DES CONSONNES
Consonnes faibles.
Consonnes fortes.
Dactyle, terme tic poésie. Ti^ci'ile.
Danser.
Tancer.
Dard.
Tard.
Daier.
Tâter.
Déiste.
Théiste.
Dette.
Tette, lêle.
Doge.
Toge.
Doigt.
Toit.
Donner.
Tonner.
G,gue.
C dur, K ou Q, que.
Cache.
Cache.
Gage.
Cage.
Cale.
Cale.
Cand.
Quand, Caen, qu'on pro-
nonce i^Ton.
Glace.
Classe.
Grâce.
Crasse.
Grand.
Cran.
Grevé.
Crevé.
Gris.
Cri , cris.
Grosse.
Crosse.
Grotte.
Crotte.
J, je.
Ch , che.
Japon.
Chapon.
Jarretière.
Charretière.
Jatte,
Chai le.
V,rc.
Vain.
Faim.
Valoir.
Falloir.
Vaner.
Faner,
Vendre, vend».
Fendre, fendu.
Z,ze.
S, se.
Zèle.
Selle.
Zone.
// sonne , de sonner.
La Saône, rivière.
Ye mouillé faible.
L , U mouillé fort.
Doyen.
Paille.
Payeo.
Maille.
Moyen.
Vaille.
D'après ce détail des consonnes faibles et fortes, il paraît, ajoute du Marsais, qu'il n'y a que les deu\ lettres nasales m, n, et les deux liquides / , r, dont le son ne change point d'un plus faible en un plus fort, ni d'un plus fort en un plus faible. El ce qu'il y a de plus remarquable à l'égard de ces quatre lettres, selon l'observation que M. Harduin a faite, c'est qu'elles peuvent se lier avec chaque espèce de consonne , soit avec les faibles , soit avec les fortes, sans apporter aucune aliéralionà ces lettres. Par exemple : dans imbibé^ voilà le m devant une faible; dans impitoijable , le voilà
devant une forte. Nous ne prétendons pas dire que ces quatre consonnes soient immuables : elles se changent souvent, surtout entre elles; nous^lisons seulement qu'elles peuvent tantôt précéder et tantôt suivre indifféremment ou une lettre faible ou une lettre forte. C'est peut-être par cette raison que les anciens ont donné le nom de liquides à ces quatre consonnes /, m, n, r.
Nous allons maintenant opérer sur les consonnes cotnme nous l'avons fait pour chacun des sons-voyelles.
Chaque consonne , observe Lévizac , ne devrait avoir qu'un son désigné par un seul caractère , et ce caractère devrait être incommunicable à tout autre son. Mais comme dans la langue française il arriveque le môme caractère représente plusieurs sons, ou que plusieurs caractères ne représentent que le môme son , nous distinguerons dans les consonnes deux sons : le son propre et le son accidentel ; nous appellerons son naturel ou propre^ le son que la consonne a naturellement» et son accideniel, celui qu'elle reçoit par position.
Remarquons encore avec Maiigard, que les lettres varient quant à la figure et quant à îa valeur, La figure peut être simple , comme c y g, l,p^ t-, ou double, comme cli, ^n. II, ph, th. La valeur est simple, quand on prononce la lettre d'une seule manière ; elle est double , quand on la prononce de doux manières différentes , comme le c et le </ , qui ont le son doux avec les voyelles e et i, et dur avec les voyelles a, o, u.
Ce Grammairien, qui a inséré dans son alphabet le «^ , a oublié d'en faire mention comme lettre double. Nous réparons cette omission , et nous prévenons que nous ne parlerons de ces doubles consonnes, qui ne se rendent cependant que par une seule émission de voix , comme les simples lettres , qu'après avoir traité de chacune des consonnes simples en particulier. Nous ne pourrions pas, en effet, parler du gn à la lettre g, parce que l'esprit du lecteur ne connaîtrait pas encore la lettre n. Voici donc l'ordre que nous allons suivre :
B, c, d, f, g, h, { en tant que lettre aspirée, car, si nous la considérons comme lettre muette , elle est totalement nulle, et purement orthographique)» j, k, l, m, w, p, q, r, s, t, v,w { parce que ce double caractère offredeux manières de prononciation, celle de ou , qui est étrangère , et celle du v naturel, qui est française), et z.
Les lettres doubles , dont nous aurons à traiter à la suite, sont : cti, gn. Il (dits mouillés), phet th. Ch, gn et II (dits moui//és) devraient avoir un caractère particuUer. On nous répondra que ces doubles lettres sont un caractère, et même un caractère très-parliculier. Nous répliquerons que nous le concevons , et que nous le reconnaissons aussi bien que qui que ce soit ; mais nous, qui n'avons pas le sot amour-propre de nous persuader que
nous ne travaillons que pour des savants , nous prétendons qu'il serait bien plus simple et plus rationnel de ne pas donner cours à des difficultés inutiles. Par exemple, le ch a-t-il le moins du monde de la ressemblance avec c et h? Aucunement. Et nous expliquera-t-on raisonnablement le gn , qui sonne tantôt guene, et tantôt gnie, par un g , qui se prononce gue et je, et par n, qui ne saurait avoir un son autre que le nasal ? Ph n'est qu'orthographique, bien ; mais est-il nécessaire ? Il est, nul quant à la prononciation , puisqu'il sonne fe comme le caractère f. Est-il bien certain aussi qu'il soit étymologique? En grec , il est vrai, le cp est une lettre double; mais nos pères n'auraient-ils pas, par hasard , simplifié le double caractère du <p par une simple lettre qui serait f? Jusqu'ici nous n'avons rien trouvé qui nous prouvât le contraire. IN'aurions-nous pas encore raison de repousser ce ^fe inutile?
La même observation peut s'appliquer au th, et d'une manière plus absolue ; car , dans le ph , les deux consonnes remplissent un double office. Le ih n'a que le son simple du t. Nous sommes cependant forcés de reconnaître ici un h , sinon euphonique, du moins orthographique. Nous pensons que le tli des Anglais , si difficile à prononcer, ne doit pas être autre chose que notre th, qui nous vient des Grecs. Seulement les Anglais ont une prononciation distincte, et nous n'en avons pas ; c'est en quoi ils sont plus rationnels.
En proposant des signes nouveaux , nous satisfaisons aux besoins de l'expression. Nous devons indiquer avec la même impartialité nos motifs raisonnes de suppression. Nous ne ferons pas mention des lettres dont le service est généralement avoué ; mais nous allons mettre en rapport chacune des lettres dont le son est sujet à se répéter. Qu'on n'oublie pas que nous ne faisons que proposer des innovations raisonnables, sans les imposer.
Nous voyons d'abord que la lettre c a un son sifflant et un son guttural. C devant e et i se prononce ce et ci; voilà le son propre du c. Devant a, o et u, sans cédille, il se prononce comme ka, ko, /tUy ou comme qua^ quo , qu. Nous écrivons ainw ce son parce qu'il n'existe pas dans notre langue , à moins que qua ne se prononce koua, comme dans éqnaleur.
Ces observations nous forcent à parler immédiatement de la lettre /c , de la lettre </ , et de s et de t, lorsque ces deux dernières consonnes se prononcent sifflantes. /il ou q pourrait remplacer sans difficulté c devant a, o, m ; nous préférerions la lettre /c, parce qu'elle a un son naturel devant u, tandis que q n'en a pas devant cette voyelle. Que , par exemple , pourrait parfaitement s'écrire ke. Une objection se présente : comment écrire, avec le son qu'on lui donne , le mot questeur ? Voici
GRAMMAIRE FRANÇAISE
notre réponse.Nous ajoutons bien la voyelle u dans ce mot après q; pourquoi , dans les mots où k devrait sonner /m , n'écririons-nous pas /eu comme nous écrivons qu? soit donc kuesteur. Examinons maintenant si nous pourrions supprimer absolument la lettre c. Oui , si nous cons^vions le son naturel de s. Mais s peut sonner comme z; s ne saurait donc remplacer le son de c,que nous figurons par ce. Dans tous les cas où s a le son sifflant, on pourrait mettre un c, si le c n'avait jamais que le son sifflant. Par exemple , sabrer pourrait s'écrire ca/rer; puisque, d'après notre système, ce dernier mot s'écrirait kabrer. Quant à s , ayant le son ze, nous n'arrêterons même pas ici le lecteur ; il cçmprend que le son »e, se manifestant par z, ne devrait pass'écrireautrement. Nousferons la même remarque concernant le t ayant le son se ou ce. Il est absurde, et de la dernière absurdité, d'avoir une lettre ayant tantôt un son et tantôt un autre. Expliquons notre épilhèle d'absurde; car, qui sait? on pourrait nous accuser de marlisme {i). Il est absurde, disons-nous, d'avoir une lettre qui ait deux sons différents, quand ces sons différents peuvent être rendus par des lettres différentes , et qui existent.
Toutes ces réformes ne sont pas si inutiles qu'on pourra le penser au premier abord. Nous les croyons nécessaires, surtout lorsque nous entendons dire, ce qui d'ailleurs est la vérité, que nous sommes la nation la mieux civilisée du monde; mais nous craindrions de commettre le crime de lese-naiion^ en ne nous efforçant pas de faire de notre langue, non pas seulement la plus belle, mais la plus raisonnable , la plus yatîonnelle des langues.
DES COXSONNES SIMPLES.
Certaines consonnes peuvent avoir, par position, un ou plusieurs sons, ce qui ne devrait pas être, car chaque son devrait être représenté par un caractère. Mais, comme il n'en est pas ainsi, nous distinguerons à chaque consonne, avec Lévizac, que nous allons presque constamment suivre pour ce qui concerne cet article, le son qui est naturel ou propre,des divers autres sons qu'elle peut avoir par occasion. Nous appellerons donc son naturel celui que chaque eonsonne a le plus souvent , et son accidentel, celui qu'elle ne reçoit que quelquefois et par position.
Figure
delà
lettre.
B b. Son naturel he. Bahylone, béat, btOle, boule, beurre, bedeau, Uucéphale.
(t) M. Marie est un réformateur orttiograpliiquc qui a voulu altor trop loin et surtout trop vite.
DES CONSONNES SIMPLES
Hgurc delà le tue.
Celle lettre a un son invariable. B se prononce toujours dans le corps du mot , abdiquer, subvenir, etc. Le 6 ne s'écrit que lorsqu'il se prononce ; si ce n'est à la fin des mots : plomb , à-plomb , sur-plomb , où il ne se fait point sentir, et où néanmoins on doit l'écrire pour garder ranalo{Tie avec les mots plomber, plombier, plomberie, etc., analogie qui, sans ce b muet, n'existerait plus, puisque s'il n'y avait point de consonne à la fin de plomb, ou qu'il y en eût une autre que le 6 ou le p , il faudrait encore y mettre un « à la place du m. 11 est beaucoup de noms propres qui paraissent à l'oreille être terminés par un b suivi d'un e muet, et qui ne prennent que le b seul, comme: Joab, Moab, Job, Zeb , Oreb, Jacob, etc. Il en est de même de radoub : donner le radoub à un vaisseau. , En cas de redoublement , qui n'a lieu que dans rabbin, sabbat, abbé, leurs dérivés, et quelques noms de ville, comme Abbeville, on n'en prononce qu'un.
Il est absurde de prétendre que lorsque ce caractère est immédiatement suivi d'une lettre forte, le b produit le son du p. Ceux qui prononcent absent, comme s'il y avait apsentf font une faute grossière.
Pigure
delà
Jctlic.
C c. Son naturel , ke. Cadre, coco, curé.
— Son accidentel, ce. Ceci.
— Son accidentel , gue. Second et ses dérivés.
C initial, ou dans le corps du mot, conserve le son naturel devant a,o,u,l,n,r, t; néanmoins avant u il rend un son moins dur. Ainsi on prononce avec le son naturel : cabaret, colonne, cuve , clémence , Cnéius, crédulité, Ctésiphon.
Il ne se prononce pas au milieu des mots avant ^, ca, co,cu, cl,cr. On prononce, sans faire sonner le premier c : acquérir, accabler, accomplir, ^accuser, acclamation, accréditer.
U prend le son accidentel ce avant e et i : ciment , céder; et avant<;a, co, eu , quand on met une cédille dessous, comme dans ces mots; ça, façade , façon , reçu. S'il se trouve suivi de ce, ci, il a le son naturel : succès, accident.
Quant au son accidentel yiœ, il l'a, d'un aveu général , dans second et ses dérivés , et , selon quelques Grammairiens , dans secret et ses dérivés; mais l'Académie, qui mar«fue, par extraordinaire, la prononciation de second , ne dit rien sur celle de secret ; ce qui montre que cette prononciation n'est pas autorisée par l'usage. (Voir notre Dictionnaire, 5 la lettre G.)
Il est contre le bon usage de prononcer Claude, le nom propre Claude. Cigogne s'écrivait autrefois cJco</ne; on ne l'orthographie plus que de la première manière.
C final se prononce ordinairement : Cognac, trictrac, avec, bec, syndic, estoc^quédnc, etc., et, dans ce cas, il a le son naturel. Mais il ne se fait pas sentir dans broc, clerc, marc, jonc, tronc, franc, almanacti, amict, estomac, tabac, lacs (nœuds de rubans ou filets), et dans le mot donc, mais seulement lorsque que ce mot n'est pas suivi d'une voyelle. On prononce le c dans les adjectifs franc et blanc, s'ils sont suivis de mots qui commencent par une voyelle : franc étourdi, du blanc au noir, etc.
On veut, depuis quelque temps, que le c de violoncelle et de vermicelle ait le son de cli, eu égard à l'origine italienne de ces deux mots. Nous croyons que ce ne serait pas une faute de les prononcer naturellement à la française.
Dans le cas de redoublement, les deux c ne se prononcent qu'avant e et I : succès, accident. Demandre fait remarquer quelques difficultés que présente cette lettre.
Gomme le son de c, dit-il, devant un e ou un i est le même que celui de s dur ; et que devant un a, un o et un u, il est le même que celui du A ou du 7 ; qu'enfin ce c étant doublé entre deux voyelles dont la seconde est un e ou un i, il forme un sort que l'on rend souvent par x; comme d'ailleurs le son de s dur peut s'exprimer par plusieurs caractères différents , par un s ou par deux, ou même par un t, lorsque deux voyelles suivent , dont la première est un i; il doit être fort difficile de marquer par des règles générales en quelle occasion on doit employer le c. Écrira-t-on accion ou acsion, ou axion, ou actio7î ? Quel principe décide pour cette dernière manière de peindre ce mot, préférablement à une autre? Et puisque l'on doit écrire action, pourquoi écrit-on axiome, accès? Nous ne pouvons avoir recours qu'à l'usage. Cependant l'analogie peut être d'un grand secours. Vous conclurez qu'il faut écrire par un c, vicieux, consciencieux, négociant, négocier, pénitencier, audiencier, etc. » quand vous saurez qu'on écrit par la mêm.. lettre , vice, conscience, négoce, pénitence, auhdience, silence, etc.
Dans les noms adjectifs formés des substantifs terminés en ique , et dans les substantifs tirés des verbes en i^wer, on met un c au lieu d'un q : Africain, américain, républicain,. dominicain, des noms Afrique, Amérique, ré-
FignrP
delà
letlre
GRAMiMAlliE FUAJNÇAISE.
Figure
deia
lettre.
'publique, Dominique, etc., et bibliothécaire^ application, applicable, communication, communicable, communicatîf , praticable, etc., a cause du mot bibliothèque, et des verbes appliquer, communiquer^ pratiquer, etc.
Les anciens écrivaient avec cl : conflict , délict ,%ontract , défimct, dislraict , effect, sainct , iraict, lict , toict; et par cq : pacquet, abecquer , chocquer , picquer , piequeur , picquel , bacquet , etc. , etc. Aujourd'hui oa retranche le c dans tous ces mots et autres semblables; oa ne l'a coiiservé que dans l'adjectif féminin grecque, dans respect, aspect, circompect^ suspect, et dans quelques autres où il se fait sentir, quoique faiblement. On l'a aussi retranché du yerhe savoir, sachant, je sais, su, etc., qu'on écrivait sçavoir , sçachant , je sçais, sçu, etc. On l'y avait sans doute placé dans la persuasion que savoir venait du verbe latin scire, où le c est employé ; mais c'est une erreur : il est beaucoup plus croyable, selon tous les principes de l'étymologie , que savoir vient de sapère, où la lettre c ne se trouve point. On ne voit point d'exemple de verbes en ire changés en avoir, tandis que le p et le 6 se changent trèssouvent en w, et ère en oir, comme sapo, savon; habere, avoir; debere, devoir, etc. ; mais on conserve le c dans science, qui vient certainement de scientia; dans scission, qui vient de scissio, etc.
Les mots où le cse placé avec une cédille devant un a, un o ou un u, sont des mots analogues à d'autres où la même consonne se trouve devant un e ou un i. Cela se fait donc par analogie ; c'est ainsi qu'on écrit : agaça, commençait, conçu, plaça, glaça,aperçu,yaireçuj etc., à cause des mots : agacer, commencer, concevoir, placer, glacer, apercevoir, recevoir, etc.; il en est de même pour fiançailles , garçon , ineffaçable, leçon , gerçure, etc., à cause de fiancer, effacer, lecture, etc.
C est ordinairement redoublé dans les mots en ac : accident, accabler, accent, etc. Pour les autres cas, il faut avoir recours aux dic' tionnaires.
D d. Son naturel, de. David, dé, Diane » dodu,
douleur, deux, demander.
»— Son accidentel, te, devant une voyelle ou un h muet. Grand arbre, grand homme.
D initial conserve toujours le son qui lui est naturel ; il se prononce avec ce même son dans le corps du mot avant une consonne : ac/-
jectif, adverbe, etc. Nous ferons remarquer qu'il est inutile d'annoncer avec Girault-Duvivier que d perd le son qui lui est propre dans advis, advocat, advouer, advenir , puisque ce serait aujourd'hui une faute d'écrire ainsi ces mots, la suppression du d étant universellement adoptée.
Final , il sonne de dans les noms propres : David, Obed, etc. Quant au son accidentel t, il le prend avant les mots qui commencentparune voyelle ou un h muet, comme grand affronteur; grand homme; quand il viendra, etc. Il y a quelques exceptions à poser par rapport à certains substantifs qui finissent par un d. Bord escarpé ne saurait, sans déchirer l'oreille, se prononcer : bortescarpé. Nous entendons cependant dire souvent im froi-textrême ; ici le goût et l'oreille doivent guider. Il n'est en aucun cas prononcé dans gond , nid et muid. Girault- Duvivier fait donc une observation fort sensée en disant que ce vers de Boileau n'est point régulier :
De ce nid à l'instant sortirent tous les vices. (Épitre llh)
Il faut absolument faire sonner le d du mot nid pour éviter un horrible hiatus.
D ne se prononce dans pied qu'en cette phrase : de pied en cap ; on ne le fait point sentir dans les autres mots avant une consonne. Quoique l'usage général veuille que le d sonne dans pied- à-terre , nous pensons qu'il serait plus doux à l'oreille de dire piéà-terre. Pied à pied ne se prononce certainement pas p'xé-ta-pié , mais bien pié à pie. Si l'on dit de pié-ten-cap, c'est pour éviter le lourd hiatus de pié en cap.
On met un ti à la fin des mots : chaud, froidy gond, rond, nid, fond, courtaud, crapaud, échafaud, bord, sourdaud, nud, et de quelques autres , quoiqu'il ne s'y prononce pas. Les poètes écrivent souvent nu, mais ils ont bien des licences que 1^ prosateurs auraient tort de s'approprier. Ce d est nécessaire dans ces mots, à cause de leur étymologie ou de leur analogie avec ceux de : chaude, froide, rondeur, nudité, etc.
Vert s'écrivait autrefois verrf; mais puisque nous avons le féminin verte, nous ne pourrions, sans nous montrer inconséquents, écrire verd au masculin, et verte au féminin.
<i) est encore une de ces consonnes qui ne se doublent plus que dans les occasions où elle devient si dure, que pour en rendre le son il faut l'écrire deux fois, comme dans : addition, reddition, et autres mots semblables.
DES CONSONNES SIMPL'ÎS.
Figure (If la ItUio
Ailleurs on ne l'écrit qu'une fois, quoique ce soit dans des mots composés de la préposition o, comrae : adresser , adonner, adoucir^ j qui viennent de à et de dressa-, donner ^ douceur, etc.
Figure 'le la kUre.
F f. Son naturel , fe. Faveur , funeste, — Son accidentel, ve. Neuf ans, neuf hommes. Cette lettre conserve toujours le son naturel au commencement et au milieu des \ mots; quand elle est à la fin, elle se prononce , pour l'ordinaire , aussi bien avant les mots qui commencent par une consonne, qu'avant ceux qui commencent par une voyelle , ' comme : une soif bridante ; une soif ardente ; il est veuf de sa troisième femme; i(fl Juif errant ; un Juif ■portugais. Néanmoins on ne ta prononce pas dans clef ( même avant une voyelle ). Quelques personnes écrivent clé par rapport à la prononciation ; elles ignorent que l'orthographe de clef esl tout-à-fait étymologique par le changement du venf, ce mot venant du latin clavis. F ne se fait pas sentir non plus dans cerf, cerf-volant, cerf-diX' cors , chef-d'œuvre , nerf de bœuf, bœuf gras , œuf frais, Neuf-Brisach , neuf pistoles. On doit , selon l'Académie , le prononcer dans l'adjectif neuf : un habit neuf. L'Académie dit encore qu'on le prononce souvent dans nerf au singulier (ce qui suppose qu'on ne doit pas toujours le faire sonner), et qu'on ne le prononce jamais au pluriel. Nous avons souligné le mot souvent; car n'est-il pas ridicule de venir nous poser en principe que les mots bœuf et œuf se prononcent au singulier bœufe et œufe, et qu'au pluriel on les fait sonner beu et eu ; tandis qu'au singulier nerf aura le son tantôt de nere , et tantôt de nèrfe, selon le bon plaisir ? Il est vrai que tout le monde aujourd'hui dit : un nere, et des nères. Mais tout le monde ne peut avoir raison contre le bon sens. Disons tous unnère, un beu, un eu , ce-que nous ne pensons pas que tout le monde accordera;. mais si nous convenons tous de dire : un beufe , un eufe et des beu , et des eu, convenons de dire également : un nèrfe et des nères. Car, en présence de tout raisonnement , il faut être conséquent. Nous savons bien que l'on va nous objecter que l'on doit ' dire un nère de bœuf, et non pas un nèrfe de bœuf. Nous répliquerons que beaucoup prononcent nèj-e de bœu , et que tous ceux-là ont tort , tœu/" ne se prononçant 6eu qu'au pluriel : appuyons-nous encore de deux vers cités par Girault-Duvivier.
Boileau [Satire VI ) a dit :
Etjpour surcroît de maux, un sort malencoHireux Conduit en cet endroit un grand troupeau de 5œu/s.
Et Racine ( les Plaideurs ,1,5) :
Et si , dans la province , Il se donnait en tout vingt coups de nerf de boeuf. Mon père pour sa part en emboursait dix-neuf.
Concluons , d'après la règle du gros bon sens , que l'on devrait dire un nèrfe , comme on dit un beufe et un eufe.
Nous venons de répondre à une objection ; mais il s'en présente une autre d'un intérêt et d'une importance graves. Il est question de deux 'substantifs qui se trouvent dans le cas des mots nei-f, bœuf et œuf, que nous venons de discuter. On voit qu'il s'agit de cerf, bête fauve, et de saf, esclave. Or, d'après l'Académie, le nom de l'animal se prononce cère, et le nom de l'esclave, cèrfe. Cerf, venant du latin cervus, lequel a été formé du grec xepaoç, ou , en employant le digamma éolique, de xspa^oç, corne, à cause de la coj-ne , appelée bois , qu'il porte sur la tête, pouvait fort bien se prononcer cèrfe; mais l'Académie Vfeut qu'on prononce cère. Passons au mot serf, qui vient de servus. Pour former ces deux mots français , nous considérons les deux lettres c et 5 , qui les distinguent l'un de l'autre, par la racine de chacun de ces mots ; mais la finale ou les lettres terminatives sont absolument les mêmes. Pourquoi cerf se prononcerait-il cèrey et serf, cèrfe? Nous ne pouvons admettre que l'Académie n'ait pas raisonné. Nous supposons qu'elle a ainsi envisagé la question : le mot serf, esclave, n'a point décomposés ; celui de cerf, animal , en a quelques-uns, tels que: cerfvolant, cerf-dix-cors , etc. Il n'y avait, selon nous, et comme elle l'a fait , qu'une manière de distinguer ces deux acceptions , dont le sens est si différent ; c'était d'examiner leur emploi : du moment qu'on était quelquefois obhgé de ne pas prononcer cèrfe dans les mots composés , on pouvait établir comme règle que serf se prononcerait toujours cèrfe, ei cerf toujours cère. Il n'y a point de raison étymologique , mais il y a encore ici la raison du bon sens ; celle-ci vaut bien l'autre. , Lesadjectifs ou les autres motsqui finissent, quant à la prononciation , par un /"aussi sonore que s'il suivait un e muet , n'ont pas pour cela cet e muet après f; ainsi on écrit : veuf, nef, tuf, if, vif, attentif, etc. , quoique l'on prononce veufe, neffe , tuffe , ife , vife, attentife, etc. On pourrait même dire que cette consonne étant finale est ennemie
GRAMMAIRE FRANÇAISE
Figure
de la
lettre
des e muets , parce qu'elle se change en v , comme veuve , vive , attentive , etc. , et que nous avons fort peu de mots qui finissent par fe, comme coeffe.
Relativement à l'adjectif de nombre neuf, f ne se prononce pas quand il est immédiatement suivi d'un mot qui commence par une consonne : neuf cavaliers , neuf chevaux. Quand celte lettre est suivie d'un substantif qui commence par une voijelle , l'usage ordinaire est de lui donner le son accidentel de v : neuv-écus,neuv-enfants, neuv-aunes, elc. Nous devons oljserver à cet égard que le peuple de Paris et des provinces voisines donne ce même son à quelques autres mots avant une voyelle , ce qui est une très-mauvaise prononciation. Mais quand neuf n'est suivi d'aucun mot, ou qu'il n'est suivi ni d'un adjectif, ni d'un substantif , on prononce cette lettre selon le son qui lui est propre , comme dans ces phrases : de cent qu'ils étaient , ils ne restèrent que neuf; neuf et demi ; ils étaient neuf en tout ; les neuf arrivèrent à la fois.
On ne met plus cette lettre à la fin du mot bailli , qu'on écrivait autrefois baillif; cependant on dit encore baillivet quoique celte qualification ne soit plus en usage ; nous l'indiquons pour le cas oiî l'on aurait besoin de s'en servir.
On double souvent /", comme dans : affecter, difficile, affaire, offenser, offrir , officieux , etc. 11 y a trois raisons de le faire : l'étymologie , la prononciation plus forte , et l'addition de a au commencement de quelques simples dont la lettre initiale est un f.
Lorsque celle lettre est redoublée , on n'en prononce qu'une ; effaroucher, affaiblir, offrir, etc.
Remarque. Ph sonne aussi comme f; nous en parlerons aux consonnes doubles.
Figure delà lettre.
g. Son naturel , giie ou gu , avant a,o,u,ou: gâter, gorger, guttural, goulu , gueux.
— Son accidentel, je, avant e,i: gelée, gibier.
— Son accidentel , ke , devant les mots qui commencent par une voyelle ou un h muet : rang épais ; long accès ; suer sang et eau ; et dans bourg , même employé seul.
On voit , d'après ces exemples, que G initial , ou dans le corps d'un mot , n'a le son accidentel je qu'avant e et i ; partout ailleurs il a le son de gue ; mais avec cette différence , qu'il a un son très-dur avant o,u,l,ua,ue, uon : gabelle , gosier , glorieux , brigue, guenon , brigua , voguons ; et qu'il en a un
beaucoup moins dur dans gu , gué, gueu, gui : guttural , guérir , guerre , gueule , guider, vo^ guait. Gmî se prononce en un seul temps, mais en faisant sentir Vu dans aiguille et ses dérivés, dans aiguisement, ûi^wiser, et dans les noms propres : Aiguillon, Guise, le Guide; mais on prononce sans faire sentir Vu , guider , guidon , anguille , vivre à sa guise, elc. Les lettres gu font seules une syllabe dans les différentes terminaisons du verbe arguer, dans ci gué, aiguë, ambiguë , contiguë. (Voyez l'article tréma. )
G final sonne gue dans les noms propres Agag\ Doég, Siceleg, etc., et dans jou^, même avant une consonne , quoiqu'il y soit plus doux. Bourgmestre se prononce bourguenifstre.
Nous avons vu qu'il a le son accidentel k dans bourg , et dans ces trois mots : rang , long et sang , mais seulement avant une voyelle pour ces trois derniers ; car il ne s'y prononce pas avant une consonne , ni dans aucun cas des mois suivants : doigt , legs , poing , vingt , hareng , étang et seing.
En cas de redoublement , on n'en prononce qu'un ; excepté devant gé, et alors le premier a le son propre gue : suggérer. Ce même son se retrouve dans le corps de certains mots étrangers avant d, m, h : Magdebourg, Ghilan, Berghem. Gessner se prononce Guèsner,
Nous avons parlé, au son ea et eo, de l'insertion de Ve muet après la consonne g , quand on veut lui ôter le son qui lui est propre devant a, o, m, pour lui donner le son dej, qu'elle a devant e ,i; ainsi mangeons s'écrit de cette manière , pour que l'on ne prononce pas manguons. Du Marsais, en traitant de la lettre g , avertit qu'il ne donne à ce caractère que le son qu'il a devant a, o , u; parce que, dit-il , le son faible ge et gi appartient au j. Si le sou du g devant i , ajoute-t-il , a été donné dans notre orthographe vulgaire au g doux '.gibier, gîte, giboulée , eic. , c'est «)uvent malgré l'étymologie , comme dans ci-gît ; hic jacet. Le g devant un e ou un i se prononçant comme le j , il est très-facile en certains cas de se tromper , et de mettre l'une de ces consonnes pour l'autre ; ainsi il n'y a que l'analogie et l'usage qui puissent apprendre qu'il faut écrire : gelée, gémir, général, gendre, genre, gigot, gigantesque , elc. , par un g ; et Jésus, jeter, jeune, jeûner , jeunesse , etc. , par un j. Ceux qui savent le laiin trouveroht un grand secours dans l'étymologie.
Quant au mot gangrbne , que l'on prétend
DES CONSONNES SIMPLES
Figure
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lettre.
devoir être prononcé kangrène, nous copierons la dissertation de notre Dictionnaire: (On prononce kanguerhie, disent tous les dictionnaires et la plupart des Grammairiens; pourquoi cette prononciation vicieuse et contre nature? Il serait moins ridicule d'écrire ce mot lui-même par un c, cangrene, comme le propose Ménage ; car souvent le y des Grecs se change en celiez nous; mais si l'on conserve le premier y du mot grec, nous répudions comme absurde cette métamorphose du g en c ou /c dans la prononciation. Nous invitons à prononcer le premier g de gangrené et de ses dérivés avec le son qui lui est naturellement propre , et non point avec celui de k. Nous écrivons donc le son de ce mot ganguerene. )
G se redouble dans peu de mots; et, dans ce cas, le premier ne se fait point sentir, et le second a le son dur. Aggrav er, agglomérer ^ agglutiner^ suggérer, et leurs dérivés, sont à peu près les seuls mots dans lesquels le redoublement ait lieu.
Nous parlerons aux consonnes composées du gn.
H h . Son unique, he, avec aspiration; ou son nul.
La lettre li, dit Demandre, n'a souvent aucun son ; elle n'est alors qu'un signe étymologique, et non une lettre. D'autres fois elle représente et indique une forte aspiration ; elle est alors une véritable consonne, et en a toutes les principales propriétés, comme d'empêcher les élisions et les hiatus. Lorsqu'une syllabe ou un mot commence par une aspiration , on doit se servir d'un /if il n'y a point de difficulté : il suffira de connaître les sons attachés aux lettres pour écrire /te'ro*, harpie, hennir, dès qu'on les saura prononcer. (Voir l'article Aspiration, page 54.)
filais quels sont les mots où ce caractère doit se trouver, quoique la prononciation ne l'indique pas? Ici il faut avoir recours à l'étymologie, et plus encore à l'usage, qui impose des exceptions aux règles étymologiques. La règle veut que les mots qui nous viennent du latin prennent h en français, quoiqu'on ne le fasse point sentir; ainsi l'on écrit : homme, honneur, déshériter, habiter, habitude, hérésie^ hirondelle, humeur, hdbit, histoire, herbe, etc. , parce que les Latins écrivaient homo, honor, etc.
Il est encore quelques mots où nous mettons un h muet, quoique les Latins ne l'aient point eu, comme imile, etc. Il en est aussi
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lettre.
plusieurs où les Latins le plaçaient, et où nous l'omettons, négligeant ainsi dans certains cas particuliers la règle générale qui a été faite ainsi l'on écrit avoir de habere, etc.
Le h s'écrit encore quelquefois à la fin des mots, comme dans luth , où il ne sert qu'à indiquer que* le t se prononce fortement : lute.
li y a trois ou quatre consonnes à la suite desquelles h se trouve très-souvent placé dans la langue latine et la langue grecque; ce sont le t, le p, le c et le r. Il y a beaucoup de mots tirés de ces langues où nous avons conservé le caractère /i , tels sont ; thème, rhétorique, choriste , philosophie , etc. ; mais ce respect pour l'étymologie amène après lui de grands embarras pour le ch. Quant aux trois autres caractères composés : th, rh, et ph, l'inconvénient est moins grand , puisque , dans les deux premiers, le h n'ôle et n'ajoute rien à la prononciation du t et du r, et que le troisième a constamment le même son que le f. Ainsi l'on prononce : thème, rhétorique, philosophe ; comme s'il y avait : tème , rétcrrique , filosofe.
Cependant pour savoir quels mots prennent h après t ou r, et quels mots s'écrivent par ph ou par f, il faut encore savoir les langues, ou bien étudier l'usage. L'étude même des langues ne suffirait pas; car, avec ce seul secours, vous écririez à la manière d'autrefois : rhapsodie, thrésor, thrône, cholère , cholique, phantaisie, et quelques autres qui , par une exception dont on ne peut donner de raisons, s'écrivent à présent, contre l'étymologie : rapsodie , trésor, trône, colère, colique, fa7itaisie, etc., tandis qu'on écrit encore constamment : C/irisf, chrétien, saint-chrême, phalange, phare , pharmacie, phrase, pha^, Phébus, phénomène, philologie, phthisie, physique, physionomie, aphorisme,apophthegme,rhéteur, rhinocéros, rhubarbe, rhume, rhumatisme, diarrhée , enthousiasme, atmosphère, théâtre, Thém'is , Thélis , thèse, parenthèse, théologie, théorème, théorie, thériaque, thermomètre, thyrse, etc.
Pour le ch, outre les difficultés précédentes, il en a une qui lui est propre, et qui embarrasse encore plas que les autres; c'est qu'en français ces deux caractères expriment un son sifflant, comme dans chiche, chat, chut, etc. Nous y reviendrons à l'article des consonnes composées.
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lelli-c.
GRAMMAIRE FRANÇAISE