DES TEMPS
Nous avons dit, d'après Estarac, que chaque verbe, autre que le modilicatif commun être, exprime l'existence intellectuelle d'un sujet avec telle modification déterminée, ou, ce qui revient au même, que chaque verbe exprime ou une action, ou un état. Mais cette action ou cette situation peuvent avoir eu Heu autrefois, ou avoir lieu au moment que l'on parle, ou bien elles n'auront lieu qu'à l'avenir : voilà de nouvelles idées accessoires à ajouter à celles qui sont relatives aux nombres et aux personnes, et à l'idée fondamentale et constante dans chaque verbe : l'existence avec telle modification. Puisque la terminaison des verbes varie pour exprimer, par le changement du matériel, les idées accessoires relatives aux nombres et aux personnes, il faut qu'elle varie aussi pour rendre ces nouvelles idées accessoires relatives aux différentes époques. Ainsi, je labourai hier exprime une action passée au moment où j'en parle ; je laboure dans ce moment exprime une action actuellement présente ;^'e labourerai demain exprime une action future. Les trois expressions : je labourai, je laboure, je labourerai, qui appartiennent toutes au même verbe labourer, et qui toutes expriment la même idée fondamentale, la combinaison des mêmes modifications {l'existence avec l'actionde labourer) , et les mêmes idées accessoires relatives au nombre nngulier et à la premièrepersonne, ont des formes ou des terminaisons différentes pour exprimer de plus les idées accessoires relatives aux différentes époques , et c'est par la différence de ces formes que le premier exprime le passé, le second, le présent, et le troisième, l'avenir.
Ce sont ces formes différentes qu'on appelle temps dans les verbes, parce qu'elles indiquent le rapport entre l'action ou la situation exprimée par le verbe et les différentes époques de la durée.
Nous pourrions raisonner silr tout autre verbe comme nous venons de le faire sur le verbe labourer. Chaque verbe a donc trois formes différentes
PLUS-QUE-FARFAIT.
Une action passée peut avoir été faite à des époques plus ou moins éloignées ; il y a dans le passé une latitude considérable et trop vague, dont il est souvent utile de déterminer les points d'une manière précise. Dès qu'une action est terminée, elle appartient au passé autant que celle qui a eu lieu quelques heures auparavant, ou quelques milliers d'années plus tôt, ou dès l'origine du monde ; et il est bon que les verbes aient encore des formes différentes pour indiquer plus précisément les époques plus ou moins éloignées dont on veut parler, quoiqu'elles soient toutes comprises dans le passé. Si je dis, par exemple : j'avais labouré mon champ lorsque vous vîntes me proposer de l'affermer, j'exprime une action qui était passée avant une autre, laquelle est aussi passée ; et comme rien n'indique si la première était passée plus ou moins long-temps avant la seconde, cette forme peut exprimer un passé plîis passé que tout autre, })Our ainsi dire; c'est pour cela qu'on l'appelle pius' que-parfait, c'est-à-dire passé plus que par- 1 faitement passé. J'avais déjà déjeuné lorsque vom I vîntes chez moi.
PRJBTÉRIT ANTÉRIEUR.
Si je dis ifeus labouré mon champ avant que monvoisin ne commençât, il est évident que l'action dont je parle, non-seulement est passée dans c( moment, mais qu'elle l'était même antérieurement à une autre action, laquelle est aussi passée au moment où j'en parle. Je définis donc un prétérit, antérieur à un autre prétérit, et c'est pour cela qu'on appelle cette forme des verbes, prétérit antérieur : j'eus déjeuné avant qu'il n'arrivât.
On saisira facilement la différence qu'il y a entre le p'étérit antérieur et le plus-que-parfait. Pour former le prétérit antérieur, il suffit que la première action dont on parle fût finie immédiatement avantla seconde, qui est aussi passée -.j'eus laboure mon champ avant que mon voisin ne commençât, comme si l'on disait : j'eus le temps de finir de labourer, ou je venais de finir de labourer avant que..., etc.
Tandis que dans le plui-que-parfait, on exprime
DU VERBE
bien une action antérieure à une autre action passée, mais rien n'indique que la première était justement finie immédiatement avant la seconde; elle peut avoir eu lieu long-temps auparavant ; toute la durée antérieure à la seconde action passée appartient indistinctement au plus-que-parfait. Nous ne parlons pas de la forme : j'avais eu labouré, ni de la forme -.j'eus eu Labouré, qui nous paraissent inutiles.
PBÉTÉRIT DÉFINI.
Si je dis : je labourai seul mon champ l'an passé, j'exprime une action faite à une époque entièrement écoulée, dont il ne reste plus rien, car l'année dernière, où j'ai fait cette action, est entièrement passée. C'est le même passé dont nous avons parlé plus haut; on l'appelle prétérit défini, parce que l'époque à laquelle on rapporte l'action ou la situation dont on parle est bien définie, bien déterminée, et que la portion de durée que l'on prend pour mesure de comparaison est entièrement écoulée. Je labourai hier; c'est ici le jour qui est l'unité de mesure, et celui d'hier est entièrement fini aujourd'hui. Je labourai la semaine dernière, le mois dernier, Can passé, ily asix ans, etc.; toutes ces époques sont précises et entièrement écoulées au moment où je parle.