‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 183 sur 279 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

vertu; craindre le crime. Ce complément, dans toutes les langues, exprime l'objet sur lequel s'exerce directement l'action du verbe; il peut consëquemment être appelé coiupléinent direct.

Certains verbes ont tout à la fois deux compléments, l'un sans préposition, désigné, ou par sa place, ou par sa terminaison, selon les langues et indiquant l'objet sur lequel tombe directement l'action exprimée par le verbe; c'est le complément direct : l'autre exprimant un rapport de l'action au terme où elle aboutit : donner à quelqu'un; ou à celui d'où elle part : recevoir une lettre de son ami : et alors il est précédé, pour cette raison, d'une préposition : on l'appelle complément indirect.

D'autres enfin n'ont qu'un seul complément, toujours précédé d'une préposition, comme nous l'avbns dit des noms appellatiFs, des modificatifs particuliers et de certains adverbes : aller à la campagne, passer par la ville, venir de Paris, etc.

DES DIFFÉRENTEB rORMES DB OOIBI>IJEBIEirr8.

Nous avons déjà pu nous convaincre, par tout ce qui précède, que les compléments sont tantôt incoinplexes et tantôt complexes.

Ils sont incomplexes, quand ils sont exprimés par un seul mot, qui est ou un substantif, ou un modiiicatif particulier, ou un infinitif, ou un adverbe : pour la gloire; avec prudence', de nous; à lui ; sans hésiler; vivre honnêtement.

Us sont complexes, quand ils sont exprimés par plusieurs mots, dont le premier, selon l'ordre analytique, modifie l'antécédent, et est modifié luimême par le mot suivant : pour la gloire durable; avec la prudence requise, etc.

Si le premier mot d'un complément complexe est ou un substantif, ou un modiiicatif particulier, ou l'équivalent d'un substantif , on peut le regarder comme le complément grammatical, parce que ce mot est seul a^sujeti, par les lois de la syntaxe des langues qui ont des cas, à prendre telle ou telle terminaison comme complément.

Si ce premier mot est ou un adverbe, ou une préposition, il ne peut être complément grammatical, puisqu'il est indéclinable par sa nature; on le regarde alors comme complément initial.

Dans le premier cas, la totalité du complément complexe est un complément logique.

Dans le second cas, là totalité du complément complexe, est un complément total.

Ainsi dans cette phrase : avec les soins requis en pareilles circonstances; circonstances est le coni' plément grammatical de la préposition en; pareilles le modifie, le rend complexe; et pareilles circonstances est le complément logique de la même piéposition en; cette préposition est le complément

initial du mot requis; en pareilles circonstances en est le complément total : requis en pareilles ctrconstances est \e complément log>que de soins : les soins est le complément grammatical de la préposition avec; les soins requis en pareilles circonstan' ces en est le complément logique.

Il est nécessaire de distinguer ces différentes sortes de compléfnenis pour pouvoir entendre plus nettement les lois que la syntaxe doit imposer à chaque espèce, et pour mieux saisir l'ordre que la construction doit leur assigner. Voici les règles que l'on peut établir relativement à cet ordre :

Il fout rapprocher, autant qu'il est possible, le complément, du mot dont il détermiiîe le sens. Car il est évident que la relation d'un complément ail mot qu'il covïiplète est d'autant plus sen>ibîe, que ces deux tefmes sont plus rapprochés; et que ce rapproi?,hement est encore plus néct ssaire pour les langues dans lesquelles les fonctions des mots ne peuvent être caractérisées par la diversité de leurs terminaisons.

Si plusieurs compléments concourent à la détermination du même terme, il faut placer le plus court le premieraprès le mot complété; puis le plus court de ceux qui testent, et ainsi de suite, jusqu'au plus long, qui doit êti-e le dernieh : car, d'après la règle précéda nte, il faut éloigner le moins possible le complément du mot complété ; et il est évident qu'en mettant les plus courts les premiers, celui qui se trouve a la dernière place est éloigné le moins possible du terme modifié : cette règle est donc une conséquence immédiate de la pi écédente.

Ainsi l'on dirait : C hypocrisie s'rfforce de donner au vice les dehors de la vertu; au vice, complénunt indirect de donner, est place le premier, comme le plus court ; les dehors de la vertu, complément rfireci et objectif du même verbe donner, est placé le dernier, comme étant le plus long. Et l'on devrait dire : l'hypocrisie s'ej force de d nner les dehors de la vertu aux vices les plus kmiteux et les plus nuisibles à Li société; parce que le cumplément direct et olijectif étant ici le plus court, doit être placé le premier, pour donner plus de netteté à la phrase.

On ne doit jamais déroger à cette loi de construciion, si ce n'est lorsque réquivo(|ue ou l'obscurité résulterait de son observation rigoureuse: car, puisque cette loi n'est fondée que sur l'intérêt de la clarté, c'est cette clarté que I on doit toujours avoir principalement en vue, en lui sacrifiant les règles particulières quand elle l'exijje; puisqu'elle est la seule règle géne'rale et invariable du discours.

Ne disons donc pas : la momie inspire une sensibilité qui n'a rien de dangereux aux personnes qui veulent sincèrement en suivre les principes; mais disons : la moiaie inspire, aux personnes gui

5^ GKAMMAIRE

veulent sincèrement en suivre les principes, unesen' sibilité qui n'a rien de dangereux. Le complément direct ei objectif, une sensibilité qui n'a rien de dangereux, étant le plus court, devrait être placé le premier; mais alors il y aurait équivoque ; il semblerait qu'on voudrait dire que cette sensibilité n a rien de dangereux aux personnes, etc. C'est pour éviter cette équivoque, qu'on le place le dernier.

Il ne faut jamais jeter, entre les parties d'un complément complexe, un autre complément relatif au même terme. Ainsi l'on parlerait d'une manière obscure, si l'on disait : pour rendre l'étude de l'histoire naturelle intéressante aux enfants, on peut leur conter quelque trait remarquable sur les principaux animaux, qui pique leur curiosité. Il est évident que qui se rapporte à trait remarquable, et que ces mots avec ceux-ci : pique leur curiosité, sont le complément objectif total de conter : l'unité de ce complément est donc rompue par l'intercalation du complément indirect : sur les principaux animaux. Il faut donc dire : on peut leur conter, sur les principaux animaux, quelque trait qui, etc.

€ Ily a, dit La Bruyère (chap. 2), des endi^oits » dans Copera, qui en laissent désirer d'autres. » Il devait dire :ily a dans l'opéra des, etc.

Les règles que nous venons d'établir sur les différents compléments d'un même mot, s'appliquent aussi aux parties intégrantes d'un même complément réunies par une conjonction ; et conséquemment les plus courtes doivent êire les premières, et les plus longues les dernières, à moins qu'il nesoitnécessaire de les disposer différemment pour éviter l'obscurité ou l'équivoque.

Pour faire sentir l'extrême utilité des observalions que nous venons de faire sur la place des compléments, nous dirons avec Gamaches : « Il y » a long-temps qu'on cherche ce que c'est que le

> nombre en matière de langage; mais il est facile

> de le découvrir en suivant nos principes {sur la » disposition des compléments). Le nombre est le » rapport sensible des parties du discours, ran-

> gées selon l'ordre que demande la netteté du » style. Ainsi, lorsqu'une phrase manque d'har- » monie, n'en cherchez la raison que dans le mau-

> vais arrangement des parties qui la composent ;

> mettez entre toutes ces parties l'ordre le plus » convenable, à coup sûr vous la rendrez harmo- » nieuse. C'est à quoi ne prennent pas garde ceux » qui, pour donner plus de cadence à leurs phra-

* ses et pour les rendre plus nombreuses, les » chargent de mots oisifs, qui ne font qu'étendre » la diction sans rien ajouter au sens. La mesure

* de nos périodes doit être remplie par les termes » mêmes dont nous sommes indispensablement » obligés de nous servir pour nous faire enten- » dre. » {Dissertation sur Us agréments du langage.)

Page 1