DES DIPHTHONGUES
Dïphlhongue vient du grec St; , deux fois, et de çôoYYoç, son; ce mot signifie : qui a un double son.
Une diphihongue est la réunion de deux sons qu'on fait entendre dans le même instant par une seule émission de voix ; de sorte que dans la diphihongue proprement dite il y a deux sons, ce qui la différencie d'avec les voix simples qui n'en ont qu'un, quoiqu'on les écrive avec plusieurs caractères ou voyelles. L'une et l'autre de ces voix sont simples , ce qui dislingue la diphihongue d'avec la voix articulée par quelque consonne; enfin l'une et l'autre sont produites par une seule émission de l'air des poumons , ce qui fait que la diphihongue n'est que d'une syllabe.
Dans la première syllabe du mot aimer, il y a deux voyelles ou deux caractères; mais ces deux voyelles ne donnent qu'un son, et par conséquent ne forment point une diphihongue. Cela est si vrai qu'on dirait le même mot, à n'en juger que par les oreilles, si l'on écrivait èmer, oh la même syllabe ne serait formée que par une seule tel ire.
Dans le mot diacre, au contraire, la première syllabe dia l^it entendre très-distinctement le son de \'i et le son de l'a ; voilà le double son qui forme la diphihongue. Dans la même syllabe dia , si l'on retranchait le d, la diphihongue ia resterait toujours. Si l'on y fait attention , on verra que dans la prononciation ordinaire, diacre n'exige et ne prend que deux émissions de l'air qui sort des poumons. Il est vrai que si l'on voulait dire di-a en poussant l'air à deux reprises, on ferait disparaître la diplithongue; mais on parlerait mal. Pour prononcer ces sortes de diphtliongues, il l^ul couler rapidement sur le premier son, et ne s'arrêter que sur le second.
Il faut avoir l'oreille bien juste pour distinguer la diphihongue propre d'avec deux sons produits par deux émissions de voix, surtout dans certains mots qui n'ont entre eux que peu de différenc<', comme dans ^ien, qui n'est que d'une syllabe, et dans lien, qui en a deux, et par conséquent te forme point une diphihongue.
Les diphihongvcs n'élanl que de simples voix réii-
DES DIPIITHONGUES.
nies, les caractères qui expriment les unes peuvent varier comme ceux qui expriment les autres. On comprendra, comme le dit Beauzée, qu'il est possible qu'il y ait dans une langue des dipluhongues usitées qui ne soient aucunement connues dans une autre. Les Allemands emploient frëquem ment la diphihongiie que nous représenterions par aou, et qu'ils écrivent au parce que leur u représente notre ou; ainsi glauben ( croire ), /raum (songe), frau (dame) , se prononcent comme nous prononcerions glaou-ben en deux syllabes, en faisant sonner n final comme dans amen; traoum en une syllabe, en faisant sentir m comme à la fin de Dium; fraou en une syllabe. Cette même cliph- Ihongue n'a pas lieu en français, quoiqu'elle se soit introduite dans les patois des provinces qui confinentàl'Allemagne.Ondisait dans le Verdunois aou pour ou; niaou eu une syllabe, pour mouU, anciertnement usité dans le langage national et dérivé du latin muliiim (beaucoup).
11 ne faut considérer dans la diphthongue que le son naturel de la réunion , non pas seulement des voyelles , ce qui ne serait pas exact , mais des lettres qui la forment.
Il n'y a pas de Grammairiens qui aient donné une table, nous ne dirons pas parfaite, maispassal)le, des diphlhongues. Cette table est , en effet , bien difficile à composer. Pour le prouver, nous allons donner les deux tables les moins défectueuses, que nous accompagnerons de nos commentaires. Nous commencerons par celle de Demandre.
< Ai. LaBiscaie; ai! » D'abord l'exclamation ai ! ne s'écrit nulle part ai! mais aili! ou aie! et pour le mot Biscaie, nous apercevons l'addition d'un e muet qui mouille naturellement cette consonnance. Biscaie ne se prononce pas Biskèy mais Biskaie; ai! exclamatif , n'a pas le son de è , mais bien de aie, {ie, mouillé).
« la. Fiacre, diamant. > Fiacre seéit fiacre, et non pas fi-akre. Gela est vrai ; mais diamant se prononce-t-il dia-mant? oui , en prose ordinaire et dans la conversation; mais en vers on scande bien certainement di-a-mant. Il fallait donc distinguer l'un de l'autre. ft lati. Miaider, 7niaulement. > Est-ce bien une diphthongue? n'entend-on pas, principalement dans l'exemple cité , deux sons bien distincts , celui de i et celui de au ? Si cela est, il n'y a pas diphthongue; et c'est notre opinion. Nous pourrions ajouter que ces mots paraissent être de véritables onomatopées; et si l'on admettait la diphthongue iau , le son imitaiif se trouverait affaibli. Miaou ne se prononce-t-il pas mi-a-ou?
« lé. Pié , moitié. » Il y a long-temps qu'on n'écrit plus pié, ma.\s pied. Quant au mot
moitié, c'est bien un mot diphthongue en prose ; et voici un vers de Corneille qui le naturalise même en poésie :
Pleurez , pleurez , mes yenx , et fondez-vous en eau ; La moitié de ma vie a mis l'autre au tombeau.
lè. PannetièrCf lièvre. » Ici la diphthongue a lieu en prose, et aussi en poésie.
leu. Harmonieux, milieu. » Il est faux de dire que l'on prononce en prose comme en vers har-mo-nieux; dans l'un et l'autre cas c'est har-mo-ni-eux. Milieu est un mot fort douteux. Il n'y a point de difficulté pour la prose ; on dit mi-lieu ; mais en vers dirait-on mi~lieu? Nous trouvons cependant un mauvais vers de Bicher qui fait de la dernière syllabe de ce mot une diphthongue ;
Desquelles celle du milieu Est brûlante comme du feu.
Mais ce poète ne saurait faire autorité pour nous.
lo. Fiole, pioche. » Contentons-nous d'indiquer maintenant notresentiment : en proSe, io ; en vers , i-o.
lou. Chiourme.i Prononce-t-on bien, même en prose, chiourme?}\ est permis d'en douter.
lan. Viande. > En prose, viande; mais, en vers , on dirait peut-être vi-ande.
len. Bien. > Il y a une vraie diphthongue dans ce mot ; mais lien ne se prononce-t-il pas li-en , en prose comme en vers?
Ion. Distraction, commission. > En prose, toujours ion ; en vers , toujours i-on.
Oua. Ouate. > La prononciation d'ouate par auate, indiquée par l'auteur, n'obtiendra jamais naturalisation. Oua ne saurait, dans aucun cas , sonner aua ou oa; ceci serait plus qu'absurde.
Ouan. Bafouant. tCet ouan, qui se prononcerait auan, est de la force de l'aua que l'on voudrait donner au mot ouate.
Oue. Fouet,rouet. » Jamais oue ne pourra faire qiie ou , puisque Ve qui termine cette consonne est muet. Il est évident néanmoins que fouet et rouet se prononcent par une seule émission de la voix, roué, fouè, aussi bien en vers qu'en prose ; mais il fallait indiquer pour diphthongue le son ouè écrit par ouet, et non pas celui de oue, qui ne signifie rien , pour rendre la prononciation de ces deux mots.
Oui. Bouis, enfoui. > Le son est diphthongue en prose; on ne saurait en disconvenir, mais , au lieu du mot bouis , qui ne s'écrit et ce se prononce plus que buis, on aurait pu indiquer le monosyllabe oui. Un poète scanderait certainement en-fou-i.
f Oui7i, Marsouin. »
« Vi- Lui, fruit, ennui, »
€ Vin. Juin. »
Passons à l'examen de la table qui a paru la plus exacte à Girault-Duvivier :
Aihl mail. Si nous rapprochons l'observation que nous venons de faire surDemandre , nous nous apercevrons que Girault- Duvivier est , comme lui, tombé dans l'erreur, et qu'il a de plus confondu les sons que l'autre avait bien eu soin de conserver; car il avertit qu'il ne faut pas confondre la diphihongue avec les deux kltres ai ou ci, ou autres, suivies de / mouillé. Baity mail t bercail , il batailla , il sommeilla , il pïllay il recueillit, il débrouilla, la veille, et autres semblables , ne sont point propreûient diplithongues, parce qu'il entre dans ces mots une ou deux consonnes. Quelques personnes même voudraient regarder toutes ces syllabes , ou quelques-unes d'entre elles , comme de vraies dipkthongues , d'après du Marsais et plusieurs autres auteurs ; nous croyons devoir plutôt traiter de ce qui les concerne, en parlant des lettres mouillées , qu'en parlant des dipli' thongues. Girard vient aussi à l'appui de ce qu'avance Demandre , eu disant que « devant deux // ou un / final , ces deux » voyelles ne font point diphthongue ; Vi dët suni de l'a n'y sert qu'à mouiller la con- » sonne ; paille, écaille, émail, corail. > Nous eussions voulu que ce Grammairien fût conséquent avec lui-même, et qu'il n'écrivit pas deux lignes plus bas que t lorsque le son » ouvert précède / mouillé , c'est toujours » la diplilliongue ei qui sert à le peindre : » sommeil, pareil, soleil, vermeille, treille. » Bien certainement les deux motifs sont les mêmes.
Diacre.
Pied. Cet exemple est mauvais; il fallait un autre mot , comme moitié , et indiquer le son té.
Lumière. ( Nous avons traité de ce son plus haut. )
Biais.
Loi. Nous ajoutons qu'il se prononce loè, , et non pas loâ.
Villageois.
Ouais !
Chiourme. ( Voyez notre remarque sur Demandre).
Moelle, boëtc. Voilà une grave erreur, que son auteur relève bien vite par une remaniue au bas de la page , et dans laquelle il avoue que les mots moelle, bock, poïmct s'écrivent présenlcinent moelle,
Ouan.
la.
le.
lè.
lai.
Oi.
Eoi.
Ouai.
lou.
Oë.
GRAMMAIRE FRANÇAISE
boîte, poème, d'après l'Académie. Pourquoi alors indiquer ce son comme diphthongue par oë ; car, si vous mettez un tréma sur e, il ne saurait y avoir diphthongue. L'office du tréma serait de faire prononcer mo-èle, bo-ète, qui doivent se prononcer moUe, boèle.
Louange. Est-ce bien là une diphthongue? Nous en trouvons une dans le nom pr.
Rouen, qui se prononce ainsi : Rouan; mais elle n'est pas écrite par ouan. Quant au mot louaiige, nous nions qu'on doive dire avec affectation lou-ange en prose; mais, en vers, on pécherait grossièrement contre la mesure en faisant une diphthongue de louan. Equateur. Nous verrons plus tard que ua, dans équateur et quinquagésime, se prononce oua, et non pas ua. Cette diphthongue n'existe pas , selon nous, en français.
Ouest. Nous renvoyons à la diphthongue semblable de Demandre.
Soin.
Baragouin.
Pioche.
Chiowme.
Viande.
Combien, Dieu.
Occasion.
Louis , bonis.
( Voir , pour ces mots , nos observations sur Demandre. )
/^cuei/e.L'eétantmuetdansttc,nesaurait jamais faire que u. Si l'on voulait indiquer le son vrai de ue dans cette occasion, il fallait écrire uè, car écuclle se prononce ékuèle. Lui , étui.
Juin.
Les combinaisons de voyelles ne forment qu'an son indivisible etsimple,-^ditLévizac;maisil y en a d'autres qui font entendre le son de deux voyelles en un seul temps , et par une seule émission de voix ; on les nomme diphihongues. Il aurait été à désirer que les Grammairiens n'eussent donné ce nom qu'aux combinaisons de voyelles qui font entendre deux sons ; ils n'auraient pas été obligés de distinguer les diphthongues en vraies ou propres , et en fausses ou impropres, et d'admettre des diphthongues de Voreille et des diphthongues aux yeux. Pour nous, qui examinons les sons tels qu'ils sont en eux-mêmes, nous n'admettrons pas cette distinction inutile; mais nous sommes loin de condamner ceux qui continuent de s'en servir, puisque l'Académie a rapporté cette double acception, en se bornant à observer que la dernière est abusive et impropre.
< L'essence de la diphthongue, dit du Marsais , » consiste en deux points : 1" qu'il n'y ait pas, du
Ua.
Oae.
Oin.
Ouin.
lo.
lou.
lan.
len.
leu.
Ion.
Oui.
Ue.
Ui.
Uin.
DES DIPHIHONGUES.
> moins sensiblement, deux mouvementssuccessii^ » dans les organes de la parole; 2° que l'oreille » sente distinctement le son de deux voyelles par » une seule émission de voix. Quand je dis Dieu, » j'entends t et eu; mais ces 2 sons sont réunis en » une seule syllabe, el énoncés en un même temps. »
Le premier son de la dipfuhongue se prononce toujours rapidement ; on ne peut se reposer que sur le second, parce que c'est le seulqui puisse être continué. C'est ce qui avait porté les Grecs à appeler la première voyelle prépositive, et à donner le nom de posipositive à la seconde.
On prononçait autrefois beaucoup plus de diplithongues qu'aujourd'hui. On lésa supprimées pour rendre la prononciation plus douce. « Nous avons » raison, dit Duclos, d'éviter la rudesse dans la i prononciation ; mais je crois que nous tombons » dans le défaut opposé.... Ces diplithongues met- » laierit de la force et de la variété dans la pronon- » cialion, et la sauvaient d'une espèce de monoto- » nie qui vient en partie de notre multitude d'e » muets. »
Il y a dans les diplithongues deux choses bien essentielles à considérer. Pour plusieurs d'entre elles, la prononciation en vers n'est pas la même que celle de la prose ; telle consonnancc est dipkihongue dans le discours ordinaire, et de deux syllabes bien distinctes dans le discours relevé. Action se prononce ak-ctony en deux émissions de voix, dans la conversation ; et ak-ci-on, par trois syllabes bien | marquées, dans les vers. Louis, en prose se prononce Loui, et en vers Loii-i. Louange est de deux i syllabes dans la conversation, et de trois dans la j poésie. Le goût et l'usage peuvent seuls guider ici.
Voici la table de diplithongues qui nous paraît la
plus exacte.
Aie. Aie ! cri de douleur.
Rejiarque. Les syllabes ai/, de bail, attirail, etc. ; eil, de soleil, pareil, etc. ; el œil, pourraient peut-être avec justice être admises comme rfip/jf /tondîtes, car on n'y entend qu'une émission composée de la voix. Mais le son mouillé, qui produit réellement la diphthongue, ne vient que de l, qui termine ces syllabes. (Voyez la consonne /, à l'article des // dits mouillés.)
la. Diacre, fiacre.
Lévizac, qui ne laisse échapper aucune observation, remarque que BIM. de Port- Royal et du Marsais regardent ay dans ayant comme appartenant à celte diphtho7igtte. Mais, dit Duclos, il n'yapoint àediplitkongue dans ce mol. « La première syllabe » est, quant au son , un a dans l'ancienne » prononciation qui était a tant , et un è » dans rusagcacluel,([ui prononce ai-ïanl. » La dernière syllabe est lu nasale ant, mo-
9 difiée par le mouillé faible i. » Maisceite nasale et ce mouillé faible ne sont-ils pas une vraie diphthongue?
lé. Pied,
le. Vielle.
lai. Biais.
Eoi, qui se prononce oa.... Villageois,
Oè. Moelle.
O'i. Loi.
Ouai. Ouais.
Nous ne manquerons pas de relever une grossière erreur dans laquelle Lévizac fait tomber ses lecteurs en leur disant, d"après Duclos, que toutes les diphthongues dont la première syllabe est o se prononcent comme si celait un ou. Peut-être prononçait-on ainsi du temps de Lévizac et de Duclos. Mais Girault-Duvivier ne nous paraît pas excusable de s'être contenté de les copier servilement, sans se donner la peine de raisonner l'assertion de ces écrivains. Non, M. Girault-Duvivier, o, (i3ins\esdtpkthongues, ne sonne pas ou. Celui qui enseigne que les mots loi, foi, mois, pois, bois, se prononcent loué, fouè, moua, poua, boua, enseigne mal î cette prononciation sent la province; loè, foè, moâ, poâ, boâ, est la seule véritable.
Continuons de citer Lévizac.
Nous avons vu les cas où la combinaison ai se prononce en voyelle. Voici ceux dans lesquels elle se prononce en diphthongue : 1» Dans les monosyllabes et dans les verbes en aire et en oître de deux syllabes, comme moi, froidy croire, croître, etc. ;
2o Dans les polysyllabes en oi, oie, oir , oire, eoire, oise , oisse; comme: emploi^ courroie , vouloir , observatoire , nageoiie, framboise, angoisse;
Z^ Dans les mots où ai et oy sont suivis d'une voyelle , comme ondoiement, royal , royauté;
40 Au milieu des mots, comme poison, courtoisie ;
5» Dans les noms de nations dont on parle peu, comme Danois, Suédois, Chinois, Iroquois, etc. : on doit excepter /aponois, qu'on prononce en voyelle. C'est pour cela que nous écrivons aujourd'hui Japonais.
François, nom d'homme, se prononce en dipAf/ion^ue. Sur quoi nous observerons que les noms de provinces se prononcent beaucoup plus souvent en diphthongue qu'en voyelle, parce qu'on a peu d'occasions d'employer ces mots; aussi dit-on Franc-Comtois, Albigeois, GnllotSy etc. Si la prononciation deCharolois, que nous écririons Chnrolais, si nous en avions besoin, esl différeRte,c'esi
que ce uom ayant été celui d'un prince qui a beaucoup fait parler de lui, s'est trouvé dans la bouche de tout le monde. C'est à cette cause, et peut-être au seul caprice de rusa{îe, qu'on doit altri!)uer la prononciation adoucie de quelques lieux particuliers. Dans les mots où oi est suivi d'un e muet lînal , il paraît rendre un son un peu plus ouvert que quand il n'en est pas suivi. La prononciation de soie n'est pas la même que celle de soi, toi. Les derniers se prononcent çoè, toè; l'autre, comme s'il y avait çoa. Il en estde même du mot soierie; dites çoa-ri.
Oin. Soin.
Ouin. Baragouin.
Commentons encore Girault - Duvivier sur une remarque qu'il emprunte à Lévizac. Du Marsais , dit celui-ci , veut qu'on prononce plutôt une sorte d'e nasal dans la combinaison 0171 après l'o, que de prononcer ouin; ainsi, selon lui, il faut prononcer soein plutôt que souin. Mais Duclos lui reproche de n'avoir pas bien perdu l'accent provençal.
Nous nous rangerons, comme toujours, du côté de la raison, en approuvant la prononciation de du Marsais. Nous avons les deux diphthongues oin et ouin. Si soin devait se prononcer souin, pourquoi ne pas l'écrire comme la dipktkongue de baragouin?
Jamais nous ne comprendrons que deux sons écrits différemment puissent se prononcer de la même manière.
lo. Pioche.
lau. Miauler.
len. Rient bien.
lan. Viande.
lent. Patient.
leu. Dieu, deux.
Ion. Nous disions, occasion, pion.
L)U. Montesquiou.
Oè. Moelle, poème.
Remarque. L'Académie observe que dans le mot poème et ses dérivés, 0 et è forment deux syllabes en vers et dans le discours soutenu. La diphthongue n'a heu que dans la liberté de la conversation ; encore même bien des personnes ne l'admettent-elles pas dans les dérivés , où un usage général a substitué l'accent grave sur l'e au tréma qu'on y mettait autrefois.
Oua. Equateur.
Que. Ouest.
Ouen. Écouen, Rouen.
Oui. Oui, Louis.
Va. Qui se prononce oua dans cquateur.
Uè. hcuelle.
Ui. Lui, étui.
Uin. Juin, qumquagésime.
N'oublions pas que les voyelles ne forment une diphthongue que quand elles expriment, comme nous l'avons dit, un son double qui se prononce en une seule syllabe. Ainsi, lorsque ces mêmes voyelles se prononcent en deux syllabes, elles cessent alors d'être diphthongues.
Dans le discours familier, presque tous les assemblages de voyelles qui expriment un double son ne forment qu'une seule syllabe, et on pro? nonce biaiser, ma-té-riaux, é-tu-diant, pa-tient, ambi-tion,joué, etc., et non pas biaiser, ma-té-ri-aux, é-tu^di-ant, pa-ti-ent, arfi-bi-ti-on, jou-é, etc. Par conséquent iai, iau, ian, ien, io7i, oue, etc. , doivent être regardés dans ces mots comme de véritables diphthongues en prose.
Mais la plupart de ces mêmes voyelles qui ne font qu'une syllabe dans le discours familier doivent ordinairement en former deux dans la poésie et dans le discours soutenu, et cessent par cette raison d'y être regardées comme diphthongues. Ainsi ilfaut y prononcer l'i-o-Zer, ru-ï-ner,for-ti-fi-ant,mU' si-ci-en,pré-ci-eux, con-di-ti-on, etc., et non pas violer, rui-ner, for'ti-liant,mu-si-cien,pré-cieux , condi-tion , comme on le ferait dans le langage familier.
II n'est pas aisé de déterminer par des règles générales quels sont les assemblages de voyelles, exprimant un double son, qui doivent se prononcer en une ou en deux syllabes dans la poésie et dans le discours soutenu. Nous observerons seulement que :
!•* Presque toutes les voyelles que nous avons appelées diphthongues cessent de l'être , et se prononcent en deux temps ouen deux syllabes, quand elles sont à la suite d'un r ou d'un /, précédé d'une autre consonne. C'est pour cela qu'on prononce cri-a, pri-ant,pu-bli-ons,san-gli-er, meur-tri-er, cli' ent, etc.
2° Oi se prononce toujours en une seule syllabe, soit dans le discours famiher, soit dans la poésie et dans le discours soutenu ; comme dans roi, voi-là, droi-tu-re, moi, toi, soi, etc.
3° Ion ne se prononce en une syllabe dans la poésie et dans lo discours soutenu , que quand il forme la terminaison des premières personnes du pluriel de l'imparfait de l'indicatif, du conditionnel présent, du présent ou de l'imparfait du subjonctif des verbes, comme dans nous aimions, nous ai-mc-rions, nous ai-mas-sions, etc., à moins qu'il ne soit à la suite de r précédé d'une autre" consonne; et dans ce cas on prononce nous met-trions, nous ren-dri-ons, nous rom-pri-ons, nous vaincri-ons, etc.; partout ailleurs ion forme deux syl-
DES CONSOiNNES.
labes : vi-si-ony e»-})i-on, cœn-mu-ni-on, li-on, ac' H-on , etc.
4* Oin est toujours d'une seule syllabe, dans quelque occasion que ce soit, join-tu-re, ap-poin-ié, té-moin , etc.
5° Les autres assemblages de voyelles, que nous avons appelées diphihongues simples, composées o» nasales , se prononcent dans la poésie et dans le discours soutenu , tantôt en une syllabe , et tantôt en deux. Ainsi ie , ui, ieu , ian , ien , ne forment «ju'une syllabe dans biè-re, ce-tui, Dieu, vian-de , bien- fait, et ils en forment deux dans ni-er, ru-ï-ner, O'di-eux, ri-ant, li-en, etc. Ce n'est que par l'usage et par la lecture des vers que l'on apprendra ces différences de prononciation.
Il n'y a pas de trïphihongues (1) dans la lanjjuo française, quoiqu'il y ait des syllabes écrites avec trois voyelles; parce que nous n'avons pas de syllabe qui fasse entendre trois sons , trois voix , en une seule émission de voix. Dieu et niais ne sont que des diphihongues, on n'y entend en effet que les deux sons i-eu et i-ai. Août et aient sont mo- 7iophlhongues (2) , parce qu'on n'y entend que les sons simples ou et ê. C'est parler improprement , dit l'Académie , que de reconnaître des triphtliongues dans notre langue.
(1) Le mot de triphthongue est dérivé du grec t/ssiç, trois, et de fOoyyoi , son; qui a trois sons.
(2) Le mot monophihongue est formé du grec i^oyoi , snil , et fOoyifOi, son; et sigaifle gui n'a qu'un son.