DES SYLLABES
L'abbé Girard définit très-bien la syllabe, un son simple ou composé, prononcé avec toutes ses articulations par une seule émission de voix.
H faut donc pour une syllabe, ajoute Demandre, unité de prononciation, ainsi que le fait entendre l'élymologie du mot (*). Cette unité dépend de l'impulsion de la voix hors de la bouche. Lorsqu'il n'y a qu'une impulsion de voix, il se trouve unité de prononciation , et , par conséquent , unité de syllabe. S'il y a plusieurs impulsions de voix, il ne saurait y avoir unité de prononciation ; il y aura donc pluralité de syllabes.
Mais qu'est-ce qui fait l'unité ou la pluralité des impulsions de la voix? La première vient de la continuité, la seconde, de l'interruption du passage de la voix. Le mot unité, par exemple, est de trois syllabes, parce que, pour prononcer ce mot , on interrompt deux lois, on coupe deux fois le passage de la voix, son impulsion ; ce qui, avec la première émission d'air, forme trois sons prononcés à trois différentes reprises, f/fait le premier son, la [iremière éinission de voix, la première impulsion, et en conséquence la première syllabe; ni ne se forme pas delà même émission d'air que u; cette seconde syllabe est séparée et distinguée de la première par une interruption, légère à la vérité et peu sensible, mais néanmoins réelle, d'impulsion de voix et de prononciation. U en est de même de lé à l'égard de ni; ce qui forme le mot complet unité, prononcé en trois reprises différentes,u-m-fe.
Quelquefois cette interruption est causée par une consonne qui n'est point au service de la première voyelle. Il faut bien remarquer qu'une consonne peut être au service d'une voyelle qui la précède, ou d'une voyelle qui la suit. Dans le premier cas, cette consonne ne cause point d'in-
(') Syllabe vient du grec a^iXaixionm , verbe composé de »i>v , avec , et de >«/i6«vu , je prends ; d'où l'on a formé (rvAAatvj stjllabe. Priscien, et tous les Grammairiens falius, nous dit 'Maugard , ont pris ce mot dau,s le sens aclif. Sijllaba , dit priscien, est comprehensio liilerarum, comme s'il avait dit , id quod comprehenclU lilteras.
terruption dans la prononciation de la voyelle précédente : telle est la consonne r dans mer. Dans l'autre cas, la consonne demande une seconde impulsion , et forme une prononciation interrompue : telle est la consonne r dans marais. C'est à l'oreille à bien sentir toutes ces différences délicates. Poursuivons : si au lieu de mer on éciivait mère, il y aurait deux syllabes ; parce que, dans ce dernier mot, r n'est point au service du première, mais se réserve tout entier pour fartieulation du second. Il est vrai que la prononciation de l'un ne diffère que très-peu de la prononciation de l'autre, puisque r se faisant sentir dans mer, c'est presque comme s'il y avait mère. Cependantf si l'on veut y faire attention, on verra que dms mère on appuie davantage sur l'e muet et final ; au lieu que dans mer, il se/nble que la voix s'éteigne au moment où l'on arrive à cette seconde voyelle.
Duclos distingue la syllabe physique de la sî//labe usuelle, t II faut observer, dit-il, que toutes » les fois que plusieurs consonnes de suite se font » sentir dans un mot, il y a autant de syllabes réel- » les ou physiques qu'il y a de consonnes qui se » font entendre, quoiqu'il n'y ait point de voyelle » écrite à la suite de chaque consonne ; la pronon- » dation suppléant alors un e muet, la syllabe de- » vient réelle poUr l'oreille ; au lieu que les syl- » labes d'usage ne se comptent que par le nombre » des voyelles qui se font entendre et qui s'écri- » vent. Par exemple, le mot armateur est de trois » syllabes d'usage, et de cinq réelles, parce qu'il » faut suppléer un e muet après chaque r; onen- » tend nécessairement a-re-ma-teu-re. » (Voir ce que nous avons dit sur les éléments de la voix , page i6.)
Beauzée va plus loin que Duclos; il distingue une syllabe physique, une syllabe artificielle et une syllabe usuelle.
Une syllabe physique est une voix sensible prononcée naturellement en une seule émission. Telles sont les deux syllabes du mot a-wi : il y a dans chacune d'elles une voix, a, i; chacune de ces voix est sensible, puisque l'oreille les distingue