PRESENT
Il n'y a et il ne peut y avoir qu'une seule manière d'envisager le présent; dès qu'une action est terminée, elle appartient tout entière au passé :
Le moment où je parle est déjà loin de moi ;
et si elle n'a pas encore commencé d'être, elle appartient au futur ; elle ne peut donc pas être plus ou moins présente; voilà pourquoi les vertes n'ont qu'une seule forme pour exprimer le présent : Je laboure; je souffre.
L'actuaUté d'une action ou d'une situation ne dépend pas d'un instant métaphysique, indivisible; elle dépend de la portion de durée que l'on prend pour unité de temps ; voilà pourquoi l'on dit fort bien : il étudie la Grammaire; ce qui ne signifie pas qu'il l'étudié au moment précis où on le dit, mais que la Grammaire est l'objet actuel de son étude, elle sera pendant la durée du cours, ou jusqu'à ce qu'il la sache. La mesure du temps qui constitue le présent est alors relative à la chose dont on parle, et peut avoir une étendue plus ou moins considérable. // sème du froment cette année; l'an prochain il thmera autre chose; on ne veut pas dire qu'il sème durant toute l'année, mais qu'il se contente de semer du froment pendant le temps nécessaire pour cela.
On emploie aussi la forme du présent pour exprimer Vaction ou la situation habituelle d'un sujet. Il aime la musique-, il blâme tous les excès-, il
souffre des malheurs de sa patrie; il se bat comme un lion, etc.
Quelquefois le présent s'exprime sous la forme de Vimparfait, comme quand on dit à quelqu'un que l'on rencontre ; j'allais chez vous; ou à quelqu'un qui entre dans la chambre ; je m'occupais de vous dans ce moment. C'est un véritable prétérit simultané, qui n'équivaut à la forme âupiéseni que par rapport aux circonstances : j'allais chez vous, c'est-à-dire, je m'étais déjà acheminé pour y aller avant de vous rencontrer; mon action d'aller chez vous est donc passée en partie au moment où je vous le dis, et elle est simultanée avec votre rencontre ; et c'est parce que cette rencontre est actuelle, présente, que j'allais exprime un présent dans cette circonstance. Il en est de même de toutes les phrases semblables.
Quelquefois aussi, en parlant des actions passées, on emploie la forme du présent, mais c'est qu'alors on se transporte en idée à l'époque dont il s'agit, et l'on se considère comme si l'on était présent à ces actions ; c'est une fiction qui donne plus de rapidité au style, et plus de mouvement et de vivacité au tableau.
FDTUR.
Le futur peut s'envisager de deux manières. Si je dis : je labourerai mon champ, j'exprime d'une manière simple et absolue une action que je me propose de faire dans la suite, sans indiquer aucune époque déterminée dans l'avenir; et cette forme est la même, quelle que soit cette époque future ; car je peux dire également ; je labourerai dansune heure, ce soir, demain, dans une semaine, dans un mois, dans un an, dans un siècle. Cette forme s'appelle futur simple ou futur absolu : simple, parce que c'est l'une des formes simples des verbes; ab- 5o/u,parcequ'il exprime uneactionouunesituation future d! une manière absolue, et sans préciser aucune époque dans l'avenir.
Souvent la forme du présent est aussi employée pour exprimer une action future, comme quand on dit '.je pars demain à huit heures précises. Mais il est évident que ce n'est pas la forme je pars qui, par elle-même, exprime un futur, c'est le mot demain qui lui donne cette signification ; et si l'on dit je pars, et non pas je partirai, c'est peut-être pour exprimer qu'on est aussi résolument décidé à partir que si l'on partait dans le moment; on veut faire connaître combien il est certain qu'on partira.