FUTUR PASSÉ
Si je dis : j'aurai labouré mon champ lorsque
vous reuienrfrea, j'exprime une action qui n'est pas faite encore, qui est par conséquent future au moment où j'en parle, mais qui sera passée lorsqu'une autre action ./uture dont je parle aura lieu.
Cette forme exprime donc tout à la fois un futur par rapport au moment où l'on parle, et un passé par rapport à une autre action future; c'est à cause de ce double point de vue qu'on appelle cette forme futur passé, et l'on voit facilement dans quel sens ces deux mots n'impliquent pas contradiction. On l'appelle aussi futur coni' posé, parce que celte forme, ainsi que plusieurs autres, est composée d'une forme du verbe avoir et du participe du verbe labourer.
Voici les deux formes du futur dans les vers suivants :
Quand le moment viendra d'aller tronver les morts , J'aurai vécu sans soins et mourrai sans remords. {La Fontaine, livre ii, fable 4.)
Nous ne parlons pas de la forme j'aurai eu labouré, qui est absolument inutile.
Voilà donc en tout jusqu'ici huit formes différentes des verbes, huit temps, potfr exprimer les différentes. époques d'une action ou d'une situation. N'oublions pas que toutes ces formes expriment la même idée fondamentale, V existence styec ïaction de labourer; que tous les mots que nous venons d'analyser ont la même racine [labourer) ; et que leur terminaison varie à mesure que, outre l'idée fondamentale, on veut exprimer une idée accessoire relative ou aux personnes, ou aux nombres, ou aux temps ; par ce moyen, chaque nouvelle nuance d'idée est exprimée par un signe différent, ainsi que cela doit être pour éviter la confusion.
Pour exprimer ces divers temps, on emploie tantôt des formes simples, comme je marche, je Usais, et tantôt des formes composées, commej'ai marché, j'avais lu, je serais estimé. De là deux sortes de temps : les temps simples et les temps composés.
Les temps simples soût ceux qui n'empruntent pas un des temps du verbe avoir ou du verbe être, comme je chante, je finissais, je reçus, etc.
Les temps composés sont ceux dans la composition desquels il entre un des temps du verbe avoir et du verbe être : j'ai chanté, j'avais fini, tu seras reçu, il était parti, ^c.
Les temps des verbes se divisent encore en temps primitifs et en temps dérivés. Nous parlerons de ces deux sortes de temps à l'article de la formation des temps.
DU VERBE. 319
Le dernier nous paraît moins éloigné de l'^iialogie de notre langue et son étymologie est plus claire (moveo , je meus; modus, manière).
On entend par modes différentes manières de signifier l'existence d'un sujet sous un attribut; en d'autres termes, les modes consistent en diverses formes que prennent les verbes pour exprimer l'affirmation. Il y a en français cinq modes, qui sont : Xindicatif, le conditionnel, Yimpéralif, le subjonctif et l'infinitif.
On remarque dans les langues deux espèces générales de modes ; les uns sont personnels, et les autres impersonnels.
Les modes personnels sont ceux où le verbe reçoit des terminaisons, par lesquelles il se met en concordance de personne avec le nom ou le pronom qui en exprime le sujet. Nous en comptons quatre de cette espèce ; ce sont Vindicatif, le conditionnel, Y impératif et le subjonctif.
Les modes impersonnels sont ceux où le verbe ne reçoit aucune terminaison pour être en concordance de personne avec un sujet. Il n'y en a qu'un dans notre langue : c'est Vinfinitif. Il est vrai que quelques Grammairiens, qui ont fait du participe xme classe à part, ont classé cette subdivisioi^ de Vinfinitif comme mode impersonnel particulier ; mais ces divisions étant dans le fait |)€u importantes, nous nous rangerons à l'avis du plus grand nombre des Grammairiens, qui ont raison de n'accepter que cinq modes ou manières de signifier dans les verbes.
U n'y a que les modes personnels qui puissent servir à énoncer des propositions, puisque c'est seulement dans ces modes que le verbe s'identifie avecle sujet par la concordance des personnes qui indiquent les relations exclusivement propres au sujet considéré comme sujet. Les modes impersonnels, au contraire, ne peuvent servir à énoncer des propositions, puisqu'ils n'ont pas la forme qui désignerait leur identification avec leur sujet considéré comme tel; il faut y ajouter quelque chose pour avoir des propositions entières, et spécialement un verbe qui soit à un mode personnel. Par exemple :
Venger la mort d^un père n'est point une proposition; rien n'est affirmé ou nié sur aucun sujet; le sujet tout au plus est énoncé; il fiiutdonc, pour en foire une proposition, y ajouter un verbe avec un attribut, et dire :
Venger la mort d'an père est toujours légitime.
(Voltaire.)
Il n'y a point de proposition non plus dans ce vers du même poète :
La Discorde à l'instant entr'ouvrant une nue,
DES MODES
On disait anciennement mœuf au lieu de mode.
ce n'est que le sujet de la proposition dont le ver? qui suit renferme le verbe et Tattribut.
Sur un char lumineux se présente à S9 vue.
GRAMMAIRE FRANÇAISE
h'infiniùf venger, dans le premier exemple, est un mode impersonnel ou indéfini, de même que le participe entrouvrant, dans le second.
Mais revenons à Estarac.
Si nous examinons attentivement, dit-il, toutes les formes avec leurs inflexions variées, nousnous convaincrons que toutes ces* formes, dans toutes les inflexions, expriment une même vue de l'esprit, c'est-à-dire que, dans toutes, notre entendement considère, par exemple, l'action de labourer comme affirmative, quelles que soient d'ailleurs les idées accessoires relatives aux époques, aux personnes et aux nombres. Dans toutes ces formes et dans toutes leurs inflexions différentes, on aflirme qu'on avait labouré, qu'on eut labouré, qu'on laboura, qu'on a labouré, qu'on labourait, qu'on laboure, qu'on labourera, qu'on aura labouré; c'est là un point de vue général, une vue de notre entendement qui convient également et à chacune des huit formes, et à chacune des six inflexions de chaque forme, iadépendamment de l'idée fondamentale exprimée par le verbe, et des idées accessoires et relatives aux temps, aux personnes et aux nombres. Ce point de vue général se ditférencie par les modes des verbes.