DES SYLLABES
sans confusion comme l'organe les prononce; chacune tle ces voix est prononcée naturellement, puisque la première est le produit d'une simple émission spontanée , et que l'autre est le résultat d'une émission accélérée par une articulation qui la précède, comme la cause précède naturellement l'effet; enfin chacune de ces voix est rendue en une seule émission, et c'est le principal cafactère des syllabes. •
Une syllabe artificielle est une voix sensible proférée artificiellement avec d'autres voix insensililes en une seule émission. Telles sont les deux Syllabes du mot trom-peur; il y a dans chacune d'elles une voix sensible , om, eu, toutes deux distinguées par l'organe qui les prononce et par celui qui les entend; chacune de ces voix est prononcée avec un e insensible , om avec Ve muet , que suppose la première consonne t, laquelle ne tombe pas immédiatement sur om comme la seconde consonne r; eu avec Ve muet, que suppose la consonne finale r, laquelle ne peut naturellement modifier eu comme la consonne p qui précède ; chacune de ces voix sensibles est prononcée aj^tificiellement avec le son de Ve muet en une seule émission , puisque la prononciation naturelle donnerait à chaque e muet une émission distincte , si l'art ne la précipitait pour rendre Ve muet insensible ; d'où il résulterait que le mot trompeur, au lieu des deux syllabes artificielles trom-peur, énoncées en deux émissions, aurait, en quatre émissions distinctes , les quatre syllabes physiques : te-rompeu-re.
Il y a dans toutes les langues des mots qui ont des syllabes physiques et des syllabes at^ificielles : ami a deux syllabes physiques; trompeur a deux syllabes artiftcielles ; amoicr a une syllabe physique et une artificielle. Ces deux sortes de syllabes sont donc également usuelles. Qu'est-ce donc enfin qu'une syllabe usuelle, qu'une sy^be en général? C'est, en supprimant des définitions précédentes les caractères distinclifs des espèces, une voix sensible prononcée en une seule émission.
Il semble que l'usage universel de toutes les langues nous porte à ne reconnaître en effet pour syllabes que les voix sensibles prononcées en une seule émission. La meilleure preuve que l'on puisse donner que c'est ainsi que toutes les nations l'ont entendu , et que par conséquent nous devons l'entendre, ce sont les syllabes artificielles , où l'on a toujours reconnu l'unité syllabique, nonobstant la pluralité des voix réelles que l'oreille peut faire entendre. Lieu, lie^i, leur, sont trois syllabes avouées telles dans tous les temps, quoique l'on entende les deux voix i, eu dans la première, les deux voix i, en dans la seconde , et , dans la troisième , la voix eu avec le muet que suppose la consonne r ; mais la prépositive i , dans les deux premières, etVc m"ct, dans !i troisième, sont pres-
que* insensibles malgré leur réalité; ei le tout, dans chacune , se prononce en une seule émission, d'où dépend l'unité syllabique.
11 n'est donc pas exact de dire, avecDuclos, que nous avons des vers qui sontà la fois de douze syllabes d'usage, et de vingt-cinq à trente syllabes physiques. Toute syllabe physique, usitée dans la langue , est aussi une syllabe usuelle, parce qu'elle est une voix sensible prononcée en une seule émission ; par conséquent on ne trouvera jamais dans nos vers plus de syllabes physiques que de syllabes usuelles. Mais on peut y trouver plus de voix réelles et physiques que de voix sensibles , et dès lors plus de voix physiques que de syllabes, parce que les syllabes artificielles, dont le nombre est assez grand , renferment nécessairement plusieurs voix réelles et physiques; mais une seule est sensible , et les autres sont insensibles.
Il est une infinité de mots, observe Demandre, qui , selon l'usage , devraient compter pour une diphthongue, et par conséquent pour une syllabe, et dans lesquels cependant les poètes comptent deux syllabes, comme passion, passion, selon l'usage , et pas-si'On en poésie ; mais ce n'est pas le lieu d'en parler.
Par rapport à la voix , les syllabes sont ou incomplexes ou complexes.
V Une syllabe incomplexe est une voix unique, qui ne renferme pas plusieurs voix élémentaires dont elle serait le résultat; telles sont les premières syllabes des mots : a-mi, ta-mis, ou-vrir, cou'vrir, en-ter, plan-ter.
2° Une syllabe complexe est une voix double , qui comprend deux voix élémentaires prononcées distinctement et consécutivement , mais en une seule émission ; telles sont les premières syllabes des mots oiseau, cloison, hui-lier, tui-lier.
Il suit de ces deux définitions, que la différence caractéristique des deux espèces de syllabes consiste en ce que la voix qui constitue Vincomplexe est essentiellement unique , et que celle qui constitue la complexe est essentiellement une diphthongue, car dans chacune des deux espèces la voix peut être ou n'être pas articulée , parce que l'articulation n'entre pour rien dans les vues de cette première distinction.
Par rapport à l'articulation, les syllabes sont encore ou simples ou composées :
1° Une syllabe simple est une voix sensible qtii n'est modifiée par aucune articulation; telles sont les premières syllabes des mots a-mi, ou-vrir, enter, oison , hui-lier;
2° Une syllabe composée est une voix sensib'<;
modifiée par une ou par plusieurs articulations ;
telles sont les premières syllabes des mots ta-mis ,
cou-vrir, plan-ter, cloison, tui-lier.
I! suit de ces deux définitions, que la différence
caractéristique des deux espèces de stfUnbes consiste en ce que la voix de la syllabe simple n'est point articulée, et que la voix de la syllabe composée est modifiée par une ou par plusieurs articulaions : dans chacune des deux espèces , la voix peut être indifféremment unique ou double, parce que le genre de la voix n'entre pour rien dans cette seconde distinction.
Enfin comme ces deux divisions sont fondées sur des aspects tout à fait différents, la même sijllabe, envisagée sous ces deux aspects, doit se i apporter à deux classes, dont l'une est d'un genre, et l'autre d'un autre genre. Ainsi les premières syllabes des mots a-mi, oû-vrir, en- ter, sont incom-
GRAMMAIRE FRAINÇAISE.
On appelle /?o/ysy//a/>es les mots qui ont plusieurs syllabes, comme seigneur, vanité, ressentiment, calomniateur, etc. La première racine de ce mot "est l'adjeciif grec ttoXu; , nombreux. Nous avons fait justice ailleurs des mots dissyllabes et trissyllabes.
Si l'on compare les mots par le nombre des syllabes dont ils sont composés, on appelle parisyllabes ceux qui ont le même nombre de syllabes , comme moi, et pmir, qui en ont chacun une, vouloir et seigneur, qui en ont chacun deux, vanité et prudemment, qui en ont chacun trois, etc. On appelle Imparisyllabes ceux qui n'ont pas le même nombre de syllabes, comme bon, prudent, ordonné, gouvernement, etc., dont le premier n'a qu'une syllabe ,