DE LA PROPOSITION
considérée quant à sa forme.
Nous venons de supposer, avec Estarac, que les mots, réunis pourformerunepro/josiàon, étaient rassemilés conlonnément aux lois de la syntaxe, dans chaque langue ; et nous nous sommes contentés de distinguer ks différentes espèces de propositions, simples ou composées, incomplexes ou complexes, principales ou incidentes, selon la différente nature de leurs parties intégrantes. Maintenant il faut considérer l'arrangement respectif des différentes parties dont une proposition est composée ; et c'est là ce qu'on entend par la forme de la proposition.
Les règles de la syntaxe varient , dans chaque langue, pour tout ce qui est relatif aux détails : mais, quelles que soient ces règles, on peut les ramener dans toutes les langues à quatre chefs principaux,qui sont : la concordance, le régime, les compléments et la construction.
DE L'ACCORD ou DE LA CONCORDANCE.
Certains mots ont sur d'autres une sorte d'empire ; nous avons donc à expliquer comment ceuxci imposent à ceux-là des lois d'accord ou de concordance; et comment d'autres mots sont destinés à servir de complément à ceux qu'ils annoncent dans le discours.
L'accord ou la concordance dans les mots d'une phrase consiste en ce que les mois accessoires suivent les formes du mot principal, et s'en revêtent ; et par conséquent, l'article et l'adjectif prennent le même caractère que le nom qu'ils servent à déterminer, et dont on pourrait peut-être lès appeler \es satellites. Ils doivent, ainsi que lui, en latin, comme en français, et en italien, être du nombre et du genre du nom ; avoir la même chute ou le même cas, dans les langues qui ont des déclinaisons.
Nous n'avons pas besoin de dire qu'il y a aussi les mêmes convenances ou le même accord entre
le pronom et le verbe, puisque le pronom, rappelant le sujet déjà indiqué, devient, en quelque sorte, un nom lui-même.
La plupart des langues exigent l'accord dans le cas de l'attribution, parce que l'identité y est réelle entre le sujet et Vattribut. Néanmoins quelquesunes ne l'admettent pas ; elles expriment l'attribut par un adverbe, et non pas par un modificatit particulier : sans doute parce que, dans l'analyse de la proposition, elles envisagent le sujet et l'attribut comme deux objets différenis et séparés. Ainsi en allemand, par exemple, on dit, par apposition : ces hommes vertueux, ces hommes savants ; et par attribution : ces hommes sont ou existent vertueusement, et non pas vertueux; ces hommes sont savamment, et non pas savants; parce que, apparemment en pareil cas, l'esprit s'arrête plus particulièrement sur l'idée de l'existence, et considère ensuite la manière de cette existence. Ces hommes sont ou existent; comment existent-ils? vertueusement, savamment.
Nous ne rechercherons pas si la pratique des Allemands est plus conforme que la nôtre aux lois de la Grammaire ; d'autant moins que tenter de réformer sur ce point celle des deux qui paraîtrait la moins exacte, ce serait aller contre la plus essentielle des lois de la Grammaire elle-même, qui doit le plus souvent s'en rapportera l'usage sur les moyens d'exprimer la pensée par la parole.
La concordance a lieu : ^* du substantif à son modificatif particulier. Lorsqu'un substantif et un modificatif particulier font un sens partiel dans une proposition, et qu'ils concourent ensemble à former le sens total de cette proposition, ils doivent être au même genre , au même nombre, et au même cas dans les langues qui ont des cas.
2° Du sujet au verbe : ils doivent être du même nombre et à la même personne : j'étudie ; tu écris; il chantait; nous arrivâmes, etc.
3° Du relatif à l'antécédent : ils doivent être au même genre et au même nombre: la Grammaire que nous étudions, que pour laquelle au féminin et au singulier.
La concordance est, comme on le voit, l'uniformité des accidents communs à plusieurs mots. Mais qu'entend-on par accidents? Il y en a deux sortes : les uns sont communs à presque tous les mots, les autres sont propres à quelques espèces.
Les accidents communs à presque tous les mots sont :
1° L'acception. Tout mot peut avoir un sens propre et un sens figuré, ainsi que nous l'avons déjà dit au commencement de notre Grammaire.
2" L'espèce. Un mot aussi peut être primitif, ou dérivé ; cet accident s'appelle l'espèce du mot : ainsi un mot peut être de l'espèce primitive, ou de l'espèce dérivée.
3* Il est ou simple ou composé ; on appelle cet accident la figure : ainsi un mot est de la figure simple, ou de la figure composée, selon qu'il est simple ou composé. Le mot figure vient ici du mot latin f ingère, façonner, former, et se prend pour la forme, ou la constitution du mot.
4f" L'accent est encore un accident commun aux mots : nous en avons aussi parlé ailleurs.
Il y a d'autres accidents qui sont propres à quelques espèces de mots. Ainsi le substanùfA pour accidents propres les genres, les nombres, les cas dans certaines langues, et les déclinaisons si la langue a des déclinaisons.
Outre les mêmes accidents que ceux des substantifs, plusieurs modificatifs particuliers ont de plus les trois degrés de signification : bon, meilleur, excellent, mauvais, pire, très-mauvais, etc.
Les verbes, outre l'acception, l'espèce, la figure, l'accent, comme les autres mots, ont :
1° La voix, ou forme du verbe: actif, passif, neutre ou d'état, etc., ainsi que nous l'avons exposé ailleurs ;
2° Le mode ;
5» Les inflexions ou formes relatives au temps dans chaque mode;
4° Les personnes, relativement à l'ordre qu'elles tiennent dans la formation du discours ou dans renonciation de la pensée ;
5° La conjugaison , c'est-à-dire la distribution ou la liste de toutes les parties et de toutes les inflexions du verbe, selon une certaine analogie ;
6» L'analogie ou Y anomalie (i), qui nous fait suivre les paradigmes (modèles) , ou qui nous en fait écarter : dans le premier cas, les verbes sont réguliers ; dans le second, ils sont irréguliers ou anomaux. Ils sont défectifs lorsqu'ils n'ont pas tous les modes, tous les temps, toutes les personnes qui sont en usage dans les verbes réguliers.
DE L'APt»OSITIÔIV.
L'une des manières dont le modificatif se rapporte au sujet est l'apposition. Ce mot dérive de la préposition latine ad (auprès) , dont le d s'est changé en p par attraction, et du substantif latin positio (position) , et signifie position auprès de.
C'est une figure de syntaxe relative à la plénitude de la construction, et qui consiste à joindre à un substantif, sous les lois de la concordance, ou un autre substantif, ou un modificatif particulier, avec les dépendances convenables ; de manière que l'addition de ce noni ou de ce modificatif n'ajoute au premier substantif qu'un sens accessoire, purement explicatif, dont la suppression ne puisse pas nuire au sens principal.
(t) Annlogie signifie relation , rapport, proportion. Jlnotnalie marque inégalité, irrégularité , dissemblance.
Celui-ci, nmi moins téméraire, Avec un fer poin'u qu'il dresse sur son toit, Va, dans les mains <<es dieux, éteindre. le tonnierre. (Adbekt, livre V, fable ^2.) Supprimez l'accessoire purement explicatif non moins téméraire , le sens principal sera le même. Le modificatif téméraire, modifié lui-même par les mots non moins, s'accorde par apposition avec le substantif celui-ci. Il en est de même des vers suivants :
Non content de ce songe, il y joint les atomes, Enfants d'un cerveau creux, invisibles fantômes.
(La Fomaine, livre VIII, fable 2G.)
Tout le second vers s'accorde avec atomes par apposition, et peut être supprimé sans nuire au sens principal.
Quand ï apposition se fait avec un nom propre, c'est pour énoncer quelque qualité de l'individu désigné par ce nom : Ctcéron, le plus grand des orateurs romains ; Sacrale, le plus sage des philosophes de la Grèce,