‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 191 sur 279 · XXIX. Le participe actif reste toujours invariable · texte numérisé non relu

XXIX. Le participe actif reste toujours invariable

L'envie exhalant son poison ;

Des riches courant vainement après le bonheur;

Des femmes promenant leur ennui;

Des sots puissants protégeant des sots ambitieux, etc., etc.

Il faut bien se garder de confondre le participe actif avec ces adjectifs qui se terminent également par ant, tels que charmant, séduisant, aimant, etc. Ceux-ci prennent toujours la livrée du substanùf leur correspondant, et le participe actif, comme on le sait déjà, ne la prend jamais. De là, comme le même mot peut être employé tantôt comme adjectif, tantôt comme participe actif, il faut bien examiner sous laquelle de ces acceptions il existe dans la phrase, afin de ne pas lui donner les inflexions adjectives lorsqu'il est participe, et de ne pas les lui refuser lorsqu'il est adjectif. Ainsi dans ces locutions :

Une femme charmant tout le monde ;

Une femme charmante ;

Une femme aimant ses enfants;

DE LA SYNTAXE

Une femme aimante ; 1

Des objets séduisant tour à tour et le cœur et l'es- 1 prit ;

Des objets séduisants; on voit que le même mot est participe dans la première, puisqu'il a un complément immédiat, dont l'adjectif n'est jamais susceptible, et adjectif dans la seconde. Comme participe, il est invariable; comme adjectif, au contraire, il a toujours les inflexions de son substantif.

XXX. Le participe passé, seul ou combiné avec l'auxiliaire être, hors d'un verbe pronominal, prend toujours la livrée de son correspondant. Exemples pour le premier cas :

Loués ou liâmes par les hommes, iNous demeurons ce que nous sommes.

Interdite, alarmée, elle court se jeter dans ses bras.

Exemples pour le second cas :

La vertu est récompensée ;

Les crimes seront punis ;

Cette femme est venue ;

Ces dames sont montées ;

Par qui seront payés ces livres ? ^

Qu'est devenue ma robe?

La lettre qui a été écrite ;

Les femmes qui ont été trompées ;

Quoi, mademoiselle, vous êtes étonnée !

Mesdames, vous êtes arrivées trop tard.

Frappez d'un marteau d'or; les portes sont ouvertes, Vos talents sont prônés, vos sottises souffertes.

Mais Restant prétend que l'accord cesse d'avoir lieu, lorsqu'il se trouve entre le participe et son correspondant un pronom personnel , complément d'un autre verbe , et qu'on doit écrire, par exemple :

Elle nous est venu voir ;

Elle lui est allé porter de l'argent ; parce que venu et allé sont séparés de leurs correspondants par nous ^ lui^ compléments des verbes voir et porter. C'est là une grande erreur ; le participe, pour être séparé de son correspondant par ces pronoms, n'en est pas moins sous sa dépendance, et ne saurait par conséquent être dispensé de lui obéir. Pour qu'il cessât d'être sous sa loi, il faudrait qu'il cessât de lui correspondre : or la correspondance existe toujours ; le caractère qui l'atteste doit donc avoir lieu, et ici l'usage est d'accord avec la raison. Écrivez donc avec accord :

Elle nous est venue voir, etc., etc.

XXXI. Le participe passé, combiné avec l'auxiliaire avoir, ou avec l'auxiliaire être dans un verbe pronominal, ne prend la livrée de son correspondant que lorsqu'il en est précédé.

Tel est l'usage : si la raison eût toujours fait va-

loir ses droits, cette distinction n'aurait pas lieu : car enfin, que le participe précède ou suive son correspondant, il n'en est pas moins sous la loi de celui-ci; leur correspondance n'en est pas moins la même ; le caractère qui l'atteste devrait donc avoir toujours lieu. Mais les Grammairiens ont érigé en principe un abus contre lequel ils auraient dû réclamer.

Pour ne pas errer dans l'application de cette règle, il suffit de bien reconnaître le correspondant du participe. Ce correspondant une fois connu, la place qu'il occupe dicte la loi que doit suivre le participe. Or, le correspondant du participe combiné avec avoir ou avec être dans un verbe pronominal, c'est toujours le complément immédiat de ce participe combiné. De là, si ce participe combiné n'a point de complément immédiat, il reste invariable ; si, au contraire, il a un complément immédiat, il faut alors examiner si es complément précède ou suit le participe. Dans le premier cas, accord; dans le second, point d'ac> cord : ainsi dans tous ces exemples :

Quels livres avez-vous achetés ?

Quelle nouvelle avez-vous racontée ?

Combien de femmes avez-vous vues ?

Votre femme est de retour, V avez-vous vue ?

Les nouvelles que vous savez, les avez-vous racontées?

Je viens de lire vos vers, et je les ai corrigés;

La lettre que j'ai écrite ;

Les fleurs que je lui ai envoyées ;

Les fruits que j'ai reçus ;

Que de peines je me suis données !

Que de coups iUse sont portés!

Quelle réputation s'est faite cette femme !

Cette femme s'est trompée ;

Ces gens se sont donnés pour savants ;

Elles se sont retirées ; le participe est partout soumis à l'accord, parce qu'il est précédé de son complément immédiat, et par conséquent de son correspondant. Dans cette phrase, par exemple ;

Quels livres avez-vous achetés?

quel est le complément immédiat du participe achetés? C'est quels livres; achetés, quoi? quels livres : or quels livres est le correspondant d'achetés; ce correspondant précède le participe; l'accord doit donc avoir lieu. Dans celle-ci ;

Cette femme s'est trompée; quel est le complément immédiat du participe trompée? Le pronom se , représentant cette femme: c'est comme s'il y avait, cette femme a trompé ellemême ; se, qui équivaut à elle-même, est donc le complément immédiat de trompée, et par conséquent son correspondant ; il précède le participe, celui-ci est donc soumis à l'accord. Au contraire, dans les exemples suivants :

Avez-vous acheté ces livres ?

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