation de n, n est le signe de la nasale; et si le son est intercepté par l'union des deux lèvres, comme pour l'articulation de m, c'est par m qu'on le désigne.
Le son nasal , dit Demandre , ressemble , de sa nature , au retentissement du métal ; et quand l'organe est bien disposé, ce timbre de la voix né la 1 end que plus harmonieuse. Mais alors on confond ce retentissement pur delà voix avec la voix même : il ne fait qu'un son avec elle ; au lieu que s'il est pénible, obscur, et, en un mot , déplaisant à l'oreille, on aperçoit ce vice, qui n'est pas dans la voix, mais dans l'organe auxiliaire ; et pour en désigner la cause, on appelle cela chanter du nez , parler du nez. Mais autant le son de la nasale est déplaisant lorsqu'il est altéré par quelque vice de l'organe , autant il est agréable lorsqu'il est pur; il contribue sensiblement à rendre une langue sonore ; et la nôtre lui doit en partie l'avantage d'être moins monotone, plus mâle et plus majestueuse que celle des Italiens.
Selon Dangeau , les combinaisons nasales sont de pures voyelles.
L'abbé d'Ollvet avait d'abord adopté ce sentiment; mais ayant réfléchi sur la nature des nasales, il changea d'avis; et, quoiqu'il ait toujours reconnu qu'elles expriment un son simple et indivisible, il cessa d'y voir de pures voyelles, parce que , dit-il , c elles conservent tellement n , que » c'est de la position qu'il dépend que celte con-
> sonne soit muette ou sonore. » Il y vit un effet semblable à celui de l'aspiration , avec cette seule différence que la lettre h précède les voyelles aspirées , au lieu que la consonne n termine les voyelles nasales.
< Par l'aspiration , dit-il, la voix remonte de la » gorge dans la bouche. Par la nasaliié , elle re- » descend du nez dans la bouche. Ainsi le canal » de la parole ayant deux extrémités, celle du bas » produit l'aspiration, et celle d'en haut produit la i nasalité. > D'où ce savant académicien conclut » que les voyelles aspirées et nasales étant , les » unes aussi bien que les autres , non des voyelles
> pures et franches, mais des voyelles modifiées, » elles peuvent les unes comme les autres empê-
> cher l'hiù'Uis ou le bâillement. > D'ailleurs, quelque système qu'on adopte sur la
nasalité, on aura toujours une prononciation fixe, puisque, comme l'observe l'abbé d'Olivet, l'usage le plus certain et le plus constant a décidé quand la consonne w doit être muette, et quand elle doit être sonore dans les terminaisons nasales.
Au reste, il est de principe général , ditLévizac, qu'on ne doit jamais faire sonner la terminaison nasale , à moins que le mot où elle se trouve et le mot qui la suit ne. soient immédiatement, nécessairement et inséparablement unis.
Ainsi, on fera sonner la consonne n dans on, avant son verbe. On arrive et on est arrivé se prononceront : o-narrive , et : o-nest arrivé. Mais on doit conserver à ce pronom le son muet après le verbe : arrive-l-on aujourd'hui? arriva-t-on hier?
On la fera également sonner dans les pronoms possessifs mon, ton, son, et dans tous les adjectifs placés avant les substantifs, comme ton esprit, bon ange , son ame, certain auteur, qu'on prononcera to-nespritt bo-nange, so-name, certai-nauteur ; mais on la laissera muette dans tous les substantifs sans exception, et dans les adjectifs suivis d'une préposition., comme : cette maison est belle, bon à monter , bon à descendre.
Segrais écrivit un jour au célèbre Huet, au nom de l'académie de Caen , pour inviter l'Académie française à décider s'il fallait faire ou ne pas faire tinter la consonne n dans bon à monter, bon à descendre. € Sur quoi , rapporte l'abbé d'Olivet , l'A- » cadémie française répondit que puisqu'on pou- 1 vait introduire un adverbe entre bon et la prépo- » sitioH à, comme si, par exemple, on voulait dire
> bon rarement à monter, bon quelquefois à descen- » dre , de là il s'ensuivait que bon doit être pro-
«onoé sans liaison avec l'a préposition à. Mézerai, en qualité de Normand, fut seul d'un avis contraire; mais, comme secrétaire de la compagnie, il fut contraint de rédiger la décision, à laquelle il ajouta en riant : Et sera ainsi prononcé ^ nonobstant clameur de haro. > La consonne n sonne encore dans en préposition, eomme en Italie; et dans en pronom , lorsqu'il est placé avant le verbe, comme: je n'en ai point; mais on dit avec le son muet : donnez-m'en un peu. On fait également sonner cette consonne dans les adverbes bien et rien, parce que leur place est immédiatement avant le verbe ou l'adjectif; il est bien élevé y il n'a rien oublié. Mais ces mots conservent toujours le son nasal quand ils sont substantifs.
Voilà ce que l'usage a fixé, et d'une manière invariable.
Nous avons donné le tableau complet des syllabes nasales ; examinons maintenant chacune d'elles en particulier.
am
an
ean
cm
en
ayant le même son an.
ambition.
vendant.
songeant.
emploi.
envie.
Pour les trois premières, il n'y a aucune exception, leur prononciation est toujours an. Mais comment savoir si ce son doit s'écrire par an ou par en? Le savant Demandre nous paraît être celui de tous les auteurs qui a le plus approfondi cette matière.
Le son nasal an, dit-il, s'écrit par an dans ancêtres; par am dans chambre ; par en dans entier; par em dans emploi; par aen dans Caen; par aon dans paon, oiseau , et dans Laon, ville de France.
Comme avant les trois consonnes 6, p, m, ajoutet-il quelques lignes plus bas , on ne met jamais la lettre n, mais toujours m, il s'ensuit que la nasale an s'écrit par am ou em toutes les fois qu'elle se trouve avant ces trois consonnes, exemple : ambassade, embarras , ample, empire, emmailloter, emmener, etc.
On sent, d'après la règle sur laquelle celte observation est fondée , qu'elle est également applicable aux autres nasales ; ainsi l'on écrit ombrage, humble, rompre, impie, imbu, imprudent,e{c. , et non pas onbrage , etc. Il y a quelques mots qui , auti efois , après la voyelle nasale , prenaient une des consonnes b, p, et qui aujourd'hui ne la prennent plus à cause de l'étymologie ; ceux-là conservent encore m pour former leur nasale ; tels sont domter, indomtable, etc. j mais la suppression du p dans prompt, exempt, exempter, ne saurait être admise. 11 y a encore exception pour les prétérits des verbes tenir, venir, contenir, convenir, etc., nous tînmes, nous vmmcs,et leurs composés nous contînmes, noua convinmes, etc., qui,
par analogie, gardent w, quoique ce soit un m qui suive.
Si la nasale est suivie d'une autre consonne, on emploie le n plutôt que le m, comme ennuyer, ronces, entendre , etc. Dans les syllabes finales, on ne se sert ordinairement que de la consonne n , soit que celte finale ne prenne aucune autre lettre après elle, soit qu'elle ait quelque consonne , comme chant, écran, banc, sang, commun, quelqu'un, rond, son, etc. Il n'y a d'exception que pour les syllabes finales qui sont terminées par un b ou par un p, comme camp, plomb, temps , etc. Celle remarque est encore générale pour toutes les diverses nasales.
Em et en se prononcent par exception hne et ène, i" dans les mots pris des langues étrangères, Jérusalem, triennal, hymen; 2° dans les verbes venir, tenir, et leurs composés, que je vienne, que j'entretienne; 3" dans les mots terminés en ène et enne, arène, que je prenne, et au commencement du mot dans ennemi.
En et ien, se prononcent ein et îein à la fin des mots et dans les dér. ; bienfait, chrétienté.
Mais ien a le son de ian dans les mots en ient et et ience, et dans leurs dérivés; patient, patience, patienter.
Em sonne a dans femme. Mais lemme , dilemme et sel gemme, ont le son de l'è ouvert , à cause de leur origine étrangère.
Eut ne sonne point dans les troisièmes personnes des verbes; ils aiment , ils pensent. Mais si cette terminaison est suivie d'une voyelle, le t doit sonner. Ils aiment à rire se prononce : ils aime-tàrire.
Voilà tout ce que l'on peut dire pour décider le choix entre les consonnes m et n dans les syllabes nasales ; il reste encore de grandes dilficuliés que nous allons tâcher d'aplanir. Quand faut-il employer un a ou un e , soil devant m , soit devant K»? Pour le sentir , nous dit-on , il faut savoir le latin ; on écrira sang , le sens , un cent ; conjme : le sang des ennemis, le sens commun, cent œufs frais; quand on saura qu'ils se disent en latin , le premier sanguis, le second sensus, et le troisième centum. Mais il paraîtra toujours fort singulier aux personnes qui réfléchissent, qu'on envoie étudier la langue française dans la latine, et surtout notre orthographe dans celle d'une langue qui ne ressemble presqu'en rien à la nôtre.
D'ailleurs il s'en faut bien que nous suivions les mots latins avec autant de scrupule qu'on le pense; il en est une foule qui sont contraires aux principes qu'on établit ; on dit , par exemple , que Vin des Latins se change chez nous en en, comme intendere, entendre; inter, entre; intrare, entrer, etc.; cependant sine s'écrit chez nous sans ; latinus s'écrit latin.
On nous donne aussi pour règle que les sylla-
bes nasales, qui ont en latin un e, en ont également un en français : et cependant condemnare, condemnalio, etc., s'écrivent condamner ^ condamnation, condamnable, etc. On sent bien que nous ne voulons pas ici accumuler les exemples qui sont contraires aux règles qu'on nous donne ; il nous suffit d'en indiquer quelques-uns. Pour peu que les lecteurs veuillent y faire attention , ils en trouveront d'autres ù chaque pas, et se convaincront par eux-mêmes que c'est avec raison que nous rejetons des règles fausses et étrangères.
Nous renverrons donc aux Dictionnaires pour le choix des voyelles a, e, dans la première voix nasale, surtout si elle ne fait point la clôture du mol où elle se trouve ; car , si elle termine le mol, nous avons une règle pour les adverbes et pour les participes actifs présents : pour les adverbes on emploie toujours \'e ; et l'on se sert de l'a dans les participes, comme finement, cperdûment, lâchement, vaillamment; priant , aimant, voyant
DES SYLLABES NASALES. 39
dit tout ce qui regarde le choix entre les lettres m et n. Peindre, craindre, etc., font au présent je peins,je crains, tupeins, tucrains,ilpeint,Ucraint. Il est peu de noms, soit adjectifs, soit substantifs, terminés par cette nasale, qui, prennent après elle une consonne muette; en quoi l'on voit que c'est ici le contraire de la nasale an. On conçoit que nous ne parlons pas des pluriels qui prennent s selon l» règle générale, comme les biens, les mains, etc.
tm in
aim ;
ain
ein
ayant le même son ain ou ein.
tmpoU.
fin.
faim, I paÏH.
peintre.
Comme le remarque Lévizac, les Grammairiens ne s'accordent pas sur la nature de ce son. Les uns prétendent que c'est un i très-faible ou un son particulier qui tient de Ye et de Vi ; les autres veu-
courant, disant, etc. Pour la terminaison des ad- i lent que ce soit l'e suivi d'un sonj»oMi^/é; maisDu-
jectifs et des substantifs, on ne peut rien statuer; on dit constant, savant, présent, dolent, franc, diamant, moment, etc.
Les mots terminés par le son an ont quelquefois une consonne muette après la nasale, et quelquefois ils n'en ont point. Tous les adverbes et les participes présents prennent un t; presque tous les substantifs et les a'.ijeciifs en font de même. Banc, blanc, franc, prennent un c ; rang, sang^ prennent un g, etc. ; prendre fait je prends, il prend. En final ne s'écrit par en que dans un petit nombre de mots, comme lujmen, amen; encore y fait-on sentir la consonne n presque autant que si l'on écrivait hymène, amène.
Nous ferons observer que le mot examen, qui est d'origine latine , se prononce presque par tout le monde avec le son nasal ; dites examein, et non pas examène.
On emploie aussi les deux mêmes lettres en, lorsque cette nasale est précédée d'un i , et qu'elle termine le mot sans être appuyée d'aucune consonne, à moins qu'elle ne le soit de s ou de /, comme mien, tien , sien, maintien, bien, lien, chrétiens, Parisiens, tu tiens, il maintient. Partout ailleurs on se sert de in, im, ain, aim, ein ou eim. Ce n'est que par des mots analogues ou par l'usage que l'on peut s'assurer de laquelle de ces expressions on doit se servir dans les occasions particulières, si ce n'est pour eim qui ne figure que dans Reims, ville de Champagne.
L'a que l'on trouve dans humanité, manuel, vayiité, panetière, etc., indique ain pour les mots humain, main, vain, pain, etc. L'e qui est dans plénitude indiquera et pour plein, etc.; mais il ne faut pas regarder cette analogie comme une i*g!e toujours infaillible. On dit également ^nesse et dessiner, et l'on écrit /tn, dessin, etc. Nous avons
clos décide qu'on doit prononcer ein. « Plusieurs » Grammairiens, dit-il, admettent un i nasal, en- » core le bornent-ils à la syllabe initiale et négative » qui répond à l'a privatif des Grecs , comme in- » grat, i7ifidèle, etc. ; mais c'est un son provincial » qui n'est point en usage. Lorsque le son est na- » sal, comme dans in<jfraf, inconstant, etc., c'est un » e nasal pour l'oreille, quoiqu'il soit écrit avec un » i; ainsi on doit prononcer «n^frai, einconstant. i
Cependant on conserve à l'i le son naturel qui lui appartient, 1° dans les noms propres tirés des langues étrangères, comme SéUni, Èphrdim, etc., qu'on prononce comme si la consonne m était suivie d'un e muet; S» dans tous les mots où in est suivi d'une voyelle, parce qu'alors l'i est pur, dit Duclos, et que n modifie la voyelle suivante, comme in-animé, in-odore, in-humain, etc.; 3" au commencement des mots en imm et en inn, soit qu'on prononce les deux consonnes, ce qui arrive toujours dans ceux en imm , soit qu'on n'en pro' nonce qu'une, ce qui n'a lieu que dans iîinocent et ses dérivés, qu'on prononce inoçant, inoçance, etc.
Nous observerons que dans immense, inné, et leurs pareils, la consonne 7n ou n y fait sentir deux fois sa véritable articulation; que quoiqu'il n'y al dans l'un que trois syllabes, et que deux dans l'autre, il paraît néanmoins , d'après la véritable prononciation de ces mots, qu'il y a quatre syllabes dans le premier, et trois dans le second. En effet, on prononce immense, immanquable, comme s'il y avait imemense , imemanquable, et inné, comme si l'on écrivait inené ; seulement il faut passer rapidement sur cet e muet, comme on le fait dansj'aimerai, nous ferons, etc. Il est vrai que celte syllabe que nous y ajoutons n'est point réelle dans l'écriture , et que , dans la prononciation, elle n'est que demi-syllabe ; mais cela suffit pour rester l'opi-
AO
nion de ceux qui veulent faire passer le son de cet im ou in pour un son nasal, pour une voix.
aou
om
on
eon
un
uni
ayant le même son on
taon.
complet.
donjon.
nous rongeons.
Munster.
Huntbert.
La première et les deux dernières de ces voix ne se trouvent que dans fort peu de mots extraordinaires , ou même étrangers ; nous nous contenterons de le faire remarquer. Quant aux autres : on se rencontre dans presque tous les mots ; ojn ne se trouve que dans les mots où ce son est suivi de 6, m, p, excepté comie (titre de noblesse) et ses dérivés. On écrit aussi nom^ pronom; automne se prononce ôtone.
On n'emploie guère eon que dans les mots suivants : bourgeon, badigeon , drageo7i , esturgeon , pigeon, plongeon, sauvageon et surgeon.
Il ne reste donc plus qu'à voir quels noms terminés par la voix on prennent une consonne muette. Il en est peu qui en admettent ; on dit
ironc, le pied d'un arbre; blond, rond, adjectifs; mont, montagne; bond, saut; fond, le bas. Les autres noms n'admettent que s à leur pluriel, comme les sons, boutons, etc. Tondre et les semblables font au présent je tonds, tu tonds, il tond. Rompre et ses composés font je romps, turomps, il rompt. Toutes les premières et troisièmes personnes ayant le son de on font ons et ont, comme nows aimons, nous voulions, nous irions; ils font, ils vont, etc.
um un eun,
ayant le même son eun
parfum, importun.
à jeun.
Remarque. -1° L'u conserve le son qui lui e^t propre dans les adjectifs employés au féminin, une femme importune. 2° Um se prononce orne dans certains mots pris des langues étrangères, comme duumvir, triumvir , etc. Factum se prononce factome; factotum, factôtome; et ainsi tous les mots tirés du latin qui ont la même désinence.
Uni n'a qu'un seul mot, qui est parfum; et eun n'en a qu'un seul aussi, qui est à jeun.
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