‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 15 sur 279 · DE L'ASPIRATION · texte numérisé non relu

DE L'ASPIRATION

L'aspiration, dit Lévizac, exprime une émission de voix gutturale et plus marquée que celle de la voix ordinaire. Elle a lieu avant les voyelles dans certains mots ; mais elle ne se pratique pas en d'autres, quoique avec la même voyelle, et dans une syllabe pareille. On dit avec aspiration, le héros; et sans aspiration, (héroïne. Dans le héros, la lettre /i fait prononcer du gosier la voyelle qui suit ; et alors on l'appelle h aspiré. Dans l'héroïne, au contraire, la lettre h ne se prononce point ; et on l'appelle h muet. Comme on le voit. Vaspiration n'a d'autre effet que celui de communiquer à la voyelle aspirée les propriétés de la consonne; d'où il résulte que si c'est une voyelle qui termine le mot précédent , elle ne s'élide point, et que si c'est une consonne, cette dernière n'est point sonore. Ainsi, quoiqu'on prononce l'héroïne, les-héroïnes , ou dira sans élision le héros, et sans liaison au pluriel, les héros.

Cette aspiration s'appelle aussi esprit rude; d't)ù l'on distingue dans les langues deux esprits : le rude, dont nous parlons, et le doux, qui n'est autre chose que la prononciation d'une syllabe sans aspiration, comme de la première dans apôtre. Cet esprit doux n'a pas désigne particulier dans notre langue, et n'en a pas besoin ; dès que l'esprit rude en a un, il est aisé de voir que celui-là doit être partout où celui-ci n'est pas.

C'est par un h que V esprit rude est marqué dans les syllabes où il doit se faire sentir; ce h se met devant la voyelle aspirée. Cette lettre n'a pas même d'autre usage quant à la prononciation , si ce n'est entre un c et une voyelle, comme dans : péché, péchait, hacher, gâchis, cachot, fourchu, pêche,etc.,etdansph.

11 n'y aurait aucun embarras, si cette lettre était toujours le signe de l'aspiration; mais, elle n'est souvent qu'un signe d'éiymologie dans une infinité de mots où elle demeure absolument muette. Plusieurs Grammairiens ont cherché à établir des règles là-dessus. Voici celles que donne l'Académie : < H n'a I aucun son, dit-elle, et ne s'as/jwe point dans » la plupart des mots qui viennent du latin, » et qui ont un h initial, comme hafnle, hai bitude, etc. 11 faut excepter de celte règle » plusieurs mots, tels que haleter, hennir, etc. V il n'a pareillement aucun son dans certains » mots français qui ont un /i initial, quoiqu'il > n'y en ait pas dans le latin d'où ils viennent, » comme huile, huître, etc. Il s'aspire au com- » mencement des autres mots français qui

Figure

de la

lettre.

» viennent des mots latins sans h, comme > hache, haut , etc. , ainsi que dans tous les » mots qui ne sont pas tirés du latin. »

Mais ces règles sont, et difficiles à saisir, et sujettes à beaucoup d'exceptions. < Il est plus » court, dit l'abbé d'Olivet, et plus sûr de rap- » porter une liste des mots qui s'aspirent au » commencement, au milieu ou à la fin. »

Liste des mots les plus usités dans lesquels la lettre h s'aspire.

Ha ! Haridelle.

Hàbler, et se» dé-Haruachement.

rivés. Ilarnacheur.

Hache. Harnais.

Hacher. Haro.

HideuseiiJetif.

Hideux.

Hiérarchie, e( ses dérivés.

Hie.

Hachette. Harpe, et ses dérivés.TUsser.

Hachis. Harpeau. Hobereau.

Hachoir. Harper. Hoc.

Hachure. Harpie. Hoche.

Hagard. Harpin. Hochement, et s: s Haba. Harpon. dérivés.

Hahé. Harponner. Hochepot.

Haie. Harpouneur. Hocher.

Haillon. Hart. Hochet.

Haine,etsesdérivés.Hasard, et ses déri-Hola. Haire. vés. Hollandais. Halage. Hase. Hollande.

Halbran. Hâte, et ses dérivés.Hollander.

Halbrener. Hâtereau. Homard.

Hàle, et ses dérivés. Hàtier. Hongre.

Hàlement. Hàtille. Honnir.

Halener. Hâtive. Honte, et ses dérives.

Haletant, haleter. Hauban. Hoquet.

Hallage. Haubaner. Hoqucton.

Halle. Haubert. Horde.

Hallebarde. Hausse, et ses déri-Horion.

Hallebreda. vés. Hors.

Hîillier. Hausse-col. Hotte.

Haloir. Haut , et ses dérivés.Holtée.

Halot. Hautbois. Hottenlot.

Halotechnie. Haut-bord. Houblon, et ses dé- Halte. Haut-de-chausses. rivés.

Hamac. Haute-contre. Houe.

Hameau. Haute-cour. Houille.

Hampe. Haute-fulaie. Houle.

Han. Haul-le-corps. Houleux.

Hmche. , Haute-lice. Houlette.

Hanneton. Haute-paie. Houppe.

Hanscrit. Haut- mal. Houppelande.

Hanse. Hautesse. Hourdage.

Hansgrave. Hâve. Hourdée. Hansière. Havir. Houri.

Hanter. Havre. Hourvari.

Hantise. Havre-sac. Houssard.

Happe. Hé ! Houspiller.

Happelourde. Heaume. Houssaie.

Happer. Héler. Housse, et ses déri- Haquenée. Hem I vés.

Haquet. Hennir. Houssine.

Haquetier. Heimissemeut. Houssoir.

Harangue, et ses dé-Henri. Houx, rivés. Henriade. Hoyau.

Haras. Héraut. Huche.

Harasser. Hère. Huée, et ses dérives.

Harceler. Hérisser. Huguenot.

Hard. Hérisson. Huit, et ses dérivés, Harde. Ht mie. Humer.

Harder. « Hernière. Hunier.

Hardes. Héron. Huppe.

Hardi, etsesdérivés.Héros. Huppé.

Hardilliers. Herse,et ses dérivés.Hure.

Harem. Hotre. Hurhault.

Hareng. Heurt. llurlcnientè Harengère. Heurtoir, et ses dé-Hurler.

Harengerie. rivés. Hussard.

Hargneux. Hibou. Hutte.

Haricot. Hic. .Se Ilutler.

DES CO^SO]NJ^ES SIMPLES

Piffure

delà

lettre.

On voit que tous les mois dérivés de ceux que nous venons de nomenclaturer , et qui commencent par h , ont cette lettre aspirée. On ne doit excepter que les dérivés de héros , qui sont tous sansaspiration. Ce sont :/i^roïrfe, héroïne, héroïque, héroïquement , héroïsme.

Presque tous les noms de pays et de vi41es qui commencent par h sont aussi aspirés.

1° On aspire Henri dans le discours soutenu, mais on peut ne pas l'aspirer dans la conversation. 2" Bien des personnes n'aspirent pas h dans huguenot , mais c'est une faute ; rAcadëmie y marque \as-p\ration. 5" Autrefois on prononçait hésiter avec aspiration : d'après l'usage actuel , il n'y a plus d'aspiration. 4° On doit aspirer h dans Hollande et Hongrie; excepté dans ces phrases qui ont passé du langage du peuple dans le langnge commun : toile d'Hollande , fromage d Hollande , du point d^ Hollande , eau de la reine d'Hongrie; encore est-il mieux d'y conserver l'aspiration. 5" Quelques Grammairiens ne veulent point qu'il y ait une vraie aspiration dans huit ; mais c'est sans fondement , puisqu'on écrit et qu'on prononce , sans élision ni liaison : le huitt les huit volumes , le ou la huitième du ou de ta huitième , à la huitaine ; l'Académie ne laisse aucun doute sur l'aspiration de ce mot et de ses dérivés : cependant dix-huit^ vingt-huit se prononcent di-zuit, vingt-huit. 6° Les mots 07ize et onzième ont cela de particulier, que, bien qu'ils commencent par une voyelle , cependant il arrive quelquefois , et surtout quand il est question de dates, qu'on prononce et qu'on écrit sans élision l'article ou la préposition qui les précède : de onze enfants qu'ils étaient , il en est mort dix; de vingt, il n'en est resté que onze. Dans la liberté de la conversation , l'usage autorise néanmoins à dire : il n'en est resté qu'onze. Si le mot qui précède onze finit par une consonne, on ne prononce pas plus la consonne finale que s'il y avait une aspiration : vers les onze heures se prononce vers le onze heures. Il en est de même dans un onzième ; on ne fait pas sonner n du mot un ; on prononce comme si la première syllabe du mot onzième était aspirée. Mais lorsqu'il est adjectif, on dit indifféremment l'onzième et le onzième , à la onzième page , quoiqu'on dise : dans sa onzième année ; il vivait au onzième siècle. 7" Oui , pris substantivement , se prononce comme s'il y avait une aspiration ; on dit le oui et le non : tous vos oui ne me persuadent pas; un oui; néanmoins on dit sans aspiration : je crois qu'oui. On pro-

Flgnre

delà

lettre.

nonce aussi avec aspiration le mot une , dans cette phrase : sur les une heure. C'est Lévizac qui fait celte dernière citation : nous sommes fâchés d'avoir à relever ici un énorme solécisme. On ne doit et ne peut dire que vers une heure ; les ne saurait figurer à côté d'un singulier : par la même raison , il ne serait pas plus permis de dire : sur les midi.

H au milieu des mots conserve son aspiration dans ceux qui sont composés, comme déharnacher , enhardir , rehausser , etc. On n'excepte qu'exhausser, exhaussement , où /* perd son aspiration. Dans les autres mots qui ne sont pas composés , h produit l'effet du tréma, et sert seulement à annoncer que la voyelle qui suit cette lettre ne s'unit pas en diphthohgue à la voyelle qui la précède , comme trahir , envahir , etc.

' A la fin des mots , il n'y a aspiration que dans ces trois interjections : ah ! eh ! oh !

H ne change rien à la prononciation du t.

\. Son unique : je : jamais, jeter , j'irai, joli, jupe.

J initial , ou au milieu du mot , conserve donc toujours ce son.

Cette consonne , dit Demandre , sonne comme le g doux ; elle a fort peu de difficulté pour son orthographe ; seulement nous n'avons pas de règle assez précise pour marquer les cas où elle cède le pas au g ; cependant ce j ne se place jamais devant un t , si ce n'est par élision , lorsque le pronom je se trouve devant un mot qui commence par i , comme : j'ij vais , j'ignore, j'imite. Pour le reste , il faut consulter l'usage et les Dictionnaires. Jamais cette consonne ne se redouble; jamais elle ne termine un mot ; jamais elle n'est oiseuse.

Anciennement on confondait abusivement j consonne avec i voyelle.

K k. Son nalureh : ke ou qu» Kajou , Kermès , kiosque.

Cette lettre n'est point française, à proprement parler ; car nous ne Remployons dans aucun terme de notre langue , si ce n'est dans kyrielle , qui encore vient de kyrie ; maiS elle ne nous en est pas moins utile pour conserver aux mots étrangers cet air qui les distingue des mots nationaux ; ainsi nous écrivons : Sobieski , Stockholm , kan , kermès , etc.

La lettre k ne se doubU; jamais.

Figure

delà

L 1. Son naturel ; le. Lalone, légion, livre, loge, lune, leçon.

Son accidentel : L et LL mouillés. (Voir plus bas. )

Celte lettre conserve toujours le son naturel au commencement du mot, mais elle le perd au milieu et à la fin , quand elle prend le son momllé, dont nous parlerons à la fin de cet article.

Finale, elle se prononce ordinairement : vioral , mortel y Mogol, seul, puéril , etc. On ne doit excepter que baril, chenil , cul, nombril, fusil, persil, outil, fournil, soûl, sourcil et gentil (ce dernier , pris isolément ou suivi d'une consonne ; car si cet adjectif est suivi d'une voyelle, elle prend le son mouillé : gentil enfant, gentilhomme). Elle est muette au pluriel gentilshommes , ainsi que dans fils.

Quand elleest redoublée,on n'en prononce ordinairement qu'une : allumer, collège, collation {léger repas), etc. Mais les deux sonnent dans allusion, allégorie, appellatif, belliqueux , collation de bénéfice , collègue , vaciller, millénaire, collusion, constellation , gallican , et quelques autres. Elles se prononcent aussi dans tous les mots qui commencent par il, illustre, illuminer, etc.

Cette lettre se redouble après la voyelle e toutes les fois que celle-ci se prononce avec un son ouvert; ainsi l'on écrit : j'appelle, je renouvelle, chancellerie , moelle, sentinelle, etc., quoiqu'on écrive appeler, renouveler, chancelier, etc, L'étymologie fait aussi conserver bien des l doubles qui sont inuiiles à la prononciation, comme sibylle, imbécillité, inalliable , installer , intervalle, mésalliance, etc. Cette lettre se double encore dans les mots composés de la préposition à et d'un simple , qui commence par /, comme : allier, alléger, allouer j allumer, allécher, allaiter, etc., qui viennent de à, et de lier, léger, louer, lumière, lécher et lait.

Quoiqu'on écrive chandelle , châlellenie , chancellerie, etc. , par deux /, à cause de Ye ouvert , on écrit néanmoins avec un seul / , fidèle, fidèlement , modèle, et quelques autres, bien que Ve y soit ouvert comme dans les premiers. L'étude de l'usage est presque le seul moyen de s'assurer de l'orthographe de cette consonne.

Demandre donne quelques préceptes d'orthographe relatifs à cette lettre, qui pourront ne pas paraître dénués d'intérêt ; les voici :

Les adjectife terminés en al n'ont jamais d'e muet à leur masculin, et par conséquent n'y prennent qu'un /; à leur féminin ils pren-

GRAMMAIRE FRANÇAISE

Figure

delà

Iciti-c.

nent l'e muet , mais / ne s'y double point. Celte règle est sans exception : libéral , rival , final, banal, etc. : libérale, rivale, finale, banale, etc. ; parmi les substantifs que le son al termine: animal, amiral, archal, arsenal, bal, bocal, canal, caporal, cérémonial, cheval, corporal, crystal, diurnal, fanal, hôpital, madrigal, mal, métal, maréchal, officiai, pal, piédestal, pluvial, présidial, régal , santal (bois des Indes ) , sénéchal , signal , tribunal , val , vassal, carnaval, ne prennent qu'un / : tous les autres y ajoutent un e muet , comme scandale, sa«rfa/e, etc., 'excepté néanmoins 6a//e à tirer , dalle (table de pierre) , noix de galle, halle , malle (coffre), intervalle, salle (d'une maison ) , stalle , et le présent du verbe insial- 1er, installe, qui prennent deux /.

Tous les adjectifs terminés par le son el ont leur masculin sans e muet , et doublent /, en le faisant suivre de Ve muet pour leur féminin , comme mortel , mortelle; cruel, cruelle; mutuel, mutuelle, etc. ; il faut en excepter ^dèle , qui prend Ve muet au masculin.

Tous les substantifs de cette terminaison prennent deux / avec un e muet, comme prunelle, etc. , excepté : hydrocèle , parallèle , tutèle , zèle , modèle, où / est simple ; et appel , arc-en-ciel, ciel, autel, catrousel, cartel, colonel, dégel, duel, fiel, hôtel, hydromel, lambel, miel , missel , no'èl, pastel, scel, sel, où /simple ne prend point d'e muet.

Le présent des verbes celer ,chapeler, ciseler , démanteler, geler , harceler, marteler, peler, révéler, ruisseler, fait : je cèle, chapèle, cisèle, démantèle , gèle , harcèle , martèle, pèle, révèle , ruisselé ; les autres doublent ordinairement /, comme : il appelle, etc.

Il y a quelques adjectifs terminés par le son il , qui s'écrivent par un / seul et sans e à leur masculin. Ce sont bissextil, civil, incivil, puéril, sextil, subtil, vil, viril et volatil; ce dernier en qualité seulement de termede chimie , car ailleurs on écrit volatile, etc. Tous ces noms font ile à leur féminin. Servile s'écrit de même par ile aux deux genres. Dans gentil, l qui est seul au masculin , y est muet : au féminin , ce nom fait gentille , les // mouillés. Tous les autres adjectifs de cette sorte ont le masculin en ile , el le féminin de même, excepté imbécille et tranquille, qui prennent les deux / aux deux genres.

Les substantifs alguazil, exil, fil, »ni/ (nombre), Nil , morfil et profil prennent un / seul. Cette consonne est suivie d'un e muet dans tous les autres , comme concile, etc., excepté : mille (nombre) , pupille , sibylle et ville. De

DES CONSONNES SIMPLES

Figure delà la'tre.

lous les verbes, il n'y a que distille, venanl de distiller, et vacille de vaciller, qui prennent deux /. Nous ne parlons pas encore des mois où / est mouillé.

Autrefois on écrivait toujours fol, mol; aujourd'hui on ne le fait plus que devant une voyelle pour éviter l'hiatus; ailleurs on écrit et l'on prononce mou, fou. Ces deux adjectifs font au féminin molle, folle. Espagnol fait Espagnole. Parmi les substantifs dont le son ol forme la terminaison : bémol, bol, caracol, terme d'architecture, col ou cou, dol, hausse col, licol ou licou, sol ou sou, sol, note de musique, sol, terrain, tournesol, viol, vitriol, vol d'oiseau, vol, larcin, s'écrivent par un / seul. Tous les autres s'écrivent par oie, comme : école, boussole, parole, etc. ; colle et bouter oHe sont les seuls qui aient deux /. Il accolle, venant à' accoler; il colle, de coller, il décolle, de décoller, il trolle, de troller, sont les seuls verbes qui doublent /. Les autres ne le prennent que simple, comme : il console^ il désole, il immole, etc.

11 n'y a pas d'autre adjectif terminé en ul que nul, qui fait au féminin nulle. Crédule, incrédule, majuscule, minuscule, ridicule, prennent Ve muet aux deux genres, et ne doublent jamais /. Entre les substantifs, il n'y a que bulle où / se double ; tous les autres font ule, comme cédule, cellule, mule, scrupule, etc. , excepté : accul, calcul, consid, proconsul, recul, où / est seul. Les autres qui prennent un / ne le font point prononcer. Tous les verbes en uler font ule au présent, comme : il dissimule, ïl calcule^ il stipule, etc., iie dissimuler ^calculer, stipuler, etc.

Nous n'avons d'adjectif terminé en oui que soûl, (pr. sou), qu'on écrivait saoul, et qui fait au féminin soûle. Tous les autres mots de cette terminaison s'écrivent par ouïe, comme moule, coule, etc., excepté quelques substantifs et quelques noms propres qui sont en oui, comme capitoul, Saint-Papoul, Toul, Vcsoul, etc.

Du son mouillé l et l.

Abordons maintenant le son de / mouillé, ({ue nous eussions pu peut-être reporter aux consonnes doubles, ou même mentionner comme diphthongue. Nous avons déjà traité cette question dans notre Dictionnaire avec assez d'étendue ; mais comme elle nous paraît des plus importantes, nous ne pouvons faire autrement que de la rapporter ici. Après avoir déclaré que le son dit mouillé est une des plus grandes difficultés de notre langue,

Fifiiirc delà lettre.

nous avouons que les avis sur cette matière sont plus que partagés, qu'ils sont même en opposition directe. Jusqu'ici les lexicographes n'ont point osé se prononcer franchement sur le double /, précédé d'un i, ou sur / final , dont l'articulation doit , disenl-ils , être mouillée. Les uns se sont contentés d'écrire à côté du mot : // mouillés ; à vous de prononcer, si vous savez, si \'0us comprenez ce que c'est que // mouillés; le savant Gattel, celui qui a le plus approfondi la question de prononciation, donne l'avis de prononcer ces // à la manière des Italiens, comme ils prononcent \egli; mais, s'il vous plaît, comment prononcent-ils le g li? fi ous devons supposer qu'on n'en sait rien. C'est donc à nous de l'orthographier de notre mieux, cette infernale prononciation ; infernale est le mot, car personne ne la fait sonner d'après les lettres qui servent à l'ccrire. Nos puristes français veulent qu'en même temps que l'on fait entendre le ie dont nous avons parlé , on fasse un peu sentir l'un des deux / qui composent le mot. Cette méthode peut être fondée sur la raison, car les lettres sont faites pour être prononcées ; mais nous, nous ne craindrons pas de proclamer hautement que la généralité des Français qui parlent leur langue simplement et sans aucune espèce de prétention font sonner ie les / vulgairement dits mouillés; son peu harmonieux, il est vrai, mais simple, mais facile. C'est aussi l'opinion de Beauzée, qui dit que f dans les mots paille, abeille, va- » nille, feuille, rouille, et autres, terminés par » lie, quoique la lettre l ne soit suivie d'au- » cune diphthongue écrite, on y entend aisé- > ment une diphthongue prononcée ie. » Voilà la règle que nous avons suivie, et que nous proposons ; cette règle nous a semblé établie sur la base généralement adoptée ; cependant nous nous servirons du mot mouillé, parce que ce terme est généralement compris, quoiqu'il ne rende pas absolument ce qu'on veut exprimer. — On dit que l'articulation est wioui/Zéepar ill dans les mots tels que fûle, pillage, cotillon, pointilleux, etc. (Voir la prononciation de chaque mot au Dictionnaire.) Nous faisons prononcer fiie, piiaje, coiiion, poeintiieu. Certes, nous ne croyons pas, et nous en appelons ici à tous ceux qui n'ont pas d'intérêt à accepter telle prononciation plutôt que telle autre , nous ne croyons pas , disons-nous , que le plus grand nombre des Français prononce fileie, pileiage, kotileion, poeiniileieu. Après tout, ceci est peut-être un sys-

Figure delà lettre.

GRAMMAIRE FRANÇAISE

tème de notre part; nous le soumettons sans amour-propre , sans orgueil , à la sagesse expérimentée des plus éclairés, des plus habiles. Nous ne l'avons franchement énoncé que parce qu'il est de notre part l'expression de l'opinion que nous avons émise plus haut. Nous n'avons entendu aucun officier-général, en parlant de ses bataillons, prononcer des bataielîon, mais des batâlon. — Continuons : quand cette lettre est double, et qu'elle est précédée de ai, éi, oui, elle se prononce mouillée , comme dans ces mots : travailler^ maille, bailler, veiller, recueillir, fouiller, grenouille; nous faisons dire, d'après notre principe ; travaier, maie, bâié, veié, rekeuieir, fouie, guerenouie; la même prononciation est suivie dans les mots qui finissent en ail, eil, ueil et oiiil, par / simple, comme travail, réveil, cercueil, œil, fenouil, etc. ; nous écrivons cette manière de dire : travaie, révèie, cèrkeuîe, euie, fenouie. — L'Académie et plusieurs lexicographes prétendent que l final doit avoir le son mouillé dans péril ; nous ne sommes point de cet avis : si mil, sorte de graine , se prononce miie, c'est parce que ce mot a servi sans doute à former celui de millet, qui est son diminutif, et dans lequel les llsontmouillés ; c'est aussi surtout pour distinguer ce mot du nom de nombre mil; mais il n'en est pas de même de péril , qui n'offre aucune raison plausible de le prononcer autrement que périle. Quelques-uns veulent que il de péril so\l mouillé, à cause de l'adjectif périf/eua;; nous affirmons, nous, que nous entendons toujours prononcer périle. Nous dirons aussi que nous ne savons pourquoi le nom propre Sully est indiqué devoir se prononcer fuiej ; nous avons, depuis que nous entendons lire et parler, entendu prononcer çule-li dans le langage et dans la lecture.)

Figure delà Vettre.

M m. Son naturel , me. Machine, méthode, midi, mode, muse, moulin, meunier.

Nous avons presque tout dit sur cette lettre à l'article des syllabes nasales; nous ajouterons encore avec Lévizac que, quand celte lettre est initiale, elle conserve toujours le son qui lui est propre; mais, au milieu d'un mot, elle a souvent le son nasnl dont nous avons parlé , et quelquefois elle ne l'a pas. Elle le prend toujours avant b et, p; on prononce emblème, emploi, comparaison, elc. , comme s'il y avait en^/ème, enploi, conparaison, etc. 11 ne faut excepter que quelques

mots oij elle est suivie de n; ce sont : amnistie; hymne, automnal, calomnie, somnambule, Agamemnon, indemniser, indemnité. Elle ne se prononce pas dans automne, damner et leurs composés.

M final ne rend qu'un son nasal dans les mots. On excepte la plupart de ceux qui sont étrangers. On prononce Abraham, Jérusalem, Stockholm, Amsterdam, etc., comme si m était suivi d'un 6 muet. Il a néanmoins le son nasal dans Adam; mais il se prononce selon le son qui lui est propre dans hem, item, septemvir, et quelques autres mots purement latins,

Lorsque cette lettre est redoublée, on n'en prononce qu'une : commis, commode, etc. On excepte ; 1" les noms propres ^mmon, Emmanuel, etc.; 2» les mots qui commencent par imm : immortel, immobile, immoler, etc.; S*» les mots oii em est suivi d'un m : emmener ^ emmailloter, etc. ; mais, dans ce dernier cas, em~ prend le son nasal.

N n. Son propre, ne : nager, Néron, Nicole, novice, nudité, nourrice, neutre. (Voir ce que nous avons dit aux syllabes nasales.

Cette lettre conserve toujours le son qui lui est propre au commencement du mot ; elle l'a aussi au milieu du mot, lorsqu'elle est suivie d'une voyelle, comme dans ànerie; mais elle perd ce son, pour prendre le son nasal, si elle est suivie d'une consonne, comme dans : ancre, engraver, ingrédient, etc.

Finale, elle sonne dans abdomen, amen, hymen. Mais elle a toujours le son nasal dans les autres substantifs, son qu'elle a également dans les adverbes, les pronoms et les adjectifs, excepté les cas dont nous avons parlé à l'article de la nasalité.

Quand elle est redoublée , et c'est une de celles qui se doublent le plus souvent, on n'en prononce ordinairement qu'une : année, connaître, sonner, sol&nnel, annuler^ et leurs dérivés, etc. Oq excepte ennéagone, annexe, annal, et ses dérivés, annale, annotation, annihilation, annihiler, inné, innovation, innover. Dans ennemi, en a le son de l'è ouvert , mais il est nasal dans ennoblir, ennui, et leurs dérivés.

L'usage est d'écrire avec deux n : ils prennent, ils apprennent, ils entreprennent, ancienne, mienne, ennemi, innocent, etc. Cet visage a déplu à quelques auteurs, surtout pour les verbes cités, parce que le son y est le même que dans ; ils mènent, ils promènent, et beaucoup d'autres, où l'on n'écrit qu'un n. Si l'ou écrit : ils mènent , ils jn-omhnent^ par

DES COiNSONNES SIMPLES.

SO

Figure

delà

lettre.

Figure

delà

lettre.

un seul n, et ils prennent, ils apprennent, par deux , c'est que les deux premiers verbes sont de la première conjugaison, tandis que les autres sont de la quatrième.

Dans le féminin des adjectifs dont le masculin est terminé par ain, ein, in et un, le n reste simple, comme : vain, vaine, plein, pleine, fin, fine, un, une, etc. ; mais dans ceux en ien et en on, le n se double, comme : ancien, ancienne , bon , bonne , fripon , friponne , mien , mienne, etc. Cette lettre ne doit point se redoubler lorsqu'elle se trouve entre deux o ; ainsi l'on écrit : sonore, honorable, etc., quoiqu'on écrive sonner, honneur, etc.

Il faut encore remarquer que c'est une pratique assez constante de redoubler n dans les dérivés, lorsque le primitif finit par cette même consonne précédée d'un a où d'un o, comme : ban, bannir; an, année; van, vanner; pardon, pardonnable; lion, lionne; melon, melonnière ; savon, savonnette; marron, marronnier, etc. Cependant on écrit courtisane avec un seul n, par exception.

On donne aussi pour règle générale de doubler n quand la syllabe est brève, comme ' Q q- Son propre, que ou qu : qualité, quenouille.

exempt, exewpter, compte, compter, comptable, comptant, compteur, comptoir , prompt, et leurs dérivés.

Remarque. L'Académie marque positivement qu'on prononce le p dans symptomalique; d'où nous avons conclu qu'on doit le prononcer dans stjmpième; mais l'Académie n'en dit rien.

On ne le fait pas sonner dans sept, septième et septièmement. Il se prononce dans imprompiu.

Lorsqu'il est 5 la fin du mot , il ne se fait sentir ordinairement en aucun cas : un camp étendu; ce drap est bon, se prononcent un cam étendu; ce draestbon. On excepte Alep, cap, Gap, cep, jalap, et les deux mots de quantité trop et beaucoup devant une voyelle. On prorionce aussi coup, en faisant sonner le p avant une voyelle, dans le discours soutenu , coup inattendu, coup extraordinaire ; dites koupe.

Lorsqu'il est redoublé, on n'en -prononce qu'un. (Voyez ph, aux consonnes composées.)

couronne, personne , etc., et de ne l'écrire que simple quand la syllabe est plus longue, comme trône , la Saône.

Celte lettre a encore un usage très-fréquent dans notre langue, mais elle ne le remplit pas seule ; il faut pour cela qu'elle soit précédée d'un g ; alors elle représente un son mouillé plus dur et plus fort que le son que l'on représente par g , mais plus faible que celui de w; on écrit donc : Champagne , soigner, Bourgogne, peigne, digne, châtaigne, répugnance, mignard, campagne, etc. (Nous en parlerons aux consonnes composées.)

P p. Son propre, pe ; page, péril, pitié, posé, puce, poupée, peuple, pelote.

P initial, ou dans le corps du mot, conserve toujours le son qui lui est propre, excepté quand il est suivi d'un h. Il sonne dans : sceptique, scepticisme, septembre, les Septante, septénaire, septennal , septentrion , septentrional, septuagénaire , septuagésime , septuple, septupler, exemption, contempteur et contemptible, ainsi que dans accepter et dans excepter et leurs dérivés.

L'Académie fait observer pour dompter et ses dérivés, que bien des personnes écrivent ces mots sans p. (Voir notre Dictionnaire. )

On ne le prononce jamais dans : baptême, baptiser, baptismal, baptistère , baptistes ,

quitter, quotidien , piqûre.

On n'écrit jamais cette lettre , dit l'Académie, qu'on ne mette un u immédiatement après, si ce n'est dans quelques mots où il est final , comme : coq, cinq.

Q initial, ou dans le corps du mot, conserve toujours le son qui lui est propre ; mais avec celte différence que dans qua, quo, que, il a un son très-dur, comme qualité, quotidien, quenouille, et que dans que , qui, qu, û i'a moins dur : acquérir, quitter, piqûre.

Final , il sonne dans coq et cinq avec le son dur, excepté dans le cas où le premier est suivi immédiatement et sans aucun repos d'un mot qui commence par une consonne, comme dans coq-d'Inde, qu'on prononce co-d'Inde; mais il sonne dans coq de bruyère , coq-à-l'ane : lorsque le second est suivi d'un substantif commençant par une consonne, il ne se prononce pas. Il sonne dans tous les autres cas : cinq hommes; ils étaient cinq, cinq et demi.

Q n'est jamais redoublé. Comme le son propre à cette lettre est également représenté par un c ou par un k , on peut souvent être embarrassé du choix que l'on doit faire ; mais nous avons vu que le k ne figure que dans quelques mots étrangers, et surtout parmi cenx qui nous viennent du Nord ; ainsi ce choix doit rarement causer du doute. Nous avons aussi lâché, à la lettrée, démarquer les occasions où cette seconde consonne est

Figure delà lettre.

GRAMMAIRE FRANÇAISE

en usage ; et pour celle dont nous parlons ici , on s'en servira partout où l'on verra que les deux autres ne doivent pas être employées.

Les deux lettres c et g nous venant des Lalins , ceux qui savent cette langue peuvent le plus souvent se décider par rétymologie : où celle-ci ne dira rien, l'analogie pourra souvent y suppléer. Pour ceux à qui cette langue morte est inconnue, ils n'ont d'autre secours que l'analogie dans quelques occasions, et l'usage ou les Dictionnaires pour le reste.

Il faut se souvenir que le son que ou ke, à la fin d'un mot , s'exprime rarement par un c, et que s'il s'y rencontre, c'est par conséquent à la consonne 7 à le marquer ; et c'est pour cela que , même contre l'analogie , certains adjeclife terminés à leur masculin par un c, devant avoir un e muet après le son dur de ce c dans leur féminin , y changent cette consonne en celle de q. On voit aussi la même chose dans des mots dérivés, où la même raison de Ve muet ajouté exige le même changement. Ainsi le féminin des adjectifs public, turc, grec, e&t publique, turque, grecque. Le que se trouve de même dans les mots suivants: baquet, piquer, troquer, musqué, bouquin, mastiquer, trafiquer, etc. , quoique tous ces mots viennent de trafic, mastic , bouc, musc, troc, pic, bac, etc.

Qua, que, qui, ont le son du latin dans les mots suivants, où l'on doit les prononcer Aoua, kué, kui, savoir : aquatique, équateur, équation^ équestre, équi-angle , équi-distant ^ équilatéral, équi-lalère, équi-multiple, équitalion, quadragénaire, quadragésimal, quadragésime, quadr angulaire, quadrat, quadratrice, quadrature (terme d'astronomie ; car en terme d'horlogerie, il se prononce /ca), quadrifolium, quadrige, quadrilatère , qnadrinôme , quadrupède, quadrupler, quaker, quanquam (mot latin signifiant harangue latine faite en public ; car on prononce kankan , lorsqu'il signifie médisance), questeur, questure, à quia, quiétisme, quiétiste, quiétude, quindécagone , quindécemvirs , quinquagénaire , quinquagésime, quinquennal , quinqùennium, quinquerce, quinquéreme , quintil, quintable, Uquaiion, liquéfaction.

Nous allons encore copier la dissertation de notre Dictionnaire , relative à ce Hernier mot et à liquéfier, qui en dérive. Tous les Dictionnaires, sans en excepter celui même de 1*^4cadémic, qui donne ex traordinai rement la prononciation de liquéfaction, veulent qu'on prononce likuéfakcion , et tous veulent aussi (ju'on prononce liquéfier, likéfié. Il faudrait

Figure

delà

lettre.

être conséquent, ce nous semble , et, pour cela , prononcer ces deux mots, dont l'un dérive nécessairement de l'autre , de la même façon. Maintenant comment dire? Devra-l-on prononcer likuéfié comme l\kuéfakcion , ou likéfakcion comme likéfié? Laquelle de ces deux prononciations sera la bonne? L'origine de ces mots étant toute latine, nous pouvons raisonnablement croire que c'est ce motif qui a fait conserver à liquéfaction la prononciation latine. Mais liquide , qui est aussi tout latin , se prononce likide , à la française ; et puis nous avons le mot liqueur, que personne ne s'est jamais avisé de prononcer likueur. Tranchons : notre avis est qu'on doit dire likéfakcion et likéfié.

R r. Son propre, re. Rareté, régie, rivage, Rome, ruse , rouge , revenir.

Au commencement et au milieu des mots, cette lettre sonne toujours.

Finale , elle sonne dans toutes les terminaisons qui ne sont pas en er, comme car, or, sur, soupir, voir, sieur, etc. On doit excepter monsieur et messieurs. Dans les terminaisons en er, elle sonne dans cher, fier, mer, amer, belvéder (qu'on écrit aussi belvédère), cancer, cuiller, enfer, éther, frater, gaster ( la lettre .s y est aussi prononcée ) , hier, hiver, Lucifer, magister, pater, et dans les noms propres Jupiter, Esther, Munster, le Niger, etc. L'usage paraît être aussi pour stathouder; néanmoins bien des personnes prononcent staihoudre. Selon l'édition de l'r62 du Dictionnaire de l'Académie, on devait faire sonner r dans les adjectifs altier et léger, mais l'usage contraire a prévalu ; aussi l'Académie a-t-elle marqué ce changement dans l'édition suivante. Dans les autres mots r ne sonne pas : ce poirier est mort ; ces poiriers ont péri , se prononcent : ce poirié est mort , ces poirié zont péri.

Bien des personnes élevées en province ne font pas sonner r dans les terminaisons en er. C'est une faute, même dans la conversation. On doit le prononcer dans le discours soutenu , et surtout dans les vers, quand il est suivi d'une voyelle ou d'un h muet, et dans ce cas on donne à l'e le son de l'è ouvert ; aimer à jouer doit se prononcer aimè-rà-joué, tandis que , lorsque celte lettre ne se prononce pas, l'e a le son de l'é fermé : aimer la promenade se prononce aimé la promenade.

Lorsque cette lettre est redoublée , on n'en prononce ordinairement qu'une : arroser, arriver, perruque, etc. On excepte : 1" aberration,

DES CONSONNES SIMPLES

Figure delà

Figure de 11 lettre.

abhorrer, erranlf errata, erre, errements, cireur, errer, errhine, erroné ; on doit aussi excepter terreur et ses dérivés; 2° tous les mots qui commencent par irr : irradiation, irraisonnable, irrationnel, etc.; 3<* les futurs et les conditionnels des verbes : acquérir, mourir, courir et les dérivés : j'acquerrai, je mourrai, etc.

S .". Son propre, ce : sage, séjour, Sion, Solon, sucre, souvenir, seul.

— Son accidentel, ze : usage, user, risible, résonner, résumé.

Cette lettre conserve toujours le son qui lui est propre quand elle est initiale, excepté avant che et chi, où elle ne se prononce point : icheling, schisme, etc.; cependant cette consonne se trouve encore placée de la même façon dans quelques mots où elle a une articulation sensible ; tels sont : scholasiique, scholiaste, scholie, où ces trois consonnes initiales se prononcent ceke, cekolastique, la première très-brève, etc.; mais aujourd'hui la plupart retranchent le h, et écrivent scolastique, etc.

Dans le corps du mot elle a aussi le son qui lui est propre, excepté : 1° lorsqu'elle est seule entre deux voyelles, où elle prend ordinairement le son accidentel : quasi, phrase, fraise, ruse, etc.; 2^ avant betd: presbijière, Asdrubal, etc.; 3" dans Alsace, balsamine, balsamique, balsamite, etc.; 4" dans la syllabe trans, suivie d'une voyelle : transaction, transiger, transit, transitif, etc.; ou n'excepte que les trois mots : transir, transissement, Transylvanie.

Puisque s adouci a le même son que %, et que, fortifié, il exprime le même son que c, il s'ensuit que l'on doit être embarrassé dans l'un et l'autre cas pour trouver le caractère marqué par l'usage. Je prononce église, et je ne sais s'il faut écrire églize ou église. De même, dois-je écrire certain par un s ou par un c? Je puis marquer la troisième syllabe de commission par deux ss, comme on le voit, ou par un c, ou même par un t, en écrivant commicion ou commition. Qui lèvera tant de difficultés, et quel principe dois-je me faire là-dessus? quelle règle puis-je consulter? aucuneautre que l'usage, l'analogie et l'étymologie. On écrira, par exemple, Avecss, et non avec c ; commission, échalasser, matelasser, matelassier, endosser, passer, etc. , quand on saura qu'il y a un s à la fin de commis, échalas, ma-

telas, dos, pas, etc. De même on écrira par s, et non par z : risible, reposer, close, etc., parce qu'il y a un s dans ris, repos, clos, etc. On écrira de même église quand on saura que ce mot vient à'ecclesia.

Pour la concurrence du z avec le s, il est une observation qui peut beaucoup aider; c'est que z ne figure guère qu'au commencement ou à la fin d'un mot, deux places où s a toujours le son sifflant. Si z est quelquefois au milieu d'un mot, ce n'est pour l'ordinaire que dans les occasions où une consonne voisine affermirait le son de s. Ainsi la chose est encore sans difficulté. 11 n'y a d'exception que pour les terminaisons des verbes à la seconde personne du pluriel, et pour quelques mots étrangers. (Voyez ci-après z.)

Quoique nous ayons tout-à-l'heure renvoyé à l'étymologie, il ne faut pas oublier, ce que nous avons déjà dit cent fois, qu'elle ne fait jamais règle générale ; ainsi l'on écrit : catéchiser, évangéliser, gargariser, thésauriser, tipnpaniser, etc., du moins c'est la façon la plus suivie; et cependant, selon l'étymologie, il faudrait écrire, comme le font un trop petit nombre de personnes : catéchizer, évangélizer, gargarizer, thésaurizer, tympanizer, etc.

La lettre s paraissait autrefois plus jalouse de se montrer que de produire quelqite son ; aussi on la plaçait dans une foule de mots où elle ne faisait qu'indiquer une étymologie latine ou une syllabe longue. Aujourd hui on a quitté cet usage embarrassant; et l'on n'a conservé le s muet au milieu d'aucun mot, si ce n'est de quelques noms propres et du verbe est. Ailleurs l'accent circonflexe en marque la suppression ; ainsi l'on n'écrit plus : Pasques, mastin, mesme, arresler, nostre, etc., mais Pâques, mâtin, même, arrêter, nôtre, etc.

Quand elle est suivie de ce ou de ci, on ne fait entendre que le son de ce : scène, science, se prononcent cène, cience; mais elle sonne dans les autres combinaisons : scapulaire, scrupule, catéchisme, ostentation, eic; alors, dans ce dernier cas, on ne doit pas oublier, quand elle est initiale, de lui donner le son qu'elle a d'après la nouvelle épellation.

• Il faut remarquer, dit l'Académie, que, » pour l'ordinaire, on ne fait guère sonner la » lettre s à la fin d'un mot, si ce n'est lorsque » le mot qui suit commence par une voyelle. » Ainsi, dans ces mots : mes propres intérêts; I on fait sonner s de la dernière syllabe de » propres, comme si le mot propres finissait » par un e muet, et que le suivant <;ommen- » çât par un z : mes propre ^'intérêts. » On

Hgiire

delà

lettre.

GRAMMAIRE FRANÇAISE

excepte : un as, tin aloès, la vis; et les mots purement latins : Monms, Vénus, Fabius, droit de committ'mius, un agnus, etc., bibus, Phébus , rébus, sinus, le lis (fleur), et la Ltjs (rivière) ; elle est néanmoins muette dans fleur de lis.

Quand s est redoublé, on n'en prononce qu'un, mais avec le son naturel.

L'Académie dit encore que « les mots com- » posés dont le simple commence par la lettre » s suivie d'une voyelle s'écrivent ordinaire- » ment avec deux s, afin qu'on la prononce » fortement, et non pas comme un z. Tels » sont les mots : dessus, dessous, desservir, des- » sécher, resserrer, etc. Il y a néanmoins des » exceptions à cette règle, comme vraisem- » b lance, préséance ; mais on dit dissemblance, » ressemblant. Bienséance s'écrit avec un s » et messéant avec deux. » Autre embarras pour les étrangers. Ve qui précède deux s a quelquefois le son de Yé fermé, comme dans pressentir, dessaler, ressusciter, etc., et quelquefois celui de Ve muet, comme dans dessus, dessous, ressembler, ressource, etc.; l'habitude de lire avec un bon maître peut seule servir de guide en ces occasions.

La Grammaire de Robert Etienne nous apprend qu'autrefois les premières personnes des verbes ne prenaient point de s à la fin. Celte lettre était réservée pour les secoades personnes; les troisièmes prenaient le t, ce qui donnait à nos conjugaisons une régularité qu'elles n'ont plus.

Les poètes sont les premiers qui aient introduit le s pour les verbes dont la première personne finit par une consonne ou par une autre voyelle que Ve muet; afin de rendre leur prononciation plus douce devant les mots qui commencent par une voyelle. Ainsi ce qui était d'abord une licence est devenu l'usage général ; et l'usage est devenu licence. Au reste, d'Olivet fait observer que le verbe avoir est le seul de son espèce qui n'ait pas subi la loi commune. On écrit toujours j'ai, et point autrement, quoiqu'on écrive : je tais, etc.

Figure

delà

lettre.

T t. Son propre, te : table, ténèbres, titre, topique, tube, Toulon, Teutonique.

— Son accidentel, ce : abbatial, captieux, patient, prophétie, Vénitien, etc.

Cette lettre exprime deux sons : le son dur, qui lui est propre, et qui est le fort dé d, comme dans tâter, tête; et le son doux de c. Ce n'est que dans les occasions où t exprime un son dur qu'il peut se redoubler; il ne le

fait point après c aigu, ni après i, ni pour l'ordinaire après M, comme élable, étonner, détruire, détacher, rétif, itinéraire, citron, vitrage, discute7', lutin, mutinerie, tutélaire, etc. On écrit cependant lutteur, lutter, combattre à la lutte, quitter, quittance, etc.

T conserve toujours le son qui lui est propre, quoiqu'il soit suivi de deux voyelles au commencement des mots; il le conserve aussi au milieu , dans tous les cas oii il est suivi d'une autre lettre que i; et lorsqu'il est suivi de cette voyelle dans les mots en sli, xii, thi, comme question, mixtion, Mathias, etc. ; mais dans ti, tantôt il a le son propre, et tantôt le son accidentel. Cette lettre prend ce dernier son dans les adjectifs en tial et en ticux: abbatial, captieux, etc.; dans ceux en tient et tience, et leurs dérivés : patient, patience, impatienter, etc. ; dans les mots en aiie, étie, eptie, otie, utie, primatie, prophétie, ineptie, Béotie, minutie, etc. ; dans les verbes initier et balbutier, ainsi que dans toutes leurs inflexions. Il y a cependant des mots en tie, comme amnistie, partie, modestie, etc., qui sonnent ti, et non pas ci. On peut juger, d'après toutes nos réserves, qu'il n'est, pour apprendre une langue, que Vusage; le Grammairien, et les maîtres surtout, peuvent réduire les règles en les simplifiant ; mais les exceptions sont si nombreuses, qu'on ne peut poser de règle sur les mots qu'en faisant de nombreuses restrictions. Observons que dans les substantifs terminés en tié et iier, comme amitié, entier, chantier, etc., il sonne ti, et non pas ci. On sait d'ailleurs que les mots qui ont le son de cîer, s'écrivent parsier ou cier : coursier, foncier, etc. Mais le f (ce) reparaît dans les noms de peuples ou de personnes en tien, Diocléiien, Vénitien, etc.; et dans tous les noms en tion et leurs dérivés.

Hors de là, le t conserve le son qui lui est propre avec i ; le tien, chrétien, etc. L'usage seul peut apprendre :

Qu'avec le son acci- Qu'avec le son propre

identel cefOnécrk: te, on écrit :

Balbutier. Châtier.

Entier.

Le soutien.

Initier.

Vénitien.

Gratien.

Les attentions.

Les intentions.

Les inventions.

Les portions, etc

J'entretiens.

Nous attentions.

Nous intentions.

Nous inventions.

Nous portions, etc.

Cependant nous pouvons avancer qu'en général, le t ne prend le son de c que lorsqu'il est suivi d'un è; encore dans ce cas-là at-il

DES CONSOLES SIMPLES

Figure delà lettre.

plutôt le son dur que doux. Mais lorsque la prononciation indique ce son, quelles peuvent élre les occasions où le t doit figurer, en supposant qu'il y ait un i dans la syllabe? On nous dit à cet égard de recourir aux mots latins dont les nôtres sont le plus souvent dérivés, et de prendre un t avant Vi pour écrire cî, lorsque c'est un t qui fait celte fonction dans cette langue originale; mais les Latins ont toujours écrit par un t : preiium, gratin, et beaucoup d'autres d'où sont dérivés les mots français : précieux, gracieux, etc., que nous écrivons toujours avec un c. C'est donc l'usage encore qu'il faut consulter, puisque souvent il contredit l'étymologie.

Lorsqu'il est final, le t se prononce comme s'il était écrit te : une dot, un fat, un but, le zénith, Apt (ville), induit^ zest, est, ouest, exact, rapt, tact, correct, direct et ses dérivés (voir les Dictionnaires), suspect^ chut, mat, un Christ; mais il ne se fait point sentir dans Jésus^Christ, ni dans d'autres mots semblables à ceux-là, comme contrat, aspect, circonspect, respect, etc. Il n'est pas harmonieux d'entendre sonner le < à la fin des mots, même lorsque le mot suivant commence par une voyelle. Une mort, un sort horrible, se prononceraient mal : une mor, un sortorrible. Dans débet le t doit sonner, parce que ce mot est tout latin, quant à l'orthographe et quant au sens.

Dans sept le t sonne lorsque ce mot est seul : le nombre sept; ils étaient sept ; ou lorsqu'il est suivi d'une voyelle ou de h muet : sept abri' cots ; sept hommes ; mais il ne sonne dans aucun cas avant une consonne : sept maisons,

Girault-Duvivier cite trois circonstances poétiques où l'on s'est dispensé de faire sonner le t dans le mot sept, et les voici :

Boileau a fait rimer sept avec cornet. C'est ainsi qu'il dit en parlant d'un joueur :

Attendant son destin d'un quatorze et d'tm sept , Voit sa vie ou sa mort sortir de son cornet. {Satire lY.) Et avec secret :

Et souvent tel y vient , qui sait, pour tout secret. Cinq et quatre font neuf, ôtez deux , reste sept. (Jpiire VIII.)

Voltaire l'a fait rimer avec objet:

Elle avait une fille : nn dix avec un sept Composait l'âge heureux de ce divin objet.

{Conte de Gertrvde.)

Nous dirons que Girault-Duvivier aurait dû en faire raison. A force d'introduire et de to-

Figuré

delà

lettre.

lérer des licences aux poètes, on finirait par absorber les principes de l'usage et de la langue elle-même.

Huit suit les mêmes règles, excepté lorsqu'il est pris substantivement, car il sonne alors, même avant une consonne. Ainsi l'on doit dire, sans faire sonner le t : huit villes ; et en le faisant sonner : ils étaient huit; huit abricots; huit hommes; le huit du mois; un huit de chiffre.

Dans vingtj il sonne pour toute la série de vingt à trente; mais il ne sonne pas dans la sériede quatre-vingts à cent. Il ne se prononce pas non plus dans vingt, employé seul ou suivi d'une consonne : nous étions vingt ; vingt.soldats. Suivi d'une voyelle , il se prononce au singulier, vingt abricots; mais il ne se fait pas sentir au pluriel : quatre-vingts abricots se prononcent quatre-vin-zabricots.

Dans tous les autres mots, il sonne lorsqu'il est suivi d'une voyelle à laquelle il doit s'unir : un savant homme; je suis tout à vous; s'il vient à partir.

Lorsqu'il est redoublé , on n'en prononce ordinairement qu'un , excepté dans atticisme, Atiique, battologie, guttural, pittoresque.

T n'est pas redoublé, dit Girard, après les syllabes où il se trouve une des deux liquides l ou r jointe à une autre consonne, ni à la suite de do, re, la ou ma, comme flater, floter, froter, clôture, pratique, protester, grotesque, doter, antidote, retour, retenir, latitude, matière, maternel, etc. Cette règle est contredite sur quelques points par le plus grand nombre des Grammairiens et par l'usage le plus fréquent ; on écrit communément flatter, flotter, frotter, etc. Ailleurs, continue le même auteur, t se redouble ordinairement, comme atiaquer, combattre, attester, sornette, nettoyer, sotte, botte, motte, etc.

La brièveté des syllabes oblige quelquefois au redoublement de cette lettre ; ainsi l'on écrit dégoutter, tomber goutte à goutte, et dégoûter, donner du dégoût. D'autres sur ce sujet renvoient à l'étymologie; nous, nous renverrons à l'usage ; seulement nous avertirons que c'est ici une des consonnes qui se redoublent après la préposition à dans les mots composés, comme : attaquer, attacher, atteindre, attelage, attendre, attendrir, attentat, atténuer, attester, attiédir, attiser, attoucher, attractif, attribuer, attrister, attrouper, etc.

Il est une foule de mots terminés par un t dans l'écriture, quoiqu'il ne se prononce pas, au moins devant une consonne; tels sont tous

Figure (le la

GRAMMAIRE FRANÇAISE

les adveibes en meni: clairemenly etc.; toutes les troisièmes personnes du pluriel des verbes : ils aiment f ils iront, ib voulaient, etc., et même une grande partie des troisièmes du singulier, quand leur dernière voyelle n'est pas un c, et qu'elles ne sont ni dans un temps composé, ni au prétérit, ni au futur terminé en a, comme : ilaimait, il rit, il écrivit, etc.; 11 y a encore un grand nombre de substantifs et d'adjectifs de différentes terminaisons, comme : délicat, sot, achat, délit, bout, début, attribut, préciput, etc.

T se place entre le verbe et les pronoms il, elle, ou on, lorsque le verbe finit par une voyelle, et que le pronom ne doit venir qu'après. Ce t-ne s'unit au verbe et au pronom qu'au moyen d'un double tiret ; il sert à rendre la prononciation-plus coulante, et à empêcher un biatus dur et désagréable que formeraient ensemble la voyelle finale du verbe et l'initiale du pronom; on écrit donc : y a-t-il? mange-t-îl ? accorde-t-elle ? paraUra-t-elle ? raisonne-t-on? s'énoncera-t-on ? etc. Lorsqu'il y a une élision, on ajoute une apostrophe après le t ; ainsi l'on écrit va-t'en ? pour va-te-en,

T peut être accolé à la lettre h. (Voyez aux consonnes composées.)

\ V. Sou propre, ve. Valeur, vélin, vidame^ volonté, vue, vouloir, je veux.

Cette lettre , que dans l'ancienne épellation on appelait si improprement u consonne, conserve toujours le son qui lui est propre ; elle n'est jamais redoublée en tant que lettre française.

Il n'est aucun autre caractère qui peigne le même son, si ce n'est /"à la fin des mots; son orthographe ne peut causer aucun embarras; car si l'on prononce nei/y-ans, on écrira néanmoins neuf ans, lorsqu'on saura qu'aucun mot ne finit par v, et que ce v est le faible de f; en conséquence, si l'on trouve le son du premier dans des circonstances où il ne peut .figurer, ce sera l'autre qui devra le suppléer, comme étant celui qui en approche le plus.

w. Deux sons propres; ve, à la française, comme dans Wauxhall; et ou, comme dans Walier Scott, que l'on prononce Ouallere- Scoit.

Si nous ne réunissons pas cette double lettre aux consonnes composées, c'est qu'elle n'est véritablement pas d'ofthographe française; elle ne s'emploie que dans les mots étran-

Pigure delà lettre.

gers que la renommée a francisés : c'est ainsi que whigh, whist, whiski, se prononc ouigue, ouicete et ouiceki. Girault-Duvivier a raison de dire que ce n'est pas des étrangers qu'il faut apprendre comment on prononce les noms qu'ils écrivent avec un double v {w) ; l'usage seul doit nous servir de guide, et il nous dira qu'en français. Newton, Warwick, Washington, Law, se prononcent Neuton, Varvik, Vazington, Lô; et que Westphalie, Walbon, Wallone, If^irtem^er^, se prononcent VestphaliCf Valbon, Valone, Virtemberg.

On ne fait point de faute, même dans le discours soutenu, en prononçant à la française.

X X. Point de son qui lui soit propre. — Sons accidentels :

es : axe, axiome, Alexandrie, fluxion, taxe, vexé, Xénophon, etc.

GZ : examen, exemple, exaucer, exarqui-, exercice, exil, exiger, etc.

K: excellent, excellence, etc.

S5 ou ce : soixante, Bruxelles, Auxone, Auxerre, Luxeuil, etc.

Z : deuxième, sixième, dixième, dix-huit, dix-neuf, et leurs dérivés.

Quelques personnes adoucissent la prononciation de es dans plusieurs noms propres : elles prononcent Zénophon; pourquoi ne dirait-on pas tout simplement Gzénophon?

L'Académie marque \egz dans Xavier.

Final, il se prononce es dans Styx, phénix, index, storax, larynx, onyx, préfix, Pollux, Astyanax, et autres noms propres. On conserve à ces mots la marque de leur origine étrangère. Dans les autres mots il se prononce comme s à la fin d'un mot; c'est-àdire qu'avant une voyelle il prend le son accidentel z.

Dans six et dix il ne se prononce pas avant le substantif dont ces mots marquent le nombre, lorsque ce substantif commence par une consonne : il a le son du z avant une voyelle : et quand il est final, ou qu'il est suivi d'un repos, il se prononce fortement comme ce.

Il est des noms à la fin desquels x doit s'écrire, quc^u'on ne l'y prononce point; tels sont : paix, faix, crucifix, prix, flux, reflux; les pluriels des noms en au et en eu; et quelq.ues noms même en oi et en ou, comme beaux, maux, heureux, des jeux, de la poix, des noix, du houx; on voit par ces derniers exemples que x se met aussi au singulier de quelques noms en oi et en ou : il faut en dire

DES COJNSONISES COMPOSÉES.

Figure

(le ta

luUre.

autant de tous les adjectifs en eux^ comme courageux. On écrit aussi, je veux, Je peux, fauxy aux (article), devant une consonne; car devant une voyelle, aux sonne auze.

De tous les mots dans lesquels se trouvent les sons gz , es, ss, ou z, quels sont ceux qui prennent x, et quels s®nt ceux qui ne le prennent pas pour écrire ces quatre sons simples ou composés? Voilà la question qu'il faudrait pouvoir décider, pour établir ce qui concerne cette lettre : et c'est aussi le point sur lequel on ne trouve rien d'aussi sûr que nous le voudrions. Nous ne pouvons que faire remarquer qu'il n'est pas dans le génie de la langue d'employer de suite les consonnes gz ou es; ainsi toutes les fois que l'on entend leur articulation se réunir sur une même voyelle, on peut hardiment se servir de x; comme exil, exhorter, exhumer, exorable, exulcérer , etc. ; Xavier, Xirnenes, Xénophon, axiome, équinoxe, etc. ; mais pour les deux autres sons ss etz nous n'avons que l'usage; heureusement que le nombre des mots dans lesquels ils s'expriment par x n'est pas grand : nous les avons cités presque tous. Cette Icîttre n'est jamais redoublée.

Z 7,. Son propre, ze. Zacharie, Zéphyre,zizanie, zone, Zurich.

Cette lettre conserve toujours le son qui lui est propre au milieu et ou commencement des mots : finale, elle se prononce s dana Metz et Rhodez.

Elle est de peu d'usage au commencement ou au milieu des mots : cependant comme s est la seule consonne qui puisse la remplacer, et qu'elle n'en prend jamais le son au commencement d'un mot, ni à la fin, ni au milieu, à moins qu'elle ne soit entre deux voyelles , il s'ensuit que toutes les fois que le son du z se trouve au commencement ou à la fin du mot, ou au milieu entre une consonne et une voyelle, c'est toujourslexqu'ilfautemployer; ainsi l'on écrit : zèle, zodiaque, Zénobie, zigzag, Rodriguez , Sanchez, Olivarez, Suatez, etc. ; mais il est encore des mots où s exprimerait également bien le son tle z, et où cependant cette dernière consonne s'emploie ; comme topaze , lézard , lazareth , zizanie , azur^ etc. ; il en est d'autres qui selon l'étymologie devraient avoir un z et qui prennent un s, commegargariser, catéchiser, évangéliser, etc.; du moins c'est l'usage le plus suivi, quoique bien des auteurs écrivent encore gargarj-

Figure (le la letlre.

zer, etc., ainsi que nous l'avons déjà observé.

Outre les noms étrangers où z final se prononce, comme Suarez, nousen avons quelquesuns qui se terminent aussi par ce même caractère, quoique le son ne l'indique pas; on n'en peut guère compter que trois : nez, chez, assez.

A la fin des secondes personnes plurielles des verbes, cette lettre a le son qui lui est propre avant une voyelle, riez et jouez; mais elle ne &y prononce pas avant une consonne, vous diriez, vous voudriez, etc.

L'Académie fait observer qu'on a conservé l'ancienne prononciation de zède dans celte phrase proverbiale : il est fait comme un z.

Cette lettre ne se redouble que dans un petit nombre de mots pris de litalien, comme: VAbruzze, lazzi.

DES COXSONÎVES COMPOSÉES.

Nous avons dit que cl.a.jue ciiii.ssion de la voix devrait avoir un caractère particulier ; ce serait un point de perfection que n'a encore atteint aucune langue; et pour restreindre à nos consonnes cette observatton, nous nous contenterons de faire remarquer avec du Marsais, que < les Grecs n'au-

> raient pas manqué de leur en donner un, comme

> ils le firent à l'e long, à Va long et aux lettres » aspirées. »

Les consonnes composées, dont il nous reste à parler, sont : ch, gn, ph, rh et th. Comme nous avons tout dit sur w et sur x, à l'article des Consonnes simples, nous ne les citons que pour mention.

CIL ch. Son pro^pre, clic. Chapeau, chérir, chicane, chute, chose, chou.

Cette consonne est peut-être la plus embarrassante qu'il y ait dans no;re langue pour les étrangers ; car tantôt elle conserve le son/(ui lui est propre, et tantôt ell^ le perd pour prendre celui de q ou de k.

Elle a ce dernier son, i" lorsqu'elle est suivie des lettres /, n, ou r, chrétien, Arachné, Chloris; 2° dans les mots tirés de l'hébreu ou du grec , lorsqu'elle est suivie de a, o, u, Achab, Chanaan , catéchumène, Nabuchodonosor, etc. ; 5° dans beaucoup de mots tirés des langues étrangères où elle a ce son : Michel-Ange, Machiavel, archétype, archiépiscopal, Ciiila-Veccliia, Achéloiis, etc.

ne

GRAMMAlftE FllANÇAlSE.

Figure

Figure delà

de la lettre.

lettre.

Liste des mois les plus usités oh le ch se |

prononce k.

Achéloûs.

Chersonèse.

Chronique.

Achromatique.

Chiragre.

Chronologie.

Auachai'sis.

Chirographaire.

Chrysalide.

Anachorète.

Chiromancie.

Écho.

Anachronisme.

Chloé.

Épicharis.

Antlchrèse.

Chloris.

Eucharis.

Arachné.

Chœur.

Eucharistie.

Archange.

Chorée.

Ichthyologie.

Arcliétype.

Choriambe.

Lichen.

Archonte.

Chorion.

Melchior.

Bacchante.

Choriste.

Melchisédech.

Bacchus.

Chorographie.

Nabuchodonosor.

Catachrèse.

Chorus.

Orchestre.

Chaldée.

Chrétien.

Technique.

Cbanaan.

Chrle.

Zurich.

Chaos.

Christ.

On prononce

Par che.

Par ke.

Archevêque.

• . Archiépiscopal.

Bachique.

Bacchante.

Patriarche.

Patriarchat.

Michel , etc

Michel

-Ange.

11 y a tant d'exceptions, que nous ne pouvons que renvoyer à la pratique; car on prononce avec le son propre : Zachée^ Joachim, archiprêlre^ eic.

Ch sonne aussi che dans les mots tachigraphe et tachigrapliie. C'est un étrange abus du bon sens que de vouloir que douche se prononce c/oM^fe, et rfrac/ime, dragme, surtout pour ce dernier mot, qui s'écrit de deux laçons, et qui peut et doit par conséquent se prononcer aussi dedeux manières.

GN. gn. Son propre, gnie. Champagne, règne, Avignon, ligne.

Le son mouillé de celte consonne n'a lieu qu'au fnilieu des mots, et l'on doit toujours l'y conserver, excepté dans : Progné, agnat, agnation, diagnostic, stagnation, stagnant, cognât, cognation, regnicole, inexpugnable, où le ^ et le n sont entendus séparément.

•Le son accidentel du^7i estguene^ Gnome, gnosiique, Gnide , se prononcent guenome, guenostike, Guenide.

Agnus, dit l'Académie, a le son mouillé ; mais dans agnus-castus, le gn se prononce gune. Nous, qui n'admettons de loi que celle du bon sens, nous établirons pour règle que agnus se prononce de la même manière que agnus de agnus-castus. N'est-ce pas le même mot latin?

Voici cependant deux mois donl la pro-

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