DEGRÉS DE SIGNIFICATION DANS LES ADJECTIFS
Les adjecti/i peuvent qualifier les objets, ou absolument, c'est-à-dire sans aucun rapport à d'autres objets, ou relativement, c'est-à-dire avec un rapport à d'autres objets; ce qui établit différents degrés de signification qu'on a réduits à trois, savoir : le positif, le comparatif et le superlatif.
Le positif est l'adjectif même sans aucun rapport. € Ce premier degré, dit du Marsais, est appelé po- » sitif, parce qu'il est comme la première pierre » qui est posée pour servir de fondement aux au- » très degrés. »
Une lumière pure et douce se répand autour des corps de ces hommes justes, et les environne de ses rzyons comme d'un vêtement. Cette lumière n'est point semblable à la lumière sombre qui éclaire les yeux des misérables mortels, etquin'est que ténèbres; c'est plutôt une gloire céleste qu'une lumière.
(FÉNELON
Le comparatif est l'adjectif avec comparaison d'un degré à un autre ; alors il y a entre les objets que l'on compare, ou un rapport de supériorité, ou un rapport d'infériorité, ou un rapport d'égalité. De là trois sortes de comparaisons :
La comparaison de supériorité se forme en mettant plus avant l'adjectif, exemple : puisque tu es encore plus dur et plus injuste que ton père, puissestu souffrir des maux encore plus longs et plus cruels que les siens! (Fénelon.)
On forme la comparaison d'infériorité en mettant moins ou né..., si avant l'adjectif, exemples : le naufrage et la mort sont moins funestes que les plaisirs qui attaquent la vertu. — Le vice grossier et l'impudence bnitale ne sont pas quelquefois si dangereux qu'une beauté modeste. (FÉ^ELON.)
On forme la comparaison d'égalité en mettant
aussi et autant avant l'adjectif; exemples : les couleurs de la vie dans la jeunesse et dans l'âge avancé ont une apparence aussi différente que la face de la nature dans le printemps et dans l'hiver. — Le bon Louis XII fut autant aimé que Louis XI avait été exécré.
Si et tant servent à indiquer la même comparaison. Nous verrons ailleurs dans quelles occasions.
La conjonction que unit , comme on voit , les choses comparées.
Les trois adjectifs : meilleur, moindre, pire, expriment seuls une comparaison. Meilleur est le comparatif de bon; il est pour plus bon, qui ne se dit pas, quoiqu'on dise moins bon et aussi bon. Moindre est le comparatif de petit ; il est pour plus petit, qui se dit cependant aussi. Pire est le comparatif de mauvais; il est pour plus mauvais, dont on se sert aussi.
L'adjectif est au superlatif, quand il exprime la qualité dans un très-haut degré ; ce qui forme deux espèces de superlatifs, l'un absolu, etV autre relatif.
Le superlatif absolu exprime une qualité dans un très-haut degré , mais sans rapport à un autre objet. On le forme en mettant avant l'adjectif un de ces mots : fort, très, bien, infiniment, extrêmement : Le style de Fénelon est très-riche, fort coulant et très-doux, mais il est quelquefois prolixe; celui de Bossuet est extrêmement élevé, mais il est quelquefois dur et rude. Fénelon, en peignant la nature, voudrait en rendre toutes les beautés ; mais Bossuet ne la peint qu'en masse.
t La langue française, dit Bouhours, n'a point
> pris de superlatifs des Latins ; elle n'en a point » d'autre que généralissime, qui est tout français,
> et que le cardinal de Richelieu fît de son auto- » rite, allant commander les armées de France en » Italie, si nous en croyons Balzac. » Nous avons aussi emprunté des Latins cinq ou six superlatifs auxquels nous nous sommes contentés de donner une terminaison française; tels sont : révérendissime, illustrissime, excellentissime, éminentissime, etc.
Le superlatif relatif exprime une qualité dans le plus haut degré, mais avec rapport à un autre objet; on le forme en plaçant l'article avant les comparatifseux-mêmes : meilleur, moindre, pire, plus et moins. — La gloire qu'on a donnée aux Égyptiens d'être les plus reconnaissants de tous les hommes fait voir aussi qu'ils étaient les plus sociables. (BOSSDET.)
Les adjectifs pronominaux : mon, ton, son, notre, votre, leur, placés de même avant les comparatifs, remplissent la fonction d'articles, et élèvent par conséquent l'adjectif au superlatif relatif. Ces phrases : c'est mon meilleur ami ; c'est leur plus grande ressource, équivalent à celles-ci : cest le meilleur de mes amis ; c'est la plus grande de leurs ressources.
DU PROWOM.
Eu latin, on ne peut pas marquer la supériorité relative, ce qui est un défaut dans celte langue. 11 y a plus de précision et de justesse dans le finançais, puisqu'on a la facilité d'exprimer les deux sortes d'excellence, l'absolue et la relative : on peut être un très-grand seigneur en Angleterre, sans en être le plus grand seigneur. Cette réflexion estde Batteux.
Pour la différence de syntaxe entre le plus, la plus, les plus, voyez p. 424, § xxviii.
Quelques personnes paraissent confondre le simple comparatif avec le superlatif relatif, parce qu'en effet, au premier coup d'œil, la différence n'est pas aisée à apercevoir. Aiais si l'on y réfléchit,
on trouvera que le comparatif n'exprime qu'une comparaison particulière, et que le superlatif relatif en exprime une générale.
Règle. Les adverbes comparatifs si, aussi, plus, et le plus, doivent se répéter avant chaque adjectif, quand il y en a plusieurs dans une phrase; il en est de même de tant et autant avant les participes.
Si l'esprit humain imite la nature dans sa marche et dans son travail, s'il s' élève par la contemplation aux vérités les plus nobles et les plus sublimes, s'il les réunit, s'il les enchaîne, s'il en forme un système par la réflexion, il établira, sur des fondements inébranlables, des monuments étemels. (Buffon.)
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DU PRONOM
Le pronom, suivant l'Académie, est celle des parties du discours qui tient, ou qui est censée tenir la place du nom substantif.
Nous préférons encore à cette définition , la définition plus simple de Lévizac ; la voici :
Les pronoms sont des mots qui tiennent la place des noms {pro nomine, à la place du nom); ce sont tout autant de substituts qui en font les fonctions. Par eux-mêmes ils ne présentent aucune idée précise; mais ils rappellent à l'esprit une idée quelconque désignée par un nom propre, ou connue par les circonstances.
Les pronoms sont d'un très-grand avantage dans les langues; non-seulement ils permettent d'éviter des répétitions qui seraient insupportables et dures, mais ils répandent sur tout le discours plus de clarté, de feu , de variété et de grâce.
Dans ce passage que nous tirons de l'abbé Girard :
// faut que la Grammaire soit conduite par le génie de la langue qu'elle traite, que la méthode en soit nette et facile; qu'elle n'omette aucune des lois de l'usage, et que tout y soit exactement défini, ainsi qu'éclairé par des exemples; afin que les ignorants puissent X apprendre, et que les doctes lui donnent leur approbation :
Ces mots elle, en, y, V, lui, sont des pronoms qui remplacent le substantif Grammaire. Si l'on vient à le substituer à ces pronoms, la phrase n'est plus soutenable, elle est du style le plus ridicule; iugeons-en par l'effet qui suit :
Il faut que la Grammaire soit conduite par le génie de In langue que la Grammaire traite; que la méthode de la Grammaire soit nette et facile; que la Grammaire n'omette aucune des lois de l'usage, et que tout dans la Grammaire soit exactement défini, ainsi qu' éclair é par des exemples; afin que les ignorants puissent apprendre la Grammaire, et que les doctes donnent à la Grammaire leur approbation.
On ne s'accorde ni sur la manière de classer les pronoms, ni sur le nombre des classes qu'on doit en faire. Les uns en comptent six, d'autres n'en veulent que cinq ; quelques-uns même les réduisent à quatre. Cette diversité d'opinions vient de ce que les premiers les divisent selon leurs diverses manières de représenter, au lieu que les seconds préfèrent la division suivant le rapport sous lequel ils représentent. Cette dernière manière de les diviser est la plus philosophique, et la seule exacte, puisqu'elle est la seule que le raisonnement avoue ; mais comme elle exclut avec raison du nombre des pronoms ceux qu'on nomme possessifs, et qu'elle ne distingue pas les pronoms absolus des pronoms relatifs, nous avons préiéré, avec Lévizac, la division en six classes, qui nous paraît plus claire et plus aisée à saisir. D'ailleurs peu importe que les pronoms ou adjectifs possessifs aient ou n'aient pas le vrai caractère de pronoms^ dès qu'on convient qu'ils en dérivent, et qu'ils en remplissent les fonctions.
Nous diviserons donc les pronoms en personnels, possessifs, relatifs, absolus, démonstratifs et indé-'
GRAMMAIRE FRANÇAISE
finis. Néanmoins nous aurons rattentiou de distinguer les vrais pronoms de ceux qui ne font qu'en remplir la fonction.