‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 192 sur 279 · GRAMMAIRE F · texte numérisé non relu

GRAMMAIRE F

Avez-vous raconié quelque nouvelle?

Avez-vous vu ces femmes ?

J'ai corrigé vos vers ;

Je me suis donné beaucoup de peines ;

Ils se sont porté les coups les plus violents ;

Cette femme s'est fait une mauvaise réputation ;

le participe ici n'est pas soumis à l'accord , parce qu'il n'est pas précédé de son complément immédiat, et par conséquent de son correspondant.

Lorsque le participe est précédé d'un complément immédiat qui n'est pas sous sa dépendance, mais sous celle d'un infinitif énoncé après, l'accord ne doit pas avoir lieu, parce que ce complément, n'étant pas sous le régime du participe, ne peut en être le correspondant. Ainsi dites :

Les nouvelles que j'ai entendu raconter;

Les vaisseaux que j'ai vu construire;

Les fleurs que vous m'avez dit avoir cueillies ;

et non entendues, vus, dites, parce que le pronom que n'est pas le complément de ces participes, mais des infinitifs énoncés après. On n'a pas entendu les nouvelles raconter , maison a entenduraconter les nouvelles. On n'a pas vu les vaisseaux construire, mais on a vu construire les vaisseatix. On na pas dit des fleurs avoir cueilli; mais on a dit avoir cueilli des fleurs. Aussi, dans cette dernière phrase, cueillies a-t-il le genre et le nombre de les fleurs représenté par que, parce que ce pronom est le complément immédiat de ce participe, et qu'il le précMe.

11 en est de même lorsque cet infinitif est sousentendu. Ainsi l'on dira, sans accord :

Je lui ai rendu tous les services que j'ai pu;

Je ne lui ai donné que la somme que j'ai voulu;

Je lui ai fait toutes les politesses que j'ai dû;

parce que c'est comme s'il y avait, que j'ai pu rendre, que j'ai voulu lui donner, que j'ai dû lui faire.

Dites donc d'une femme qu'on peignait, et d'une ariette qu'on chantait :

Je l'ai vu peindre ;

Je l'ai entendu chanter; et non pas vue, entendue; parce que le pronom la qui précède, n'est pas sous la dépendance de ces participes ; il est sous celle des infinitifs énoncés après. C'est comme s'il y avait :

J'ai vu peindre elle (la femme).

J'ai entendu chanter elle (l'ariette) ;

Au contraire, on dira d'une femme qui peignait et d'une femme qui chantait :

Je l'ai vue peindre ;

Je l'ai entendue chanter; et non vu, entendu; parce que le pronom la est ici complément immédiat des participes , et non des infinitifs énoncés après. C'est comme s'il y avait :

J'ai vu elle qui peignait.

J'ai entendu elle oui chantait.

RANÇAISE.

Si le verbe qui suit le participe est un verbe qui ne soit pas susceptible d'un complément immédiat, celui-ci sera nécessairement sous la dépendance du participe, et par conséquent l'accord aura lieu. Dites donc :

La femme que j'ai vue partir;

Les livres que j'ai laissés tombet, etc., etc.

et non vu, laissé, parce que le que qui précède est sous le régime de ces participes, et non des infinitifs énoncés après, qui ne peuvent régir immédiatement. On ne peut pas dire : tomber quelque chose; partir quelqu'un. Le sens est celui-ci :

J'ai vu la femme partir, lorsqu'elle partait ;

J'ai laissé les livres tomber, je n'ai pas empêché qu'ils tombassent.

Il faut excepter le participe fait : ainsi l'on ne dira pas :

Les troupes que j'ai faites marcher ;

Les personnes que j 'ai faites entrer ;

Les enfants que j'ai faits mourir;

parce que le que n'est pas là. sous le régime du participe; on ne fait pas des troupes comme on fait des vers ; il n'est pas non plus sous le régime des i.'ifinilifs énoncés après, parce qu'ils ne comportent pas un complément immédiat : on ne marche pas des troupes, on ne meurt pas des enfants ; ce que est sous le régime de l'infinitif et du participe tout ensemble. Le verbe faire, dit l'abbé d'Oiiwt, suivi d'un infinitif, sert comme d'auxiliaire à celui-ci, s'identifie pour ainsi dire avec cet infinitif, pour ne faire qu'un seul et même verbe ; et par cette sorte d'amalgamation, le dernier acquiert la vertu régissante du premier. Aussi, Voltaire faitil dire à Zaïre :

Ne m'a-t-il pas caché le sang qui m'a fait naître ?

et à Pandore :

Je n'ai jamais été; quel pouvoir m'a fait naître?

et non pas faite.

C'est encore une erreur de croire , avec Restaut, que l'accord du participe ne doit pas avoir lieu lorsque le sujet de la phrase où se trouve le participe n'est énoncé qu'après celui-ci, et que l'on doit écrire , par exemple ;

La lettre que m' a envoyé mon père;

Les plaisirs que m' a procuré votre frère, etc.} et non envoyée, procurés; parce que mon père, votre frère, qui sont les sujets des deux phrases complétives où se trouvent ces participes, ne sont énoncés qu'après eux : la raison et l'usage s'élèvent également contre cette erreur. Quelque place qu'occupe le sujet de la phrase, il ne saurait sauver le participe de la loi de l'accord, dès que celui-ci est précédé de son correspondant. Ainsi écrivez :

La lettre que m'a envoyée mon père ;

Les plauirt que m'a procurés votre frire.

DE LA SYNTAXE

Charpentier a dit :

Pauvre Didon, où t'a réduite De (es maris le triste sort ?

L'un, en mourant, causa ta fuite ; L'autre, en fuyant, cause ta mort.

Et Voltaire :

Des biens que m'a ravis la colère céleste, Ma gloire, mon honneur est le seul qui me reste. Elle a voulu me perdre, et je n'ai fait, enfin, Que lui lancer les traits qu'a préparés sa main.

Il est vrai que Voltaire, sur ces vers de Corneille :

Les misères Que pendant notre enfance ont eHdwré nos pères;

f^it la requarque suivante : t Ont enduré, dit-il, » paraît «ne faute aux Grammairiens; ils vou- » ((raient : Us misères qu'ont, endurées nos pères. » Je ne suis point du tout de leur avis : il serait ri-

parce que, dit-il, les inflexions du correspondant étant suffisamment indiquées dans l'adjectif qui suit le participe, il serait inutile que celui-ci les désignât encore. On est sans doute frappé, dit Morel, à qui nous sommes redevables des règles les plus justes et les mieux raisonnées que nous ayons sur la doctrine du participe, et que nous ne faisons que simplifier ici, on est sans doute frappé de la faiblesse et de l'inconséquence de cette raison. En effet, si l'accord du participe avec son correspondant ne d-evait pas avoir lieu lorsque le genre et le nombre de celui-ci seraient accusés par un autre mot, il s'ensuivrait nécessairement qu'on pourrait aussi soustraire à la loi dusubstaniif l'adjectif lui-même, lorsque les inflexions du substantif seraient d'ailleurs fixées ; qu'on pourrait dire, par exemple :

Une belle femme est intéressant;

dicule de dire, les misères qu'ont souffertes nos pères ; quoiqu'il faille dire, les misères que nos \ parce que le genre et le nombre de femme sont pères ont souffertes. S'il n'est pas permis à un suffisamment indiqués par les adjectifs une et

6<;//e. Des raisons dont on déduit sans effort de pa-

. poète de se servir en ce cas du participe absolu, » il faut renoncer à faire des vers.» On ne doit rien conclure de ceci contre la règle que nous venons d'établir. Ce n'est qu'en faveur des poètes que Voltaire réclame dans ce cas-là l'invariabilité du participe, à cause de la difficulté de la mesure. D'après les exemples que nous venons de citer de cet auteur, on voit qu'il s'est soumis à la règle pour le nombre. Et qu'on jette un coup-d'œil sur sa prose, on verra qu'il s'y est astreint partout, et pour le nombre et pour le genre. Ainsi, il sera toujours vrai de dire qu'en prose l'accord doit avoir lieu ; et qu'en vers , la discordance serait une trop grande licence poétique.

11 ne faut pas se persuader encore, avec Restant, que lorsque le participe est suivi d'un adjectif qui a le même correspondant que lui, l'accord ne doit pas avoir lieu. Il veut qu'on dise :

Je l'ai cru belle ;

On l'a fait religieuse;

Les Romains se sont rendu célèbres ;

On les a laissé mortes, etc., etc.;

reilles absurdités, bien loiud'étayér une assertion, sont les meilleures armes qu'on puisse employer pour la combattre et la détruire. Dites donc :

Je l'ai crue belle ;

On l'a fuite religieuse, etc., etc.

L'accord du participe avec son correspondant ne dépend que de la place qu'occupe celui-ci, et non des autres mots avec lesquels il est construit.

Mais reprenons les dix parties du discours, chacune en particulier, pour fixer et régler la manière dont ils doivent être construits.

Nous avons vu comment , avec des mots , on forme des propositions ; avec des propositions, des phrases; avec des phrases, des périodes.

Comment les mots se lient-ils entre eux? Quelles règles faut-il observer pour que ces liaisons ne choquent ni les lois de la Grammaire, ni celles de Vu^age? Quelle est la syntaxe particulière de chaque mot? Voilà ce que nous avons maintenant à traiter.

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