‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 13 sur 279 · DES CONSONNES · texte numérisé non relu

DES CONSONNES

Nous avons dit que le mot consonne signifie qui sonne avec ; parce qu'en effet on ne peut former une articulation, une modification de la voix naturelle , que celte voix ne subsiste et ne soit formée en même temps.

Une consonne est donc l'effet de la modification passagère que le son de la voix reçoit par l'action momentanée dequelqu'un des organesde la parole; ou bien elle est le caractère représentatif de cet effet, selon que l'on prendra ce mot consonne pour désigner le son même, ou pour dénommer la lettre qui le représente.

Presque tous les Grammairiens sont aujourd'hui d'accord entre eux sur le nombre des consonnes. Quelques-uns autrefois distinguaient x des autres, parce que ce caractère représente souvent deux sons distincts , qui sont ceux du gs ou du es. D'autres rejetaient la lettre h, bien que l'aspiration rende parfaitement l'articulation ; d'autres, enfin, ont long-lemps confondu le j et le v avec les voyelles i et u, qui leur ressemblent tout au plus par la figure. Tout cela est maintenant j ugé et fixé; et nous reconnaissons toiis pour consonnes : b, c, il, f, Sf> /*» j» Z^» ^ "»> ^^ P> ?» ^t *> U V, w, X, z. Nous ne parlerons de w que pour mention ; car on le prononce tantôt comme ou, et alors il rentrerait dans la classe des voyelles ; et tantôt comme v, et alors il appartient à celle des consonnes.

Comme il n'est point de partie dans la bouche qui ne contribue à modifier l'air qui sort par la trachée-artère , on a donné des noms divers aux consonnes, d'après chacun des organes particuliers qui servent à les former.

Ainsi on a appelé :

Labiales , celles qui sont formées par le mouvement des lèvres (du latin labia)'^ ce sont : b, p, f, v; bon, père, feu, vite ;

Dentales, celles qui sont formées par les dents (du latin dens, demis); ce sont : s ou c doux, z, c/t; se, ci, zizanie, cheval. Ces consonnes se nomment aussi sifflantes (du latin sibilus)\ et c'est à cause de ce sifflement que les anciens les ont appelées semi-vocales, ou demi-voyelles ; tandis qu'ils appelaient les autres muettes ;

Linguales, celles à la formation desquelles Ja langue [àw. latin lïngua) contribue principalement; ce sont : d, t, n, l, r ; de, tu, notre, livre, rivage ;

Palatales, celles qui doivent leur formation au palais (du latin palalum) ; ce sont ; g,j, c fort, ou />, ou q, et les sons mouillés ill, ou il, et ail ou aille ; gingembre, jésuiief carré , kermès, quotité, fille, travail, qu'il aille ;

Nasales , celles qui se prononcent un peu du nez (du latin nasMs) ; ce sont : m, n, gn; main, nain, règne;

Gutturales (du latin gultur, gosier), celles qui sont prononcées avec une aspiration forte , et par un mouvement du fond de la trachée-artère. Nous n'avons de consonnes gutturales que la lettre h , quand elle est aspirée, le héros ; et le ^f dur , comme dans orgues ;

Lî(/ui(/es enfin (du latin liquidas), conformément au langa^je reçu , les deux articulations / et r : clair, crédule.

Ces dernières lettres paraissent avoir reçu le nom de liquides, ou parce que la langue les pro-

GRAMMAIRE FRANÇAISE

doit par un mouvement libre et indépendant de tout point d'appui dans l'intérieur de la bouche , où elle nage en quelque sorte ; ou parce que ces articulations s'allient si bien avec d'autres, qu'elles ne semblent faire ensemble qu'une seule modification instantanée de la même voix ; de même que deux liqueurs se mélangent assez bien pour n'en plus faire qu'une seule.

C'est le cas de dire ici qu'il y a des Grammairiens qui mettent le h au rang des consonnes : d'autres, au contraire, soutiennent que ce signe, ne marquant aucun son particulier, analogue aux sons des autres consonnes, il ne doit être considéré que comme une aspiration.

Nous nous étonnons qu'ils n'aient encore pu s'accorder entre eux à cet égard. Ce signe , il est vrai , dans le premier cas , est simplement orthographique ; par exemple , dans histoire , qui se prononce comme s'il y avait istoire : mais il est essentiellement faux d'avancer qu'il ne marque aucun son particulier, analogue aux sons des autres consonnes. Qu'est-ce donc, s'il vous plaît, que ce son fort et heurté qui se fait entendre et sentir dans le mot héros? On ne saurait , selon nous, refusera cette lettre, sans montrer de l'obstination, sa qualité de consonne.

^'il en est qui rejettent h du nombre des consonnes, prétendant que l'aspiration n'est pas une articulation , d'autres veulent y ajouter ch. Il fort mouillé , ije mouillé faible , et gue ; ce qui ferait en tout vingt consonnes. D'autres prétendent que ces trois dernières ne doivent pas être comptées, quoiqu'elles forment des sons nouveaux; parce qu'elles ne sont que des caractères déjà marqués et réunis ensemble. Ces derniers ont raison pour II mouillés et ye mouillé , qui font réellement entendre le son d'une espèce de diphthongue j et nous serions assez d'avis d'admettre au nombre des consonnes ch et gue , dont l'articulation est produite par un son unique; mais nous avons promis de proposer des innovations raisonnables , et de ne jamais les imposer.

Nous ne compterons donc, avec l'universalité des Grammairiens actuels , que dix-neuf consonnes, savoir : &, c, rf, ^, g, h, j, k, l, m, n,p, q, r, 5, t, V, X, %. Nous reconnaîtrons cependant vingt articulations simples , c'est-à-dire qui ne sont pas composées ; ce sont celles de 6 , c, doux ; d, f, g, doux, g dur, h, l, m,n,p, q, r, s, doux, f, v, y, mouillé, ch doux, / mouillé, et gn aussi mouillé. Le a; ne se compte pas ici , parce qu'il n'a de son propre que lorsqu'il équivaut à deux autres. De même c dur et k équivalent à 7 ; s dur et t doux ne sonnent que comme c ; et z n'a d'autre son que celui de s doux , etj que celui de g doux.

Nous avons déjà dit qu'on ne doit plus nommer les consonnes que par le son propre et naturel qu'elles ont dans les mois où elles se trouvent.

Ainsi appelons ftc, et non pas 6é, la lettre b ; /"e, et non pas effe, la lettre f, etc.

Gïrault-Duvivier, après avoir donné comme nous la manière de nommer les consonnes qui ne produisent qu'un son , voudrait que , pour les lettres qui en ont plusieurs, comme c, gr, t, s, on les appelât par le son le plus naturel et le plus ordinaire , qui est au c le son de que; au g le son de gue ; au i le son de la dernière syllabe de forie , et à s celui de la dernière syllabe de bourse.

Il voudrait aussi qu'on apprît aux enfants à prononcer à part, et sans épelcr, les syllabes ce, ci, ge, gi, tiaytie, tii, etc. , et qu'on leur fît entendre que le s , entre deux voyelles, sonne, à quelques exceptions près , comme un z.

Ne serait-il pas plus simple de prononcer chacune de ces lettres d'après le son qui lui est affecié dans la syllabe où elle se trouve , sans aller brouiller l'esprit des enfants, en leur faisant articuler ke ce qui doit être articulé ce.'' mais nous oublions que nous discutons contre la routine de l'appellation , qui est et ne peut qu'être toujours vicieuse. Ne faisons pas épeler un mot ; nommons-le sans compter les syllabes, comme on fait en parlant, et nous éviterons de tomber dans toutes ces contradictions.

La réforme qui a introduit la nouvelle appellation des consonnes, a voulu aussi que les lettres devinssent toutes masculines : ainsi, de même qu'on ne dit plus effe, ne dites pas une effe^ mais un fe^ etc.

M. de Dangeau partage encore les consonnes en fortes et en faibles ; c'est-à-dire que le même organe , poussé par un mouvement doux , produit une consonne faible; et que s'il a un mouvement plus fort et plus appuyé, il fait entendre une consonne forte. Ainsi b est la faible de p, etp est la forte de b.

Voici la table que l'on en donne :

Consonnes faibles.

Consonnes fortes

Bâcha.

Baigner.

Bain.

Bal.

Balle.

Ban.

Baquet.

Pacha.

Peigner.

Pain.

Pal.

Pâle.

Pan.

Paquet.

Bar, duché en Lorraine. Par,

Bâté. Pâté.

Bâtard. Patar.

Beau. Peau.

Bêcher. Pêcher.

Bercer. Percer.

Billard. Pillard.

Blanche. Planche.

Bois. Pois.

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