‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 179 sur 279 · DU SUJET ET DE L'ATTRIBUT · texte numérisé non relu

DU SUJET ET DE L'ATTRIBUT

Des deux idées qui sont les éléments nécessaires d'un jugement quelconque, la première représente un être, une substance, ou réelle, ou résultant d'une abstraction : c'est là le swje/ du jugement : la seconde est l'idée d'une modification réelle ou intellectuelle que nous jugeons appartenir ou ne pas appartenir au sujet; c'est l'attribut, parce que c'est cette idée qu'on attribue ou qu'on n'aitribue pas à la première. Ainsi, dans l'analyse du jugement, nous ne trouvons que deux idées élémentaires, comme dans l'analyse de la parole nous n'avons trouvé absolument que deux classes générales de mots, des substantifs et des modifîcaiifs. Dans ce jugement : Dieu est bon, l'idée de Dieu est le sujet logique, c'est l'idée d'une substance; c'est celte idée que j'affirme exister dans mon entendement sous une relation déterminée à la bonté : est bon est l'attribut, puisque c'est cette idée totale que j'aitribue au sujet Dieu.

Vainement chercherait-on trois idées distinctes dans ce jugement, et dans tout autre; celle du sujet Dieu, celle de l'attribut bon, et une troisième idée élémentaire, qui exprime l'acte par lequel l'entendement prononce la coexistence de ces deux idées, acte qu'on prétend exprimé par le niot est, et qu'on nomme copule, énonciation ou affirmation. Nous convenons qu'en faisant l'analyse sans faire attention que Dieu est bon est l'expression d'un jugement, il y a trois idées, celle de Dieu, celle de l'existence {est), et celle de la bonté : mais, en considérant ces idées comme les éléments d'un jugement, ainsi que nous devons le faire, il n'y a,

et il ne peut y avoir que deux parties logiques : l'idée du sujet (Dieu), et l'idée totale de l'attribut est bon. Nous disons l'idée totale de l'attribut : car on ne se contente pas d'affirmer que Dieu existe, que Dieu est; on affirme qu'il est bon, c'est-à-dire tout à la fois qu'il exisiCi et qu'il existe aveé la modification exprimée parle mot bon. On ne pourrait pas même affirmer qu'il est bon, si l'on n'avait préalableînent affirmé qu'il est, puisqu'il faut être avant de pouvoir être de telle ou de telle manière. L'idée de l'existence est donc une partie essentielle et inséparable de tout attribut; on ne peut donc pas en faire un élément séparé et distinct dans l'analyse du jugement; et conséquemment il n'y a qu'un sujet et qu'un attribut, et point de copule ni d' ènonciatioii.

La totalité des parties intégrantes dont une proposition peut être composée constitue la matière gramriïaiicale de celte proposiïion. L'aiiâlysë réduit toujours ces parties à deux :1e sujet et Xair tribut.

Le sujet est la partie de la proposition qui exprime l'être dont l'esprit aperçoit l'existence sous telle ou telle relation à quelque modification ou manière d'être.

L'attribut est la partie de la proposition qui exprime l'existence intellectuelle du sujet sous cette relation à quelque manière d'être. Dans cette proposition : Dieu est bon. Dieu est le sujet, il exprime l'être dont l'esprit aperçoit l'existence sous la relation de convenance avec la bonté : est bon est l'attribut, qui exprime l'existence de Dieu sous cette relation. Cet attribut est composé ici de deux mots: le modificatif commun est, en particulier, exprime l'existence du sujet, et l'adjectif bon en exprime le rapport de convenance avec la bonté.

Lors même que l'attribut n'est exprimé que par un seul mot, comme dans ces propositions : Dieu existe, Pierre travaille, mon frère écrit ; on peut toujours le décomposer en deux, dont l'un exprimera l'existence, et l'autre sera un attributif, puisque tout verbe peut se décomposer ainsi ; et ces propositions équivalent à celles-ci : Dieu est existant, Pierre est travaillant, mon frère est écrivant.

Si la relation du sujet à V attribut est de disconvenance et non pas de convenance, on l'exprime par une négation qui modifie le verbe, et qui indique aussi le contraire de la convenance : Dieu n'est pas méchant; Pierre ne travaille pas ; mon frère n'écrit pas. Alors les propositions sont négatives, parce qu'elles nient qu'il y ait convenance entre le suj et tll' attribut : c'est un jugement fondé sur la différence de deux idées.

Plusieurs logiciens distinguent trois parties dans la proposition : le sujet, qui exprime l'être dans lequel l'esprit aperçoit l'existence sous telle ou telle relation à une manière d'être; l'attribut, dont

il aperçoit l'existence dans cet être exprimé par le sujet ; et la copule (en latin copula, lien, attache), qui prononce la convenance entre le sujet et l'attribut. Ainsi, d'après eux, dans toutes les proposi' lions que nous venons de citer, le verbe est est la copule.

Mais il est plus conforme au résultat d'une analyse rigoureuse de considérer Vaitribut comme contenant essentiellement le verbe, puisque c'est le verbe du sujet, comme l'adjectif ou le participe qui le suit. Dans une proposition, il n'est pas question de l'existence réelle du sujet, mais il s'agit de son existence intellectuelle, c'est-à-dire de son existence dans l'esprit de celui qui parle, laquelle est toujours l'objet d'une proposition; et c'est cette existence intellectuelle qui est le caractère essentiel du verbe.

SES DXrrÉBEIfTIie FORUES du sujet et de L'ATTaZBVT.

Le sujet et l'attribut peuvent être simples ou composés, incomplexes ou complexes.

Le sujet est simple, lorsqu'il présente à l'esprit un être déterminé par une idée unique. Ainsi, dans ces propositions : Dieu est bon; mentir est une lâcheté; la gloire qui vient de la vertu a un éclat immortel : les sujets : Dieu, mentir, la gloire qui vient de la vertu, sont simples. Dieu exprime un sujet déterminé par l'idée unique de la nature individuelle de l'Étre-Suprême; mentir présente à l'esprit un sujet déterminé par l'idée unique du mensonge; et la gloire qui vient de la vertu, un sujet déterminé par l'idée unique de la nature générale de la gloire , restreinte par l'idée de la vertu envisagée comme un fondement particulier de la gloire.

Dans la dernière proposition il y a véritablement une seconde proposition, dont le sujet est qui pour laquelle gloire, et dont Yattribut est vient de la vertu. Nous parlerons plus bas de cette proposition subordonnée.

Remarquons seulement, quant à présent, que la simplicité du sujet dépend, et doit naturellement dépendre, non de l'unité du mot qui l'exprime, mais de l'unité de l'idée qui la détermine. Ainsi dans cette proposition : la gloire qui vient de la vertu a un éclat immortel ; il est évident qu'on n'attribue pas l'éclat immortel à la gloire en général, ni à toute sorte de gloire, mais exclusivement à celle qui vient de la vertu; et conséquemment tous ces mots réunis la gloire qui vient de la vertu ne présentent à l'esprit qu'un sujet unique et déterminé ; il est donc simple.

Le sujet est composé, lorsqu'il comprend plusieurs êtres déterminés par des idées différentes. Ainsi quand on dit : croire à la vertu et ne pas en suivre les principes dans sa conduite, est une extravagance inconcevable; on n'énonce qu'un sujet sim-

GRAMMAIRE FRANÇAISE

pie, quoiqu'il paraisse composé: car, bien que croire à la vertu paraisse un premier sujet, et ne pas en suivre les principes dans sa conduite, un second; il n'y en a cependant qu'un, puisqu'on ne peut pas dire séparément que croire à la vertu est une extravagance inconcevable : le véritable sujet est l'idée unique qui résulte de la réunion de ces deux idées particulières; et conséquemment il est simple. Mais en voici un vraiment composé ; le courage, la probité, la franchise, la sobriété sont des vertus estimées dans tous les temps; car l'attribut convient séparément au courage, à la probité, à la franchise, etc.

L'attribut est simple, lorsqu'il n'exprime qu'une seule manière d'être du sujet, soit que cette modification soit exprimée en un seul mot, ou qu'elle le soit en plusieurs mots. Les attributs des propositions citées plus haut sont simples. De même dans celle-ci : les imprudents se livrent à des jouissances dont ils ne connaissent pas les funestes conséquences; quoique cet attribut soit exprimé par un grand nombre de mots, il est simple, puisqu'il n'exprime qu'une seule manière d'être du sujet : les imprudents.

L'attribut est composé quand il exprime différentes manières d'être du sujet. Les orgueilleux sont ridicules et méprisables ; cet attribut est composé, puisqu'on attribue deux manières d'être au sujet : le ridicule et le mépris.

Le sujet est incomplexe lorsqu'il n'est exprimé que par un substantif ou par un infinitif, qui sont les seules espèces de mots qui puissent présenter à l'esprit l'idée d'un sujet déterminé : Dieu est bon; mentir est une lâcheté; commander est le penchant naturel des hommes.

Ne confondons pas le sujet simple avec le sujet incomplexe; et pour cela, saisissons bien les différences qui les distinguent.

Le sujet simple doit être déterminé par une idée unique ; voilà son essence : mais cette idée unique peut être exprimée par un seul mot, ou par plusieurs mots ; et conséquemment , en conservant sa simplicité , il peut être ou n'être pas incomplexe, parce que son essence dépend non de l'expression, mais de l'unité de l'idée qui le constitue , et que cette idée unique peut être et n'être pas considérée comme le résultat de plusieurs idées subordonnées, et être exprimée par un mot ou par plusieurs mots. Au contraire, l'essence du sujet incomplexe dépend uniquement de l'expression, puisque, pour être tel, il doit n'être exprimé que par un seul mot. Ainsi , un sujet simple peut être indifféremment ou incomplexe ou complexe.

Le sujet est complexe quand le substantif ou l'infinitif est accompagné de quelques mois additionnels qui en expliquent, en étendent, en restreignent ou en déterminent le sens ; comme dans ces propositions : la liberté bien entendue rend les peu-

Dli lA SYINTAXK.

pffs heureux; la liberté de conscience, de commerce ,- d'industrie , détruit l'intolérance et le monopole; ridiculiser la vertu est le comble de la perversité; mentir habituellement est l'effet d'un caractère bas et avili. Les mots bien entendue expliquent de quelle liberté on veut parler ; de commerce, de conscierwe, d'industrie étendent le sens du mot liberté ; la vertu restreint le sens de l'infinitif ridiculiser, et 'cela est nécessaire pour que la proposition soit vraie, puisqu'on peut ridiculiser le vice sans être pervers ; enfin l'adverbe habituellement détermine la signification que l'on donne à l'infinitif menfir. Tous ces sujets sont donc complexes.

Ainsi le sujet devient complexe, non pas seulement par l'addition d'une proposition incidente, mais par l'addition de mots quelconques qui y ajoutent quelque idée particulière, ou explicative, ou déterminative. Alors le mot principal , auquel est faite celte addition, est seul le sujet grammatical de la proposition; puisque lui seul est assujéti, en qualité de sujet, aux lois de la syntaxe de chaque langue , et que tous les mots qui servent à l'expliquer, à l'étendre, à le restreindre ou à le déterminer, sont dans sa dépendance, et reçoivent de lui les formes, les inflexions, la place, les accidents qu'ils doivent avoir en raison de cette dépendance. Ce même mot principal, réuni à ceux qui dépendent de lui et dont l'adjonction rend le sujet complexe, est le sujet logique de la proposition ; parce que c'est de la réunion de tous ces mots que résulte l'expression totale de l'idée déterminée , dont l'esprit aperçoit l'existence intellectuelle sous telle relation à tel attribut. Ainsi dans cette proposition : l'orgueil qu'inspire la fortune, ou la beauté, ou la parure, est le plus sot de tous; Y orgueil est le sujet grammatical; l'idée totale exprimée par les mots l'orgueil qu'inspire la fortune, ou la beauté, \ou la parure, est le sujet logique; et ce sujet est i«mp/e, quoique complexe.

1 h' attribut est incomplexe, lorsque la relation du sujet à la manière d'être dont il s'agit y est exprimée en un seul mot : ce mot peut renfermer en même temps dans sa signification l'existence intellectuelle" du sujet et l'attribut, ou bien cette existence est exprimée séparément par une forme du verbe être, et Yattribut par un autre mot. Dans les propositions : j'étudie; vous êtes appliqué ; les attributs sont également incomplexes.

U attribut est complexe, lorsque le mot principalement destiné à énoncer la relation du sujet à la manière d'être qu'on lui attribue est accompagné d'autres mots qui en modifient, en expliquent ou en déterminent la signification. Ainsi quand je dis : j'étudie avec soin les ouvrages relatifs à la Grammaire ; le mot principal étudie ou suis étudiant, qui constitue Yattribut, est accompagné : lo des mots avec soin, qui présentent l'ac-

tion d'étudier comme modifiée par un caracitre particulier ; 2o des mots les oùWi0t$ relatifs à la Grammaire, qui déterminent la meiae action d'é» tudier par rapplicatiou de cette action à des oavrages déterminés.

DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DB ffTiOPOflTiaiiS.

Lorsque le sujet et Yattribut sont simples, c'està-dire également déterminés chacun par une seule idée totale, la proposition est simple. Telles sont les propositions déjà citées ; telle est encore celleci : les jouissances que procure la vertu sont préfé^ râbles à toutes les autres jouissances.

Si le sujet est composé, si Yattribut l'est, ou si tous les deux le sont, la proposition est composée. Il y a donc trois sortes de propositions composées : celle qui l'est par le sujet seulement ; celle qui l'est par Yattribut seulement,* et celle qui l'est par ces deux parties ensemble.

Une proposition composée par le sujet peut se décomposer en autant de propositions simples qu'il y a d'idées partielles dans le sujet composé, et toutes ces propositions auront des sujets différents et le même attribut. Ainsi cette proposition : l'énergie du caractère, l'habitude des privations et la constance dan^ «^ M-:Jfrances, sont très-utiles à notre bonheur, se décompose en ces trois propositions : l'énergie du caracth'C est très-utile à notre bonheur; l'habitude des privations est très-utile à notre bonheur; la constance dans les souffrances est très-utile à notre bonheur. Une proposition composée par Yattribut peut se décomposer en autant de propositions simples qu'il y a d'idées partielles dans Yattribut composé; et chacune de ces propositions aura le même sujet et un attribut diiiérerd. Ainsi cette proposition : la plupart des hommes sont égoïstes et se décident sur les apparences, se décompose en ces deux propositions : la plupart des hommes sont égoïstes; la plupart des hommes se décident sur les apparences.

Une proposition composée par le sujet et par Yattribut peut se décomposer : 1» en autant de propositions ayant chacune le même attribut composé qu'il y a d'idées partielles dans le sujet composé; 2° chacune de ces propositions élémentaires peut se décomposer en autant de propositions simples qu'il y a d'idées partielles dans Yattribut composé : de manière que chacune des idées partielles de Yattribut composé pouvant être comparée avec chacune desidées paTÙeliesdu sujet composé, et chacune de ces comparaisons donnant une proposition simple, on a un nombre de propositions simples égal au nombre des idées partielles du sujet composé multiplié par le nombre des idées partielles de Yattiibut composé. Prenons pour exemple cette proposition composée : l'orgueil et la dissipation dé'

GRAMMAIRE FRANÇAISE

truisent les ptus douces jouissnnces du cœur, sont un obstacle à noire insirucïion el nous exposent à rnille démarches inconsidérées. En décomposant d'abord le sujet, nous aurons ces deux propositions composées par ï attribut : l'orgueil détruit les plus douces jouissances du cœur, est un obstacle à notre instruction, et nous expose à mille démarches inconsidérées; la dissipation détruit les plus douces jouissances du cœur, est un obstacle à notre instruction, et nous expose à mille démarches inconsidérées. En décomposant {'attribut de chacune de ces propositions élémentaires, on aura lés six propositions suivantes : l'orgueil détruit les plus douces jouissances du cœur; Corgueil est un obstacle à notre instruction; l'orgueil nous expose à mille démarches inconsidérées ; la dissipation détruit les plus douces jouissances du cœur; la dissipation est un obstacle à notre instruction; la dissipation nous expose à mille démarches inconsidérées.

Il en sera de même de toute autre proposition dont les parties composantes seraient liées, soit dans le sujet, soit dans ïaiiribut, par toute autre conjoriciîon que par la conjonction el : et celte décomposition confirme ce que nous avons dit ailleurs, que les cotijonctions lient les propositions en les modifiant, etiju'elles iont elles-mêmes de véritables phrases elliptiques.

iTne proposition est incomplexe lorsque le sujet ou i'atlribut en sont également incomplexes : Dieu est bon ; mentir est une lâcheté.

Une proposition est complexe lorsque le sujet, ou l'attribut, ou ces deux parties ensemble,sonf complexes. L'autorité de l'exemple décide; voilà une proposition complexe par le sujet : Sylla fut l'oppresseur de sa patrie, dont il aurait du être le défenseur ; en voilà une complexe par l'attribut : hoir le travail, c'est être ennemi de son propre bonheur ; cette dernière est complexe par le sujet et par l'attribut. '" '^''' '

L'ordre analytique des parties essentielles d'une proposition complexe n'est pas toujours aussi sensible que dans les exemples que nous venons de citer ; c'est alors à l'art même de l'analyse de le retrouver. Si l'on a cette proposition, par exemple : c'est être coupable envers l'humanité que de ne pas soulager, autant qu'on le peut, les maux de ceux qui souffrent : il est clair d'abord que l'on àttnbue ici à la chose dont on parle que c'est être coupable envers l'humanité, et par conséquent, est être coupable envers l'humanité est l'attribut de cette proposition; mais le sujet, qu'est-il ? le voici ; ce {sujet grammatical), de ne pas soulager, autant qu'on le peut, les maux de ceux qui souffrent (addition qui rend le sujel complexe, ^n le déterminant). La construction analytique est donc : ce de ne pas soulager, autant qu'on le peut, les maux de ceux qui iouffrent, est être coupable envers l'humanité,

..■■Mt^yx^ "'■' :

Quelquefois les additions faites, soit au sujet, soit à l'attribut, soit à quelque autre terme qui modifie l'un ou l'autre , sont elles-mêmes des propositions ayant leur sujet et leur attribut, simples ou composés, incomplexes ou complexes. Ces propositions s'appellent propositions incidentes; et celles dont elles font partie immédiate sont nommées propositions principales.

Ainsi, une proposition incidente est toujours partielle à l'égard de la proposition principale, et elle SH fie toujours à l'un des termes de ceile-ci, dont elle est un supplément, ou explicatif, ou déterminatif. Il y ai donc deux sortes de propositions incidentes, en les considérant relativement à leur influencé sur la proposition principale; savoir : la proposition explicative, et la proposition déterminalivè.

La proposition incidente expiicaùve sert à développer la compréhension de lidee exprimée par le mot auquel elle est liée, afin d'en faire sortir, pour ou contre Idi proposition principale, o\x une preuve, ou un motif. Alors on peut toujours la retrancher de la proposition principale, sans altérer le sens de celle-ci ; parce que, ne servant qu'à expliquer ou à développer l'étendue de la signification du mot auquel elle est jointe, cette étendue dem^ure dans son entier après la suppression de la proposition explicative. Faisons-en l'essai sur une proposition de ce genre : l'homme^qui devrait sentir toute la dignité dé sa nature, devrait se conduire conformément à la raison. Les mots qui devrait sentir toute la dignité de sa nature forment une proposition, dont le sujet est qui pour lequel homme, et l'attribut, devrait sentir toute la dignité de sa nature. Cette pi'oposition est 'incidente, puisqu'elle est une addition faite aux mots l'homme {pour le homme), qui forment le sujet de la phrase principale , l'homme devrait se conduire conformément à la raison; et puisqu'elle est subordonnée à celle-ci. Elle est explicative, puisqu'elle sert à développer la compréhension de l'idée exprimée par le sujet l'homme, et qu'elle exprime un motif en faveur de la proposition principale. Néanmoins, comme ce développement n'est pas absolument nécessaire, comme ce motif est implicitement renfermé dans l'idée du sujet l'/iomme, on peut supprimer la proposition incidente explicative, sans altérer la pro^ position principale, qui sera alors : l'homme devrait se conduire conformément à la raison. H en serait de même d'autres propositions explicatives ^ puisque, dès qu'elles ne sont qu'explicatives, le développement qu'elles expriment est toujours implicitement renfermé dans l'idée du mot auquel elles sellent.

Le mot expliqué par la proposit'ion incidente explicative est l'antécédent de celui qui sert à faire la liaison. Ainsi, dans la proposition ci-dessus : l'homme est l'antécédent de qui. En pareil cas, si l'on réunit le sujet de la phrase piincipale à l'abri*

DE LA SV:NJAXt.

ut de la phrase incidente explicative, il en résulte toujours une proposition traie : (homme devrait sentir toute la dignité de sa nature ; et c'est là un moyen sûr de reconnaître si la phrase incidente e&i explicative.

La proposition incidente détemiinatîve SL\oute à l'idée du mot auquel elle est jointe une idée particulière qui la restreint à une étendue moins générale. Considérons la proposition déjà citée : La gloire qui vient de la vertu a un éclat immortel : les mots qui vient de la vertu forment une vraie proposition incidente, dont le sujet est : qm pour laquelle, et l'attribut, vient de là vertu. Elle est déterminative y puisque lidée particulière qu'elle ajoute au mot gloire, auquel elle est jointe, restreint l'idée exprimée par ce mot; de m4nière que, par cette addition, au lieu de signifier la gloire en général, toute espèce de gloire, il est restreint à n'exprimer qu'une sorte de gloire, celle exclusive à toute autre, qui vient de la vertu.

Lorsque la proposition incidente est déterminative, on ne peut la supprimer sans altérer la propositîon principale. Ainsi l'on ne peut pas dire : la gloire a un éclat immortel; car il s'agirait alors de la gloire en général, d'une gloire quelconque, acquise par des moyens quelconques; ce qui n'est pas le sens de la proposition totale , et ce qui ferait souvent une proposition fausse : tandis que, avec la proposition incidente explicative, elle est vraie. On reconnaît donc qu'unie proposition incidente est déterminative, lorsque, en la supprimant, on altère le sens de la proposition principale.

Cette altération du seiis doit nécessairement avoir lieu. Car la proposition déterminative restreint l'étendue de la signification du mot auquel elle est liée ; et cette restriction ne pourrait jamais être renfermée implicitement dans la signification de ce mot, parce qu'elle est uniquement dans l'entendement de celui qui parle, et conséquemment elle ne peut jamais être supposée, mais elle doit être explicitement énoncée : il est donc évident que la suppression de la proposition déterminative doit altérer le sens de ïa proposition principale. Avec là proposition déterminative, le mot qui est modifié par elle n'a qu'une étendue de signification limitée, déterminée à tel point, ou de telle manière : par la suppression de la proposition déterminative, ce même mot reprend toute la généralité, toute l'étendue de la signification qui lui est propre ; il n'exprime donc pas la même idée dans les deux cas ; il en résulte que le sens est nécessairement altéré par la suppression de la proposition incidente déterminative.

Si l'on réunit le sujet de la proposition principale à l'attribut de la proposition incidente déterminative, il en résulte ùiie proposition fausse; comme celle-ci : la gloire vient de la vertu ; car on

exprime alors que toute gloire vient de la vertu ; ce qui n'est pas vrai. Toute proposition semMable est nécessairement fausse, parce que le sujet principal, sans la proposition déterminative, est pris dans toute l'étendue de sa signification : l'attribut de la proposition déterminative, au contraire, a une étendue de signification plus bornée par cela même qu'elle est déterminative ; et qu'ainsi, en comparant ce sujet et cet attribut pour en faire une proposition, on doit avoir un résultat faux, comme lorsqu'on veutiaire une équation avec deux quantités inégales. On a doncencorelà un autre moyen de reconnaître si une proposition incidente est déterminative.

Les propositions incidente» que npus avons citées jusqu'ici tombent sur le sujet de la proposition principale : mais elles peuvent se lier ^ussi à l'attribut; comme dans celle ci : Sy lia fut l'oiipiesseur de sa patrie, dont il aurait dû êim le déjeuseur; ou l'une au sujet et l'autre à l'attribut, comme daris celle-ci : les élèves qui étudient avec ardeur font des progrès dans la Grammaire,, qui est une science très-utile. Une proposition incidente peut donc se lier à tout mol dont on veut développer la compréhension ou restreindre l'étendue.

La liaison de la proposition incidente à un mot ne se fait pas seulement au moyen des mots qui, que, dont, lequel, comme on le pense comuiuuement, mais même au moyen de la conjonction que : l'état présent des sciences prouve que l'tsfjrit humain a fait de grands efforts, c'est-a-dire : l'éal présent des sciences prouve une cliose qui est . l'esprit humain a fait de grands efforts {propisiiiun incidente liée à l'attribut par la coijonciiun que) ; ou par le moyen de la conjonction si : la venu, si on la pratique constamment, conduit, au bonheur ; le vice est tellement hideux par lui-mêine, qu'il est obligé de prendre le masque de ta vertu.

La proposition incidente, soil explicative, soit déterminative, forme toujours avec son aniécédfnt un tout qui est une partie logi({ue de la proposition principale ; i antécédent en est là partie grammaticale correspondante : la Grammhire, que nous étudions, nous sera utile : dans celte pruposiiwn : la Grammaire est seul sujet grammatical de la proposition principale, et doit, comme tel, être seul assujéti aux lois de la syntaxe de chaijue langue ; la Grammaire que nous étudions est le sujet \o{]\que, parce que c'est l'expression totale de l'i-lee unique de laquelle on assure qu"e//e sera utile. De, même dans cette proposition : il faut que jt^ sache bien la Grammaire; c'est-à-diie : il faut cette chose, qui est : j,e sache bien la Grammaire; il pour cette chose, est le sujet grammatical de (aut; il que je sache bien la Grammaire est le sujet logique; et la construction analyti(]ue est : tl que je sache bien la Grammaire faut, ou est nécessaire. Ces observations sont faciles à appliquer à toutes

GRAMMAIRE FRANÇAISE

les propositions, soit que la proposition incidente tombe sur le sujet, soit qu'elle repose sur le complément d'une préposition ou d'un verbe, ou sur le complément déterminatif d' un nom appellatif.

Nous avons déjà fait observer que la proposition incidente a les mêmes parties essentielles que la proposition principale : le sujet, Vattribut, et les divers compléments. Déterminons encore ces parlies dans celte pi-oposition : Sylla fut l'oppresseur de sa patrie, dont il aurait dû être le défenseur; voilà une proposition totale : dont il aurait dû être le défenseur est une proposition incidente, qui tombe sur l'attribut; il {Sylla), sujet deVincidente; aurait dû, attribut grammatical ; aurait dû être le défenseur dont, ou de laquelle, complément délerminatif du nom appellatif le défenseur ; voilà les parties de la proposition incidente, qui est déterminative de son antécédent, de sa patrie. Dans (aproposition totale : Sylla est le sujet grammatical et logique; fut l'oppresseur est l'attribut grammatical ; de sa patrie est le complément déterminatif grammatical du nom appellatif l'oppresseur ; de sa patrie dont il aurait dû être le défenseur en est le complément déterminatif logique ; fut l'ovpresseur de sa patrie dont il aurait dû être le défenseur, est l'attribut logique de la proposition totale.

Le mot qui sert à lier la proposition incidente à son antécédent devrait être toujours à la tête de la proposition incidente, et immédiatement après l'antécédent, soit grammatical, soit logique, pour que la liaison fût plus sensible, et renonciation de la pensée plus claire. Cependant, dans notre langue, dont la marche est analogue en général à l'ordre analytique, le mot conjonctif est souvent après une préposition, dont il est le complément; les flatteurs sur qui vous comptez vous trompent; ou même après le complément grammatical d'une préposition, s'il est déterminatif de ce complément: les flatteurs, sur les éloges de qui vous comptez, se rient de vous.

Ainsi, quelque composée, ou quelque complexe que puisse être une proposition, eût-elle l'étendue et la forme que les orateurs donnent à une période, l'analyse la réduit toujours aux deux parties fondamentales et essentielles, qui sont le sujet etl' attribut.

Relativement à la matière de la proposition, la GraQimaire peut se passer d'en considérer d'autres espèces. 11 est utile qu'elle connaisse les propositions simples et les propositions composées, parce que la syntaxe établit des lois sur les inflexions numériques des mots, et que l'usage des conjonciions serait peut-être inexplicable sans la connaissance de leur emploi et de leur utilité dans les propositions composées. Elle doit connaître les propositions incomplexes et les propositions complexes, parce qu'elle doit Indiquer et caractériser la relation des propositions incidentes.

et donner des règles pour la construction des parties logiques et des parties grammaticales, qui , sans cela, ne pourraient être suffisamment discernées. Mais c'est tout ce qu'elle doit faire : et si la distinction des propositions conditionnelles, exclusives, causales, relatives, etc., peut être utile à la logique pour mieux discuter la vérité, elle ne peut être d'aucune utilité dans la Grammaire. Elle doit donc y renoncer.

Si nous considérons les propositions relativement au sens qu'elles expriment, on peut les réduire à deux classes générales, quelque diversifiées qu'elles paraissent entre elles. Dans ces vers :

Et les difficultés, dont on est combattu, Sont les dames d'alour qui parent la vertu.

(Molière, \ Étourdi, acte V, scène 11.)

Je compris donc qu'aux œuvres de génie, Où la raison s'unit à l'harmonie, L'ame toujours a la première part, El que le cœur ne pense point par art.

(Rousseau, épître 6, livre I.)

Il y a évidemment deux propositions affirmatives . Dans la Mort de César, Cassius dit à Brutus :

Ah ! Brutus, es- tu né pour servir sous un maître I

(VOLPAIRE.)

et Rousseau :

Comment s'est fait tout ce que nous voyons? Pourquoi ce ciel, ces astres, ces rayons ?

Quelle vertu, dans la terre enfermée, Produit ces biens dont on la voit semée? Quelle chaleur fait mûrir ses moissons, Et rajeunir ses arbres, ses buissons? (i)

{Allégories, 2, livre II.)

Voilà évidemment des propositions inten-ogalives. Lorsque Thésée dit à Hippolyte :

Fuis, traître, ne viens point ici braver ma haine, Ni tenter un courroux que je retiens à peine !

(Racine.) ou Voltaire :

Descends du haut des cieux, auguste vérité. Répands sur mes écrits ta force et ta clarté.

{Uenriade, chant I.) enfin quand Boileau dit :

Muse, redis-moi donc quelle ardeur de vengeance De ces hommes sacrés rompit rintelligence.

{Lutrin, chant i.)

ce sont des propositions impératives, quoique le sentiment qui les produit soit différent : les deux dernières pourraient être nommées suppliantes ou optatives.

Faudra-t-il donc distinguer ainsi à l'infini toutes les propositions, qui différent les unes des autres

(0 Au Heu de ses, il faudrait en.

DE LA SYNTAXE

pour l'expression ou ia nuance particulière? Rappelons-nous que la faculté de penser se divise en deux facultés distinguées par leur objet, Yeniendement et la volonté ; que toutes lès opérations de l'ame, qui ont pour base l'attention, constituent Yenlendement; et que toutes celles qui sont fondées sur le besoin appartiennent à la volonté. D'après cela, toutes \es> prop. affirmât., négatives, etc., se rapportent à V entendement ; et les propositions interrogaiiveSj impératïves, optatives, etc., se rapportent à la volonté : car interroger, c'est vouloir être informé ; commander, c'est vouloir être obéi, etc. Toute proposition est donc l'expression d'un acte de l'entendement, ou d'un acte de la volonté.

Page 1